Ceslaw Bojarski
Ceslaw Bojarski (Czesław), appelé encore Jan Bojarski, né le à Łańcut (Pologne) et mort le à Saint-Sauveur en Isère (France), est un faux-monnayeur d'origine polonaise, naturalisé français en 1948.
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Czesław Jan Bojarski |
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Il devient célèbre dans les années 1950 et 1960 pour avoir contrefait des billets de banque de 1 000 francs Minerve et Hercule et de 100 nouveaux francs Bonaparte avec une extrême fidélité, ce qui lui vaut le surnom de « Cézanne de la fausse monnaie » par Le Parisien.
Les faux billets fabriqués par Bojarski restent à ce jour d'une qualité inégalée. Certains atteignent même des records dans les ventes aux enchères. En 2023, une paire de billets de 100 nouveaux francs Bonaparte a été adjugée pour 20 600 euros lors d'une vente organisée par la maison CGB Numismatique Paris[1]. Les billets authentifiés « Bojarski » sont tellement prisés que la Banque de France surveille leur circulation sur le marché de l'art. En septembre 2026, une autre collection de ces faux billets retrouvée en Indre-et-Loire a été retirée de la vente au dernier moment à la demande des autorités publiques, cette collection étant annexée à un dossier ayant statut d'archives publiques[2],[3]. En 2025, Bojarski occupe une place importante dans l'exposition « Faux et faussaires, du Moyen Âge à nos jours » qui s'est déroulée du au au Musée des Archives nationales (Hôtel de Soubise à Paris)[4].
Biographie
modifierCeslaw Bojarski est né le à Łańcut (Pologne)[5],[6]. Orphelin de mère, Czesław Bojarski aurait fait des études à l'École polytechnique de Lwów puis à l'École supérieure technique de Gdańsk d’où il serait sorti en 1939 avec le diplôme d’ingénieur-architecte[5]. Officier de l'armée polonaise durant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier par les Hongrois, puis s’évade et se réfugie en France[7]. Après la guerre, il s'installe tout d’abord à Vic-sur-Cère (Cantal), où il rencontre sa femme, Suzanne Tessedre qu'il épouse en 1948 et avec qui il aura deux enfants, Anne et Pierre. Ils s'installent d'abord à Bobigny[réf. incomplète][8]. Bojarski gagne difficilement sa vie et occupe plusieurs emplois sous-qualifiés. Il tente de commercialiser plusieurs de ses inventions, sans succès. Il commence sa carrière de faussaire en 1949. Grâce aux gains réalisés avec ses premiers faux billets, il fait construire un pavillon à Montgeron, dans le département de l’Essonne où il s'installe avec sa famille[6]. Il y imprime 30 000 billets qu'il écoule ensuite en faisant croire à son épouse qu'il est représentant de commerce, avant d'être arrêté en 1964[9]. D'après Christian Porcheron, directeur du musée de la Fausse Monnaie à Marcellaz-Albanais, « c’est le plus grand faussaire du XXe siècle. Il n’a pas été égalé[10] ». Un des billets fabriqués par Bojarski est visible à la Cité de l'Économie à Paris qui expose dans sa salle des coffres un authentique faux billet de 100 nouveaux francs Bonaparte[11].
Premières contrefaçons
modifierC’est en 1950 que Bojarski contrefait et écoule ses premiers faux billets de 1 000 francs (1 000 francs type 1945 « Minerve et Hercule »)[12]. Quoique Bojarski s’en estime peu satisfait, ces premiers billets sont très bien imprimés sur du papier avec filigrane dans la pâte. En , la Banque de France signale dans la région parisienne le trafic de ces faux billets « bleu », presque irréprochables[13]. Ils affluent dans les caisses de la Banque de France jusqu’à atteindre, en 1954, près de 1 500 unités par mois. Puis, en 1958, il contrefait des billets de 5 000 francs (type « terre et mer »)[13].
Les 100 nouveaux francs type Bonaparte
modifierEn , Ceslaw Bojarski abandonne la contrefaçon des billets de 5 000 FRF pour celle des récents billets de 100 nouveaux francs de type Bonaparte. Ces faux billets bénéficient d'une expérience et d'un savoir-faire que Bojarski a mis plus de dix années à atteindre. La contrefaçon est telle que même des caissiers habiles à repérer les faux sont incapables de les différencier des vrais. Les faux Bonaparte produits par Bojarski à cette époque sont à ce jour les seules fausses coupures à avoir été directement échangées par la Banque de France[14]. Ces trois falsifications sur trois coupures différentes, billets de 1 000 et 5 000 anciens francs puis 100 nouveaux francs, font penser aux experts de la Banque de France qu'ils sont de la même main[15].
La qualité de contrefaçon inégalée est principalement à l'origine de la notoriété de Bojarski, à travers le monde, auprès des services de police spécialisés dans la lutte contre le faux-monnayage[16] et, plus tard, des numismates. Les experts de la Banque de France croient avoir affaire à une organisation criminelle disposant d'importants moyens techniques et humains, alors que Ceslaw Bojarski produit ses faux billets seul d'abord dans un atelier au fond de son jardin à Bobigny, puis dans une cache aménagée dans la cave de sa villa de Montgeron, à l'aide d'un matériel qu'il a inventé et construit de ses mains pour la circonstance, par crainte de se faire repérer en l'achetant et en mettant à profit ses compétences d'ingénieur. Contrairement aux pratiques des autres faux-monnayeurs, il produit lui-même le papier-monnaie comportant un authentique filigrane (en broyant et mélangeant des feuilles à rouler de cigarettes et du papier calque dans des proportions précises)[17], met au point ses propres encres et grave ses plaques d'impression en cuivre[18].
Arrestation et emprisonnement
modifierAlors que les faux billets sont d'habitude isolés au sein d'une liasse, les experts de la Banque de France détectent en 1963 une liasse entière de dix faux, ce qui permet à la police de découvrir que cette somme a servi à l'achat de bons du Trésor, l'enveloppe de remise étant tamponnée dans un bureau de poste du 17e arrondissement de Paris. Les guichetiers sont avertis du signalement de l'homme écoulant ces faux billets, si bien que lorsqu'un suspect se présente à un bureau de poste le , la police le file, ce qui les mène à un deuxième homme, Alexis Chouvaloff, un Russe très lié à son beau-frère polonais, Antoine Dowgierd. Le , ces deux hommes sont interpellés à leur domicile en possession de ces faux billets. Ils livrent le nom de Ceslaw Bojarski qui est arrêté le même jour par des policiers de l'Office central de répression de la fausse monnaie dans son pavillon de Montgeron[15].
Pendant des années, Bojarski a parcouru la France en train de nuit pour écouler ses faux. Un jour, lassé de ces voyages, il s'est résigné à s'associer avec Chouvaloff et Dowgierd pour écouler les faux billets : 300 millions d'anciens francs en douze ans[19]. Alexis Chouvaloff avait naïvement acheté des bons du Trésor auprès de l'administration des PTT avec ces fausses coupures. La perquisition à Montgeron met au jour uniquement un coffre-fort contenant 72 millions de francs en vrais bons du Trésor[15], mais aucune trace des faux billets, jusqu'à ce qu'un inspecteur renverse malencontreusement un verre d'eau, l'écoulement du liquide révélant une trappe qui mène à un atelier clandestin dissimulé en sous-sol[15],[18].
Bojarski est condamné à 20 ans d'emprisonnement et incarcéré à la prison de la Santé[19]. Ses deux complices Chouvaloff et Dowgierd sont exemptés de peine pour l'avoir dénoncé. Il bénéficie d’une remise de peine pour bonne conduite après 13 années d'incarcération[20]. En 1978, Bojarski et son épouse, qui occupent un modeste studio à Évry, sont en vacances dans le Massif central quand une fuite d'eau dans leur studio oblige les pompiers à intervenir. En déplaçant la cuisinière, ceux-ci découvrent 10 lingots d'or et 797 louis d'or. En 1980, un deuxième procès aboutit à la confiscation des biens de Bojarski[21].
Atteint de la maladie d'Alzheimer et vivant dans le dénuement, Czelaw Bojarski meurt le et est enterré au cimetière de Saint-Nizier-du-Moucherotte en Isère. À Montgeron, avenue de Sénart, la maison et la trappe secrète existent toujours en 2013[22].
Bibliographie
modifierPlusieurs ouvrages sont tirés de l'histoire de Ceslaw Bojarski, que ce soit des biographies ou des romans inspirés de l'affaire. On peut citer notamment l'essai biographique de Dominique Raymond Poirier, Bojarski : roi des faux-monnayeurs, paru en auto-édition en 2010, le roman policier de Guillaume Soa, L'Affaire Bojarski, le maître de la fausse monnaie, publié aux éditions La Plume en 2025, qui retrace les relations entre le faussaire et son traqueur[23], le commissaire Benhamou ; et le roman d'Aziz Keftouna, Faussaire, paru chez L'Harmattan en 2024.
Filmographie
modifierSon histoire a inspiré le film Le Jardinier d'Argenteuil de Jean-Paul Le Chanois (1966). Ce film n'est cependant pas, à proprement parler, une biographie relatant des faits authentiques, mais plutôt une fiction s'inspirant de ce qu'on a appelé l'« affaire Bojarski » et de la capacité du faussaire du même nom à reproduire, sans complicité aucune et avec des moyens de base sommaires dans le sous-sol de sa maison de Montgeron, des faux billets de banque quasiment impossibles à différencier de la monnaie authentique.
Le sort le film de Jean-Paul Salomé L'Affaire Bojarski avec Reda Kateb et Sara Giraudeau dans les rôles de Ceslaw et Suzanne Bojarski[24].
Émissions de radio
modifier- Bojarski le Cézanne de la fausse monnaie, un épisode de l'émission Affaires sensibles de France Inter diffusé le [25]
- Ceslaw Bojarski le faussaire aux doigts d'or, un épisode de l'émission L'heure du crime de RTL diffusé le [26]
Notes et références
modifier- ↑ Numizon, « Bojarski, le plus grand des faussaires ! », sur Numizon, (consulté le ).
- ↑ Yves Jaeglé, « Coup de théâtre à Drouot : les faux billets de Bojarski retirés de la vente aux enchères au dernier moment », Le Parisien, (consulté le ).
- ↑ Marine Richard, « Un propriétaire a retrouvé des faux billets Bojarski dans son grenier et comptait les vendre aux enchères mais son butin lui a été confisqué », sur Figaro Immobilier, (consulté le ).
- ↑ « Exposition "Faux et faussaires - Du Moyen Âge à nos jours" », sur Ministère de la Culture - Portail des Archives Nationales (consulté le ).
- 1 2 Irène Inchauspé, « Czeslaw Bojarski, « le Cézanne du faux billet », pris la main dans le sac », sur lopinion.fr, .
- 1 2 « C'était le Cézanne de la fausse monnaie », sur Le Parisien, .
- ↑ Erik Orsenna, Sur la route du papier : Petit précis de mondialisation III, Stock, , 324 p. (ISBN 978-2-234-07346-3, lire en ligne), Hommage aux artistes.
- ↑ Dominique Raymond Poirier, Bojarski : roi des faux-monnayeurs, 2010 (auto-édition).
- ↑ Christophe Cornevin, « Les faux-monnayeurs préfèrent l'euro », sur lefigaro.fr, .
- ↑ « Affaire Bojarski : "J'ai été habituée à ne jamais poser de questions", confie la fille du "Cézanne de la fausse monnaie" sur RTL », sur rtl.fr (consulté le ).
- ↑ Cité de l'Economie, « Faux billet de 100 nouveaux francs type 1959 « Bonaparte » Contrefaçon « Bojarski » », sur Cité de l’Économie (consulté le ).
- ↑ Michel Braudeau, « Le très discret Monsieur Bojarski », Le Monde, .
- 1 2 Michel Braudeau, Faussaires éminents, Gallimard, , p. 19.
- ↑ Florian Delorme, « Monnaie : chacun sa pièce, chacun son billet (3/4) - Les faux-monnayeurs », franceculture.fr, (consulté le ).
- 1 2 3 4 Michel Braudeau, Faussaires éminents, Gallimard, , p. 20.
- ↑ Patrimoine et archives historiques de la Banque de France, « L'affaire Bojarski, à la poursuite du "Cézanne" de la fausse monnaie », sur Banque de France, (consulté le ).
- ↑ « Le faussaire Bojarski », sur TNUMIS Magazine - Thomas Numismatics (consulté le ).
- 1 2 « 29 - Faux billets Bojarski », sur papier-monnaie.fr (consulté le ).
- 1 2 Michel Braudeau, Faussaires éminents, Gallimard, , p. 21.
- ↑ « Bojarski : les tribulations du Cézanne de la fausse monnaie », fayette-edition.com.
- ↑ « l'incroyable histoire du faux-monnayeur Czeslaw Bojarski bientôt adaptée au cinéma », sur actu.fr, (consulté le ).
- ↑ Ville de Montgeron, « Le roi des faussaires », Montgeron Mag, no 188, , p. 23 (lire en ligne).
- ↑ Laurent Rebours, « L'Affaire Bojarski, un film mais aussi un roman d'un écrivain de Chartres, sur ce Cézanne de la fausse monnaie », sur ActuChartres, (consulté le ).
- ↑ Fanny Dolle, « « L’affaire Bojanski » au cinéma : c’est un imprimeur nogentais qui a conseillé Reda Kateb », sur Courrier picard, (consulté le ).
- ↑ « Bojarski, le Cézanne de la fausse monnaie », sur France Inter, (consulté le )
- ↑ « Affaire Bojarski : "J'ai été habituée à ne jamais poser de questions", confie la fille du "Cézanne de la fausse monnaie" sur RTL », sur RTL.fr, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jacques Pradel, chapitre dans Côté crimes" - 36 affaires criminelles qui ont frappé l'opinion, Éditions SDL, 2009 (ISBN 9782738225580).
- Frédéric Rouvillois, Le Collectionneur d'impostures, Paris, Éditions Flammarion, , 384 p. (ISBN 978-2-08-124613-3 et 2-08-124613-9, lire en ligne)
- Benoît Garnot, Être brigand : Du Moyen Âge à nos jours, Armand Colin, coll. « Vies d'autrefois », , 224 p. (ISBN 978-2-200-28705-4 et 2-200-28705-4, lire en ligne)