Charlotte Puiseux

autrice et militante française

Charlotte Puiseux, née le dans le 14e arrondissement de Paris et morte le à Caen (Calvados), est une chercheuse et militante antivalidiste française, philosophe, conférencière et psychologue clinicienne.

Charlotte Puiseux
Biographie
Naissance
Décès
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Nom de naissance
Charlotte Julie Puiseux
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Elle est parmi les premières personnalités en France à consacrer des travaux poussés à la théorisation du validisme systématique de la société et à sa dénonciation. En s'appuyant sur ses travaux universitaires, son militantisme et son expérience directe en tant que femme handicapée, elle met l'accent sur la responsabilité de la société qui infériorise les corps jugés déviants. Autrice d'un apport fondamental aux idées et à la culture crip, elle mêle la réflexion sur le modèle social du handicap à l'intersectionnalité avec diverses assignations sociales, notamment en lien avec la pensée anticapitaliste, féministe et queer.

Biographie

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Famille

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Charlotte Julie Puiseux[1] naît le [2] dans le 14e arrondissement de Paris[1], « dans une famille d’artisans originaires de la Manche »[3], « garagistes peu politisés »[4].

Jeunesse

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Elle a une amyotrophie spinale de type 2[5], une myopathie rare très invalidante paralysant de nombreux muscles, qui lui est diagnostiquée alors qu'elle a six ans[3]. En fauteuil roulant depuis l'enfance, elle n'a jamais marché. Elle participe au Téléthon à 5 ans ; elle le critiquera plus tard comme « dépolitisant » le handicap[6].

Études

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Elle va à l'école, mais y expérimente douloureusement le validisme ordinaire[7]. Elle résume cette expérience en évoquant des camarades qui lui apportaient une aide  souvent empreinte de présupposés validistes  tout en ne l'invitant jamais à leur anniversaire[4].

Elle est élève en classe préparatoire littéraire, puis étudiante à l'université. Elle obtient un master en philosophie et en psychologie[2]. Elle interrompt son doctorat pour entrer dans la vie active et exercer la psychologie clinique[8] pendant plusieurs années. Devenue militante pour les droits des personnes handicapées, c'est sous cet angle qu'elle entreprend de nouveau une thèse, dans le domaine de la philosophie politique[5].

Engagements

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Engagée pour les questions féministes, elle rejoint en 2014 le média Les Ourses à Plumes, dans lequel elle écrit sur les vécus des femmes en situation de handicap et sur le militantisme antivalidiste[9].

En 2018, elle soutient sa thèse, intitulée « Queerisation des handicaps : le militantisme crip en questions », à l'université Paris-Diderot, sous la direction d'Anne Kupiec[10].

Elle rejoint le Nouveau Parti anticapitaliste pendant ses études[2], en millitant au sein de la commission handicap[4] et le quitte par la suite[3].

En 2022, elle publie De chair et de fer. Vivre et lutter dans une société validiste, où elle partage ses réflexions sur le handicap et le validisme[11]. Elle s'y place à contre-courant de toute complainte essentialiste et misérabiliste, aussi bien que de tout récit axé sur la résilience et le dépassement de soi[12].

En 2025, elle publie l'essai Plutôt vivre, avec la militante handiféministe et journaliste Chiara Kahn, en réaction au propos de Michel Drucker, « plutôt mourir que d’être handicapé », au moment où il est opéré du cœur en 2021[13].

Œuvre poétique

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Charlotte Puiseux écrit aussi des poèmes sur les luttes et les vécus féministes, crip et queer dans une société marquée par les discriminations structurelles. Cette démarche n'est pas séparée de son travail d'essayiste. Le poème De chair et de fer donne ainsi son titre à l'ouvrage théorique correspondant[14], au début duquel il est présenté[15].

Elle meurt le à Caen[2],[16], à l'âge de 39 ans, d'un accident vasculaire cérébral (AVC)[17]. Elle était hospitalisée depuis le à la suite d'un premier AVC[17]. De nombreux hommages lui sont rendus pour saluer une figure importante du milieu antivalidiste, et des condoléances sont adressées à sa famille[10].

Vie privée

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Elle est mariée avec Vincent Colleau[17]. Juste après la naissance de leur fils, alors qu'elle a trente ans, elle s'établit en Normandie, à Avranches, dans le département de la Manche, région d'origine de sa famille, où elle poursuit sa carrière[18].

Modèle social du handicap

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Selon Charlotte Puiseux, le handicap est le fruit d'un environnement et d'un regard, celui d'une société qui tient pour une évidence, inscrite dans les corps, l'infériorité de ceux qui ne répondent pas à la norme instituée, dont les possibles ne sont pas ceux tenus pour utiles et moyens[19]. Elle estime que ce processus d'assignation et de hiérarchisation est à rapprocher de l'accusation portée contre les corps queer, déclarés coupables d'être inclassables, « contre nature » et divergents. Elle défend également l'intersectionnalité avec le féminisme (handiféminisme)[20], idée notamment incarnée par un collectif dont elle est membre : Les Dévalideuses[10].

Sans nier l'état de fait des conditions handicapantes, elle met l'accent sur l'autonomie, l'accessibilité et fustige les programmes verticaux qui se fondent sur la charité, l'aide et la compassion déplacées, sans prendre en compte le point de vue des personnes concernées. Pour elle, les personnes handicapées peuvent rêver d'inclusion sociale, de relations amoureuses, de travailler, sans avoir à rêver de « réparer » leur handicap ; par exemple, dans son cas : de marcher ou de courir[3] ; les personnes handicapées ne devraient susciter ni la pitié, ni une admiration exagérée pour ce qu'elles feraient « malgré » leur condition[2].

Elle pense, en outre, qu'il n'existe pas de frontière factuelle nette entre les corps valides ou non. Elle conceptualise l'idée d'un « continuum du handicap[11] ».

Elle introduit le terme de « validité », en tant qu'il désigne l'idéal régulateur fixant des frontières entre personnes valides et personnes handicapées. Dans cette perspective, l'idéal de validité crée des injonctions, tout comme l'hétéronormativité en crée pour l'hétérosexualité[21].

Charlotte Puiseux est inspirée par les disability studies[2] et le concept de « validisme » (en anglais : ableism), une manière de parler du handicap qui s'est développée en premier dans le monde anglo-saxon[11].

Handinationalisme

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Elle dénonce le modèle libéral qui valorise quelques individus handicapés comme héroïques parce qu'ils feraient beaucoup de choses « malgré » leur handicap, ce que l'on appelle, dans la pensée antivalidiste : l'inspiration porn[22].

C'est dans cette logique qu'elle développe le concept original de « handinationalisme ». Fustigeant un modèle dans lequel les personnes en situation de handicap ne sont présentées comme méritantes et inspirantes que lorsqu'elles se lancent des défis pour « surmonter » leur condition ; elle prête cette tendance aux nations occidentales  à la logique individualiste et capitaliste  qui instrumentaliseraient ces parcours pour renvoyer une image plus tolérante[5].

Aide active à mourir

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Charlotte Puiseux milite contre l'utilitarisme et considère que l'anticapitalisme s'imbrique dans la dénonciation des pratiques eugénistes et capacitistes. Tenant la libéralisation de l'aide active à mourir (euthanasie et suicide assisté) pour un message d'une extrême violence adressé aux personnes jugées insuffisamment productives, elle défend la valeur et la dignité de leur vie dans ses ouvrages et ses interventions médiatiques ; et  a contrario d'autres personnalités classées à gauche  elle s'oppose aux lois sur la fin de vie[23],[24].

Handiparentalité et sexualités handies

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Mariée et mère d'un enfant, elle est maman-relais de l'association Handiparentalité. Elle est l'une des rares personnes avec un handicap à prendre publiquement la parole pour évoquer, sous un angle militant, sa vie et, notamment, sa parentalité ; un défi lancé à une société gangrenée par les tabous et les préjugés[20]. La lutte pour la liberté et l'égalité de toutes et tous dans les relations amoureuses ou sexuelles est l'un des combats qu'elle mène et des sujets qu'elle théorise[25], en particulier dans la promotion des droits procréatifs des femmes crip et queer, ainsi qu'en encourageant celles qui le souhaitent à construire leur projet parental.

Dans sa contribution à l'ouvrage collectif Bi.es, qui paraît en 2026, elle aborde le thème de la bisexualité et de la pansexualité sous l'angle du crip, alors défini comme une intersection entre le handicap et les identités racisées, sexisées et queer.

Mettant en lumière le lien entre assignation de genre et handicap, elle explore le fait que le thème de l'accessibilité concerne également les sexualités des personnes handicapées, qui sont souvent invisibilisées et empêchées. Explorant aussi la possibilité d'accéder à des représentations plus diversifiées et égalitaires des relations, elle note que, dès l'enfance, elle a elle-même été assignée à la fois à la féminité et au handicap, entre des schémas relationnels étroits et une exclusion de ces mêmes schémas.

Elle note que, parfois, les victoires contre le validisme (avoir des relations avec des hommes cis et fonder une famille dite « traditionnelle » tout en étant handicapée) sont des défaites contre le sexisme. Résoudre cette tension passe par la présentation des relations queer comme modèle désirable, elle-même souhaitant être à la fois épouse et mère de famille depuis longtemps et dans un certain esprit de revanche ; et, plus récemment, affirmer aussi une identité de personne queer et pansexuelle.

Mentionnant la désexualisation  qui va de pair avec la déshumanisation subie par de nombreuses personnes handicapées  elle note que celles-ci, en particulier lorsqu'elles sont sexisées (femmes ou minorités de genre), subissent davantage d'abus sexuels. Ce qui n'est pas contradictoire avec le fait qu'on les désexualise, donc qu'on ne leur ouvre pas de possibilité de consentir à des relations harmonieuses et saines et qu'elles doivent souvent trouver d'autres chemins pour en construire sans qu'on leur apporte, d'une manière appropriée, l'accès à des notions comme celle de « consentement sexuel[26] ».

Publications

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En collaboration

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Notes et références

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  1. 1 2 « PUISEUX Charlotte Julie », sur matchid (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 Anne-Aël Durand, « Charlotte Puiseux, philosophe et militante antivalidiste, est morte », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
  3. 1 2 3 4 « RENCONTRE. Pour Charlotte Puiseux, une personne handicapée n’est pas un "valide raté" », Ouest-France, (lire en ligne [archive du ] Accès payant, consulté le ).
  4. 1 2 3 Camille Bauer, « Charlotte Puiseux, en guerre contre le validisme », L'Humanité, (consulté le ).
  5. 1 2 3 Laurent Lejard, « L'engagement de Charlotte Puiseux », sur Yanous ! Le magazine francophone du handicap, (consulté le ).
  6. « Charlotte Puiseux, de chair et de fer », sur radiofrance.fr, (consulté le ).
  7. Marina Carrère d'Encausse, « Charlotte Puiseux : "J'ai tout de suite été identifiée comme handicapée, et à l'école j'ai subi des discriminations" », sur France Culture, (consulté le ).
  8. François Crochon, « Coup de projecteur sur Charlotte Puiseux », sur CeRHeS, (consulté le ).
  9. oursesaplumes, « Femmage : Charlotte Puiseux (1986-2026) », sur Les Ourses à plumes, (consulté le ).
  10. 1 2 3 Hocine Bouhadjera, « Charlotte Puiseux, grande penseuse de l’antivalidisme, s'en est allée », sur ActuaLitté, (consulté le ).
  11. 1 2 3 Jean-Marie Durand, « Charlotte Puiseux, philosophe et activiste de la lutte antivalidiste, est morte », Les Inrockuptibles, (consulté le ).
  12. Jean-Marie Durand, « Avec De chair et de fer, Charlotte Puiseux étrille la société validiste », sur lesinrocks.com/ (consulté le ).
  13. Anne-Aël Durand, « Plutôt vivre : comment le validisme exclut les personnes en situation de handicap », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
  14. Charlotte Puiseux et Cléo Schwindenhammer, « De chair et de fer », Z : Revue itinérante d’enquête et de critique sociale, vol. 16, no 1, , p. 152–153 (ISSN 2101-4787, DOI 10.3917/rz.016.0152, lire en ligne, consulté le ).
  15. Marie-Pierre Denis, « De chair et de fer, vivre et lutter contre le validisme de Charlotte Puiseux ' », sur Missives, (consulté le ).
  16. « Charlotte Puiseux : avis de décès du 9 août 2026 », sur avis-de-deces.ouest-france.fr (consulté le ).
  17. 1 2 3 Celia Carola, « "C’était une guerrière" : Charlotte Puiseux, docteure en philosophie et autrice en situation de handicap, est décédée », sur actu.fr, La Gazette de la Manche, (consulté le ).
  18. « Avranches. Charlotte Puiseux : "Handicapé n'est pas un gros mot, c'est devenu une fierté" » Accès payant, sur lamanchelibre.fr, (consulté le ).
  19. « Le mythe de la capacité », sur lmsi.net (Les mots sont importants) (consulté le ).
  20. 1 2 « Charlotte Puiseux – Mois du genre » (consulté le ).
  21. Marion Chottin et Corinne Doria, Handicap, déficience, différence: Une introduction aux disability studies, ENS Éditions, (ISBN 979-10-362-0911-6, lire en ligne), p. 26-27.
  22. Sophie Chyrek, « Charlotte Puiseux : pour en finir avec le validisme », sur Journal des activités sociales de l'énergie, (consulté le ).
  23. « Proposition de loi, T.A. n° 332 », sur assemblee-nationale.fr (consulté le ).
  24. Marguerite Catton, « Fin de vie : une loi révélatrice du validisme systémique ? », sur radiofrance.fr, (consulté le ).
  25. Charlotte Puiseux, « Validisme partout, dignité nulle part », Délibérée, vol. 25, no 2, , p. 12–18 (ISSN 2555-6266, DOI 10.3917/delib.025.0012, lire en ligne, consulté le ).
  26. Camille Regache (dir.), Amandine Gay, Jeanne Godard-Davant, Mathis Grosos, Pauline Harmange, Morgan N. Lucas, Stéphanie Ouillon, Préca et Charlotte Puiseux, Bi.es, Points, (ISBN 979-10-414-2681-2).

Liens externes

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