Chouette hulotte
Strix aluco
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Classe | Aves |
| Ordre | Strigiformes |
| Famille | Strigidae |
| Genre | Strix |
Répartition géographique
Statut CITES
La Chouette hulotte (Strix aluco) ou Chat-huant, est une espèce d'oiseaux de la famille des Strigidae. Ce rapace nocturne est très répandu en Eurasie, notamment en Europe.
La chouette hulotte est un oiseau de taille moyenne (une quarantaine de centimètres de hauteur), de silhouette trapue : sa tête et son corps sont plus ronds que ceux de sa cousine la chouette effraie, de taille comparable (légèrement plus petite). Son ventre est pâle avec des stries sombres, et les parties supérieures du corps sont brunes ou grises. Il existe aussi une variante de plumage rousse. Plusieurs des onze sous-espèces reconnues ont toutes les variantes. À la différence des hiboux grand-, petit- et moyen-duc, elle ne porte pas d'aigrette sur le dessus de sa tête. Son « masque facial » très typique, relativement plat et caractérisé par deux grands disques faciaux (en) ronds et bien marqués en forme de « cœur », est un élément non négligeable d'identification de l'espèce, avec sa silhouette dodue.
Son nid est généralement dans un trou dans le tronc d'un arbre et il permet de protéger les œufs et les jeunes contre les prédateurs potentiels. Cette chouette ne migre pas et attache beaucoup d'importance à son territoire. Beaucoup de jeunes oiseaux meurent de faim s'ils ne peuvent pas trouver un territoire libre une fois la protection parentale finie.

Ce rapace chasse principalement les rongeurs pendant la nuit, généralement en fondant sur sa proie depuis une hauteur et l'avalant entièrement, rejetant ensuite des pelotes de réjection. Sa vision et son audition performantes, couplées à un vol silencieux, l'aident dans sa chasse nocturne. Cependant, contrairement à une croyance populaire, sa rétine est à peine plus sensible que celle d'un être humain, même si sa vision s'adapte à ses mœurs nocturnes[1],[2]. Ce sont plutôt ses oreilles placées de façon asymétrique qui sont essentielles à sa chasse car elles lui donnent une excellente audition directionnelle[3]. La chouette hulotte est capable de capturer des chouettes plus petites, mais est elle-même prédatée par de grands-ducs de plus grande taille ou de l'autour des palombes. Les renards roux sont une cause importante de mortalité chez les jeunes fraîchement sortis du nid.
Description, morphologie et physiologie
modifierAspect
modifierLa chouette hulotte est un oiseau robuste, qui mesure généralement entre 37 et 43 cm de longueur pour une envergure de 81 à 105 cm[4] et une masse de 420 à 590 g. À peine plus grande que la chouette effraie des clochers avec qui elle partage une grande partie de son habitat en Europe, la chouette hulotte est d'une envergure légèrement moindre, et elle est nettement plus trapue qu'elle et de silhouette plus ronde, puisqu'elle pèse presque le double. Et son plumage est globalement plus foncé que celui de l'effraie des clochers.
Comme les espèces de son genre Strix et à la différence des grands-ducs, par exemple, elle ne possède pas d'aigrettes et le disque facial entourant les yeux brun foncé est généralement assez plat. L'animal est sujet au polymorphisme et a deux formes qui diffèrent par leur couleur du plumage cryptique : l'une a le haut de corps roux et brun et l'autre brun grisâtre, bien que des couleurs intermédiaires puissent également se rencontrer. Les parties inférieures des deux morphotypes sont blanchâtres et striées de rayures foncées[5]. Selon la théorie de l'évolution, un des plumages doit assurer un meilleur camouflage et imposer un seul morphotype. Or en fonction des générations, ce n'est pas le même morphotype qui domine alors que leur valeur sélective semble bien différente, ce phénomène est connu sous le principe du pierre-feuille-ciseaux selon la théorie des jeux évolutionnistes[6].
Son cou étant très souple, elle peut complètement tourner la tête vers l’arrière, sans bouger le corps. Cela contribue à l'efficacité et à la discrétion de son affût comme de ses capacités de détection des proies et des prédateurs. Cela pallie aussi la relative étroitesse de son champ de vision — puisque ses yeux sont parallèlement alignés sur sa face plane, et non répartis de part et d'autre du bec et du crâne —, étroitesse déjà compensée par une large ouverture de son angle de vision binoculaire, pour la même raison, qui lui donne une vision détaillée et en relief (voir ci-dessous la section consacrée à sa vision)
Cette espèce présente un dimorphisme sexuel, la femelle étant plus grande que le mâle d'environ 5 %, et plus lourde de 25 %[7].
Vol
modifierAvec une hauteur plus importante et de longues phases planées, le vol de la chouette hulotte est produit avec moins de battements d'ailes que les autres espèces de chouettes eurasiennes. Le vol de la chouette hulotte est assez lourd et lent, particulièrement lors des premiers battements d'ailes de son envol, et sa silhouette reste trapue même lorsqu'elle vole[8]. Comme chez la plupart des chouettes, le vol est rendu silencieux par ses plumes soyeuses et par une bordure de barbules fines placées sur le bord d'attaque des rémiges primaires les plus externes[9]. Sa taille, sa forme trapue et ses ailes larges la distinguent des autres chouettes trouvées dans son aire de répartition. La chouette lapone, les différents grand-ducs et la chouette de l'Oural sont de forme semblable, mais beaucoup plus grands[8].
Vision
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- Vision binoculaire
- Vision monoculaire
Les yeux de la chouette hulotte sont placés à l'avant de la tête et leurs champs de vision se chevauchent de 50 à 70 %, lui conférant ainsi une meilleure vision binoculaire que les rapaces diurnes chez qui ce chevauchement ne dépasse pas 30 à 50 %[10]. La rétine de la chouette hulotte a quelque 56 000 bâtonnets sensibles à la lumière par millimètre carré, et bien que l'hypothèse selon laquelle l'animal pourrait voir dans la partie infrarouge du spectre électromagnétique ait été rejetée[1], on entend encore souvent dire que la chouette hulotte a une vue supérieure de 10 à 100 fois à celle des humains dans des conditions de faible éclairage. Toutefois, la base expérimentale de cette affirmation est probablement inexacte par au moins un facteur de 10[2]. L'acuité visuelle réelle de la chouette n'est en fait que légèrement supérieure à celle de l'homme, et sa sensibilité accrue est due à des facteurs optiques plutôt qu'à une plus grande sensibilité rétinienne. En fin de compte, les humains et les chouettes ont atteint la limite de la résolution rétinienne chez les vertébrés terrestres[2].
Les adaptations à la vision de nuit incluent une grande taille de l'œil, sa forme tubulaire, un grand nombre de bâtonnets groupés dans la rétine, et une absence de cônes, puisque les bâtonnets ont une sensibilité supérieure à la lumière. Ces bâtonnets ne contiennent que peu de gouttelettes lipidiques, dont la présence réduirait l'intensité lumineuse[11]. À la différence des rapaces diurnes, les chouettes ont normalement une seule fovéa[12], ce qui est peu développé, sauf chez les chasseurs diurnes, comme le hibou des marais[10].
Audition
modifierL'audition est importante pour les rapaces nocturnes et, comme les autres Strigiformes, la chouette hulotte a deux oreilles de structure différente et placées de manière asymétrique pour améliorer l'audition directionnelle. Un « passage » à travers le crâne relie les tympans, et les légères différences de temps dans l'arrivée du son à chaque oreille permet de situer la source. L'ouverture de l'oreille gauche est plus haute sur la tête que l'oreille droite, plus grande, et s'inclinant plus vers le bas, améliorant donc la sensibilité aux sons venus du bas[10]. Les deux ouvertures de l'oreille sont cachées sous les plumes du disque facial, qui est structurellement conçu pour être « transparent » au son, et est tenu par un pli mobile de peau[3].
La structure interne de l'oreille, qui dispose d'un grand nombre de neurones dévolus à l'audition, procure à l'animal une meilleure capacité de détection à distance des sons à basses fréquences, comme le bruissement fait par le déplacement d'une proie dans la végétation[3]. L'audition de la chouette hulotte est dix fois meilleure que celle d'un être humain[3], et elle peut chasser en utilisant seulement ce sens dans l'obscurité d'une forêt sous un ciel couvert. Cependant, le bruit des gouttes de pluie touchant le sol ou la végétation perturbe la détection de sons faibles, et un temps humide prolongé peut conduire l'animal à la famine en l'empêchant de chasser efficacement[10].
Longévité
modifierLa Chouette hulotte vit 18 ans en moyenne. Le record de longévité pour un oiseau sauvage est établi à 22 ans et 5 mois et pour un oiseau en captivité à 27 ans[4].
Comportement
modifierChasse et alimentation
modifierLa chouette hulotte est un rapace nocturne mais elle peut chasser le jour. Grâce à ses serres puissantes et acérées, la chouette saisit ses proies en plein vol. Son plumage lui permet de passer incognito dans les branchages et de guetter ses proies en toute tranquillité. Quand elle a jeté son dévolu sur un rongeur, elle déploie ses grandes ailes de presque un mètre d’envergure et fond dessus. La nuit, grâce à son ouïe très développée, la chouette hulotte perçoit le moindre bruissement aux alentours. La chouette hulotte gobe tout rond ses proies. Comme elle ne peut pas les digérer entièrement, elle recrache leurs os et leurs poils, sous la forme de pelotes de réjection.
C’est un prédateur nocturne qui chasse à l’affût, en se fiant principalement à son ouïe très développée pour le repérage de ses proies, quasi exclusivement la nuit, peu après le coucher du soleil jusqu'avant son lever, sauf en période d'élevage des jeunes où elle commence plus tôt.
Opportuniste, elle mange des petits rongeurs, chauves-souris, poissons, grenouilles, serpents, petits oiseaux et gros insectes. Sa plus grosse proie est le lapin de garenne, le plus souvent juvénile. En ville, elle peut consommer des pigeons.
Reproduction
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Monogame, territoriale et sédentaire comme la plupart des strigiformes[13], la chouette hulotte vit en couple stable, le plus souvent en forêt, mais également dans les jardins des villes.
De février à avril, la femelle couve seule de 3 à 5 œufs pendant 28 à 30 jours ; le mâle lui apporte de la nourriture et il lui arrive parfois de la relayer dans le nid. Comme elle commence à couver dès la ponte des premiers œufs, les jeunes éclosent progressivement. Après l'éclosion des tout premiers, elle reste encore une dizaine de jours dans le nid. Le mâle approvisionne toute la famille, surtout avec des petits mammifères, des chauves-souris, des serpents, des insectes. Plus tard la femelle le seconde, mais pendant le jour, elle monte la garde non loin du nid et donne parfois à manger à ses petits en se servant des provisions de la nuit. Les jeunes quittent le nid au bout de 28 à 36 jours et se tiennent dans le voisinage tout le temps que les parents leur apportent de la nourriture. Ce n'est que vers une cinquantaine de jours qu'ils entreprennent leur premier vol.
Ses œufs mesurent de 43 à 51 x 35 à 43 mm et sont de couleur blanche.
Cri
modifier| Fichiers audio | |
| Chant d'une femelle chouette hulotte | |
| Chant d'un mâle chouette hulotte | |
| modifier |
La chouette « hulule ». Le mâle pousse un « hou-hou » sonore suivi par un « houu » plus long, une à quatre secondes plus tard. À la période des amours son cri est « Houou, hou, hououououououou » (hululement) mais parfois aussi un « Youih » ou un « kouwitt ».
La femelle a un cri plus bref : une suite (généralement quatre) de « kwèk » aigus et sonores.
Habitat et répartition
modifierC'est le plus commun des rapaces nocturnes en Europe[14],[13] avec une population estimée à près de 198 000 couples[4].
Ses lieux de prédilection sont les régions forestières et agricoles, les parcs plantés de vieux arbres, les grands jardins, les cimetières boisés, et parfois même en ville, les avenues. Elle est même la seule espèce de Strigidé à s’aventurer en ville et à y demeurer[15]. C'est plutôt un oiseau de plaine, mais elle a une bonne capacité d'adaptation aux conditions de son habitat ; c'est ainsi qu'on la retrouve jusqu'à 3 800 m au Pakistan et dans le nord-est de l'Inde.
Elle n'est pas très exigeante pour le lieu de nidification et a une nourriture variée : c'est pourquoi on la rencontre dans autant de biotopes différents. Elle reste fidèle au même nid, qui peut être un arbre creux, un trou de vieux mur ou de rocher, ou bien un nichoir. Elle ne construit jamais son propre nid.
La chouette hulotte peut être présente en milieu urbain et elle est rencontrée dans plusieurs villes même grandes comme Lyon, Marseille, Toulouse ou Paris. À Paris, un projet est totalement dédié depuis 2010 à l'étude de sa population qui semble en fort déclin depuis quelques décennies sans explication claire à ce jour[16].
Migration
modifierCette espèce est surtout sédentaire, les adultes ne quittent pas les sites de reproduction même lorsque l'hiver est rigoureux ; en revanche, les jeunes peuvent se déplacer, à des distances ne dépassant toutefois pas 200 km.
Taxinomie et sous-espèces
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Le nom scientifique de la chouette hulotte, Strix aluco, a été défini par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758.
D'après la classification de référence du Congrès ornithologique international (version 14.1, 2024)[17], la Chouette hulotte possède 7 sous-espèces (ordre phylogénique) :
| Sous-espèces | Aire de répartition | Décrit par[Note 1] |
|---|---|---|
| Strix aluco aluco | Europe du Nord et centrale : de la Scandinavie aux mers Méditerranée et Noire | Linnaeus, 1758 |
| Strix aluco biddulphi | Nord-ouest du Pakistan et Cachemire | Scully, 1881 |
| Strix aluco harmsi | Turkménistan | (Zarudny, 1911) |
| Strix aluco sanctinicolai | Ouest de l'Iran et nord-est de l'Irak | (Zarudny, 1905) |
| Strix aluco siberiae | Russie centrale : de l'Oural à l'ouest de la Sibérie | Dementiev, 1933 |
| Strix aluco sylvatica | Europe de l'Ouest avec la Grande-Bretagne incluse | Shaw, 1809 |
| Strix aluco willkonskii | De la Palestine au nord de l'Iran et du Caucase | (Menzbier, 1896) |
Listes des sous-espèces qui ne sont plus des sous-espèces de la Chouette hulotte dans cette classification :
| Ancien nom | Aire de répartition | Décrit par | Nom et statut actuel |
|---|---|---|---|
| Strix aluco mauritanica | Nord-ouest de l'Afrique : du Maroc à la Tunisie et à la Mauritanie | (Witherby, 1905) | Espèce à part entière : Chouette du Maghreb (Strix mauritanica) |
| Strix aluco nivicola | Du Népal au sud-est de la Chine, du sud au nord de la Birmanie et de la Thaïlande | (Blyth, 1845) | Sous-espèce nominale de la Chouette de l'Himalaya : Strix nivicolum nivicolum |
| Strix aluco ma | Nord-est de la Chine et Corée | Clark, HL, 1907 | Sous-espèce de la Chouette de l'Himalaya : Strix nivicolum ma |
| Strix aluco yamadae | Taiwan | Yamashina, 1936 | Sous-espèce de la Chouette de l'Himalaya : Strix nivicolum yamadae |
Il est intéressant de noter qu'en captivité des hybridations ont été observées entre chouette hulotte et chouette de l'Oural, avec même un hybride fertile. En revanche ce genre de phénomène n'a jamais été noté dans la nature alors même que dans certaines régions les deux espèces cohabitent en grand nombre comme en Finlande[4].
Effets des modifications de l'environnement
modifierL'environnement a toujours été soumis à des modifications qu'elles soient d'origine naturelle ou humaine. Les activités humaines ont contribué à ces modifications au cours de l'histoire, notamment à travers la maîtrise du feu, l’essor de l’agriculture puis l’industrialisation[18]. Cependant, aujourd’hui, les pressions exercées sur l’environnement, notamment par les activités humaines, conduisent à des modifications rapides et importantes des milieux naturels[19].
De nombreuses espèces animales et végétales se trouvent donc confrontées à différentes situations face à ces modifications de l’environnement. Elles peuvent notamment modifier leur comportement, s’adapter aux nouvelles conditions environnementales ou déplacer leur aire de répartition. Certaines populations peuvent également voir leurs effectifs diminuer, jusqu’à disparaître localement ou, dans les cas les plus extrêmes, entraîner l’extinction de l’espèce[20]. Ce risque d’extinction globale est particulièrement important pour les espèces endémiques, c’est-à-dire celles qui sont présentes naturellement et uniquement dans une aire géographique déterminée[21]. Ces différentes réponses ne sont pas nécessairement exclusives : une même espèce peut, par exemple, modifier son comportement tout en voyant son aire de répartition ou ses effectifs évoluer[20]. Par ailleurs, l’adaptation évolutive peut se produire au fil des générations, lorsque certains caractères héréditaires favorisent la survie et la reproduction dans un environnement donné[22].

Les effets des modifications de l’environnement sur les espèces peuvent prendre différentes formes et ne sont pas tous étudiés de la même manière. C’est notamment le cas de la chouette hulotte (Strix aluco) qui a fait l’objet de plusieurs études scientifiques. Celles-ci abordent différents aspects de son écologie, notamment les effets de l’urbanisation et des pollutions lumineuse et sonore qui lui sont associées et du changement climatique. Les modifications de l’environnement peuvent donc avoir différents effets sur la chouette hulotte, qui ne concernent pas uniquement son comportement.
Urbanisation
modifierL’urbanisation est un phénomène d’artificialisation des sols qui connaît une expansion sans précédent. Elle participe à la destruction des habitats, première cause de l’érosion de la biodiversité selon le rapport de l’IPBES de 2019[23].
Effets sur la détection des proies
modifierL'urbanisation expose les animaux nocturnes à deux nuisances : la pollution lumineuse, due à l'éclairage artificiel durant la nuit, et la pollution sonore, notamment liée au trafic routier. La chouette hulotte est une espèce concernée par ces nuisances, qui vont souvent de pair, car son aire de répartition se superpose souvent à des zones urbanisées. Elle chasse à l’affût et repère surtout ses proies grâce aux sons qu’elles font en bougeant ce qui correspond à la détection sonore. Elle peut également utiliser sa vue pour repérer ses proies (détection visuelle), mais cet aspect de son comportement de chasse est encore peu étudié dans la littérature scientifique[24].
En 2025, une équipe de l’université de Lund (Suède) s’est penchée sur les effets isolés et combinés de ces deux types de pollution urbaine sur la détection des proies chez l’espèce. L’expérience a été faite en volières extérieures, avec 38 jeunes chouettes hulottes élevées en captivité. Chaque oiseau a été placé dans quatre situations : obscurité et silence (situation témoin), bruit de trafic et obscurité, lumière LED et silence, puis bruit et lumière ensemble. Dans chaque cas, on présentait à la chouette sélectionnée deux types de signaux de proie : un enregistrement de bruissement dans la végétation (signal sonore) et une souris morte déplacée à l’aide d’un fil (signal visuel). Ils mesuraient si les chouettes réagissaient aux signaux, le délai avant leur réaction et la durée de celle-ci[24].
Les chercheurs de cette étude ont conclu que testés seuls, le bruit de fond constant et la lumière artificielle réduisent les chances que la chouette réagisse à une proie, et l’effet est plus marqué pour les signaux sonores que pour les signaux visuels. Mais quand les deux nuisances sont présentes en même temps, les effets dépendent du type de signaux (visuel ou sonore). Pour la détection visuelle, les effets de la lumière et du bruit s’additionnent : la capacité de réaction diminue. Mais, de façon inattendue, la lumière semble, en revanche, atténuer l'effet que le bruit constant a sur la détection sonore des proies : la capacité de réaction des chouettes semble augmenter par rapport aux résultats avec du bruit seul, mais sans retrouver pour autant le niveau observé sans nuisance (témoin). Les chouettes hulottes semblent s'appuyer davantage sur la vue quand l’écoute devient difficile, mais sans que l’étude ne permette de le confirmer pleinement[24].
En revanche, cette capacité ne signifie pas nécessairement qu'elles arrivent à compenser les effets du bruit constant et de la lumière artificielle pendant la chasse. En effet, il y a des limites. L'expérience portait seulement sur la détection des proies, et ne permettait pas d'évaluer si les chouettes parvenaient ensuite à les attaquer et à les capturer. Aussi, les oiseaux étudiés étaient maintenus en captivité et n’avaient pas d’expérience de chasse dans leur milieu naturel. Des recherches supplémentaires seraient donc nécessaires pour mieux comprendre les conséquences de ces pollutions sur l’efficacité de la chasse chez les chouettes hulottes vivant à l’état sauvage[24].
Effets sur le régime alimentaire
modifierLes ressources alimentaires de la chouette hulotte peuvent aussi être influencées par les caractéristiques de son habitat, notamment dans les milieux urbanisés.
Entre 1990 et 2008, une étude menée en Pologne a analysé les restes de proies issus de pelotes de réjection de chouettes hulottes collectées sur 152 sites. Les pelotes de réjection correspondent aux restes alimentaires que les chouettes rejettent par le bec après avoir consommé leurs proies. En général, les chauves-souris représentent une faible proportion du régime alimentaire de la chouette hulotte. Par exemple, dans cette étude, elles représentaient 0,64% des 17 908 proies vertébrées identifiées[25].
Les auteurs ont donc cherché à déterminer si le degré d’urbanisation de l’habitat influençait la proportion des chauves-souris dans le régime alimentaire de la chouette hulotte. Pour cela, ils ont distingué cinq types d’habitats, urbains et non urbains, puis comparé les proportions de chauves-souris parmi les proies identifiées. Les cinq types d’habitats étaient les parcs urbains, les forêts périurbaines (situées à proximité de zones bâties), les espaces non forestiers en milieu rural, les lisières forestières et l’intérieur des forêts[25].
L'étude a permit de conclure que les chauves-souris sont davantage représentées dans le régime alimentaire des chouettes vivant dans certains habitats associés aux villes. En effet, parmi les proies vertébrées identifiées, elles représentaient environ 2 % des proies dans les parcs urbains, contre environ 0,8 % dans les forêts périurbaines et 0,1 % à l’intérieur des forêts[25]. Il faut également préciser que ces pourcentages concernent les proies vertébrées identifiées dans l’étude, et non l’ensemble des proies possibles, comme les invertébrés. Les chauves-souris restent donc une ressource alimentaire minoritaire.
Il existe plusieurs hypothèses qui pourraient expliquer ces différences. Premièrement, les forêts denses pourraient être moins favorables aux activités de chasse des chauves-souris et donc cela réduirait les rencontres avec les chouettes hulottes. Deuxième hypothèse, certaines structures urbaines telles que les greniers et les bâtiments, peuvent fournir un lieu de repos et de reproduction aux chauves-souris et favoriser leur présence dans les mêmes milieux que les chouettes. Enfin, les auteurs suggèrent aussi, qu’en ville, lorsque la disponibilité des proies habituelles, notamment les petits vertébrés (souris, campagnols, petits oiseaux...) et les amphibiens (grenouilles, crapauds)[26] diminue, la chouette hulotte étant opportuniste, pourrait alors consommer plus fréquemment d’autres proies accessibles telles que les chauves-souris. La facilité avec laquelle celles-ci peuvent être capturées pourrait également jouer un rôle. Ces explications restent toutefois des hypothèses, des études supplémentaires devraient être menées[25].
Une association entre le type d’habitat et la proportion de chauves-souris dans le régime alimentaire de la chouette hulotte est observée. Cette différence pourrait être liée à plusieurs éléments, dont la disponibilité des chauves-souris, la structure du paysage, les possibilités de capture et la présence d’autres proies[25].
Effets sur la reproduction
modifierGénéralement, pendant la période de reproduction, la chouette hulotte niche dans les cavités d'arbres, notamment en forêt. Avec l’expansion urbaine, elle peut également trouver des sites de nidification dans les parcs et les jardins urbains, ainsi que dans des nichoirs ou dans certaines cavités de bâtiments[26].
En 2008, dans le sud de la Finlande, des scientifiques ont cherché à déterminer si le milieu dans lequel vit cette espèce pouvait influencer sa reproduction, en comparant les populations présentes dans des habitats urbains et ruraux[27]. Ils ont comparé 210 territoires de nidification ruraux et 60 territoires urbains, suivis entre 1994 et 2006. Ils ont étudié plusieurs paramètres, comme la fréquence de reproduction, la taille des pontes, le nombre de jeunes produits et leur survie. Ils ont aussi cherché à savoir si ces paramètres étaient liés à l’abondance des petits mammifères, qui constituent une part importante de l’alimentation de la chouette hulotte, ainsi qu’aux conditions météorologiques de l’hiver précédent.
Leurs résultats ont montré que l’habitat urbain n'influence pas significativement les paramètres de reproduction des chouettes hulottes. La fréquence de reproduction, la moyenne des taille des pontes, le nombre moyen de jeunes et la survie des poussins ne diffèrent pas de manière significative entre les habitats urbains et ruraux étudiés : la qualité de reproduction de l’espèce est donc globalement comparable[27].
Mais, les auteurs ont constaté que certains facteurs environnementaux semblaient influencer différemment la reproduction selon le milieu au cours de l’année. En milieu rural, la taille des pontes varie avec l’abondance régionale des petits mammifères au printemps et la fréquence de reproduction est plus élevée après des hivers doux. En milieu urbain, les chouettes hulottes semblent être moins sensibles aux variations de l’abondance des proies au cours de l’année et aux conditions météorologiques de l’hiver précédent[27].
Changement climatique
modifierLe changement climatique est un autre enjeu qui engendre des conséquences sur de nombreuses espèces. Il peut modifier les périodes de certains évènements de leur cycle de vie comme la migration, la nidification, l'éclosion, l’hibernation[20]…
Effets sur la compétition interspécifique
modifierEn modifiant le calendrier de reproduction de certains oiseaux, cela peut créer des changements dans les relations entre espèces qui partagent les mêmes ressources, comme les sites de nidification. Il peut y avoir une intensification ou une atténuation de la compétition interspécifique, qui signifie une compétition “entre espèces”.
Si on prend le cas de la chouette hulotte et l’effraie des clochers : la chouette hulotte se reproduit tôt et pond, en général, entre février et mars (pic fréquent des pontes) et ne fait qu’une seule couvée par an[26], tandis que l’effraie des clochers pond plus tard, entre mars et juin (avec un pic en avril) et peut faire jusqu’à deux pontes par an[28]. Ces deux chouettes utilisent parfois les mêmes nichoirs, installés surtout dans les clochers d’église[29].
Une étude menée dans le sud de la Hongrie, entre 1993 et 2019, s’est intéressée à la chouette hulotte et l’effraie des clochers, et au potentiel du changement climatique à intensifier la compétition entre ces deux espèces pour les sites de nidification[29].
Dans des nichoirs de clochers d’église en Hongrie, les deux espèces semblent être en compétition indirecte (ou d’exploitation) pour les sites de nidification : elles utilisent parfois les mêmes nichoirs, et l’occupation d’un nichoir par l’une peut influencer la reproduction de l’autre. Quand les deux espèces utilisent le même nichoir la même année, la chouette hulotte s’installe en premier, puis l’effraie s’y installe en second. Dans ce cas, l’effraie commence à pondre environ un mois plus tard et fait presque toujours une seule couvée, alors qu’elle en fait une seconde dans environ un quart des cas lorsqu’elle n’a pas à partager son nichoir avec la chouette hulotte. En situation de compétition, la chouette hulotte pond environ quatre jours plus tôt et fait une ponte plus grosse, mais elle n’a pas plus de jeunes à l’envol[29].
En lien avec les températures plus élevées en mars, les chercheurs ont aussi constaté que l’effraie des clochers pond environ deux semaines plus tôt qu’au début de l’étude (sur une période d’environ 27 ans). Chez la chouette hulotte, aucun changement n’a été détecté. Les périodes de reproduction des deux espèces se rapprochent donc, ce qui pourrait, selon les auteurs, augmenter la compétition d’exploitation pour la nidification dans les nichoirs, notamment dans les clochers d’églises. Il s’agit toutefois d’une hypothèse : l’étude n’a pas mesuré d’augmentation de la compétition dans le temps[29].
La chouette hulotte semble donc pouvoir avoir un effet indirect et négatif sur la reproduction de l’effraie des clochers (ponte plus tardive, seconde couvée presque absente), et le réchauffement climatique, en rapprochant les périodes de reproduction des deux espèces, pourrait accentuer cette compétition interspécifique[29].
Effets sur la composition des populations
modifierLe changement climatique peut également modifier la composition des populations de différentes espèces, notamment lorsque les individus d’une même population présentent différents phénotypes (caractéristiques observable), comme dans le cas d’un polymorphisme de coloration du plumage (présence de plusieurs formes de coloration au sein d'une même population). Ces différences entre phénotypes peuvent notamment être liées à la diversité génétique au sein d’une population. Selon l'environnement, certains phénotypes peuvent représenter un avantage ou un désavantage pour les individus. Quand ces différences sont héréditaires (transmis par les gènes) et influencent la survie ou la reproduction des individus, la sélection naturelle peut modifier la composition des populations au fil des générations[22].

Une étude, menée en 2011 dans le sud de la Finlande, s’est intéressée à comment l’évolution des conditions climatiques hivernales pouvait influencer la survie des chouettes hulottes en fonction de la coloration de leur plumage. Pour rappel, l’espèce présente principalement deux formes de coloration : une grise et une brune[30].
L’étude a utilisé des données datant de 1981 à 2008, et a analysé les relations entre la survie des chouettes hulottes (grises et brunes) et les conditions climatiques telles que l’épaisseur de la couverture neigeuse et les températures hivernales.
La conclusion est que selon la couleur du plumage, les conditions hivernales n’ont pas les mêmes influences. Quand il y a beaucoup de neige (épaisseur de la couverture neigeuse élevée), la probabilité de survie des individus bruns diminue davantage que celle des individus gris. Les températures hivernales basses semblent également diminuer plus fortement la survie des individus bruns que celle des individus gris. Les chouettes hulottes brunes semblent donc désavantagées en matière de survie lors des hivers rigoureux et neigeux[30].
Mais, selon les auteurs, à cause du réchauffement climatique, les hivers du sud de la Finlande deviennent de plus en plus doux et sont accompagnés notamment d’une réduction de l’épaisseur de la couverture neigeuse. Il a été observé qu’avec ce changement de climat hivernal, les chouettes hulottes brunes voyaient leur survie s’améliorer. La survie des individus gris reste, elle, relativement stable. Ce qui fait qu’au sein de la population, la différence de survies entre les deux formes de coloration s’est atténuée au fil des hivers, jusqu’à devenir faible lors des hivers plus doux[30].
L’augmentation de la présence d’individus bruns dans la population est donc principalement associée à une meilleure survie lors des hivers et non pas à une augmentation de leur succès reproducteur. Les auteurs interprètent l’augmentation de la proportion de chouettes brunes comme une réponse microévolutive au changement climatique, puisque la coloration du plumage dépend en grande partie des gènes transmis par les parents. La microévolution correspond à une modification des caractéristiques génétiques au sein d’une population au fil des générations[30].
Le changement climatique, ici le réchauffement notamment, peut donc modifier les pressions de sélection sur certains individus d’une population au sein d’une même espèce. Ce phénomène peut également contribuer à l’évolution de la composition des populations au fil des générations[30].
Statut de conservation et protection
modifierL'Union internationale pour la conservation de la nature définit le statut de conservation de l'espèce à « Préoccupation mineure » (LC)[31].
La chouette hulotte bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis 1976. Il est donc interdit de la détruire, la mutiler, la capturer ou l'enlever, de la perturber intentionnellement ou de la naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids et de détruire, altérer ou dégrader leur milieu. Qu'elle soit vivante ou morte, il est aussi interdit de la transporter, colporter, de l'utiliser, de la détenir, de la vendre ou de l'acheter[32].
Initiatives de conservation
modifierDes initiatives de conservation de la chouette hulotte sont mises en place dans plusieurs pays, comme par exemples en France, en Belgique et au Royaume-Uni. Elles visent à préserver ses habitats et à favoriser son maintien dans les milieux forestiers et urbains, notamment face aux modifications de son environnement.
En 2021, dans la commune normande de Saint-Loup-Hors, en France, les habitants, agriculteurs et élus ont lancé un projet nommé « À vos LOUPes, naturellement ! »[33],[34]. Avec l'aide d'écologues et de naturalistes, l'objectif est de préserver et de restaurer le bocage de la commune, marqué par la disparition progressive des haies, des mares et des prairies. Ce projet concerne notamment la chouette hulotte, qui fait partie des espèces ciblées par les actions de restauration écologique. Plusieurs mesures ont été mises en place, comme la plantation de haies, la restauration des continuités écologiques (par exemple avec la trame verte) et l'installation de nichoirs. Ces aménagements visent à maintenir des habitats favorables à la faune, dont la chouette hulotte, dans un paysage transformé par les activités humaines[35].

Pour favoriser la conservation des habitats de la chouette hulotte en milieu urbain, certaines villes proposent des mesures de gestion adaptées aux besoins de l'espèce. C'est le cas de Paris, en France, qui présente, dans l'édition 2025 de Les Chemins de la nature (ressource documentaire sur le réseau écologique de la ville), une fiche explicative consacrée à la chouette hulotte[36]. Cette fiche identifie plusieurs menaces liées à l'urbanisation, comme la perte des arbres à cavités, la fragmentation des espaces boisés et la pollution lumineuse. La ville recommande donc de conserver au maximum les arbres à cavités, d'installer des nichoirs dans des arbres dans des endroits peu fréquentés par le public, de privilégier un éclairage artificiel orienté vers le sol et de préserver les zones de pénombre[36]. Elle recommande aussi de maintenir les habitats favorables aux proies de la chouette hulotte comme les prairies ou les ronciers. Ces recommandations s’adressent aussi bien aux gestionnaires des espaces verts qu’aux habitants[36].
Dans la continuité de l’installation de site de nidification, lors de projets urbains comme la construction de nouveaux logements, pour compenser la perte de nichoirs naturels ou artificiels de la chouette hulotte, des aménagements peuvent permettre à l’espèce de conserver des possibilités de nidification malgré les transformations de son habitat[37]. Toujours en Normandie, c’est le cas d’un projet immobilier à Granville qui a découlé sur le transfert du nichoir déjà présent sur le site de construction et sur l’ajout de deux nichoirs supplémentaires pour la chouette hulotte sur des arbres du terrain. Cette initiative réalisée visait à réduire les conséquences du projet immobilier sur l’espèce[37].
Le suivi et la connaissance des populations de chouettes hulottes sont également à prendre en compte dans leur conservation. Afin d'évaluer l’efficacité des initiatives de conservation mises en place et de comprendre l'évolution des populations, il est important de surveiller leur aire de répartition et de déterminer si les populations sont stables, en déclin ou en augmentation. De nombreuses organisations réalisent ces suivis, notamment la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)[26] en France, la Station ornithologique suisse de Sempach en Suisse[38], ou la British Trust for Ornithology (BTO) au Royaume-Uni[39].
Les aménagements et les initiatives de conservation de la chouette hulotte visant à limiter les effets potentiels de la modification son environnement repose donc sur plusieurs mesures comme : l'installation de nichoirs dans les milieux urbains et forestiers; la préservation autant que possible des arbres à cavités; le maintien de zones de pénombre et de tranquillité en limitant la fréquentation humaine; la réduction de la pollution lumineuse en privilégiant un éclairage artificiel orienté vers le sol afin de limiter les perturbations sur le rythme cyclique et sur les activités de chasse des chouettes; ainsi que sur la mise en place de corridors écologiques (trame verte) pour relier les fragments forestiers et autres espaces végétalisés, ruraux ou urbains, pour favoriser la connectivité entre ces habitats. A ces mesures s’ajoute le suivi et le recensement des populations.
Étymologie
modifierOrigine de « Strix aluco »
modifierStrix aluco, le nom scientifique de la chouette hulotte[40], vient du grec στρίγξ / strínx, « effraie »[41] et du latin ulucus, « hibou, chat-huant »[42].
Origine de « chat-huant »
modifierPour l'étymologie de l'appellation imagée et populaire de « chat-huant », dont les premières occurrence datent du XIIIe siècle[43], on pourra consulter la section qui lui est consacrée dans l'article sur les chiroptères, où elle est mise en parallèle avec celle de l'énigmatique mot de « chauve-souris », qui n'est ni chauve ni souris, pas plus que le « chat-huant » n'est un chat[15] (section intitulée : « Même aventure étymologique pour le « chat-huant » »).
Il faut noter ici que l'acception du mot « chat-huant » est plus générique que celle de « chouette hulotte » (qui est plus spécifique donc), parce que ce vocable sert à désigner l’ensemble des rapaces nocturnes (quoique plus spécialement la chouette hulotte), mais aussi particulièrement « ceux qui possèdent deux touffes de plumes semblables à des oreilles de chat »[44], ce qui est le cas par exemple des hiboux grand-duc (Bubo bubo), moyen-duc (Asio otus) et petit-duc (Otus scops), dont les aires de répartition recoupent en majeure partie celle de la chouette hulotte, et dont les deux aigrettes latérales ornant leur tête les font en effet ressembler (de loin) à des chats.
En plus de leur ressemblance (relative) avec le chat ces oiseaux hululent, alors on accole à ce mot le participe présent du verbe huer dont l’onomatopée imite le cri[45]. Le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) signale que non seulement l'apparence, mais aussi le cri du chat-huant « rappelle quelque peu le chat »[46]. C'est donc probablement la ressemblance relative entre le hululement de la chouette hulotte et le miaulement du chat qui lui a fait attribuer ce surnom de chat-huant, comme les aigrettes en forme d'oreilles de chat l'ont fait pour les hiboux. Et de citer Henri Pourrat, qui rebondit sur l'aspect métaphorique de cette appellation : « Un chat-huant miaulait, une buse criait »[47].
- Les hiboux aussi sont surnommés « chats-huants » pour leurs aigrettes en forme d'oreilles de chat
- 1- Hibou grand-duc
- 2- Broche "tête de hibou"
- 3- Petit-duc (à face blanche)
Mais cette expression de « chat-huant » n'est pas seulement fondée sur une proximité par analogie de forme, de cri et de son. En fait c'est un glissement phonétique (par altération) qui a créé la forme chahuan en ancien français à partir de la forme javan, avant qu'elle ne soit assimilée à l'orthographe « chat-huant » en s'appuyant sur cette ressemblance d'aspect et de cri, et non l'inverse : c'est donc le mot qui a créé l'analogie et non l'analogie qui a créé le mot[49],[43],[45]. Ce mot de chahuan avait dérivé à partir du latin tardif căvannus (« chouette hulotte », lui-même emprunté au gaulois *cauannos[50],[Note 2]), et du vieux-francique *kāwa[Note 3],[Note 2], devenus par la suite javan en judéo-français[53] du XIe siècle[49] (signifiant alors « hibou »[43]), puis chavan, choan (1180-1200[46]) et enfin chahuan donc, en ancien français. Ces mots anciens sont aussi à l’origine de nos mots actuels de « chouan » et de « chouette »[43],[46].
Il faut en outre signaler que, selon certaines sources, il existe pour ce vocable populaire de « chat-huant » une acception erronée qui a cours en Afrique francophone et particulièrement au Gabon, où l'on désigne ainsi la Nandinie ou Civette palmiste africaine (Nandinia binotata)[54], une espèce de mammifère carnivore du sous-ordre des Féliformes qui comprend aussi les félins (donc entre autres le Chat sauvage d'Afrique subsaharienne, auquel on assimile aussi la Nandinie, toujours au Gabon et par erreur[54]).
- La Nandinie, ou Civette palmiste africaine surnommée par erreur « chat-huant » ou « chat sauvage »
- Photo collectée par le Museum américain d'histoire naturelle, expédition au Congo (1922-1925).
- Nandinia binotata, dessin de Donovan Reginald Rosevear, 1974.
Références culturelles
modifier
- La chouette hulotte, comme les Strigiformes, a souvent été considérée comme un présage de malchance, et « l'oiseau de mauvais augure » par excellence. William Shakespeare l'a utilisé dans Jules César (Acte I, Scène 3) : « Et hier l'oiseau de nuit s'est abattu sur la place du marché, en plein midi, huant et criant »[55]. John Ruskin trouvait le cri de la chouette annonciateur de malheur : « Whatever wise people may say of them, I at least have found the owl's cry always prophetic of mischief to me »[56] (« Quoi que les sages disent d’eux, j’ai du moins pour ma part toujours considéré le cri de la chouette comme un prophète de malheur »). William Wordsworth a écrit le poème There was a Boy (« Il y avait un garçon ») sur ce thème[57]. Au gré des sentiments de chaque poète, le cri de la chouette est donc ressenti soit comme lugubre (le plus souvent), comme l'appel fantomatique d'un cher disparu, soit parfois comme plutôt apaisant, associé avec l'ambiance nocturne qu'il "signe", soulignant le silence plus qu'il ne le trouble. Ainsi, l'écrivain Jacques Chardonne a exprimé par un oxymore saisissant toute l'ambiguïté de ce ressenti à la fois psychologique, poétique et culturel dans son livre Attachements - Chronique privée :
« Village très silencieux (...) parfois vers minuit le cri de la chouette hulotte, aigu et glacé comme le signal d'une détresse heureuse, et qui semble le cri même de la nuit »[58].

- Dans l'antiquité grecque, la chouette est aussi le symbole de la sagesse et de la clairvoyance de la déesse Athéna (dont elle est l'animal emblématique) dans les ténèbres de l'ignorance, ainsi que le signe de la victoire de la Raison sur l’obscurantisme. Même si traditionnellement la chouette d'Athéna était plutôt assimilée à la chouette chevêche, beaucoup plus petite que la chouette hulotte, force est de constater que ses représentations ressemblent souvent aussi à cette dernière.
- Une fable de Jean de La Fontaine de 1678 s'intitule Les Souris et le Chat-huant[59]. À noter que dans cette fable, le Chat-huant en question est plutôt un hibou qu'une chouette hulotte (car, on l'a vu, « chat-huant » est d'acception plus large), et il est désigné par une périphrase mettant en scène Atropos (« l'Inflexible »), l'une des Moires (divinités grecques antiques du Destin), — justement celle qui coupe le fil de la vie —, ce qui fait encore du chat-huant le porteur de funestes présages :
On abattit un pin pour son antiquité,
Vieux Palais d’un hibou, triste & sombre retraite
De l’oiseau qu’Atropos prend pour son interprète
— Jean de la Fontaine, Fables, livre XI, fable 9

- Durant les guerres de Vendée elle donna son nom au chouans qui est dérivée de chat-huant le nom local, son cri servit aussi durant la guerre bien que son utilisation était antérieure
- La chouette hulotte est l’emblème du magazine français La Hulotte.
- Le compositeur Olivier Messiaen a consacré à cet oiseau une pièce, qui en porte le nom, de son œuvre pour piano Catalogue d'oiseaux.
- La chouette hulotte est une des nombreuses espèces de chouettes et de hiboux personnifiées dans la série Les Gardiens de Ga'Hoole de Kathryn Lasky, adaptée au cinéma dans le long-métrage Le Royaume de Ga'Hoole et en jeu vidéo sur Wii, Xbox 360, PlayStation 3 et Nintendo DS[60].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Les parenthèses indique que la sous-espèce était à l'origine classée dans un genre différent.
- 1 2 l'astérisque précédant le mot indique que la forme du mot a été reconstruite par les linguistes, donc non attestée mais hypothétique, sur la base de comparaisons entre des formes attestées dans les différentes langues celtiques, latines, franciques, anciennes et modernes
- ↑ Le vieux-francique *kāwa ou *cawa, le gaulois *cauannos, le grec ancien κικκάβη / kikkábē et le latin căvannus[51] (signifiant selon le cas : chouette hulotte ou hibou) seraient tous issus d'une racine indo-européenne commune : *kău ou *kaw- (« hurler »)[52], racine qu'on retrouve aussi dans le mot « chouette ».
Références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Tawny Owl » (voir la liste des auteurs).
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- ↑ traduction de François-Victor Hugo
- ↑ John Ruskin, Praeterita, Oxford University Press, 2012, p. 275
- ↑ Ian Donnachie, Carmen Lavin, From Enlightenment to Romanticism: Anthology II, Manchester University Press, 2004, p. 85
- ↑ Ndlr : c'est nous qui soulignons (en italiques) l'oxymore « détresse heureuse ». Références : Jacques Chardonne, Attachements : Chronique privée, Stock, puis Albin Michel, 1941, éd. revue en 1943, puis rééd. en 1955, p. 185. Cité dans : CNRTL Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, « CHOUETTE 1 », sur cnrtl.fr, (consulté le ), onglet "Lexicographie".
- ↑ On pourra lire en ligne cette fable sur Wikisource (pour voir le fac-similé de l'édition originale, cliquer sur les numéros de pages dans la marge de gauche) : Jean de La Fontaine, texte établi et publié par Denys Thierry et Claude Barbin, « Les Souris et le Chat-huant », sur wikisource.org, (consulté le ), pages 215 à 219.
- ↑ « [http://www.jeuxvideo.com/jeux/wii/00036496-l e-royaume-de-ga-hoole-la-legende-des-gardiens-le-jeu-video.htm Le Royaume de Ga'Hoole : La Légende des Gardiens - Le Jeu Vidéo sur Wii] », sur Jeuxvideo.com (consulté le )
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives au vivant :
- Animal Diversity Web
- Avibase
- BioLib
- BirdFacts
- BirdLife International
- Dyntaxa
- EPPO Global Database
- EU-nomen
- European Nature Information System
- Fauna Europaea
- Paleobiology Database/ex FW
- Global Biodiversity Information Facility <2026
- iNaturalist
- Interim Register of Marine and Nonmarine Genera
- Nálezová databáze ochrany přírody
- NBN Atlas
- Nederlands Soortenregister
- Oiseaux.net
- Paleobiology Database
- Species+
- Système d'information taxonomique intégré
- TAXREF (INPN)
- Union internationale pour la conservation de la nature
- World Register of Marine Species
- Xeno-canto
- ZooBank
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Fiche de la chouette hulotte sur le site public français de l'Inventaire National du Patrimoine Naturel : .
- Site consacré à la chouette hulotte à Paris : « LA hulotte parisienne » (→ http://chouetteparis.fr/, avec un "A" majuscule en forme de tour Eiffel dans son logo, anciennement : www.hulotteparisienne.fr).
Références taxinomiques
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- (fr + en) Avibase : Strix aluco (+ répartition) (consulté le )
- (en) Zoonomen Nomenclature Resource (Alan P. Peterson) : Strix aluco dans Strigiformes
- Oiseaux.net : Strix aluco (+ répartition)
- (fr) CITES : taxon Strix aluco (sur le site du ministère français de l'Écologie) (consulté le )
- (en) Fauna Europaea : Strix aluco Linnaeus, 1758 (consulté le )
- (en) Animal Diversity Web : Strix aluco
- (en) NCBI : Strix aluco (taxons inclus)
- (en) UICN : espèce Strix aluco (consulté le )
- (en) CITES : Strix aluco Linnaeus, 1758 (+ répartition sur Species+) (consulté le )
