Chat sauvage de Gordon
Le Chat sauvage de Gordon, en arabe gatt al barra est une population du Chat de Libye, une sous-espèce du Chat ganté, un mammifère carnivore de la famille des Félidés. Ce petit félin vit dans la péninsule Arabique.
- Felis silvestris gordoni Harrison, 1968 [1]
Taxinomie et étymologie
modifierFelis silvestris gordoni est le nom scientifique proposé par David Harrison en 1968 pour un spécimen de chat sauvage collecté dans la Région d'Al-Batinah à Oman[2]. L'individu de référence a été trouvé et nommé d'après le major A. C. G. Gordon, un officier sur lequel peu d'éléments biographiques sont connus, ce qui lui vaut son nom vernaculaire de « Chat sauvage de Gordon »[3].
Le statut taxinomique du félin a suscité des débats au sein de la communauté scientifique à partir des années 1990 :
- En 2005, il était classé comme une sous-espèce du chat sauvage sous le taxon Felis silvestris gordoni dans Mammal Species of the World (version 3, 2005) ()[1];
- En 2007, une vaste étude phylogénétique a proposé de le regrouper au sein de la sous-espèce du Chat de Libye (Felis silvestris lybica)[4] et depuis la révision de 2017 menée par le Cat specialist group de l'UICN, Felis lybica forme une espèce distincte de Felis silvestris, et la population d'Arabie est alors rattachée au Chat de Libye[5].
Description
modifierLe chat sauvage de Gordon est d'une corpulence et d'une taille tout à fait comparables à celles du chat domestique. Sa fourrure courte et dense varie d'une teinte rousse à sable, ou de brun-fauve, chamois à gris cendré, avec des marques faciales sombres sur le crâne ainsi que de légères rayures transversales sur les flancs et les membres. Les parties inférieures du corps sont blanchâtres et la sole plantaire comporte des poils noirs entre ses coussinets noirs[6]. Sa queue s'achève par trois anneaux sombres distincts et une pointe entièrement noire[7],[6].
Distribution et habitat
modifierCe félin est principalement présent dans l'est de la péninsule Arabique, où il est endémique du nord d'Oman et de portions limitrophes des Émirats arabes unis[6]. Des mentions historiques l'associent plus largement aux milieux arides d'Arabie, aux lits de rivières asséchées (oueds) et aux contreforts rocheux. Son milieu de prédilection comprend des zones semi-désertiques parsemées d'éboulis et de formations buissonnantes. Les mâles y patrouillent sur un domaine vital étendu pouvant atteindre plusieurs kilomètres carrés, alors que les femelles occupent un territoire plus modeste[6].
Écologie et comportement
modifierLe chat de Gordon mène une existence solitaire et principalement nocturne, ne tolérant ses congénères qu'au moment des chaleurs. Agile et combatif, il dispose sur son territoire de plusieurs abris de secours situés dans des cavités rocheuses, des troncs d'arbres creux ou d'anciens terriers de renards abandonnés.
Strictement carnivore et prédateur opportuniste, il se nourrit de petits mammifères tels que les gerboises et les mériones, d'oiseaux nichant au sol, de reptiles et de grands insectes. Ce régime lui permet de subvenir à la quasi-totalité de ses besoins en eau sans dépendre de points d'eau permanents[8].
Reproduction
modifierLa reproduction s'étale sur une grande partie de l'année, avec une fréquence de naissances accrue constatée de janvier à mars. Les mâles localisent les femelles en chaleur en suivant les traces olfactives de phéromones qu'elles déposent. La gestation oscille entre 56 et 65 jours selon les observations en milieu contrôlé et en liberté. La portée se compose en moyenne de un à cinq petits, le plus souvent trois ou quatre chatons. À la naissance, les juvéniles possèdent une robe tachetée ; leur sevrage débute au cours du deuxième ou troisième mois, mais ils demeurent auprès de leur mère pendant de nombreux mois afin de parfaire l'apprentissage de la chasse et d'assurer leur indépendance[6].
Statut de conservation et menaces
modifierL'aire d'occupation du chat sauvage de Gordon est très localisée, ce qui en fait l'un des chats sauvages les plus vulnérables du Moyen-Orient. La perte et la fragmentation d'habitats dues aux aménagements agricoles et urbains réduisent régulièrement son espace vital.
Le péril majeur pour l'intégrité de cette population réside dans l'hybridation génétique continue provoquée par les accouplements avec des chats harets, réduisant drastiquement le nombre d'individus sauvages génétiquement purs subsistant à l'état naturel. Afin d'enrayer sa disparition, un élevage conservatoire en captivité a vu le jour dès 1986 à Abou Dabi. Des spécimens ont par la suite été confiés à des institutions zoologiques en Allemagne et aux États-Unis, tandis que le studbook international de la population captive est coordonné par le Zoo de Cologne[9].
Notes et références
modifierRéférences
modifier- 1 2 Mammal Species of the World (version 3, 2005), consulté le .
- ↑ (en) D. Harrison, « Felis silvestris gordoni », dans The Mammals of Arabia. Volume II: Carnivora, Artiodactyla, Hyracoidea, Londres, Ernest Benn, (ISBN 978-0-8018-9533-3), p. 283
- ↑ (en) Bo Beolens, Michael Watkins et Michael Grayson, The Eponym Dictionary of Mammals, Baltimore, Johns Hopkins University Press, , 592 p. (ISBN 978-0-8018-9304-9), p. 160
- ↑ (en) C. A. Driscoll, M. Menotti-Raymond, A. L. Roca, K. Hupe, W. E. Johnson, E. Geffen, E. H. Harley, M. Delibes, D. Pontier, A. C. Kitchener, N. Yamaguchi, S. J. O’Brien et D. W. Macdonald, « The Near Eastern origin of cat domestication », Science, vol. 317, no 5837, , p. 519–523 (PMID 17600185, PMCID 5612713, DOI 10.1126/science.1139518, Bibcode 2007Sci...317..519D)
- ↑ (en) A. C. Kitchener, C. Breitenmoser-Würsten, E. Eizirik, A. Gentry, L. Werdelin, A. Wilting, N. Yamaguchi, A. V. Abramov, P. Christiansen, C. Driscoll, J. W. Duckworth, W. Johnson, S.-J. Luo, E. Meijaard, P. O'Donoghue, J. Sanderson, K. Seymour, M. Bruford, C. Groves, M. Hoffmann, K. Nowell, Z. Timmons et S. Tobe, « A revised taxonomy of the Felidae: The final report of the Cat Classification Task Force of the IUCN Cat Specialist Group », Cat News, no Special Issue 11, , p. 17–20 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 (en) J. W. Sharp, « Arabian wildcat », sur DesertUSA (consulté le )
- ↑ Geneviève Hamelin, Sur les pas des… petits félins, Chinon, Éditions Joe, , 144 p. (ISBN 979-10-93636-47-4), p. 27
- ↑ (en) « Arabian wildcat », Natural UAE, sur UAEInteract (consulté le )
- ↑ (en) « Gordon's Wildcat F.s.gordoni » [archive du ], sur International Society for Endangered Cats, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie externe
modifier- (en) P. Phelan et Alexander Sliwa, « Range size and den use of Gordon's wildcats Felis silvestris gordoni in the Emirate of Sharjah, United Arab Emirates », Journal of Arid Environments, vol. 60, no 1, (lire en ligne, consulté le ).
Liens externes
modifier- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Felis silvestris gordoni Harrison, 1968
- (en) Catalogue of Life : Felis silvestris gordoni Harrison, 1968 Non Valide
- (fr + en) ITIS : Felis silvestris gordoni Harrison, 1968 Non valide