Saint-bernard
Le saint-bernard est une race de grands chiens de montagne molossoïdes originaire des Alpes occidentales, à la confluence des territoires suisse, français et italien. Sélectionné depuis le XVIIe siècle par les chanoines augustins de l'hospice du Grand-Saint-Bernard pour l'accompagnement et le sauvetage des voyageurs égarés dans la neige, il est aujourd'hui le chien national suisse. Il est classé par la Fédération Cynologique Internationale (FCI) dans le groupe 2, section 2.2 (molossoïdes de type montagne), sous le numéro 61.
Un saint-bernard à poil court (variété originelle). | |
| Région d’origine | |
|---|---|
| Région | |
| Caractéristiques | |
| Silhouette | Large, robuste, molossoïde |
| Taille | 70 à 90 cm pour le mâle – 65 à 80 cm pour la femelle |
| Poids | 65 à 100 kg pour le mâle – 51 à 80 kg pour la femelle |
| Poil | Long ou court, dense |
| Robe | Blanc et fauve avec masque foncé |
| Tête | Carrée, imposante |
| Yeux | Brun foncé à brun noisette |
| Oreilles | Retombantes, triangulaires, grandes |
| Queue | Longue, lourde, tombante |
| Caractère | Amical, calme à vif, vigilant |
| Nomenclature FCI | |
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Reconnue comme race suisse dès 1887 et définitivement par la FCI en 1954, la race a pour devise « Noblesse, dévouement et sacrifice ». Deux variétés sont admises : le poil court, forme originelle, et le poil long, apparue au XIXe siècle à la suite de croisements avec le terre-neuve.
Nomenclature et dénominations historiques
modifierLe nom « saint-bernard » renvoie à l'hospice du Grand-Saint-Bernard, refuge fondé au XIe siècle par Bernard de Menthon (v. 1020 – v. 1081), archidiacre d'Aoste, au col du Grand-Saint-Bernard (2 469 m d'altitude) à la frontière italo-suisse[1]. L'établissement accueille voyageurs et pèlerins traversant les Alpes depuis près de mille ans[2]. Les chiens tirent également leur nom de l'hospice du col du Petit-Saint-Bernard, où le recteur Pierre Chanoux utilisa lui aussi cette race.
Avant l'officialisation du nom, la race était désignée sous de nombreuses appellations : chien de l'hospice, chien de montagne suisse, mastiff alpin (dans les sources britanniques), ou encore chien Barry (en hommage au plus célèbre sauveteur)[3]. Le nom « Saint-Bernard » n'entre dans l'usage courant qu'à partir du milieu du XIXe siècle et est officialisé par la cynophilie suisse dans les années 1880[4],[1].
Origines et histoire
modifierAncêtres présumés
modifierSelon le standard officiel de la FCI, les ancêtres directs des chiens de l'hospice sont les grands chiens de ferme communs dans la région, que les chanoines auraient acquis auprès des familles des cantons de Vaud et du Valais entre 1660 et 1670[1],[4]. En quelques générations, ces chiens ont été sélectionnés vers un type standardisé[1].
D'autres hypothèses, plus anciennes et non consensuelles, sont avancées dans la littérature cynologique. La plus répandue postule une filiation avec les molosses romains : lorsque les légions franchissaient les Alpes aux Ier et IIe siècles, leurs chiens de guerre auraient été croisés avec les grands chiens de montagne des populations locales[3]. Certains auteurs font même remonter la race aux molosses assyriens représentés sur des bas-reliefs antiques[5]. Ces hypothèses ne reposent sur aucune étude génétique et doivent être considérées comme spéculatives.
Présence documentée à l'hospice (1695–1707)
modifierLa présence des chiens à l'hospice du Grand-Saint-Bernard est attestée par deux sources indépendantes, citées par le standard FCI[1] :
- 1695 : deux peintures représentant des chiens de l'hospice, parfois attribuées à l'artiste italien Salvator Rosa, constituent la première illustration connue de la race[6],[3]. Le cynologue suisse Albert Heim estimait que ces tableaux représentaient un type déjà fixé depuis une vingtaine d'années, ce qui conforte la datation 1660-1670 de l'arrivée des chiens[7] ;
- 1707 : première mention écrite dans les actes de l'hospice[8].
Initialement utilisés pour la garde et la protection des chanoines, les chiens furent rapidement associés aux patrouilles de secours. Vers 1700, les religieux reconnurent leurs aptitudes à retrouver les voyageurs égarés ou ensevelis et entreprirent un dressage systématique[5]. Les jeunes chiens apprenaient leurs missions auprès des animaux plus expérimentés, sans programme formalisé[9].
Barry et l'âge d'or du sauvetage (1800–1814)
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Le chien le plus célèbre de la race est Barry Iᵉʳ, né en 1800 à l'hospice. En douze années de service (1800–1812), il aurait participé au sauvetage de plus de 40 personnes égarées ou ensevelies sous la neige[10],[11]. Ses qualités de sauveteur étaient reconnues de son vivant[12]. Selon une estimation du Musée d'histoire naturelle de Berne, l'ensemble des chiens de l'hospice aurait contribué à sauver plus de 2 000 personnes en deux siècles d'activité[11],[2] ; ce chiffre, repris par de nombreuses sources, ne repose toutefois pas sur un décompte archivistique exhaustif.
Vieux et épuisé, Barry fut envoyé à Berne en 1812 par le prieur de l'hospice, où il mourut en 1814[10]. Sa dépouille fut naturalisée et exposée au Musée d'histoire naturelle de Berne, qui lui consacre une exposition permanente depuis juin 2014, année du bicentenaire de sa mort[2],[11]. Un monument lui est dédié à l'entrée du Cimetière des Chiens d'Asnières-sur-Seine.
La légende selon laquelle Barry aurait été tué par un soldat napoléonien l'ayant confondu avec un loup est infondée[2],[11]. Depuis sa mort, un chien de l'élevage de l'hospice porte traditionnellement le nom de Barry en son honneur[10].
La réputation de la race se répandit dans toute l'Europe grâce aux chroniques publiées sur les sauvetages et aux récits des soldats de Bonaparte, dont l'armée franchit le col du Grand-Saint-Bernard en mai 1800[8].
Un autre saint-bernard célèbre est Ruitor, compagnon du recteur Pierre Chanoux à l'hospice du Petit-Saint-Bernard, nommé en l'honneur du sommet Tête du Rutor sur les hauteurs du col.
Crise et reconstitution de la race (1816–1867)
modifierLes hivers exceptionnellement rigoureux de 1816 à 1818, survenus dans le contexte du refroidissement climatique consécutif à l'éruption du Tambora en 1815, provoquèrent une hécatombe parmi les chiens de l'hospice : de nombreux animaux périrent en mission sous les avalanches[5]. Pour reconstituer les effectifs, les chanoines firent appel à des chiens des vallées avoisinantes. Vers 1820, des problèmes de consanguinité se posèrent dans le chenil[5].
Vers 1830-1850, les éleveurs eurent recours à des croisements avec le terre-neuve dans sa forme ancienne à poil long, afin de renouveler le patrimoine génétique et d'accroître la taille[1],[13]. Ce croisement donna naissance à la variété à poil long, plus grande et plus corpulente, mais dont le pelage se chargeait de neige et de glace, la rendant impropre au sauvetage en haute montagne ; les sujets à poil long furent en conséquence cédés aux familles des vallées[5],[3]. Jusque vers 1830, tous les chiens de l'hospice étaient à poil court, qui demeure la forme originelle[13].
En 1867, Heinrich Schumacher (1831–1903), de Holligen (près de Berne), établit les premiers documents généalogiques pour ses saint-bernards[1]. Il exporta des sujets vers l'Angleterre, la Russie et les États-Unis, contribuant à la diffusion internationale de la race[14].
Standardisation et chien national suisse (1884–1887)
modifierLe Livre suisse des origines (Schweizerisches Hundestammbuch, SHSB) fut ouvert en février 1884 : le premier chien inscrit est un saint-bernard nommé Léon, et les 28 inscriptions suivantes concernaient également des saint-bernards[1],[8]. Le Club suisse du Saint-Bernard fut fondé à Bâle le [1],[6]. La race fut officiellement reconnue comme d'origine suisse, et son standard rendu obligatoire, lors du congrès international de cynologie du [1],[8]. Depuis lors, le saint-bernard est le chien national suisse[6],[1]. Sa devise officielle est : « Noblesse, dévouement et sacrifice »[6].
Club français et reconnaissance internationale
modifierLe Club français du Saint-Bernard et du Dogue du Tibet fut fondé en 1908, régi par la loi de 1901, avec pour mission de veiller au respect du standard officiel de la race[15]. La race a été reconnue à titre définitif par la FCI le [6]. Elle est également reconnue par le Kennel Club (Royaume-Uni), le Canadian Kennel Club, l'American Kennel Club (groupe Working) et l'United Kennel Club américain (groupe Guardian Dog)[3],[16]. Les clubs nationaux sont fédérés au sein de l'Union mondiale des clubs du Saint-Bernard (WUSB, Welt-Union der St. Bernhards-Klubs).
Déclin du sauvetage alpin et Fondation Barry
modifierLe dernier sauvetage attribué à un saint-bernard dans les Alpes est communément daté de 1955[3]. Les chiens de l'hospice furent ensuite progressivement supplantés par d'autres races, comme le berger allemand, plus légères et adaptées aux nouvelles méthodes de secours en montagne (hélicoptère, détection électronique).
En 2004, les chanoines de l'hospice, n'étant plus que quatre, décidèrent de se dessaisir de la gestion de l'élevage. La Fondation Barry du Grand-Saint-Bernard, fondation d'utilité publique installée à Martigny (Valais), prit la relève en 2005[10],[17]. Les chanoines demandèrent que les chiens continuent d'être présents au col en saison estivale, ce qui est toujours le cas de la mi-juin à la mi-octobre[17]. La fondation gère aujourd'hui l'élevage (une vingtaine à une centaine de chiots avec pedigree par an selon les années), le musée et parc Barryland et des activités de médiation animale et de thérapie assistée par l'animal[17],[18]. Un nouveau parc thématique Barryland, présenté comme le premier parc au monde consacré au saint-bernard, a ouvert à Martigny à l'été 2025[17].
Morphologie
modifierStandard FCI
modifierLe saint-bernard est un chien de très grande taille, de type molossoïde, harmonieux, puissant et musclé, à la tête imposante et à l'expression attentive[1]. La FCI le classe dans le groupe 2 (chiens de type pinscher et schnauzer, molossoïdes, chiens de montagne et de bouvier suisses), section 2.2 (molossoïdes de type montagne), sous le numéro 61, sans épreuve de travail[1]. Le standard FCI n° 61, dans sa version du 3 juin 2016, reconnaît deux variétés : à poil court (Stockhaar, double poil) et à poil long[1].
| Sexe | Hauteur au garrot | Poids indicatif |
|---|---|---|
| Mâle | 70 cm (min.) – 90 cm (max.) | 65–100 kg |
| Femelle | 65 cm (min.) – 80 cm (max.) | 51–80 kg |
Les sujets dépassant la taille maximale ne sont pas pénalisés si l'ensemble reste harmonieux et les allures correctes[1].
Proportions importantes[1] :
- rapport hauteur au garrot / longueur du corps : 9 : 10 ;
- longueur de la tête : environ un tiers de la hauteur au garrot ;
- rapport profondeur / longueur du museau : environ 2 : 1 ;
- longueur du museau légèrement supérieure au tiers de la longueur totale de la tête.
Description détaillée
modifierTête[1] : puissante, imposante et expressive. Crâne fort et large, légèrement bombé vu de profil et de face, à sillon frontal bien marqué ; stop nettement accusé. La peau du front forme des rides légères lorsque le chien est attentif. Truffe noire, large et carrée, aux narines bien ouvertes. Museau uniformément large, à chanfrein droit et léger sillon médian. Babines supérieures bien développées, non pendantes à l'excès. Mâchoires fortes, denture complète en ciseaux ou en pince ; l'absence des PM1 et des M3 est tolérée.
Yeux[1] : de taille moyenne, de couleur brun foncé à brun noisette, modérément enfoncés, à l'expression amicale. Les paupières doivent être aussi bien ajustées que possible ; un léger pli de la paupière inférieure laissant voir un peu de conjonctive est toléré.
Oreilles[1] : de taille moyenne, attachées haut et larges, triangulaires à pointe arrondie, souples et tombantes contre les joues.
Corps[1] : encolure forte et musclée, à fanon modérément développé. Garrot bien marqué, dos large et ferme, ligne du dessus droite jusqu'au rein ; croupe longue, peu inclinée. Poitrine modérément profonde, côtes bien cintrées sans être en tonneau ; ventre légèrement relevé.
Queue[1] : longue et lourde, atteignant au moins le jarret, portée pendante ou légèrement relevée dans le dernier tiers au repos ; portée plus haut en action sans s'enrouler sur le dos.
Membres[1] : antérieurs droits, parallèles, à forte ossature ; postérieurs modérément angulés, à cuisses larges et musclées, jarrets fermes. Les ergots postérieurs sont tolérés s'ils ne gênent pas les allures.
Allures[1] : mouvement harmonieux, ample et couvrant du terrain, avec bonne poussée de l'arrière-main ; le dos reste ferme et stable.
Robe[1] : fond blanc avec des plaques rousses plus ou moins étendues (« robe à plaques ») ou un manteau roux ininterrompu couvrant le dos et les flancs (« robe à manteau ») ; toutes les nuances de roux, jusqu'au rouge-brun, ainsi que le bringé roux-brun sont admis. Les marques blanches sont requises sur le poitrail, les pieds, l'extrémité de la queue, le chanfrein et la liste, ainsi que sur la nuque ; un masque foncé symétrique est souhaité.
Défauts éliminatoires[1] : agressivité ou timidité excessive ; prognathisme supérieur ou inférieur marqué ; œil vairon ; ectropion ou entropion ; robe unicolore (entièrement blanche ou entièrement rousse) ; truffe dépigmentée ; taille au garrot inférieure au minimum ; tout chien présentant des anomalies physiques ou comportementales manifestes.
Génétique et diversité de population
modifierComme la plupart des races de très grande taille à effectifs limités, le saint-bernard présente une base génétique restreinte, héritée des goulots d'étranglement historiques (hécatombe de 1816-1818, reconstitution à partir d'un petit nombre de reproducteurs) et partiellement élargie par l'apport de sang terre-neuve au XIXe siècle[5],[1]. Le Veterinary Genetics Laboratory de l'université de Californie à Davis propose un test de diversité génétique spécifique à la race, fondé sur un panel de 33 marqueurs microsatellites (STR) et sur le typage des haplotypes du complexe majeur d'histocompatibilité canin (DLA), destiné à aider les éleveurs à limiter la consanguinité et à préserver les lignées rares[19].
La FCI et les clubs de race recommandent de tenir compte du coefficient de consanguinité dans les plans d'élevage, la race cumulant plusieurs prédispositions héréditaires (voir section Santé).
Effectifs et popularité
modifierLe saint-bernard est une race à effectifs modestes dans la plupart des pays, malgré une notoriété mondiale.
- France : 617 inscriptions au Livre des origines français (LOF) en 2024, contre 738 en 2023, soit une baisse de 16 % dans un contexte de recul général des inscriptions[20].
- Allemagne : les clubs affiliés au VDH ont enregistré 271 chiots en 2020, 302 en 2021, 321 en 2022, 154 en 2023 et 190 en 2024[21].
- Suisse : la Fondation Barry, principal élevage du pays, produit selon les années de vingt à une centaine de chiots avec pedigree[17],[18].
- États-Unis : l'American Kennel Club indique que la race ne figure pas parmi les plus enregistrées, tout en restant l'une des plus connues du grand public[16].
Santé
modifierEspérance de vie
modifierEn raison de sa très grande taille et de ses prédispositions héréditaires, le saint-bernard a une espérance de vie nettement inférieure à la moyenne canine. Les sources vétérinaires généralistes l'évaluent entre 8 et 10 ans[15],[6]. Une étude épidémiologique britannique portant sur 584 734 chiens (McMillan et al., 2024) établit une longévité médiane de 9,3 ans pour la race, contre 12,5 ans pour l'ensemble des chiens de l'échantillon ; le saint-bernard figure ainsi parmi les races les plus exposées à une mort précoce[22]. Cette étude relie la faible longévité des grandes races à museau relativement court, dont le saint-bernard, à la combinaison de la taille corporelle et de la conformation faciale[22],[23].
Appareil locomoteur
modifierLa dysplasie de la hanche et la dysplasie du coude comptent parmi les affections les plus fréquentes de la race. La croissance très rapide du chiot impose une alimentation et un exercice adaptés dès le jeune âge pour limiter les troubles ostéo-articulaires[1],[13]. Les clubs de race conditionnent généralement la cotation des reproducteurs à un dépistage radiographique officiel des hanches et des coudes[15].
L'ostéosarcome (tumeur osseuse maligne) présente une composante familiale documentée dans la race : une étude de 1978 a mis en évidence une fréquence accrue de la tumeur chez les apparentés au premier degré de chiens atteints[24].
Appareil digestif
modifierLe saint-bernard est fortement prédisposé à la dilatation-volvulus gastrique (torsion d'estomac), urgence chirurgicale résultant de la distension puis de la rotation de l'estomac sur son axe. Une étude prospective américaine l'a classé parmi les cinq races les plus à risque, avec un risque relatif d'environ 4,2 par rapport aux chiens de race mixte[25]. Le fractionnement des repas, l'absence d'exercice intense après l'alimentation et, chez les sujets à risque, la gastropexie préventive sont les mesures habituellement recommandées[13].
Appareil cardio-vasculaire et neurologique
modifierLa cardiomyopathie dilatée est décrite avec une fréquence supérieure à la moyenne chez les races géantes, dont le saint-bernard[13],[15]. L'épilepsie constitue une autre prédisposition rapportée dans la race[15].
Troubles oculaires
modifierPolyneuropathie héréditaire juvénile
modifierUne délétion de dix paires de bases dans le gène ARHGEF10 a été identifiée comme fortement associée à une polyneuropathie héréditaire à début juvénile (LPN1), comparable à la maladie de Charcot-Marie-Tooth chez l'homme, chez le leonberg et le saint-bernard. Les chiens homozygotes pour cette délétion développent généralement des signes cliniques (faiblesse des membres, paralysie laryngée) avant l'âge de trois ans[26]. Un test génétique permet d'identifier les porteurs ; la fréquence des porteurs dans la race est estimée à environ 2 %[26].
Le tonnelet : réalité et légende
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Origine de l'iconographie
modifierL'image du saint-bernard portant un petit tonneau au cou trouve son origine dans le tableau Alpine Mastiffs Reanimating a Distressed Traveller (« Mastiffs alpins ranimant un voyageur en détresse ») peint en 1820 par l'artiste anglais Edwin Landseer, alors âgé de 17 ou 18 ans et qui n'avait jamais vu les Alpes[3],[4]. La toile montre deux chiens auprès d'un voyageur enseveli, l'un d'eux portant un tonnelet : ce détail est une invention picturale, popularisée par une gravure de son frère Charles Landseer en 1831[3]. Les chanoines de l'hospice ont toujours nié que leurs chiens aient porté de tels tonnelets en mission[3], tout en conservant des barils pour les photographies avec les visiteurs[2].
Une anecdote publiée en 1823 dans les Percy Anecdotes de Thomas Byerley mentionne toutefois une petite fiole de liqueur suspendue au cou de Barry[27], ce qui montre que le motif circulait déjà dans les récits de voyage de l'époque.
Une pratique locale distincte
modifierLes travaux du musée Barryland, du musée du val d'Anniviers (Valais) et du Musée d'histoire naturelle de Berne permettent de distinguer deux contextes :
- Sauvetage en avalanche : aucune preuve documentaire de l'usage du tonnelet par les chiens ; les secouristes humains transportaient eux-mêmes vivres et eau-de-vie[28].
- Recherche de promeneurs égarés : des chiens équipés d'un petit tonnelet d'eau-de-vie locale auraient été utilisés de façon autonome, notamment de nuit, pratique rapportée à partir du XVIIIe siècle dans les vallées valaisannes[28].
Constitution du dispositif
modifierD'après les objets conservés dans les collections muséales suisses, le dispositif comprenait un tonnelet en bois de merrain fermé par une cannelle en bois ou en bronze, maintenu par un harnais de cuir positionnant le tonnelet à hauteur d'une personne allongée dans la neige. Les tonnelets ornés de la croix fédérale suisse sont une invention d'artistes et n'ont jamais été retrouvés ; des versions à pigmentation rouge (sans croix) ont en revanche été documentées, probablement pour des raisons de visibilité[28].
Caractère et aptitudes
modifierLe standard FCI décrit un tempérament « amical par nature », « calme à vif » et « vigilant »[1]. Calme, patient et affectueux, le saint-bernard est considéré comme un exemple classique de « géant doux »[3]. Il est généralement très sociable avec les adultes et les enfants ; sa taille constitue à elle seule un effet dissuasif, sans agressivité instinctive[1],[16]. Il peut se montrer têtu et requiert une éducation précoce, cohérente et non violente, adaptée à son gabarit[6],[13].
Sélectionné pour le travail en binôme avec l'homme, il conserve des aptitudes naturelles au pistage et à la recherche de personnes[3]. Historiquement employé comme chien de garde de ferme et de trait, il est aujourd'hui essentiellement un chien de compagnie et d'exposition. Son tempérament stable et sa taille, qui met sa tête à hauteur d'une personne assise ou en fauteuil roulant, expliquent son emploi croissant en médiation animale et en thérapie assistée par l'animal, notamment dans les programmes de la Fondation Barry[17],[13].
Races apparentées
modifierLe croisement du saint-bernard avec le Berger du Caucase, mené par l'armée soviétique, a donné naissance au Chien de garde de Moscou (Moskovskaya Storozhevaya Sobaka), encore utilisé comme chien de service en Russie[4].
Les quatre races de bouvier suisse (grand bouvier suisse, bouvier bernois, Appenzellois, Entlebuchois) partagent le même espace géographique d'origine, mais se distinguent par leur robe tricolore (noir, feu, blanc), alors que le saint-bernard est fauve et blanc[3]. Le leonberg, créé au XIXe siècle en Allemagne, compte le saint-bernard parmi ses races fondatrices et partage avec lui la polyneuropathie liée au gène ARHGEF10[26].
Dans la culture
modifierFilms
modifierLa race a connu une popularité internationale grâce au cinéma, notamment :
- le court-métrage de Mickey Mouse, Les Alpinistes (1936)
- le film musical de John G. Blystone, Les montagnards sont là (1938) avec Laurel et Hardy
- le film de Richard Pottier, Barry (1949) avec Pierre Fresnay et Pauline Carton
- le film Cujo (1983) adapté du roman de Stephen King
- le film québécois La Guerre des tuques (1984)
- le film Beethoven (1992) et ses suites
- le film L'Appel de la forêt (2020)
Dans Peter Pan de J. M. Barrie, la chienne Nana est le plus souvent représentée sous les traits d'un saint-bernard dans les adaptations[16].
Chiens célèbres
modifier- Barry Iᵉʳ (1800–1814), voir supra.
- Bamse (1937–1944), saint-bernard norvégien honoré pour ses exploits durant la Seconde Guerre mondiale, titulaire de la médaille d'or PDSA, commémoré par une statue à Montrose (Écosse).
- Ruitor, compagnon du recteur Pierre Chanoux à l'hospice du Petit-Saint-Bernard.
Records
modifierLe saint-bernard américain Benedictine, élevé par le chenil Schwarzwald Hof, est généralement cité comme le chien le plus lourd jamais recensé, ayant dépassé le mastiff Zorba. Son poids est donné entre 162 kg (357 livres) et 167 kg selon les sources, qui le mentionnent dans le Livre Guinness des records du début des années 1980[29],[30]. Ce poids, très supérieur au maximum du standard, relève de l'obésité et n'est pas recherché en élevage.
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 « Standard FCI N° 61 – Chien du Saint-Bernard (Bernhardiner) », sur fci.be, Fédération Cynologique Internationale, (consulté le )
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Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Albert Heim, Le chien du Saint-Bernard,
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :