Christine et Élisabeth Planström
Kristiina et Elisabet Planström en finnois, ou Kristina (ca. 1714 - ) et Elizabeth Planström ( - ) en suédois, traduit en français Christine et Élisabeth Planström, sont des sœurs originaires de Tornio, une ville du nord de la Finlande. Elles sont connues sous la dénomination de « Lapones » pour leur lien avec certains membres d'une des expéditions géodésiques françaises, menée par Maupertuis. Elles se rendent en France et y finissent leurs vies.
Biographie
modifierJeunesse
modifierChristine Planström naît vers 1714 et Élisabeth Planström le . Leurs parents sont Jacob Planström et son épouse Christine Planting. Leur père, ancien capitaine de cavalerie dans les armées royales de Suède, est juge et conseiller de sa ville natale de Tornio[1],[2]. Il meurt en 1739.
En 1737, une équipe des expéditions géodésiques françaises séjourne à Tornio, avec parmi eux le chef d'expédition Pierre Louis Moreau de Maupertuis, le mathématicien Alexis Claude Clairaut[3] et leur interprète Anders Hellant[4]. Ils sont accueillis en la demeure de Jacob Planström et rencontrent Christine et Élisabeth[5]. Maupertuis convainc les jeunes luthériennes de se convertir au catholicisme ; malgré leur résolution, les deux sœurs peuvent difficilement se convertir dans leur pays d'origine.
Départ vers la France
modifierEn 1738, Christine et Élisabeth quittent donc toutes les deux la Finlande avec les explorateurs[6], peut-être aussi par amour : Christine à la suite de poèmes que lui adresse Maupertuis[5],[7] ; Élisabeth à la suite d'une fausse promesse de mariage du secrétaire et dessinateur de Clairaut, Antoine-Étienne d'Herbelot[8]. Elles partent pour la France, cachant leurs réelles motivations à leurs parents en prétextant un voyage culturel. Arrivées à Paris, aucune d'entre elles ne retrouvera finalement l'objet de son amour.
C'est à la Communauté de l'Instruction Chrétienne, rue du Pot-de-Fer, qu'elles résident dans un premier temps. Elles y apprennent le français et se familiarisent avec leur nouvelle religion.
Vie en France
modifierChristine Planström
modifierQuand elle arrive en France, Christine Planström fait sensation avec sa sœur dans les salons par leur exotisme de « Lapones ». Mais Maupertuis se lasse de leur présence et subit les moqueries de Voltaire à leur sujet[9],[2]. En 1742, contrainte et forcée en raison de son état mental incertain, Christine Planström devient une religieuse de l'abbaye du Trésor-Notre-Dame qui se situe sur le territoire communal de Bus-Saint-Rémy. Christine souffre d'un amour non partagé pour Maupertuis jusqu'à sa mort, le .
Élisabeth Planström
modifierLe , Élisabeth Planström entre au service de la duchesse d'Aiguillon en qualité de femme de chambre pour 150 livres par an. Elle fait la rencontre d'un homme veuf, Pothier de Sevis. Né en 1705, fils d'un receveur des tailles Dieppois, il vit au château de Pelletot en Normandie dont il est le seigneur et à Beaufort dans le Jura. Ils se marient[6] le . Élisabeth Planström subit les nombreuses violences conjugales de la part de son mari. Ils ont un fils, né le , qui meurt à huit ans de maladie liée à la famine. En 1761, elle est arrêtée, accusée d'adultère par son mari pour s'être trop rapprochée de Jean-Baptiste Claude de Bragelongne, un écuyer de la Duchesse de Modène et écope de deux ans de prison. Elle divorce la même année et entame une longue procédure pour obtenir une pension[5]. Elle finit sa vie avec de lourdes difficultés financières et meurt le .
Religion
modifierLes deux sœurs Planström étaient au départ protestantes luthériennes dès l'enfance à l'église Hedwige-Éléonore de Tornio. Lorsqu'elles arrivent à Paris en 1738, elles se convertissent à la religion catholique.
Le protestantisme n'est alors pas toléré en France, et ce jusqu’à la Révolution française en 1789. Élisabeth et Christine, converties au catholicisme, obtiennent en France les avantages sociaux dont elles auraient été privées si elles étaient restées protestantes, l'édit de Versailles n'ayant été mis à jour qu'à partir de 1788. Elles obtiennent chacune une pension de Louis XV pour la conversion religieuse.
Postérité
modifierL'opéra La Figure de la terre, premier opéra finlandais écrit et dirigé par Jaakko Nousiainen (en) avec le compositeur finlandais Miika Hyytiäinen[10], est créé le à Berlin[11],[9]. Le livret est inspiré de l'expédition de Pierre Louis de Maupertuis dans la vallée de la Torne de 1736 à 1737, sur sa rencontre avec Christine Planström et sur son retour à Paris[11].
Bibliographie
modifier- Gérard Noiriel, « Kristina et Élisabeth Planström, sœurs "lapones" dans le Paris des Lumières », 1 épisode de 29 mn [audio], sur France Culture, La Voix des invisibles, (consulté en ).
- Alessandra Orlandini Carcreff, « Les fantasmes français sur l’hospitalité des femmes lapones. “L’affaire des deux Lapones” à l’époque de Maupertuis », Revue d'histoire nordique = Nordic historical review, no 28, , p. 125-135 (lire en ligne).
- Olivier Courcelle, « Des fêtes du Pôle aux geôles et couvents de France France : itinéraire de deux « Lapones » », Cahiers Voltaire, vol. 8, , p. 91-92 (lire en ligne).
- Anouchka Vasak, « 1736. La figure de la Terre : Maupertuis en Laponie: », dans L'Exploration du monde, Le Seuil, , 313–317 p. (ISBN 978-2-02-140625-2, DOI 10.3917/ls.bertr.2007.01.0313, lire en ligne).
- Martin Wåhlberg, « L’anthropologie des lumières et le mythe de l’hospitalité lapone – Regnard, Buffon, Maupertuis, Voltaire, Sade », Cahiers de l'Association internationale des études francaises, no 61, , p. 327-364 (lire en ligne).
Références
modifier- ↑ Wåhlberg 2009, p. 347.
- 1 2 Noiriel 2026.
- ↑ (sv) « Expeditionens medlemmar – Maupertuis' Tornedalen » [« Les membres de l'expédition – La vallée de la Tornio de Maupertuis »], sur Maupertuis'n Tornionlaakso (consulté le )
- ↑ (sv) « Personporträtt – Maupertuis' Tornedalen » [« Portraits de personnes de la vallée de Tornedalen »], sur Maupertuis'n Tornionlaakso (consulté le )
- 1 2 3 (sv) « Flickorna Planström dans De Maupertuis gradmatningsexpedition i Tornedalen 1736-1737 » [« Les filles Planström dans L'expédition de Maupertuis pour le relevé des degrés dans la vallée de la Torne, 1736-1737 »], sur lapinkavijat.rovaniemi.fi (consulté le )
- 1 2 (en) Paul Murdin, Full Meridian of Glory: Perilous Adventures in the Competition to Measure the Earth, Springer Science & Business Media, (ISBN 978-0-387-75534-2, lire en ligne), p. 62
- ↑ (fi) « Maupertuis'n runo Christinelle dans Planströmin tyttäret - Maupertuis'n Tornionlaakso » [« Le poème de Maupertuis à Christine dans Les filles de Planström - La vallée de Tornio de Maupertuis »] [archive du ], sur www.maupertuis.fi (consulté le )
- ↑ Wåhlberg 2009, p. 344.
- 1 2 (en-GB) Summer Banks, « "I literally found this opera in my backyard" », sur The Berliner, (consulté le )
- ↑ (en-US) « La Figure de la Terre – Miika Hyytiäinen » (consulté le )
- 1 2 (fi) « Suomalaisen La figure de la Terre -oopperan ensi-ilta Berliinissä - Uutiset - Lapin yliopisto » [« Première à Berlin de l'opéra finlandais « La figure de la Terre » - Actualités - Université de Laponie »] [archive du ], sur www.ulapland.fi, (consulté le )