Chullu

cité antique en Algérie

Chullu (également orthographiée Chollus, Cullu ou Chulli) (en arabe : شلو أو شولوس) est une cité antique située sur le site de l'actuelle Collo, dans la wilaya de Skikda, au nord-est de l'Algérie. Utilisée comme comptoir durant l'Antiquité, elle est connue pour ses activités commerciales et ses teintureries de pourpre. À l'époque romaine, Chullu appartient à la Respublica IIII coloniarum Cirtensium, une organisation administrative regroupant quatre cités de Numidie, aux côtés de Cirta (Constantine), de Milev (Mila) et de Rusicade (Skikda), dont Cirta constitue le centre administratif.

Chullu
Chollus
Cullu
Chulli
Image illustrative de l’article Chullu
Vue aérienne de Chullu
Localisation
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilaya Wilaya de Skikda
Localité actuelle Collo
Coordonnées 37° 00′ 05″ nord, 6° 33′ 15″ est
Histoire
Époque Période punique
Numidie
Afrique romaine
Antiquité tardive
Géolocalisation sur la carte : Algérie
(Voir situation sur carte : Algérie)
Chullu
Chullu

Localisation et toponymie

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Carte de la province romaine de Numidie.

Chullu est située à environ 70 km à l'ouest de la ville de Skikda. Elle se caractérise par un littoral méditerranéen et des massifs montagneux boisés, notamment les monts Dambo et Sidi Achour. La région comprend plusieurs plages et criques, dont la plage de Tamenart et le cap Bougaroun, ainsi que les cascades d'Afensou.

Les itinéraires antiques mentionnent Chullu parmi les cités de la Numidie. L’Itinéraire d'Antonin la désigne sous la forme Chulli municipium, tandis que la Table de Peutinger la représente sous le nom de Chullu, à proximité de Rusicade (actuelle Skikda), située plus à l’est sur le littoral. Ces documents témoignent de l’intégration de Chullu au réseau des routes et des établissements urbains de l’Afrique romaine. Ptolémée mentionne également Chullu dans sa Géographie, livre IV, chapitre 3, § 3, sous le nom (grec Κόλλοψ Μέγας ἢ Κούλλου, transcrit Kollops Megas ē Koulou). La Cosmographie de Ravenne mentionne également Chullu, sous deux formes : Chullu (livre V, p. 40, ligne 21) et Cullu (p. 88, ligne 21). Le Barrington Atlas of the Greek and Roman World, répertorie Chullu sur la carte 31, case F2, permettant ainsi de situer cette ancienne cité dans la géographie historique de l'Afrique romaine[1],[2],[3].

Histoire

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Préhistoire

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En 2004, trois dolmens ont été découverts dans la forêt d’Affelkoune, sur le versant occidental du massif de Collo. Selon les estimations rapportées lors de leur découverte, ils remonteraient à environ 3 000 ans avant notre ère. Cette découverte a été présentée comme un témoignage de l’ancienneté de l’occupation humaine dans la région[4].

Période punique

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Expansion phénicienne en mer Méditerranée.

Le site antique de Chullu se trouve sur un isthme séparant la baie de Collo de celle d’En Nsa. La presqu’île de Djerda protège le port des vents du nord et de l’ouest. Des navigateurs phéniciens s’établissent sur cet isthme, où leur présence est principalement attestée par des nécropoles[5].

En 1927, Stéphane Gsell et Prosper Alquier identifient et fouillent une nécropole au lieu-dit Redjal El Koudiat. Une soixantaine de tombeaux y sont signalés. Certains sont constitués de cavités creusées dans le sol, précédées de couloirs. La documentation archéologique locale rattache ces sépultures à la période phénicienne[4],[6].

Une autre nécropole est fouillée à la fin du XIXe siècle dans le secteur de Koudiat es-Snad, au sud de la ville. Le capitaine Hélo y mène des recherches en 1893 et 1894, dont les résultats sont publiés par Philippe Berger en 1895. Vingt-deux tombes sont décrites : il s’agit principalement d’hypogées à chambre simple ou double, précédées d’un couloir et munies de banquettes. Des inhumations en amphores sont également découvertes[7].

Le mobilier funéraire comprend des poteries, des objets en bronze et des statuettes de style égyptisant. Plusieurs vases anthropomorphes présentent une tête humaine, des bras et des seins. Des estampilles en caractères puniques sont également relevées sur des céramiques. Des vases de ce type sont aussi connus à Gunugu, près de l’actuelle Gouraya, à l’ouest de Cherchell[7],[5].

Le comptoir punique de Chullu tire vraisemblablement une partie de ses ressources de l’exportation des produits forestiers de l’arrière-pays. L’exploitation du plomb dans la région est également envisagée par l’Encyclopédie berbère. L’auteur antique Solin mentionne par ailleurs à Chullu des teintureries de pourpre dont la production est comparée à celle de Tyr[5].

Période numide

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La Numidie en 220 av. J.-C. ; partagée entre les zones d'influences massæsyles et massyles.

Chullu se trouve dans une région marquée par l’histoire du Royaume de Numidie. Selon Mohand Akli Haddadou, le port aurait été le lieu par lequel le roi Bocchus Ier aurait livré son gendre Jugurtha aux Romains en 106 av. J.-C[6].

Cette localisation de l’épisode est rapportée par Haddadou. Par ailleurs, les données archéologiques relatives aux nécropoles attestent de pratiques funéraires puniques et numides dans la région[7].

Période romaine

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Vestiges de l'époque romaine.

À l’époque romaine, Chullu appartient au territoire associé à Cirta, l’actuelle Constantine. Pline l’Ancien la mentionne parmi les villes de Numidie et la qualifie d’oppidum. Les itinéraires antiques transmettent plusieurs formes du nom, notamment Chullu, Chulla, Cullu et Chulli. La Table de Peutinger et l’Itinéraire d’Antonin sont utilisés pour identifier le site avec Collo[5],[8].

Chullu fait partie de la Respublica IIII coloniarum Cirtensium, une organisation administrative réunissant quatre cités : Cirta, Chullu, Milev et Rusicade, l'actuelle Skikda. Cirta en est le centre administratif. Les trois autres cités sont administrées par un préfet chargé de la juridiction[5].

Les travaux d’Anne-Florence Baroni précisent que Chullu, Milev et Rusicade sont d’abord des oppida intégrés au territoire de Cirta. Elles ne sont désignées comme colonies qu’à partir de la fin du Ier siècle. Le développement des ports de Chullu et de Rusicade, ainsi que l’importance du territoire cirtéen dans l’approvisionnement de Rome, sont évoqués pour expliquer cette évolution institutionnelle[9].

L’Encyclopédie berbère situe sous le règne de Trajan l’accession de Chullu au statut de colonie. La ville est également désignée dans la tradition documentaire sous la forme Chulli municipium[5],[8].

Les vestiges romains comprennent des statues, des sarcophages, des colonnes et des constructions dont l’identification demeure parfois difficile. L’activité de teinture pourpre mentionnée par Solin constitue l’un des éléments les plus remarquables de l’histoire économique de la cité[5].

La confédération des quatre cités cirtéennes disparaît dans la seconde moitié du IIIe siècle. La dernière mention de cette organisation signalée par l’Encyclopédie berbère date de 251. La cité aurait également pu subir les incursions de groupes montagnards, notamment les Bavares et, peut-être, les Quinquegentiens[5].

Antiquité tardive et évêché

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Migration et conquête vandales de l'Afrique du Nord.

Chullu devient un siège épiscopal durant l’Antiquité tardive. Lors de la conférence de Carthage de 411, la communauté appelée Cullitana plebs est représentée par l’évêque catholique Victor et l’évêque donatiste Fidentius. L’identification de ce siège avec Chullu demeure incertaine, car une inscription atteste l’existence d’une autre localité appelée Chull au cap Bon, en Afrique proconsulaire[5].

Une liste épiscopale de 484 mentionne en Numidie un évêque désigné par la forme Ullitanus, que certains auteurs proposent de lire Cullitanus. Cette identification est également incertaine. Les vestiges attribués à la présence chrétienne comprennent les restes d’un petit édifice religieux situé à l’extérieur de la ville et un sarcophage en marbre orné du motif du Bon Pasteur, signalé anciennement mais aujourd’hui disparu[5].

En 442, le traité conclu entre le roi vandale Genséric et l’empereur romain d’Occident Valentinien III entraîne la restitution temporaire de Chullu et d’autres territoires de Numidie occidentale à l’autorité impériale[5].

Selon Haddadou, la cité aurait ensuite été détruite, certaines interprétations attribuant cette destruction aux Vandales et d’autres à un tremblement de terre[6].

Moyen Âge

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À l'arrivée des Arabes dans la région, la ville aurait été en ruines, avant d’être reconstruite par les populations berbères locales, selon Haddadou[6]

Connue sous le nom d’El Koll, la localité sert de port à Constantine. Le géographe Al-Bakri la mentionne, tandis que le Kitāb al-Istibṣār, ouvrage géographique du XIIe siècle, décrit une ville ancienne comportant des vestiges attribués aux Roum (en arabe : الروم). Le texte évoque également les cultures, les vignes, les pommiers et les revenus fiscaux de la localité[5].

Marsa el-Koll est associée aux Kutamas et demeure un port de Constantine durant le Moyen Âge. Selon Achour Cheurfi, des marchands génois et pisans y commercent aux XIIIe et XIVe siècles, notamment des cuirs, des céréales et de la cire[10].

En 1282, le roi Pierre III d'Aragon débarque à Collo à la tête d’une expédition militaire comprenant des chevaliers, des fantassins et une flotte. Il répond à l’appel d’Ibn al-Wazir, gouverneur de Constantine révolté contre le souverain hafside Abû Ishâq Ibrâhîm. À l’arrivée de l’expédition, Abou Faris, émir de Béjaïa, a déjà pris Constantine et Ibn al-Wazir est mort. Pierre III mène alors des opérations dans la vallée de l’oued Guebli, puis repart vers la Sicile. Il débarque à Trapani le et est couronné à Palerme le 4 septembre. L’expédition de Collo s’inscrit dans les événements qui précèdent l’intervention aragonaise en Sicile[5].

Références

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  1. ↑ (en) Richard J. A. Talbert (dir.), Barrington Atlas of the Greek and Roman World, Princeton et Oxford, Princeton University Press, , carte 31, F2
  2. ↑ (en) « Chullu », sur Tabula Peutingeriana, Université catholique d'Eichstätt-Ingolstadt (consulté le )
  3. ↑ (en) « Chullu », sur Tabula Peutingeriana, Université catholique d'Eichstätt-Ingolstadt (consulté le )
  4. 1 2 « Archéologie à Collo », sur BN-AFN (consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 E. B., « Collo (Chullu, El Koll) », Encyclopédie berbère, no 13,‎ , p. 2048-2050 (DOI 10.4000/encyclopedieberbere.2314, lire en ligne, consulté le )
  6. 1 2 3 4 Mohand-Akli Haddadou, Dictionnaire toponymique et historique de l’Algérie, Tizi Ouzou, Éditions Achab, (ISBN 978-9947-9-7225-0), p. 294-298
  7. 1 2 3 Philippe Berger, « Rapport de M. le capitaine Hélo sur ses fouilles à Collo en 1893 et 1894 », Comptes rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, vol. 39, no 6,‎ , p. 629-631 (lire en ligne, consulté le )
  8. 1 2 (en) « Chullu », sur Tabula Peutingeriana, Universität Klagenfurt (consulté le )
  9. ↑ Anne-Florence Baroni, « Croissance urbaine et évolution institutionnelle en Afrique », dans Explaining the Urban Boom: A Comparison of Regional City Development in the Roman Provinces of North Africa and the Iberian Peninsula, , 57-70 p. (DOI 10.34780/5dg7-fxbg, lire en ligne)
  10. ↑ Achour Cheurfi, Dictionnaire des localités algériennes : villes, villages, hameaux, ksars et douars, mechtas et lieux-dits, Alger, Casbah-Éditions, (ISBN 978-9961-64-336-5), p. 359-361

Voir aussi

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