Château de Pernant

château fort français

Le château de Pernant (souvent appelé à tort le « Donjon de Pernant ») est un fort médiéval, de petite dimension, situé à Pernant, dans le Soissonnais, en France.

Château de Pernant
Le château et sa terrasse, vus du village
Présentation
Type
Château fort
Style
Châtelet devenu Maison forte puis Château d'agrément
Construction
XIVe-XVe – XVIe siècles
Propriétaire
Privé
Patrimonialité
Localisation
Département
Arrondissement
Canton
Commune
Adresse
10 rue du château - 02200 Pernant
Région historique
Coordonnées
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Avec le donjon d'Ambleny, le château d'Armentières-sur-Ourcq et le donjon de Septmonts, c'est l'un des derniers vestiges de l'architecture militaire du XIVe siècle dans le département de l'Aisne.

Présentation

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Localisation géographique

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Le village de Pernant occupe une vallée étroite se rétrécissant du nord vers le sud, creusée dans le plateau par le ruisseau de Pernant qui se jette au nord dans l'Aisne. Le château est situé sur un promontoire, au sud du village.

De la RN 31 de Soissons à Compiègne, l'accès se fait par la D 1150 (la rue principale de Pernant) remontant le village vers le sud jusqu'au hameau de Poussemy qu'il faut laisser sur sa gauche pour rejoindre le château[1].

Situation et implantation

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Le château de Pernant se dresse sur un massif rocheux situé au bord du plateau et domine le village situé soixante mètres en contrebas[2]. Surplombant la vallée au sud et à l'est, le site a d'abord été isolé du plateau au nord et à l'ouest par un profond fossé en L ; la partie nord fut comblée au XVIIIe siècle, rattachant le site au plateau ; il reste aujourd'hui séparé au sud par le fossé-carrière qui donne accès à d'anciennes carrières ; en sous-sol du domaine, elles furent transformées autrefois en dépendances souterraines pour l'élevage, et aujourd'hui abandonnées. Le château est construit en pierres de taille dont la plupart viennent de ces carrières.

Évolution de la construction

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La maison forte XVe siècle[3].

Probablement bâti au début du XIVe siècle, l'édifice est d'abord un simple châtelet entouré de murs d'enceinte parsemés de tours ; leurs fondations, parfois, sont encore visibles : c'est donc une porte fortifiée à un étage avec salle unique accessible depuis le chemin de ronde des fortifications (et non depuis le sol comme suggéré sur le schéma ci-contre) traversée par un passage carrossable depuis la cour d'honneur vers le jardin avec sa herse et un pont-levis enjambant le fossé. Un accès piéton transversal au passage carrossable semble avoir existé depuis le sud avec un escalier taillé dans la colline dont on voit encore les emmarchements par endroits.

Il est ensuite rehaussé en deux phases, à partir de la seconde moitié du XIVe siècle, pour étendre son habitabilité et son confort ; il devient la maison forte, dotée de confort permettant d'y séjourner : au XVe siècle, il faisait partie d'un ensemble architectural militaire plus vaste.

Le château d'agrément XVIe siècle.

Au XVIe siècle, il perd ses attributs militaires et devient un château d'agrément : la porte est comblée ; des caves sont aménagées en décaissement, par-dessus la salle avec sa cheminée monumentale sous une voûte à croisée d'ogive ; par-dessus, un grenier est installé en entresol, peut-être pour loger les domestiques ; y est adjoint, au nord-ouest, un logis renaissance, au sud, une terrasse séparée de la cour d'honneur par un rempart qui remplace les fortifications d'enceinte ; le mur d'enceinte nord est supprimé pour y construire un pont au-dessus du fossé, vers la basse-cour de la ferme ; une poterne couverte est aménagée depuis le logis par-dessus le fossé ouest pour rejoindre à pied le jardin jadis desservi par le pont-levis.

Au XVIIe siècle, de petites transformations, mineures en apparence, fragilisent lentement la construction : percements des tours, de certaines cloisons, pour aménager d'autres distributions de pièces : le nombre augmente quand leur surface diminue, probablement pour loger de plus en plus de personnel au fur et à mesure de l'expansion des activités agricoles.

Au XVIIIe siècle, la terrasse est complétée par une voûte ; elle enjambe le fossé carrière ouest, pour relier directement la terrasse avec le jardin ; la poterne est supprimée, le fossé nord est comblé, noyant le pont dont seule une arche reste visible dans le mur.

Au XIXe siècle, le château devient essentiellement une propriété agricole ; des granges sont construites à l'ouest de la propriété initiale, pour reconstituer une basse-cour, après la fusion entre la basse-cour de la première ferme et la cour d'honneur du château.

En 1914, le château est intact et habité. Il est réquisitionné par les états-majors, tantôt français tantôt allemands ; les carrières souterraines permettent de mettre les troupes à l'abri des intempéries comme de l'ennemi. Il sera peu endommagé jusqu'à 1917.

Un monument en péril

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Destructions de la Grande guerre

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La contre-offensive Mangin, lancée le sur un front de cinquante-cinq kilomètres, est le début de la bataille de Soissons ; la ville sera détruite à plus de soixante-dix pour cent. Le plateau de Pernant est sur la route de Soissons ; à six heures du matin, le vingt-sixième Régiment d'infanterie capture, au château, un bataillon allemand et son état-major complet ; la vallée de Pernant, au milieu de laquelle passe la ligne de front, est conquise, plus de mille prisonniers y sont faits.

Ayant perdu la vallée de Pernant, les Allemands la bombardent - et donc le château - six heures durant le , « à raison d'un à trois obus par minute », disent les carnets de marche et d'opération du 26e RI[4]. Ils finiront par gazer toute la vallée, le lendemain . Le château est en ruines.

Le monument est délaissé par ses propriétaires. Avec les dommages de guerre payés en 1920, ils construisent un manoir en pierre de taille sur l'emplacement du jardin. Le monument est ainsi inscrit au titre des monuments historiques en 1927 pour empêcher sa démolition, mais ne sera jamais restauré ; la partie principale du Logis XVIe siècle est rasée peu après la guerre.

Le monument est abandonné tout le XXe siècle ; à la fin des années 1980, il menace de s'effondrer sur la route. Un éboulement se produit au début des années 1990 : un arrêté de péril est pris pour contraindre le propriétaire à engager des travaux ; il dépose un permis de démolir.

Une sauvegarde inespérée

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Une association de sauvegarde est créée, secondée par la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons ; elle obtient le classement d'office du château au titre des monuments historiques en 2007. Les travaux ne commencent pas.

Un nouvel acquéreur, un avocat belgo-vénézuélien, commence les travaux : deux tranches sont réalisées en 2012 et 2013 avec le concours de la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) de Picardie ; en 2012, il ouvre le monument à la visite pour la première fois. En 2013, il célèbre symboliquement le septième centenaire du château . Le domaine est à nouveau mis en vente en 2014.

L'actuel propriétaire, arrivé fin 2015, tentera de mener de front le triple projet de restaurer le châtelet à l'horizon de juillet 2018 pour y ouvrir des chambres d'hôtes, d'aménager les granges pour y ouvrir des gîtes ruraux, d'organiser sur ce site des animations culturelles musicales.[réf. nécessaire]

L'inventaire historique

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Bernard Ancien, secrétaire général puis président de la Société archéologique, historique et scientifique (SAHS) de Soissons, fait une dizaine de visites au château de Pernant entre 1945 et 1948. Il effectue l'important relevé des peintures décoratives, aujourd'hui quasiment invisibles, étudiant le château en détail, réunissant notes et croquis. Mais ses travaux s'arrêtent faute de temps.

Quarante ans plus tard, un autre président de la SAHS de Soissons, Denis Rolland, constitue le premier dossier archéologique[3].

L'architecte du patrimoine, Alice Capron-Valat, produit une étude scientifique exhaustive (le Diagnostic du monument historique[5]) à l'occasion des premiers travaux de restauration sous le contrôle et avec la contribution de la DRAC Picardie. Elle est retenue par le propriétaire actuel pour assurer la maîtrise d'œuvre de la restauration du monument classé et de l'aménagement de l'ensemble du site, dont les carrières souterraines.

Description de l'état actuel

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Ce qui reste aujourd'hui du monument est proche de son état du XVe siècle : de petite taille, construit sur un plan classique rectangulaire, à quatre tours rondes plus une carrée, le bâtiment comprend deux étages identiques constitués d'une grande salle avec cheminée ouvrant sur les tours ; au premier, l'ancienne salle de la herse donne le volume supplémentaire d'une pièce attenante ; au niveau du sol, une vaste salle avec cuisine et cheminée est aménagée dans l'ancien passage carrossable ; un grenier en entresol est au-dessus et des caves à demi-enterrées sont au-dessous ; depuis ces caves, un escalier directement taillé dans la roche donne accès aux carrières souterraines. La cour d'honneur et l'ancienne basse-cour sont maintenant une seule et même cour, entourée au nord et à l'est de deux corps de ferme ; le logis renaissance n'existe presque plus : ne reste que la grande cage d'escalier.

Historique

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Le château apparaît pour la première fois en 1322, dans un traité établi entre Guillaume de Bouclenay, vicomte d'Acy et de Pernant, et Pierre de Wasses, père-abbé de l'Abbaye de Saint-Crépin-le-Grand ; il concerne un empiétement sur les biens du monastère. Le traité prévoyait « que nos maisons d'Acy et de Pernant demeureraient à toujours franches de l'avouerie, de plus notre cense qui est sur le mont de ce dernier village devrait être exempte de corvées et de dîmes que lesdits conjoints en demandaient et enfin que le château que ce seigneur avait à Pernant, avec toutes les carrières qui étaient dans les tranchées dudit château ne serait point sujet à nous payer la dîme des bêtes qui y seraient nourries »[3].

Le détail apporté par ce texte suggère qu'il s'agit du bâtiment actuel, et la question d'exemption soulevée quant à la dîme due au titre des « bêtes nourries » suggère une existence récente, en tout cas largement postérieure à la première apparition de la seigneurie de Pernant[6].

Pernant et ses vicomtes avant le château

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Au Ve siècle, se constitue une communauté religieuse sur le site d'une nécropole romaine ; elle est située hors la ville de Soissons et y sont inhumés, à la fin du IIIe siècle, les Saints apôtres-martyrs du pays soissonnais, Crépin et Crépinien[5]. L'évêque Bandry de Soissons (?535 - 545) reçut en récompense la terre de Celles-sur-Aisne et d'autres ; il les utilisa pour doter le monastère de Saint-Crépin-le-Grand avant de l'ériger en abbaye. Celle-ci adopta la règle de Saint-Benoît, probablement au VIIe siècle, au IXe siècle au plus tard[Note 1].

Au temps de Charles II le Chauve (823 - 877), roi de Francia occidentalis (la future France) en 843, empereur chrétien d'occident en 875, l'abbaye connaît un essor important, étend ses propriétés, dont celle de la seigneurie de Pernant que Charles III le Simple, roi de France, lui confirme en 893. La terre de Pernant avait le titre de vicomté, ressort de la justice exercée par un officier, le vicomte, agissant au nom d'une autorité royale ou ducale ; pour la suzeraineté, le tribut envers une autorité de rang supérieur, elle relevait ensuite pour partie de Cœuvres et pour partie de Berzy-le-Sec.

Les seigneurs de Pernant prenaient donc la qualité de vicomte. La première mention de ces vicomtes se trouve dans un acte de 1152 émanant d'Yves de Nesle, comte de Soissons, où il est fait mention d'un frère de Gui, vicomte de Pernant, le chevalier Elbe, qui revendiquait le seigneurie de Berzy et l'obtînt en 1161, comme premier seigneur de Berzy. Plusieurs seigneurs de Pernant sont ainsi répertoriés jusqu'à Guillaume de Bouclenay.

Premier propriétaire : la construction du premier châtelet

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Le châtelet au début du XIVe siècle : plan de masse et deux élévations

Le texte de 1322 cité en préambule permet d'identifier le propriétaire, Guillaume de Bouclenay ; le besoin de clarifier des liens avec le monastère s'explique : le prédécesseur de Pierre de Wasses s'appelait Gauthier de Bouclenay ; don Lefort, historiographe de Saint-Crépin[3] au XVIIe siècle, le situe comme un frère ou un oncle de Guillaume ; il aurait pu profiter de ce lien de parenté pour s'établir sur le domaine de l'abbaye.

Gauthier a dirigé l'abbaye de 1303 à 1313 ; le premier châtelet est construit à cette époque, modeste construction à un étage ; elle est ceinte de hautes fortifications et de tours encerclant le promontoire, isolé du plateau par ses deux fossés et de la vallée par le surplomb naturel sur le village.

Guillaume de Bouclenay, vicomte d'Acy et de Pernant, était aussi seigneur de Ressons par son mariage avec Marie, fille de Jean III de Ressons. Les époux apparaissent dans les archives départementales pour la fondation d'une chapelle à Ressons ; ils obéissent à la dernière volonté du défunt seigneur Jean ; l'évêque de Soissons accepte de la pourvoir d'un prêtre, à la condition expresse « qu'y-celle revienne ensuite à l'évêché » (). Guillaume meurt en 1337, laissant sa veuve sans enfants ; elle donne la seigneurie de Ressons à l'abbaye Notre-Dame, puis la seigneurie de Pernant à la famille de La Personne, une des plus anciennes du Soissonnais.

Première famille, trois propriétaires : la première extension du châtelet

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En 1350, le château appartient à Jean II de La Personne, vicomte d'Acy et de Pernant, fils de Jean Ier de La Personne, chevalier et seigneur de Neufchâtel[Note 2].

Jean II (1330 (?) - 1404) est un éminent personnage du royaume, titulaire de nombreux titres, et seigneuries[Note 3].

Le châtelet à la fin du XIVe siècle : plan de masse et deux élévations.

Des travaux ont probablement été achevés après sa mort, par son fils Gui de La Personne, qui lui succède en 1404 ; il meurt avant 1418 ; il a sans doute cédé le château durant la Guerre de Cent ans[7] : en 1422, une lettre de rémission précise la reddition du château de Pernant qui appartenait alors à Jean de Ploizy, écuyer, dit Pinaguet.

Le château est repris par Guyot de La Personne, fils de Gui, qui le conserve jusqu'à sa mort en 1435, sans laisser d'héritier.

La succession de Jean II de la Personne ouvre d'interminables procès. Son père Jean Ier s'est marié deux fois ; Jean II avait une demi-sœur d'un premier lit - Marguerite - dont les héritiers réclament l'héritage ;

La mère de Jean II s'est remariée après son veuvage, a eu une fille de ce second lit, Jeanne de Pernes, qui est donc également demi-sœur de Jean II. Jeanne épouse Baudoin dit Patoul d'Overbreuch ; leurs enfants ont été élevés tout près de Jean II, se considèrent comme ses propres enfants et prétendent aussi à la succession ;

Enfin, les descendants du frère cadet de Jean Ier ont revendiqué aussi la succession, avant d'abandonner leurs prétentions aux descendants de Marguerite.

Deuxième famille, deux propriétaires : la seconde extension du châtelet et l'achèvement de la maison-forte

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Dès 1435, le château de Pernant appartient à Robert d'Overbreuch : il se présente comme unique héritier pour Pernant et quelques autres propriétés de la succession de Jean II de La Personne ; il devance les autres prétendants en payant les droits de succession et s'impose ainsi comme vicomte d'Acy, de Pernant et de Nesle-en-Tardenois. Il rend au petit fils de Jean II de La Personne les terres de Dhuisy, Hermensis et autres fiefs, par donation de à « Mon bien aimé neveu Jehan »[8].

Il marie sa fille Blanche d'Aurebruche ou d'Overbruch en 1436 (elle a dix ans) à Guillaume de Flavy, capitaine de Pierrefonds, qui en a trente-sept[3]. Guillaume de Flavy est brave, féroce et cupide ; il fait pression sur son beau-père pour qu'il lui cède ses terres contre une rente, qu'il ne paiera jamais. Robert est emprisonné dans les carrières du château en 1440 ; Flavy le laisse mourir de faim. Blanche refuse de livrer sa terre de Janville à deux des enfants légitimes du premier mariage de Flavy ; elle est séquestrée au château.

Le châtelet au début du XVe siècle : plan de masse et deux élévations.

En 1444, Blanche devenue adulte, rencontre Pierre de Louvain, capitaine de cent lances, seigneur de Berzy et de Vierzy, le prend comme amant et, avec lui, fomente un complot : le , Guillaume de Flavy est assassiné. Les amants sont arrêtés, emprisonnés puis libérés, et se marient en 1450.

Une seconde campagne de travaux commence sur le châtelet originel : surélévation de la tour carrée et couverture du chemin de ronde ; le châtelet devient une maison-forte.

Le , Raoul de Flavy, frère de Guillaume, assassine Pierre de Louvain[3]. La même année, Blanche se remarie en troisièmes noces à Pierre Puy, conseiller au Parlement.

Troisième famille, trois propriétaires : une transition

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Blanche d'Overbreuch, dame de Nesle, vicomtesse d'Acy et de Pernant, meurt au début des années 1500. De son mariage avec Pierre de Louvain, elle laisse cinq fils. L'aîné, Claude de Louvain hérite des terres de Berzy et de Pernant, qu'il cède à son frère Nicolas quand il est élu évêque de Soissons (1503).

Nicolas de Louvain, maître d'hôtel du roi, vicomte d'Acy, de Berzy et de Pernant, seigneur de Nesle, de Vierzy et de cinq autres lieux, meurt en 1524, laissant tout son héritage à son neveu, Antoine de Louvain. Il revend dès 1525 la terre de Pernant à Jean de Gonnelieu.

Quatrième famille, cinq propriétaires : de la maison forte au château d'agrément

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Le châtelet au début du XVIe siècle : plan de masse et deux élévations.

Jean seigneur de Gonnelieu en Cambrésis, de Saint-Martin et de Jumencourt, enseigne des gardes du corps du roi et capitaine du château de Honnecourt en Picardie, fait l'acquisition du château et du domaine de Pernant en 1525, et commence des travaux sur le bâtiment.

Il fait tomber l'ensemble des fortifications pour aménager une vaste terrasse côté sud en surplomb sur la vallée, séparée de la cour d'honneur d'un simple rempart rétabli en lieu et place des anciennes fortifications.

Il condamne le pont-levis vers le jardin, supprime la herse et les deux portes, comble le porche d'une cave en partie décaissée dans le sol dont un vaste four à pain, surmontée d'une vaste pièce sous voûte dotée d'une cheminée monumentale, elle-même surmontée d'un grenier bas ou d'un logement pour le personnel en entresol sous le plancher de la salle du premier étage.

Pour remplacer l'accès carrossable, il établit par-dessus le fossé nord, un pont fixe probablement flanqué de deux tours qui fait la jonction entre la cour d'honneur et la basse-cour des premières fermes érigées en façade du châtelet.

Les chemins de ronde supérieurs sont condamnés, de larges toitures couvrent le sommet de la construction.

La transformation majeure est l'adjonction au châtelet sur son flanc nord-ouest, d'une construction nouvelle dans le style Renaissance : elle inclut une cage d'escalier pour desservir les pièces hautes du châtelet (qui ne sont plus accessibles par le chemin de ronde disparu) et le logis lui-même, construit sur deux niveaux plus les combles ; ce logis conserve toutefois l'une des tours d'angle des anciennes fortifications ; et pour compenser la perte du pont-levis vers le jardin, une poterne couverte est aménagée pour les piétons depuis la cage d'escalier du Logis vers le jardin.

D'un point de vue architectural, le bâtiment perd ses attributs militaires médiévaux ; il devient un château d'agrément, au style et au confort modernes. Ces travaux sont datés par les marques identifiables sur la construction : 1534 sur le manteau de la grande cheminée ; 1535, dans le passage piéton sous la terrasse, gravé à côté d'un blason des Gonnelieu.

En 1549, déjà garde des sceaux de la châtellenie de Pierrefonds, Jean de Gonnelieu succède au sieur Bonnery comme capitaine du château et grand maître des eaux et forêts du Valois[5].

Jean de Gonnelieu meurt en 1559. De son mariage avec Marie de Hénin-Liétard (qui est d'Estrées par sa mère), il a quatre fils dont Nicolas de Gonnelieu, écuyer, qui lui succède comme seigneur de Gonnelieu et vicomte de Pernant.

Nicolas, de son mariage avec Catherine de Bosbecq, a un fils, Jean II de Gonnelieu, qui lui succède à sa mort en 1579 comme seigneur de Gonnelieu et de Missy-aux-Bois, vicomte de Pernant.

Marié à Madeleine de Bourbon-Rubempré (qui descend d'une branche naturelle légitimée des comtes de Vendôme), Jean II a trois enfants, dont Jérôme de Gonnelieu, l'aîné des fils, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, qui devient chevalier et lui succède à sa mort en 1643 comme comte de Gonnelieu et vicomte de Pernant et d'Autrêches-Bouillancourt.

Jean II meurt entre 1658 et 1660 ; la propriété et la vicomté de Pernant échoient à Anne (ou Marie-Anne) de Gonnelieu, la fille aînée qu'il a eu de sa première épouse Françoise de Montmorency ; elle épouse Robert Gedoyn seigneur de Belle-Isle et capitaine des chevau-légers du roi ; il meurt en 1674. A sa mort, elle perd la vicomté de Pernant. Un accord avait été passé entre la veuve de son père Jérôme (la seconde épouse, sa belle-mère) et les créanciers pour vendre aux enchères les propriétés des Gonnelieu et éteindre les dettes.

Le château devient une ferme agricole ; elle accueille un nombreux personnel : les bâtiments existants (la date de 1617 sera retrouvée sur une des lucarnes du logis, attestant de nouveaux travaux de portée inconnue) sont étendus et de nouveaux s'y ajoutent autour de la cour et de l'autre côté du jardin vers l'ouest.

Quinzième et Seizième propriétaires : l'expansion de la ferme d'élevage

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La vicomté de Pernant est acquise par Élisabeth de la Noé, avant 1680 ; elle signe un bail de location du château, pour neuf ans, en faveur de Jules Leclerc, marchand à Cœuvres. Il précise[5] :

« Le petit corps de logis qui est dans la cour du château de Pernant en entrant à droite avec la liberté de se servir du pavillon qui y tient. Les preneurs sont tenus de laisser le pavillon libre plus les deux greniers qui sont au-dessus des chambres du grand corps de logis. À la charge de bien user des greniers sans les pouvoir surcharger de grain, comme aussi à donner aisance au fournil et au four étant dans le corps de logis, plus toute la basse-cour dudit château. Le seigneur de Pernant aura la liberté de faire cuver et presser le marc de son vin qu'il recueillera dans le clos de vignes, dans les cuves et sur le pressoir qui sont dans la basse-cour ; comme aussi de loger ses chevaux toutes les fois que lui et personnes de sa part viendront au château pour y passer les temps de l'année que bon leur semblera. »

La Dame de Noé laisse au locataire d'autres biens mais se réserve le droit de chasse ainsi que la justice, haute, moyenne et basse.

Élisabeth meurt en 1706 ; ses héritiers vendent la vicomté de Pernant à Jacques Dumetz, écuyer, colonel du Régiment du Vexin, qui ne la vend à son tour, probablement vers 1720, à René-François Dupleix, avec les seigneuries de Mercin, Bacquencourt et Bucy.

Cinquième famille, quatre propriétaires : la spécialisation agricole

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Le châtelet aux XVIIIe et XIXe siècles : plan de masse et deux élévations.

René-François Dupleix, fils d'un notaire de Mâcon, pourrait être le dernier à y avoir entrepris des travaux significatifs. La date de 1734 apparaît sous la voûte conduisant de la terrasse au jardin enjambant le fossé-carrière ; ce dernier aménagement a eu pour effet de supprimer la poterne du XVIe siècle ; ce passage a masqué le petit poste de tir situé au pied sud du châtelet et dont l'accès depuis la cave a probablement été muré à même époque. René-François Dupleix, fermier général prospère, devenu commissaire général de la Compagnie des Indes orientales incitera son fils cadet Joseph-François Dupleix, le célèbre futur gouverneur de Pondichéry, à faire ses armes en Orient au service de la France.

René-François meurt vers 1736 ; son fils aîné, Charles-Claude-Ange Dupleix, hérite de la vicomté de Pernant avec les seigneuries de Bacquencourt, du Pecle et de Cigne. À son mariage en 1724, il a vingt-huit ans et une fortune considérable, acquise grâce à son poste de directeur général des privilèges exclusifs du tabac et du café en Guyenne et Béarn ; en 1731 il devient fermier général, comme son père ; en 1734, il est anobli pour la charge de conseiller-secrétaire du roi, maison et couronne de France.

Charles-Claude-Ange Dupleix de Bacquencourt est décrit par ses contemporains comme un homme vif, bourru, orgueilleux, très dur, et incapable de rendre service, notamment envers sa famille. Un témoin raconte :

« Il étoit fort au fait des fermes, bon travailleur, extrêmement vif et bouillant, fastueux, et orgeuilleux. Ce dernier vice luy a fait faire une fondation assez singulière dans une terre qu'il a acquise auprès de Soissons, son frère le gouverneur de Pondichéry ayant soutenû assez glorieusement le siège que les anglois y avaient mis par terre et par mer ; celuy-cy pour en conserver la mémoire, a fait et établi un fond pour marier douze garçons par an et que les enfants issus de ces douze mariages, les mâles auraient chacun cent cinquante livres et les filles cent livres argent comptant. »

L'anecdote mentionne clairement le domaine de Pernant et l'intérêt que Dupleix de Bacquencourt lui portait. Le comblement du fossé nord qui achève de réunir basse-cour et cour d'honneur et le développement important des communs de la ferme situés à l'ouest du domaine de l'autre côté du jardin datent sans doute de cette époque. Il organise l'exploitation à grande échelle du domaine et des terres de Pernant, toujours en vigueur au siècle suivant.

À sa mort en 1750, Charles-Claude-Ange Dupleix de Bacquencourt laisse trois fils de ses trois épouses ; ils se partageront ses domaines : Guillaume-joseph Dupleix chevalier, est seigneur de Bacquencourt, et conseiller du roi, maître des requêtes ordinaires, et intendant de justice, police et finances de la généralité d'Amiens, puis de Bretagne ; Pierre-François Denis Dupleix est seigneur du Pècle et conseiller au Grand conseil le après la démission de son frère aîné ; et Marc-Antoine-Charles Dupleix (1736-1803), chevalier de Saint-Louis, est seigneur de Mézy et vicomte de Pernant et maréchal général des logis des camps et armées du Roi, colonel d'infanterie.

Ce dernier sera le maître du domaine plus de cinquante ans ; pendant la Révolution, il se fera appeler Marc-Antoine-Charles Dupleix de Pernant ; il est donc le dernier vicomte de Pernant et meurt en 1803 ; son fils unique Charles-Joseph-René Dupleix de Mézy hérite du domaine et des terres de Pernant, et en devient le vingtième propriétaire.

Il sera par ailleurs préfet de l'Aude puis du Nord, directeur général des postes, conseiller d'État, député Pair de France en 1819, commandeur de la légion d'honneur, chevalier de Lys. À sa mort en 1835, il lègue le domaine et les terres de Pernant à sa fille Caroline-Louise Dupleix de Mézy (1806 - 1863) ; son mariage en 1827 avait préparé la transmission à la famille du Cauzé de Nazelle.

Trois derniers châtelains : la fin de la résidence nobiliaire

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En 1835, à la mort de son beau-père, le marquis Hérard du Cauzé de Nazelle (1796 - 1880) hérite du domaine de Pernant[Note 4]. Les dernières transformations du château et du domaine datent de cette période : ce sont notamment les extensions sur les communs du château avec les nombreux percements des tours pour desservir les nouveaux agencements destinés à augmenter le nombre des pièces, en réduisant sans cesse leur taille ; ou encore le recouvrement d'une partie du fossé nord d'une plateforme destinée à recevoir une petite construction de plus, attenante au logis renaissance, et encore les dernières extensions de la ferme ouest.

De son mariage () le marquis de Cauzé de Nazelle a quatre enfants ; les deux garçons héritent des propriétés paternelles ; l'une des filles jumelles, Louise-Charlotte du Cauzé de Nazelle (1843 - 1914) hérite du domaine de Pernant ; son mariage le prépare la transmission du domaine à la famille Balathier-Conygham, après la mort de sa mère en 1863.

Le , à la mort du marquis du Cauzé de Nazelle, le comte Marie-Olympe-Félix-Alfred de Balathier-Conygham (1833 - 1900), châtelain d'Ambronay, hérite du domaine de Pernant. Il a deux filles : Marie-Caroline née en 1867, et Marie-Jeanne de Balathier-Conygham (1870 - 1951) qui hérite de Pernant ; par son mariage le , le domaine ira à la famille Bernard de Lauzière après la mort de la mère en 1914.

Le à la mort de Louise-Charlotte du Cauzé de Nazelle, le vicomte Louis de Bernard de Lauzière, châtelain d'Ambronay, hérite du domaine de Pernant. Ils ont eu un fils François, (tué durant la Grande guerre) et deux filles dont Élisabeth. Ce dernier propriétaire nobiliaire fait face aux réquisitions de la guerre et enfin à la destruction du château le  ;

Les premières consolidations d'après guerre portent sur la réfection partielle des toitures, le logis renaissance est abandonné et rasé en grande partie. La famille Bernard de Lauzières choisit de ne pas reconstruire le château avec les dommages de guerre mais de faire édifier sur le jardin faisant face au château, une maison de maître ; le manoir voit le jour en 1920. Le château est délaissé, ou utilisé comme resserre.

Deux propriétaires cultivateurs : le temps de l'agriculture moderne mécanisée

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À une date à préciser, probablement entre deux guerres, Henri Bullot (1901 - 1980) et son épouse Suzanne Gergonne (1902 - 2001) font l'acquisition du domaine de Pernant et des terres agricoles attenantes dont ils assurent personnellement l'exploitation, probablement jusqu'en 1957, date à laquelle ils quittent le domaine pour s'installer à Château-Thierry cédant l'exploitation en fermage à monsieur Ancelin père qui s'installe dans le manoir avec sa famille.

Monsieur Ancelin père prend sa retraite et cède le fermage à son fils Dominique qui reprend l'exploitation agricole à son compte.

Le Henri Bullot vend la parcelle bâtie dont le château à Dominique Ancelin (né le ) qui réalise un à un, les trois bâtiments construits en arrière de la ferme historique et du château pour accueillir les engins agricoles modernes qui ne rentrent plus dans les granges anciennes. La terre agricole demeure la propriété d'Henri Bullot. Finalement, Dominique Ancelin fait apport en nature de son bien le à son « EARL du Vieux Château ». C'est donc sur ces entrefaites que se déroulent les événements relatés plus haut, dont le classement d'office du château, qui conduisent Dominique Ancelin à morceler une seconde fois la propriété, séparant la « ferme » qu'il conserve pour son usage agricole, du « château » qu'il met en vente pour échapper aux travaux d'office après le classement. La vente à la société civile immobilière « Domaine de Pernant » est scellée à la fin de 2011 par Dominique Ancelin, qui aura été le vingt-cinquième propriétaire.

Notes et références

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  1. L'évêque a été banni par le roi de Soissons, Clotaire Ier, puis réhabilité pour ses miracles (il triompha par ses prières d'une épidémie dans le Soissonnais, fit jaillir près d'Ambleny une source d'eau dans un lieu aride près d'un village qui porte son nom depuis lors (Saint-Bandry) et délivra du démon une des filles du roi Clotaire)
  2. Jean Ier de La Personne est le fils de Philippe de La Personne, chevalier et vicomte d'Acy, ainsi prédécesseur de Guillaume de Bouclenay pour cette vicomté d'Acy qui remontait au XIe siècle et dépendait de Pierrefonds.
  3. Il est chambellan du roi sous trois rois successifs (Jean II, Charles V et Charles VI), conseiller et ministre d'État, assurant de ce chef ce qu'on appellera plus tard la surintendance des finances ; il est aussi sénéchal du Poitou, suivant de ce chef les chevauchées de du Guesclin et du connétable de Sancerre, méritant de ces hauts faits d'arme durant la guerre de Cent ans, de figurer parmi les huit chevaliers qui forment dans la bataille la garde du corps du Roi ; il est encore le premier capitaine-gouverneur de la Bastille, que Charles V a mise en chantier en 1367 et qui est achevée sous Charles VI une vingtaine d'années plus tard. Sa fortune lui permet d'intervenir en faveur du duc de Berry auquel il prête beaucoup pour éponger les dettes, le soutenant encore dans ses tribulations matrimoniales.
  4. Hérard est chevau-léger de la garde du Roi le , lieutenant aide de camp du général chevalier de Monteil , lieutenant au régiment des Hussards du Jura le , capitaine le . Il fait la campagne d'Espagne en 1823 dans la division Bourke dont les opérations ont lieu en Galice et en Estrémadure, et le , il est nommé chevalier de l'ordre royal et militaire de seconde classe de Saint-Ferdinand d'Espagne. Mis en disponibilité sur sa demande en 1828, Maire de Guignicourt la même année, rayé des contrôles de l'armée en 1830 pour refus de serment et démissionnaire de la maire pour la même cause, il est fait chef de bataillon de la garde nationale en 1848

Références

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  1. « Château de Pernant », notice no PA00115867, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. « Pernant : la renaissance du Moyen-âge », Le vase communicant, no 126, , page 10
  3. 1 2 3 4 5 6 Denis Rolland, Extrait des Mémoires du Soissonnais n°01 : Le Château de Pernant, Soissons, SAHS, , 23 p., page 2
  4. Anonyme, Journal de marche et d'opérations du 26e Régiment d'infanterie, 26N 600/11, page 31, ministère de la défense, , 68 p.
  5. 1 2 3 4 Atelier Gigot & Associés et ACV Architecte, Diagnostic : stabilité et sauvegarde de l'édifice, PARIS, , 83 p.
  6. « Site en construction », sur www.le-chateau-de-pernant.fr (consulté le )
  7. Le traité de Troyes, en 1420, marque la fin de la Guerre de Cent ans.
  8. Bibliothèque Nationale de France, Manuscrits, PO 2243.

Annexes

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