Clonage thérapeutique

Le clonage thérapeutique, clonage à visée thérapeutique, ou clonage à fin thérapeutique[1], est un transfert de noyau de cellules somatiques dans des cellules énuclées, en vue de produire des cellules-souches destinées à se différencier lors d'une phase de culture in vitro et assurer le remplacement de matériel vivant disponible par exemple pour des greffes. La compatibilité avec le malade est garantie par la parenté génétique assurée par ce clonage non-reproductif[2].

Le transfert du noyau d'une cellule somatique peut produire des clones pour l'usage thérapeutique ou encore reproductif. Le schéma montre le déplacement du noyau du donneur pour différents objectifs possibles ; dans la pratique, la totalité de la cellule du donneur est en général transférée.

Méthode

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Principe du transfert nucléaire de cellules somatiques

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Le transfert nucléaire de cellules somatiques (TNCS) implique deux types de cellules. La première est un gamète femelle, appelé ovule (ou ovocyte). Dans les expériences de TNCS chez l'humain, ces ovocytes sont obtenus auprès de donneuses consentantes, après une stimulation ovarienne. La seconde est une cellule somatique.

Le matériel génétique du noyau de l'ovocyte donneur est retiré et éliminé, laissant un ovocyte énucléé. Le noyau d'une cellule somatique est ensuite introduit dans cet ovocyte énucléé afin de réunir les deux éléments cellulaires[3].

Après son introduction dans l'ovocyte, le noyau de la cellule somatique est reprogrammé par le cytoplasme de l'ovocyte receveur. L'ovocyte reconstitué est ensuite activé, notamment par un stimulus électrique ou chimique, afin de déclencher la division cellulaire. Si le processus réussit, l'œuf commence à se diviser par mitose.

Au cours du développement embryonnaire, les divisions cellulaires successives peuvent conduire à la formation d'un blastocyste, un stade précoce de l'embryon comportant généralement une centaine de cellules. Le génome nucléaire de cet embryon est essentiellement identique à celui de l'organisme ayant fourni la cellule somatique, sous réserve des différences génétiques éventuelles liées notamment à l'ADN mitochondrial.

Dans le cadre du clonage thérapeutique, des cellules souches embryonnaires peuvent être obtenues à partir du blastocyste. Cette procédure implique la destruction de l'embryon. Dans le cadre du clonage reproductif, l'embryon cloné est transféré dans l'utérus d'une mère porteuse afin de permettre la poursuite de son développement jusqu'à la naissance.

Techniques utilisées

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La méthode conventionnelle du TNCS nécessite des micromanipulateurs, des appareils coûteux permettant de manipuler les cellules avec précision[4]. À l'aide de ces instruments, le scientifique réalise une ouverture dans la zone pellucide, puis retire le noyau initial de l'ovocyte à l'aide d'une micropipette. Le noyau donneur peut ensuite être introduit dans l'ovocyte énucléé à l'aide d'une autre pipette[5].

Une autre méthode consiste à utiliser une impulsion électrique pour provoquer la fusion entre l'ovocyte énucléé et une cellule donneuse contenant son noyau[4].

Clonage manuel

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Une autre technique, appelée « clonage manuel », a été décrite par des chercheurs indiens en 2001. Contrairement à la méthode conventionnelle, elle ne nécessite pas de micromanipulateur et a été utilisée pour le clonage de plusieurs espèces d'animaux d'élevage[6].

L'énucléation de l'ovocyte peut être réalisée par des méthodes chimiques, par centrifugation ou à l'aide d'une lame. L'ovocyte énucléé est ensuite associé à la cellule donneuse à l'aide de la phytohémagglutinine, puis les cellules sont fusionnées grâce à une impulsion électrique[4].

Lorsque l'énucléation est effectuée à l'aide d'une lame, deux étapes de fusion peuvent être nécessaires : la première entre la cellule donneuse et une moitié d'ovocyte énucléé, et la seconde entre cet ensemble, appelé demi-embryon, et une autre moitié d'ovocyte énucléé[4].

Association de la thérapie génique et du clonage thérapeutique

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L’association de la thérapie génique et du clonage thérapeutique a permis d’envisager la correction de défauts génétiques responsables de maladies héréditaires. Une expérience a été réalisée chez des souris modèles de déficit immunitaire combiné sévère (DICS), présentant un défaut du gène RAG-2. Les gènes RAG-1 et RAG-2 sont essentiels à la recombinaison de l’ADN nécessaire au polymorphisme des immunoglobulines et des lymphocytes. Les chercheurs ont prélevé un noyau somatique, corrigé le défaut génétique par l’ajout de deux copies fonctionnelles du gène RAG-2, puis réalisé un transfert nucléaire. Les cellules souches embryonnaires obtenues ont ensuite été différenciées in vitro en cellules souches hématopoïétiques. Trois semaines après leur transplantation chez les souris modèles, une restauration partielle de la fonction immunitaire a été observée, avec la présence de précurseurs lymphocytaires et d’anticorps fonctionnels[7].

Enjeu scientifique

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Devant permettre de produire des organes ou des cellules, le clonage humain thérapeutique (CHT) a pour enjeu essentiel de favoriser les greffes pour remplacer un organe ou des cellules détruits ou détériorés tout en garantissant la compatibilité génétique de ceux-ci avec le malade. Le clonage thérapeutique aurait ainsi le double avantage de remédier à la pénurie d'organes, et d'éviter pour le malade opéré la prise de traitements à vie contre le rejet, par son organisme, de l'organe greffé.

Le concept, né à la fin du XXe siècle, n'était toujours pas concrétisé en 2005. Il est possible qu'il soit obsolète avant cette réalisation, en raison des progrès sur ces cellules spéciales, qu'il semble possible d'obtenir sans recours à leur fabrication indirecte par clonage.Selon Axel Kahn, le clonage thérapeutique présenterait très peu d'intérêt médical, contrairement au clonage utilisé à des fins de recherche[8][source insuffisante]. D'autres scientifiques pensent que le clonage thérapeutique représenterait une avancée majeure dans la lutte contre des maladies actuellement incurables et permettrait de sauver de nombreuses vies. Ainsi, une pétition, signée par 10 personnalités scientifiques, dont deux prix Nobel de médecine, François Jacob et Jean Dausset, a été remise le au président de l'Assemblée nationale afin de soutenir la proposition de loi de l'ancien ministre de la Recherche Roger-Gérard Schwartzenberg, visant à autoriser cette technique à certaines conditions.

Enjeux sémantiques et éthiques

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L'expression « clonage thérapeutique » est couramment employée par opposition à celle de clonage reproductif. Son usage fait toutefois l'objet d'un débat sémantique portant sur la définition de la technique et sa perception dans les médias. L'expression « clonage thérapeutique » met l'accent sur la finalité médicale de la démarche, tandis que celle de « clonage à visée thérapeutique » souligne que le clonage constitue une technique permettant d'obtenir des cellules, mais ne constitue pas en lui-même un traitement.

Les partisans de la seconde expression font valoir que ce n'est pas le clonage qui guérit le patient, mais l'utilisation des cellules obtenues grâce à cette technique. À l'inverse, les défenseurs de la première considèrent que ces cellules ne pourraient être obtenues sans recourir au clonage. Cette dernière affirmation doit toutefois être nuancée depuis la découverte de cellules souches adultes, notamment dans le sang de cordon.

Le choix de la terminologie soulève également une question éthique liée au statut de l'embryon humain. Le clonage thérapeutique, comme le clonage reproductif, implique la production d'un blastocyste humain. Après cette étape, deux possibilités sont envisagées :

1- l'implantation du blastocyste dans l'utérus d'une femme en vue d'un développement embryonnaire et d'une éventuelle naissance : il s'agit du clonage reproductif[9] ;

2- le prélèvement de cellules du blastocyste, entraînant sa destruction, afin d'obtenir des cellules ou des tissus destinés à des applications thérapeutiques : il s'agit du clonage dit thérapeutique[9],[10].

Le clonage thérapeutique soulève des questions éthiques liées au prélèvement des ovocytes, au transfert nucléaire et à la destruction de l’embryon pour obtenir des cellules souches. Le débat porte notamment sur le statut moral de l’embryon humain précoce et sur les limites de son utilisation à des fins médicales[10].

Deux positions principales s'opposent. Selon la première, le blastocyste constitue une matière biologique d'origine humaine, mais ne possède pas la dignité d'une personne humaine tant qu'il n'est pas implanté dans l'utérus, car son développement ne peut se poursuivre dans des conditions naturelles en dehors de cet environnement. Selon la seconde, son origine humaine et son potentiel de développement justifient de le considérer comme un embryon, indépendamment de son stade de développement et de son implantation éventuelle.

Ces deux conceptions conduisent à des interprétations éthiques différentes de la pratique. Dans la première, le clonage thérapeutique consiste à utiliser du matériel biologique humain à des fins médicales, à l'instar d'autres prélèvements biologiques. Dans la seconde, il implique la destruction d'un embryon humain et soulève la question de l'utilisation d'une forme de vie humaine comme moyen au service d'autrui.

L'expression « clonage à visée thérapeutique » ne tranche pas ce débat. Elle permet de rendre explicite la dimension morale de la technique sans imposer une position en faveur ou à l'encontre de sa légitimité. Les arguments avancés renvoient à des valeurs parfois opposées, notamment le risque d'une instrumentalisation de la vie humaine au nom du progrès scientifique et la nécessité de prendre en compte la souffrance des personnes atteintes de maladies. Le choix entre les deux expressions dépend ainsi de la place accordée à la dimension éthique dans la définition de cette pratique.

D'autres considérations, d'ordre pratique, peuvent toutefois conduire à privilégier l'expression « clonage thérapeutique ». Elle peut être considérée comme une formulation abrégée de « clonage à visée thérapeutique ». En outre, le recours à la technique suppose que sa finalité soit définie avant la production du blastocyste : le choix de son devenir est donc anticipé dès la conception du projet. Cette considération présuppose cependant que les modalités techniques soient maîtrisées et que les questions éthiques liées à cette pratique aient été préalablement examinées, alors que ces deux aspects demeurent discutés.

Articles connexes

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Notes et références

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  1. ↑ « Clonage à fin thérapeutique | FranceTerme | Culture », sur www.culture.fr (consulté le )
  2. ↑ Henri Atlan, « Le « clonage » thérapeutique: De la biologie à l’éthique (2) », médecine/sciences, vol. 18, no 5,‎ , p. 635–638 (ISSN 0767-0974 et 1958-5381, DOI 10.1051/medsci/2002185635, lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ (en) Shaun D. Pattinson et Vanessa Kind, « Using a moot to develop students' understanding of human cloning and statutory interpretation », Medical Law International, vol. 17, no 3,‎ , p. 111–133 (PMID 28943724, PMCID 5598875, DOI 10.1177/0968533217726350)
  4. 1 2 3 4 Geetika Verma, Js Arora, Rs Sethi, Cs Mukhopadhyay et Ramneek Verma, « Handmade cloning: recent advances, potential and pitfalls », Journal of Animal Science and Biotechnology, vol. 6, no 1,‎ , p. 43 (PMID 26473031, PMCID 4606838, DOI 10.1186/s40104-015-0043-y Accès libre)
  5. ↑ Sayaka Wakayama, Eiji Mizutani et Teruhiko Wakayama, Guide to Techniques in Mouse Development, Part A: Mice, Embryos, and Cells, 2nd Edition, vol. 476, coll. « Methods in Enzymology », , 151–169 p. (ISBN 978-0-12-374775-4, PMID 20691865, DOI 10.1016/S0076-6879(10)76009-2), « Production of Cloned Mice from Somatic Cells, ES Cells, and Frozen Bodies »
  6. ↑ Naresh L. Selokar, Monika Saini, Prabhat Palta, Manmohan S. Chauhan, Radhey S. Manik et Suresh K. Singla, « Cloning of Buffalo, a Highly Valued Livestock Species of South and Southeast Asia: Any Achievements? », Cellular Reprogramming, vol. 20, no 2,‎ , p. 89–98 (PMID 29620444, DOI 10.1089/cell.2017.0051)
  7. ↑ Charlotte Kfoury, « Therapeutic cloning: promises and issues », McGill journal of medicine: MJM: an international forum for the advancement of medical sciences by students, vol. 10, no 2,‎ , p. 112–120 (ISSN 1201-026X, PMID 18523539, PMCID 2323472, lire en ligne, consulté le )
  8. ↑ Émission Paroles de science, sur la chaine public sénat, le
  9. 1 2 (en) Karl Illmensee, « A Seminar on Human Cloning: Cloning in Reproductive Medicine », Journal of Assisted Reproduction and Genetics, vol. 18, no 8,‎ , p. 451–467 (ISSN 1058-0468 et 1573-7330, DOI 10.1023/A:1016642906286, lire en ligne, consulté le )
  10. 1 2 (en) P Whittaker, « Therapeutic cloning: The ethical limits », Toxicology and Applied Pharmacology, vol. 207, no 2,‎ , p. 689–691 (DOI 10.1016/j.taap.2004.11.034, lire en ligne, consulté le )