Commanderie du Chambon (Haute-Loire)
La commanderie du Chambon, également appelée Saint-Jean du Chambon, est un ancien établissement de l'ordre du Temple, puis de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, situé sur le territoire de Cohade, près de Brioude, en Haute-Loire. Elle est attestée par un accord avec le chapitre de Saint-Julien de Brioude, publié sous la date de février 1228. Cet accord porte sur des possessions déjà détenues par les Templiers ; il ne constitue pas un acte de fondation. La date exacte de leur installation et l'identité des fondateurs ne sont pas établies par ce document[1].
| Commanderie du Chambon | |
| Présentation | |
|---|---|
| Fondation | |
| Reprise | |
| Géographie | |
| Pays | |
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes |
| Département | Haute-Loire |
| Ville | Cohade |
| Géolocalisation | |
| Coordonnées | 45° 21′ nord, 3° 22′ est |
| modifier |
|
Après la suppression du Temple et la dévolution de ses biens aux Hospitaliers, Le Chambon devient un membre de la commanderie de Courteserre, près de Courpière. Sa chapelle est placée sous le double vocable de saint Jean-Baptiste et de saint Georges. Les visites d'époque moderne distinguent cette chapelle des bâtiments résidentiels ruinés et du domaine agricole[2],[3].
Présentation historique, géographique et architecturale
modifier
Le Chambon se trouve dans la plaine de l'Allier, au nord de Brioude, sur le territoire de l'ancienne paroisse de Saint-Ferréol-de-Cohade. Les descriptions historiques le situent entre la Vendage et l'Allier. L'accord de 1228 précise la proximité d'Ouillandre[2],[1].
L'établissement associe une chapelle, un domaine agricole et des droits fonciers. En 1615-1616, les visiteurs décrivent une chapelle à décor peint et les ruines de bâtiments incendiés pendant les guerres. En 1669, la chapelle est encore donnée en bon état, tandis que la maison est ruinée et que le domaine est décrit sans bâtiment d'exploitation[3],[4].
La localité est décrite comme détruite dans la littérature historique. Le site communal situe la disparition de la chapelle au XIXe siècle et évoque la possibilité de vestiges enfouis ; cette indication ne correspond pas à un relevé archéologique publié[5].
Histoire
modifierImplantation templière et accord avec le chapitre de Brioude
modifier
L'accord de février 1228 règle une controverse entre les Templiers et le chapitre de Brioude au sujet de leurs possessions à Brioude, Saint-Ferréol, au Chambon et à Saint-Germain-Lembron. Il nomme notamment Durand de Lero et Guy comme frères de la milice du Temple ; Guillaume d'Alliac, précepteur du Temple en Auvergne, figure parmi les dignitaires qui apposent leur sceau. Le texte publié ne qualifie ni Durand ni Guy de commandeur du Chambon[1].
Pierre Cubizolles rapporte que l'accord reconnaît les possessions templières et autorise l'établissement d'une chapelle et d'un cimetière au Chambon. Il situe cette transaction en 1227. La publication de Chassaing la classe en février 1228, alors que la clause latine porte effectivement l'année 1227[6],[1]. L'autorisation d'une chapelle ne fournit pas, à elle seule, la date d'achèvement du bâtiment.
Le 15 octobre 1291, Guillaume Charnier est attesté comme précepteur de la maison du Temple du Chambon. Il intervient comme arbitre dans le règlement des rapports entre Jean, seigneur de La Roche, et les habitants relevant de son château[7].
Le Chambon est également mentionné dans les témoignages du procès des Templiers. L'identification géographique de ces mentions a été discutée ; l'édition de Roger Sève et Anne-Marie Chagny-Sève privilégie le site de Cohade, en s'appuyant notamment sur les actes de 1228 et 1291[8].
Dévolution hospitalière et rattachement à Courteserre
modifierLa maison passe aux Hospitaliers après la suppression de l'ordre du Temple. La littérature historique place sa dévolution en 1313. Le Chambon est ensuite un membre de Courteserre, au sein du grand prieuré d'Auvergne[2].
Une notice du Parlement de Paris signale dès 1402 une affaire mettant en présence les Hospitaliers du grand prieuré d'Auvergne à cause de leur commanderie du Chambon, le chapitre Saint-Julien de Brioude, garant du sergent royal Laurent Cordier, et le procureur du roi[9].
Le rattachement à Courteserre est directement documenté le 14 avril 1407. Geoffroi de Montmaur, chevalier, conclut avec Philibert de Chazayron, commandeur de Courteserre, de Farreyroles et du Chambon, un accord de partage du terroir de las Molconadas, situé à Volhandres[10].
Fermages et entretien au XVIe siècle
modifierLe 4 juin 1510, Claude de Saint-Priest, commandeur de Chamberaud et receveur du prieuré d'Auvergne, afferme Le Chambon à Étienne Mazières et Pierre Breghat, habitants de Saint-Germain-Lembron, pour trois ans et cent soixante-dix livres par an[11].
Le 7 avril 1514, Pierre de Saint-Saphorin, commandeur de Courteserre, conclut un nouveau bail de six ans au profit d'Antoine Trenlanhe, habitant de Brioude, pour cent quinze livres tournois annuelles[10].
La visite de 1615-1616 constate que les bâtiments ont été brûlés « au temps des guerres ». Elle décrit toutefois la chapelle et son décor. Cette constatation établit une destruction antérieure à la visite, sans en donner une année précise[3].
Exemption de dîme et relations avec Saint-Julien
modifierLe 4 décembre 1620, une sentence des Requêtes du Palais à Paris, obtenue à la demande de Claude de Montrognon, commandeur de Courteserre, déclare le territoire du Chambon exempt de dîme. Une copie de cette sentence est également conservée dans un dossier relatif aux privilèges de l'ordre et aux dîmes de Belveyre, dépendance d'Ayen[10],[12].
Les droits de dîme restent néanmoins une question contentieuse. De 1737 à 1741, Jean-Joseph de Caissac, receveur et procureur général de l'ordre au grand prieuré d'Auvergne, et Jean de Fontanges, commandeur de Courteserre, sont opposés devant le Grand Conseil à Charles-Auguste de La Garde de Chambonas, prévôt du chapitre Saint-Julien de Brioude. Le procès porte sur le territoire du Moulin de Laure, dans la paroisse de Saint-Ferréol. Une lettre envoyée de Malte le 14 mars 1741 invite le receveur général à Lyon à ratifier une convention entre le commandeur de Fontanges et le représentant de Brioude[10].
Administration aux XVIIe et XVIIIe siècles
modifierEn 1647, Courteserre et ses membres sont affermés ensemble par le procureur de Jacques de Cordon de Vieu à Étienne Verne, bailli et châtelain de Courpière. Les visites de 1669, 1683, 1698 et du XVIIIe siècle contrôlent les bâtiments, les revenus et les améliorations de l'ensemble[11],[4].
Des quittances d'ornements pour Billom et Le Chambon sont signalées dans les comptes de 1723[13].
Le 8 mars 1749, le domaine de Saint-Jean du Chambon, dépendant de Courteserre, est accensé à Jean Delcher, de Brioude[14]. Le membre figure encore dans les visites de Courteserre de la fin de l'Ancien Régime[4].
Révolution et disparition de la chapelle
modifierLe site historique de Cohade indique une vente du domaine comme bien national en l'an II et la destruction de la chapelle au XIXe siècle. Il conserve la mémoire du lieu sous la désignation d'« église du Chambon »[5].
Architecture et mobilier
modifierLa chapelle Saint-Jean-Baptiste et Saint-Georges
modifierLa visite de 1615-1616 décrit la chapelle comme peinte d'un décor de rectangles de couleurs jaune, rouge et noire. Elle distingue expressément cet édifice des bâtiments brûlés qui l'entourent[3].
En 1669, la chapelle est donnée en bon état et conserve son double vocable. La visite mentionne à proximité une masure de maison et un domaine sans bâtiment. Des actes d'état de la chapelle sont également conservés pour 1699[4],[11].
Ces descriptions renseignent l'état de l'édifice à l'époque hospitalière ; elles ne suffisent pas à dater ses maçonneries de la période templière ni à reconstituer un plan complet de la commanderie.
Objets et équipement liturgique
modifierDomaine foncier et relations seigneuriales
modifierLe domaine du Chambon comprend des terres, prés et revenus. En 1615-1616, les visiteurs relèvent notamment des terres à Chaulat et Vignolon, les prés du Chambon, de Lubère et de La Fontenylle, ainsi que ceux de la commanderie au terroir du Breul ; ils mentionnent des dîmes et des rentes[3].
Les actes de 1407 et les baux des XVIe et XVIIIe siècles montrent des rapports avec les seigneurs et les habitants des environs. Geoffroi de Montmaur intervient comme cocontractant dans un partage de terroir ; Antoine Trenlanhe et Jean Delcher, de Brioude, comme preneurs du domaine. La fonction de ces derniers doit être distinguée de celle du commandeur[10],[14].
Le conflit de dîme avec le prévôt de Saint-Julien porte sur les revenus et privilèges ecclésiastiques. Le nom de La Garde de Chambonas est celui d'un représentant du chapitre dans cette procédure ; il ne constitue pas une preuve d'une fondation du Chambon par cette famille[10].
Précepteurs et commandeurs attestés
modifierPériode templière
modifier| Date | Nom | Qualité documentée |
|---|---|---|
| 15 octobre 1291 | Guillaume Charnier | Précepteur de la maison du Temple du Chambon ; arbitre dans la charte relative à La Roche-près-Brioude[7]. |
Durand de Lero et Guy figurent dans l'accord de 1228 comme frères du Temple. Leur présence ne permet pas, sur ce seul acte, de les intégrer à une liste de précepteurs[1].
Période hospitalière
modifierLe Chambon étant un membre de Courteserre, les titulaires ci-dessous sont ceux documentés dans les actes propres au Chambon ou dans l'administration de la commanderie et de ses membres. Les dates sont des attestations, non les limites complètes des mandats.
| Attestation | Nom | Source et fonction |
|---|---|---|
| 1407 | Philibert de Chazayron | Qualifié de précepteur de Courteserre, Farreyroles et du Chambon dans l'accord avec Geoffroi de Montmaur[10]. |
| 1514 | Pierre de Saint-Saphorin | Commandeur de Courteserre, bailleur du Chambon[10]. |
| 1620 | Claude de Montrognon | Commandeur de Courteserre ; partie à la sentence d'exemption de dîme ; graphie « Montrongnon » dans l'analyse[10]. |
| 1647 | Jacques de Cordon de Vieu | Commandeur de Genevois et de Courteserre ; bail général passé par son procureur[11]. |
| 1663 et 1669 | Paul de La Renaudie | Prise de possession par son frère et procureur Pierre de Phélines de La Renaudie ; visite de 1669[11],[4]. |
| 1683 | Marie Dolomieu | Commandeur de Courteserre nommé dans la visite de cette année[4]. |
| 1698-1699 et 1705 | Léonard-François de Chevrières de Saint-Mauris | Prises de possession et procès-verbal d'améliorissements ; actes d'état des chapelles de 1699[11],[4]. |
| 1711 | Jean-Paul de La Rivoire de Chadenac | Prise de possession de Courteserre[11]. |
| 1723 | Hector de Sainte-Colombe de Laubépin | Commandeur requérant la visite et la vérification des améliorissements[4]. |
| 1736-1748 | Jean de Fontanges | Visite de 1736, procès du Chambon de 1737-1741, baux et gestion de sa dépouille après son décès en 1748[4],[10],[11]. |
| 1761 | Jean-Bertrand de Madon | Commandeur nommé dans le bail général de Courteserre et de ses membres[11]. |
| 1774 | Joseph-Désiré Dussaix | Commandeur requérant la visite[4]. |
| 1783 | Jean-Jacques de Seyssel | Commandeur requérant la visite[4]. |
Claude de Saint-Priest intervient en 1510 comme receveur du prieuré ; Anne-Joseph de Brizon intervient en 1748-1749 dans la gestion de la dépouille de Jean de Fontanges. Ces qualités ne doivent pas être assimilées à un mandat de commandeur du Chambon[11].
Relations avec les autres établissements
modifier| Établissement | Relation documentée |
|---|---|
| Saint-Julien de Brioude | Accord avec les Templiers en 1228 ; relations et procès de dîme à l'époque hospitalière[1],[10]. |
| Courteserre | Commanderie de rattachement hospitalier ; titulaires, baux et visites communs[10],[4]. |
| Farreyroles, près de Léotoing | Titulature commune de Philibert de Chazayron en 1407 ; actes et visites dans l'ensemble de Courteserre[10],[4]. |
| Saint-Jean de Billom, Tallende, Ligonne, Chantaduc et Vivit | Autres membres documentés dans les visites et les titres communs de Courteserre. Ce groupement hospitalier ne démontre pas une origine identique de chaque maison[4],[11]. |
| Sainte-Bonnette, puis Saint-Jean de Brioude ; Montchamp | L'établissement urbain de Brioude est distingué du domaine rural du Chambon. Après la dévolution, Brioude relève de Montchamp ; Le Chambon relève de Courteserre[6],[3]. |
| Ayen et Belveyre | Une copie de la sentence du Chambon de 1620 est conservée dans le dossier de dîmes de Belveyre. Il s'agit d'un rapprochement documentaire relatif aux privilèges, non d'une dépendance du Chambon envers Ayen[12]. |
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 Chassaing 1886, acte 21, « Accord entre les Templiers et le chapitre de Brioude sur leurs possessions situées à Brioude, à Saint-Ferréol, au Chambon près Ouillandre et à Saint-Germain-Lembron », p. 31. L'éditeur date l'acte de février 1228 ; le texte latin porte 1227. Référence ancienne donnée au bas de la page : Bibliothèque nationale, manuscrits, collection Baluze, armoire II, paquet 8, no 2.
- 1 2 3 Niepce 1883, mentions du Chambon et des membres de Courteserre, p. 228 et 299.
- 1 2 3 4 5 6 7 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 138, visites de 1615-1616, tome III, section de Courteserre, rubrique « Membre du Chambon », analyse dans FranceArchives.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1622, pièce 1, visite et améliorissements de 1669 ; pièces 2-9, visites et améliorissements de 1683 à 1783, notice.
- 1 2 « Origines et passé historique du village », sur Site de Cohade (consulté le ).
- 1 2 Cubizolles 2005, p. 177.
- 1 2 Chassaing 1886, acte 83, « Charte de coutumes et privilèges accordée par Jean, seigneur de la Roche, aux habitants de la Roche-près-Brioude », 15 octobre 1291, p. 190-191. Le texte nomme « fratrem Guillelmum Charnerii », précepteur de la maison du Temple du Chambon.
- ↑ Sève et Chagny-Sève 1986, introduction, identification des maisons templières d'Auvergne, passage sur Le Chambon et note 60.
- ↑ Archives nationales, X/1a/50, registre de 1402-1403, notice d'une affaire datée de 1402 concernant les religieux de Saint-Jean-de-Jérusalem et le chapitre de Brioude, indexation du Centre d'études d'histoire juridique dans FranceArchives. L'analyse consultable ne donne pas le feuillet ni le détail de l'objet du litige.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1621, « Membre de Chambon », 1407-1741 : pièces 1-2, accord du 14 avril 1407 ; pièce 3, bail de 1514 ; pièces 4-5, sentence de 1620 ; pièces 6-42, contentieux et correspondance de 1737-1741, notice détaillée.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1623, pièce 6, bail du 4 juin 1510 ; pièce 14, bail général de 1647 ; pièces 15-21, baux de 1748 à 1761 ; pièces 28-31, actes d'état des chapelles en 1699, notice.
- 1 2 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 763, dossier de procédures de 1625-1629, contenant la sentence du 4 décembre 1620 relative au Chambon et au chapitre Saint-Julien, notice.
- 1 2 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 402, quittances d'ornements pour Billom, Chambon et le temple de Besançon, 17 et 22 août 1723, notice.
- 1 2 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 522, accense du domaine de Saint-Jean du Chambon à Jean Delcher, 8 mars 1749, notice.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Augustin Chassaing, Spicilegium Brivatense : Recueil de documents historiques relatifs au Brivadois et à l'Auvergne, Paris, Imprimerie nationale, (lire en ligne). Acte 21, p. 31 ; acte 83, p. 190 et suivantes.
- Léopold Niepce, Le Grand-Prieuré d'Auvergne, ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Lyon, Henri Georg, . Mentions du Chambon et de Courteserre, notamment p. 228 et 299.
- Roger Sève et Anne-Marie Chagny-Sève (préf. Robert-Henri Bautier), Le Procès des Templiers d'Auvergne (1309-1311) : Édition de l'interrogatoire de juin 1309, Paris, Éditions du CTHS, coll. « Mémoires et documents d'histoire médiévale et de philologie » (no 1), , 322 p. (ISBN 2-7355-0108-6, présentation en ligne).
- Pierre Cubizolles, Le Diocèse du Puy-en-Velay des origines à nos jours, Éditions Créer, , 525 p. (ISBN 978-2-84819-030-3, lire en ligne), p. 177, notamment pour Sainte-Bonnette de Brioude et ses relations avec Le Chambon.
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Membre du Chambon, 48 H 1621, instrument de recherche des Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon.
- Visites de Courteserre et de ses membres, 48 H 1622.
- Présentation historique sur le site de Cohade.