Comte Zéro

roman de William Gibson (1986)

Comte Zéro (titre original : Count Zero) est un roman de science-fiction écrit par William Gibson et publié pour la première fois en 1986.

Comte Zéro
Auteur William Gibson
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Roman
Science-fiction
Cyberpunk
Version originale
Langue Anglais américain
Titre Count Zero
Éditeur Victor Gollancz Ltd
Lieu de parution New York
Date de parution
Nombre de pages 269
ISBN 0-575-03696-6
Version française
Traducteur Jean Bonnefoy
Éditeur La Découverte
Collection Fictions
Lieu de parution Paris
Date de parution
Type de média Livre papier
Nombre de pages 312
ISBN 2-7071-1620-3
Chronologie
Série Trilogie de la Conurb

C'est un représentant du genre cyberpunk, situé dans le même endroit que le précédent livre Neuromancien et est le deuxième volume de la Trilogie de la Conurb, laquelle inclut également Neuromancien et Mona Lisa s'éclate.

Résumé

modifier

Environ sept ou huit ans après les événements contés dans Neuromancien, de curieuses choses apparaissent dans la matrice, avec la prolifération de dieux Vaudou.

Deux très puissantes multinationales, Maas et Hosaka, sont engagées dans la bataille pour le contrôle d'une technologie surpuissante, la biopuce, en utilisant des hackers et des mercenaires.

Le titre du livre est le pseudonyme du héros Bobby Newmark, et est également un jeu de mots sur une technique de programmation: l'interruption Compte Zéro, qui se déclenche quand un compteur arrive à zéro[a 1]. Bobby est un jeune hacker inexpérimenté qui s'aventure dans la matrice depuis sa chambre d'adolescent, dans l'appartement de sa mère.

Il y a plusieurs autres personnages principaux : Turner est un mercenaire engagé pour exfiltrer Mitchell, l'inventeur des biopuces, Marly Krushkhova, une responsable d'une galerie d'art, est engagée par Virek, un mécène phénoménalement riche, pour trouver le créateur d'œuvres d'art ressemblant aux boîtes surréalistes de Joseph Cornell.

Situation initiale

modifier
Un paysage dans le désert de Sonora.

Turner (que l'on découvre en convalescence au Mexique, après avoir été mutilé lors d'un attentat à New Delhi) est embauché par Hosaka (un Zaibatsu) pour exfiltrer Christopher Mitchell, expert mondial en biochips (puces biologiques), qui travaille pour l'entreprise concurrente Maas Biolabs dans un site de recherche en Arizona [a 2]. Turner doit diriger cette opération secrète, pour laquelle une base d'opérations a été montée dans dans un centre commercial en ruines perdu dans le désert de Sonora[a 3]. Turner fait connaissance des membres de l'équipe : des experts en opérations clandestines (Sutcliffe, Lynch, Webber), deux hackers (Jaylene Slide, et son assistant Ramirez), quelques mercenaires, et une petite équipe médicale[a 4] (dont le rôle est de détecter d'éventuels implants placés par Maas dans le corps de Mitchell). Turner soupçonne son boss, Conroy, de le surveiller via l'un des membres de l'équipe, et de jouer à un double jeu.

Marly, à Bruxelles, est recrutée par le richissime collectionneur d'art Josef Virek, qu'elle rencontre dans un environnement de réalité virtuelle calqué sur le Parc Güell à Barcelone[a 5] . Sa mission est de remontrer la trace de boîtes énigmatiques et de trouver leur créateur.

Bobby a échappé de peu à la mort, lors d'une incursion dans le cyberespace, équipé d'un logiciel d'intrusion acheté sur le marché noir [a 6]. Une présence étrange est intervenue et lui a sauvé la vie. Il essaye de comprendre ce qui s'est passé, et cherche pour cela à retrouver son dealer, Two-a-Day [a 7]. Il se rend chez Leon's, un club illégal, dans un quartier du New Jersey fréquenté par divers gangs (les Gothicks, les Lobes et les Kasuals) où il est victime d'une agression.

Développement de l'intrigue

modifier

Bobby, convalescent après avoir été opéré par Pye, est amené chez Two-a-Day dans la Cité [a 8]. Il est recueilli par deux néo-prêtres vaudou, Beauvoir et Lucas[a 1]. Il se fait instruire sur les Loas, des entités apparues dans le cyberespace qu'ils assimilent à des esprits tels que Damballa, Papa Legba ou Baron Samedi. Ils se montrent intéressés par l'aventure de Bobby, et pensent que c'est l'intervention des Loas qui l'a sauvé. Lucas emmène Bobby rencontrer le vendeur du logiciel: the Finn, qui a acheté ce logiciel à un hacker nommé The Wig (Wigan Ludgate), qui vit reclus dans une station orbitale[a 9].

Le plan d'évasion de Mitchell ne se déroule pas comme prévu[a 10], et Turner se retrouve aux commandes d'un jet camouflé, en fuite avec Angela, la fille de Mitchell. Le site secret est détruit par une explosion (un railgun ou canon électromagnétique). Turner change la destination de l'avion, et se réfugie dans les Appalaches[1] chez son frère Rudy, ancien alcoolique et reclus, vivant avec sa compagne Sally[a 11]. Un IRM d'Angela révèle qu'elle a un implant dans le cerveau, une greffe bio-tech. Turner couche avec la partenaire de son frère. Se sachant poursuivi, Turner décide de se diriger vers New York avec Angie, dans un véhicule hovercraft.

À Paris[a 12] Marly, aidée par Paco (jeune homme travaillant pour Virek), obtient via son ex-partenaire manipulateur, Alain[a 13] des informations sur l'origine des boîtes (en échange d'une valise de cash). Au point de rencontre, dans une HLM au nord de Paris, Marly trouve Alain assassiné[a 14]. Griffonées sur un paquet de Gauloises vide, elle trouve les coordonnées d'un satellite artificiel situé dans l'orbite terrestre. Elle décide de s'y rendre sans informer son employeur, et s'enregistre sous un faux nom pour un voyage depuis Paris-Orly vers une station orbitale.

Climax et dénouement

modifier

Un "showdown" se déroule dans le Hyperbazar, un immeuble abritant une boîte de nuit tenue par Jammer, un ancien console cowboy. Bobby et ses nouveaux amis sont assiégés par une centaine de Kasual/Gothick. Lucas a été tué, Beauvoir rejoint le Jammer's, ainsi que Turner et Angie. Bobby entre dans la matrice, et communique avec la hackeuse Jaylene Slide (basée à L.A.)

En orbite, Marly rencontre The Wig, dans un satellite artificiel qui est un ancien data-center des Tessier-Ashpool, qui a abrité l'une de leurs IA. Elle découvre un robot-fabricateur, "Boxmaker", qui est le créateur des mystérieuses boîtes. Un message de Virek l'informe qu'il vient d'acheter le satellite et envoie Paco. Marly a une conversation avec l'intelligence artificielle, Boxmaker. The Wig refuse de laisser entrer Paco, celui-ci donne à Marly un délai d'une heure avant de dépressuriser la station en forçant l'entrée.

À New York, Turner est au visiophone avec Conroy. Conroy révèle qu'il ne travaille pas pour Hosaka, mais pour Virek. C'est sur ses ordres que Rudy, le frère de Turner, a été interrogé puis tué, et c'est lui qui a recruté les gangs qui assiègent le club. Il demande à Turner de lui livrer Angela. Jammer interrompt la conversation avant que Turner puisse répondre.

«[Bobby] se retourna et vit un immense lézard qui descendait une pente vers lui, la gueule ouverte. » (Chapitre 32 – Comte Zéro)

Bobby reconnait que Angie est l'apparition qui l'a sauvé, dans la matrice. Bobby se rebranche à la matrice, et se retrouve dans le parc virtuel (le Parc Güell), et converse avec Virek. Paco avertit Virek qu'une activité anormale se produit dans la matrice, et lui recommande de se déconnecter. Bobby voit la végétation du parc devenir grise. Il s'agit d'une manifestation de Baron Samedi, venu se venger de la mort de Jackie...

Puis Bobby a une discussion avec Slide, lui révèle que Conroy est responsable de la mort de son partenaire Ramirez, et lui donne la localisation de Conroy. Peu après, Conroy meurt lorsque son appartement sur Park Avenue est criblé de munitions incendiaires envoyées par un lance-grenades.

Dans le satellite, Paco apprend à Marly que Virek est mort, à Stockholm, et que sa mission est terminée. Jones révèle à Marly que le Boxmaker produisait aussi occasionnellement des logiciels – il était donc à l'origine du biosoft.

À Manhattan, le groupe se sépare. Beauvoir propose de recueillir Angie et Bobby[a 15].

Epilogue

modifier

Le livre se termine avec deux chapitres situés quelques années après l'action principale. Deux années plus tard, Angie est une star montante du SimStim, tandis que Bobby officie comme son garde du corps. Marly est directrice de deux galeries d'art à Paris[a 16].

Le chapitre final montre Turner qui est retourné vivre dans la maison de son frère Rudy, où il élève son fils de sept ans, et lui apprend à chasser les écureuils[a 17].

Personnages

modifier

Personnages principaux

modifier
  • Bobby Newmark: un jeune hacker inexpérimenté, habitant à Barrytown, un quartier défavorisé du New Jersey, avec sa mère Marsha Newmark.
  • Turner: un mercenaire expert dans l'exfiltration de cadres et scientifiques, travaillant pour le compte de méga-corporations comme Hosaka. Il travaille sous la supervision d'un agent nommé Conroy.
  • Marly Krushkhova: une galeriste dont la réputation a été ruinée par la faute de son petit ami et associé, Alain.

Personnages secondaires

modifier
  • Josef Virek: un homme immensément riche, dont le corps malade cancéreux est dans une clinique à Stockholm. Conroy travaille à son compte pour lui livrer Mitchell, dans l'espoir que ses biochips expérimentaux lui permettront de s'affranchir de son corps malade, et d'atteindre une forme d'immortalité[2]. Virek envoie Marly sur la trace des boîtes, car il perçoit derrière ces artéfacts une forme d'intelligence supérieure.
  • Angela Mitchell (Angie): la fille du scientifique Christopher Mitchell, âgée de dix-sept ans. Depuis sont enfance, elle a un QI bien au-dessus de la norme. Elle a grandi dans un centre de recherche de Maas Biolabs, et n'a jamais connu le monde extérieur. Grâce aux bio-puces implantées par son père, elle a la capacité d'entrer dans la matrice sans outils technologiques[2].
  • Rudy: le jeune frère de Turner. Très intelligent, il a un doctorat en biotechnologie, mais il n'a pas connu de succès professionnel et est devenu alcoolique[3].
  • Beauvoir et Lucas: deux anciens hackers et traficants de logiciels, devenus néo-sorciers vaudou, après avoir découvert la présence d'entités dans la matrice. Dans l'arcologie, ils ont établi un lieu saint, un étage entier rempli d'une forêt hydroponique. Ils possèdent une luxueuse voiture autonome, une Rolls, nommée Ahmed.
  • Jackie: "une mambo, une prêtresse", elle peut invoquer les Loas Damballa Wedo (le serpent) ou Aida Wedo.
  • Jammer: un ancien hacker, reconverti en propriétaire de boîte de nuit. Il possède un cyberdeck vieux de dix ans mais toujours très puissant, construit par Automatic Jack[4].
  • Wigan Ludgate (The Wig): un hacker qui, après avoir fait fortune, a eu une illumination mystique, et s'est retiré dans la haute-orbite terrestre, il y a environ dix ans. Il a continué à vendre au Finlandais des logiciels, ainsi que d'étranges petites sculptures.
  • Boxmaker: une intelligence artificielle qui a apartenu à 3Jane. Cette IA est responsable des biochips insérés par Mitchell dans le cerveau d'Angela[2]. Elle est également la créatrice des œuvres d'art, et du logiciel utilisé par Bobby.

Structure narrative et style

modifier

Contrairement à son roman Neuromancien qui est raconté à travers un personnage central, la structure narrative de Comte Zéro tourne autour de trois protagonistes principaux. Ce principe narratif sera utilisé par Gibson dans la majorité de ses romans par la suite. Ce procédé permet à Gibson de créer du suspense, et de mettre à profit sa maîtrise du format court, en approchant chaque chapitre comme une nouvelle[3].

Selon Tom Henthorne, Gibson développe dans Comte Zéro un style plus littéraire, et développe davantage ses personnages et leurs relations[5]. Henthorne voit dans ce livre des références à l'œuvre de Thomas Pynchon, qui se reflètent dans la présence d'objets jouant le rôle de "MacGuffin" (les boîtes), et dans la façon de mener plusieurs intrigues parallèles qui convergent jusqu'au dévoilement d'une conspiration[6]. Quant au personnage de Turner, il serait inspiré des romans policiers hardboiled de Dashiell Hammett[5]. La partie centrée sur Bobby Newmark est selon Henthorne une forme de roman d'apprentissage (Bildungsroman). Turner lui aussi développe au cours du roman plus d'humanité, en retournant dans sa maison d'enfance, renouant des liens avec son frère, et en montrant pour Angela une affection paternelle. Le chapitre final montre qu'il a quitté sa profession pour établir une famille.

La thématique artistique présente dans l'intrigue de Marly sera explorée par la suite par Gibson dans le roman Identification des schémas. Gibson affirme, dans une interview de 1989, que l'assemblage des boîtes par Boxmaker est une tentative de décrire sa façon d'écrire ses romans[7].

Selon une interview de 1986, Gibson aurait développé le concept des Loas après être tombé par hasard sur un article consacré au vaudou haïtien dans le magazine National Geographic[8].

Éditions

modifier

Références

modifier
Source primaire

(en) William Gibson (trad. Laurent Queyssi), Comte Zéro, Au diable vauvert, , 464 p. (ISBN 979-1030704518).

  1. 1 2 Gibson 1986, Chapitre 13 – Des deux mains.
  2. Gibson 1986, Chapitre 1 – Une arme en bon état.
  3. Gibson 1986, Chapitre 7 – Le centre commercial.
  4. Gibson 1986, Chapitre 11 – Sur site.
  5. Gibson 1986, Chapitre 2 – Marly.
  6. Gibson 1986, Chapitre 3 – Bobby se plante comme un wilson.
  7. Gibson 1986, Chapitre 6 – Barrytown.
  8. Gibson 1986, Chapitre 9 – En haut, dans la Cité.
  9. Gibson 1986, Chapitre 16 – Legba.
  10. Gibson 1986, Chapitre 14 – Vol de nuit.
  11. Gibson 1986, Chapitre 17 – Le bois aux écureuils.
  12. Gibson 1986, Chapitre 8 – Paris.
  13. Gibson 1986, Chapitre 10 – Alain.
  14. Gibson 1986, Chapitre 18 – Noms des morts.
  15. Gibson 1986, Chapitre 34 – Une chaîne de neuf miles de long.
  16. Gibson 1986, Chapitre 35 – Tally Isham.
  17. Gibson 1986, Chapitre 36 – Le bois aux écureuils.
Sources secondaires
  1. (en-US) Doug Merrill, « Count Zero by William Gibson », sur The Frumious Consortium, (consulté le )
  2. 1 2 3 Henthorne 2011, p. 31.
  3. 1 2 Westfahl (2013), p.70-72
  4. Automatic Jack est un hacker jouant le rôle principal dans la nouvelle Gravé sur chrome, publiée par Gibson en 1982.
  5. 1 2 Henthorne (2011), p.31-33
  6. Le nom de l'entreprise Maas Biolabs serait une référence à Oedipa Maas, personnage dans Vente à la criée du lot 49.
  7. Darren Wershler-Henry, « Queen Victoria's Personal Spook, Psychic Legbreakers, Snakes and Catfood: An Interview with William Gibson and Tom Maddox », Virus 23, no #0 [Fall 1989], , p. 28-36 (lire en ligne) :
    « That's the key to the whole fucking thing, how the books are put together and everything. But people won't see it. »
  8. McCafferey (1991), p.274. «It was the same thing with the voodoo gods in Count Zero: a copy of National Geographic was lying around that had an article about Haitian voodoo in it.»

Annexes

modifier

Bibliographie

modifier

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier