Conflits algéro-hispaniques

séries de conflits entre la Régence d'Alger et l'Espagne

Les conflits entre la Régence d'Alger et l'Espagne, ou les conflits algéro-hispaniques sont une série de guerres entre d'une part la régence d'Alger et ses alliés — les sultanats locaux ou confédérations tribales — et l'Empire espagnol.

Conflits algéro-hispaniques
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte de 1633 représentant les rapports de force en Méditerranée au XVIIe siècle: un archer maure (le « sultan d'Alger ») menace de son arc le roi d'Espagne Philippe IV tandis que Louis XIII, roi de France, les surveille. Manuscrit enluminé de la Bibliothèque nationale de France.
Informations générales
Date 1504-1792
Lieu Régence d'Alger / Empire espagnol
Casus belli Visée espagnole sur l'Afrique du Nord après la Reconquista
Issue

Victoire décisive algérienne

  • Oran est reprise par les Algériens ;
  • Mers-el-Kébir est reprise par les Algériens.
Belligérants
Régence d'Alger (1516-1792)

Hafsides de Béjaïa
(Jusqu'en 1510)

Zianides (1504-1518) (1518-1553)
Empire espagnol

Zianides (1518) Changement d'alliances :
Royaume des Beni Abbès (1541-1792)

Royaume de Koukou

Batailles

Définition et cadre historiographique

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L'expression « conflits algéro-hispaniques » constitue une désignation rétrospective regroupant plusieurs affrontements distincts. Pour la première partie du XVIe siècle, les Espagnols affrontent ou soutiennent successivement des autorités zianides, Les hafsides de Béjaïa, des villes portuaires et différents groupes locaux[1]. À partir de l'installation des frères Arudj et Khayr ad-Din Barberousse à Alger et du rapprochement avec l'Empire ottoman, la rivalité prend progressivement la forme d'un affrontement entre la monarchie espagnole et la régence d'Alger. Cette dernière conserve une importante independance politique et militaire, tandis que ses relations avec les dynasties et les tribus de l'intérieur varient selon les périodes[2].

Déroulement

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Expansion espagnole et formation d'une nouvelle frontière, 1505-1529

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Après la fin du royaume de Grenade en 1492, la monarchie espagnole étend ses opérations sur le littoral nord-africain. Ces entreprises répondent à des objectifs religieux, militaires et stratégiques, mais également à la volonté de contrôler les ports situés face aux côtes ibériques et de limiter les attaques maritimes[3],[4].

En 1505, une expédition conduite par Diego Fernández de Córdoba s'empare de Mers el-Kébir. La place sert ensuite de point d'appui à la prise d'Oran en 1509. En 1510, les Espagnols occupent Béjaïa et établissent également une forteresse sur le Peñon d'Alger, un îlot faisant face à la ville d'Alger[5].

La progression espagnole demeure toutefois limitée à des places littorales fortifiées, appelées présides. Leur contrôle ne se traduit pas par une domination durable de l'arrière-pays, où les Espagnols interviennent principalement au moyen d'alliances, de tributs ou d'expéditions militaires. Dans les années 1510, Arudj et Khayr ad-Din Barberousse s'établissent progressivement à Alger et obtiennent l'appui de l'Empire ottoman. Cette alliance fournit des moyens militaires et navals supplémentaires aux adversaires de l'expansion espagnole. En 1529, Khayr ad-Din s'empare du Peñon d'Alger et fait détruire la forteresse espagnole, supprimant ainsi la principale position espagnole située immédiatement devant la ville[1],[2].

Consolidation de la régence d'Alger et recul de la présence espagnole, 1530-1577

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Au milieu du XVIe siècle, la régence d'Alger consolide progressivement son autorité et devient le principal centre de résistance à l'implantation espagnole en Algérie. L'Espagne conserve les présides d'Oran et de Mers el-Kébir et intervient à plusieurs reprises dans les luttes de succession du royaume de Tlemcen. Les souverains et prétendants zianides recherchent alternativement l'appui de l'Espagne ou celui d'Alger, selon leurs intérêts et les rapports de force du moment[4],[1].

En 1541, l'empereur Charles Quint dirige une importante expédition contre Alger. La résistance des défenseurs de la ville, aggravée pour les assaillants par de mauvaises conditions météorologiques et la désorganisation du débarquement, contraint l'armée espagnole à se retirer. Cet échec permet à Alger de préserver son indépendance face à la monarchie espagnole et de renforcer sa position sur le littoral algérien[6].

En 1555, les forces de Salah Raïs, gouverneur d'Alger, reprennent Béjaïa et mettent fin à quarante-cinq années d'occupation espagnole. Trois ans plus tard, une armée espagnole partie d'Oran tente d'étendre son influence vers Mostaganem, mais subit une lourde défaite lors de la campagne de Mostaganem. Cette victoire renforce l'autorité d'Alger et réduit davantage les possibilités d'expansion espagnole à l'intérieur du pays[3],[1].

En 1563, Hassan Pacha lance une offensive de grande ampleur contre Oran et Mers el-Kébir. Les forces algériennes assiègent les deux places et attaquent leurs fortifications, mais la résistance de la garnison espagnole et l'arrivée de renforts maritimes conduisent finalement à la levée du siège[7].

À la fin de cette période, la régence d'Alger a éliminé la présence espagnole du Peñon d'Alger et de Béjaïa et contenu ses tentatives d'expansion vers l'intérieur de l'Algérie. L'Espagne ne conserve plus qu'Oran et Mers el-Kébir, deux enclaves fortifiées dépendantes du ravitaillement maritime et régulièrement soumises à la pression des forces algériennes.

La frontière d'Oran et la guerre de course, fin du XVIe – XVIIe siècle

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Après la perte de la plupart de ses premières conquêtes, la présence espagnole se concentre autour du préside formé par Oran et Mers el-Kébir. Cet ensemble fortifié constitue une enclave dépendante des approvisionnements maritimes venus d'Espagne. Sa défense repose sur les garnisons, les forts périphériques et les relations entretenues avec certaines populations de l'arrière-pays[8]

La frontière n'est pas uniquement marquée par des combats ouverts. Des échanges commerciaux, des négociations, des paiements, des alliances temporaires et des périodes de coexistence alternent avec les raids, les sorties de garnison et les opérations de blocus[8] En mer, les navires de la régence d'Alger participent à la guerre de course en Méditerranée et dans l'Atlantique. Les puissances européennes mènent en retour des opérations de contre-course et des bombardements. Les captures de navires alimentent un système de captivité et de rançon touchant aussi bien des Européens détenus à Alger que des Algériens capturés par les flottes chrétiennes[9].

Entre 1675 et 1678, Oran et Mers el-Kébir sont soumises à un nouveau siège et à un encerclement prolongé. Les assaillants ne parviennent pas à prendre les deux places, tandis qu'une épidémie de peste aggrave les pertes et les difficultés du préside[10].

De la prise de 1708 à la reprise espagnole de 1732

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Au début du XVIIIe siècle, la guerre de Succession d'Espagne affaiblit les capacités de ravitaillement et de renforcement des présides. À partir de 1704, Mustapha Bouchelaghem, bey de l'Ouest, accentue la pression militaire autour d'Oran et de Mers el-Kébir. En 1708, les forces de la régence d'Alger prennent Oran, puis obtiennent la capitulation de Mers el-Kébir. La conquête met fin à la première période de domination espagnole sur les deux places[11]. Oran et Mers el-Kébir restent sous l'autorité de la régence d'Alger pendant vingt-quatre ans. En 1732, la monarchie de Philippe V organise une importante expédition amphibie commandée à terre par le comte de Montemar. L'opération mobilise plusieurs dizaines de milliers de soldats et plus de cinq cents bâtiments de guerre et de transport[12]. Après le débarquement effectué à l'ouest de Mers el-Kébir, les forces de Mustapha Bouchelaghem se replient et les Espagnols occupent Oran et Mers el-Kébir au début de juillet 1732. Une seconde période de domination espagnole commence alors.

Seconde occupation espagnole et poursuite des opérations algériennes, 1732-1774

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La reprise d'Oran et de Mers el-Kébir par l'Espagne en juillet 1732 ne met pas fin aux affrontements. Après le départ du comte de Montemar et de la majeure partie du corps expéditionnaire, Mustapha Bouchelaghem rassemble de nouvelles forces et reprend les opérations autour des deux places[13].

Le 21 novembre 1732, une importante sortie de la garnison espagnole donne lieu à de violents combats. Les Espagnols conservent Oran, mais subissent de lourdes pertes, parmi lesquelles figure le gouverneur Álvaro Navia Osorio y Vigil, marquis de Santa Cruz de Marcenado. Les opérations se poursuivent en 1733, sans permettre aux forces algériennes de reprendre les deux places[13].

Oran et Mers el-Kébir demeurent ainsi sous domination espagnole, mais restent exposées aux attaques, aux difficultés de ravitaillement et à une situation d'insécurité persistante. Leur défense représente également une charge militaire et financière importante pour la monarchie espagnole[14].

Expéditions espagnoles contre Alger et négociations, 1775-1786

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En 1775, la monarchie espagnole organise une importante expédition contre Alger, commandée par Alejandro O'Reilly. L'armée espagnole débarque à proximité de la ville, mais elle est repoussée par les forces mobilisées par le dey Mohamed Ben Othmane et les différents beyliks de la régence[15].

Après cet échec, l'Espagne mène de nouvelles opérations navales avec les bombardements d'Alger de 1783 et de 1784. Ces attaques causent des destructions, mais ne permettent pas à l'Espagne d'imposer une solution militaire ni de mettre fin à l'activité maritime algérienne[14].

Des négociations sont ensuite engagées entre Alger et Madrid. Elles aboutissent à la signature d'un traité de paix le 14 juin 1786, ratifié par le roi Charles III le 27 août suivant. Le traité met fin aux principales hostilités maritimes et ouvre une nouvelle phase de relations diplomatiques et commerciales entre les deux pays[14].

La question d'Oran et de Mers el-Kébir demeure toutefois irrésolue. Les versions algérienne et espagnole de l'article XX du traité divergent sur le maintien de l'état de guerre terrestre autour des deux places et sur les pouvoirs du bey de l'Ouest[14].

Reconquête d'Oran et fin des conflits, 1790-1792

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En octobre 1790, un violent tremblement de terre endommage Oran et ses fortifications. Le bey de l'Ouest, Mohamed el-Kebir, intensifie alors les opérations autour d'Oran et de Mers el-Kébir. Les forces algériennes assiègent les positions espagnoles, tandis que de nouvelles négociations sont engagées entre Alger et Madrid[14].

La mort du dey Mohamed Ben Othmane en juillet 1791 et son remplacement par Hassan Pacha permettent la reprise des négociations. Une convention organise finalement l'évacuation des garnisons espagnoles et le transfert des deux places à la régence d'Alger[14]

En février 1792, les dernières troupes espagnoles évacuent Oran et Mers el-Kébir. Les deux villes passent définitivement sous l'autorité de la régence d'Alger, mettant fin à la présence territoriale espagnole en Algérie et à la période des conflits algéro-hispaniques[14].

Références

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  1. 1 2 3 4 (en) Andrew C. Hess, The Forgotten Frontier : A History of the Sixteenth-Century Ibero-African Frontier, Chicago, University of Chicago Press, , 290 p. (ISBN 978-0-226-33031-0, lire en ligne)
  2. 1 2 Pierre Boyer, « Les renégats et la marine de la Régence d'Alger », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, no 39,‎ , p. 93-106 (DOI 10.3406/remmm.1985.2066, lire en ligne)
  3. 1 2 Fernand Braudel, « Les Espagnols et l'Afrique du Nord de 1492 à 1577 », Revue africaine, vol. 69,‎ , p. 184-233 et 351-410 (lire en ligne)
  4. 1 2 Dounia Tengour, Oran et l'Espagne (1509-1558), de la conquête du cardinal Cisneros à la mort du comte d'Alcaudete : Aspects historiques et culturels (Thèse de doctorat en études hispaniques), Université Sorbonne Nouvelle, (lire en ligne)
  5. ↑ Beatriz Alonso Acero, « Oran, une société multiculturelle de la Méditerranée occidentale », Insaniyat, nos 23-24,‎ , p. 179-196 (DOI 10.4000/insaniyat.5586, lire en ligne)
  6. ↑ Daniel Nordman, Tempête sur Alger : L'expédition de Charles Quint en 1541, Saint-Denis, Éditions Bouchène, , 702 p. (ISBN 978-2-35676-003-6, DOI 10.3917/bouch.nordm.2011.01, lire en ligne)
  7. ↑ Ahmed Abi Ayad, « Mers-el-Kébir sous le siège de 1563 et la dimension spatio-temporelle dans « El Gallardo espagnol » de Miguel de Cervantes », Insaniyat, nos 39-40,‎ (DOI 10.4000/insaniyat.1994, lire en ligne)
  8. 1 2 (es) Beatriz Alonso Acero, Orán-Mazalquivir, 1589-1639 : Una sociedad española en la frontera de Berbería, Madrid, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, , 512 p. (ISBN 978-84-00-07879-9)
  9. ↑ Moulay Belhamissi, « Course et contre-course en Méditerranée ou comment les Algériens tombaient en esclavage », Cahiers de la Méditerranée, no 65,‎ , p. 53-67 (DOI 10.4000/cdlm.36, lire en ligne)
  10. ↑ Antoine Sénéchal, Par-delà le déclin et l'échec, une histoire aux confins de la Monarchie Hispanique : Le préside d'Oran et de Mers el-Kébir des années 1670 aux années 1700 (Thèse de doctorat en histoire), École des hautes études en sciences sociales, (lire en ligne)
  11. ↑ (es) Antoine Sénéchal, « El cambio dinástico, la Guerra de Sucesión y la defensa del presidio de Orán y Mazalquivir (1700-1708) », Vegueta, no 16,‎ , p. 335-358 (ISSN 1133-598X, lire en ligne)
  12. ↑ (es) Luís Fernando Fé Cantó, « El desembarco en Orán en 1732. Aproximación analítica a una operación compleja », Revista Universitaria de Historia Militar, vol. 5, no 10,‎ , p. 89-110 (DOI 10.53351/ruhm.v5i10.194, lire en ligne)
  13. 1 2 (es) Víctor García González, « Después de la conquista : la defensa de Orán y las relaciones con la población local (1732-1737) », Guerra Colonial. Colonialismo, Procesos Postcoloniales y Relaciones Internacionales, no 10,‎ , p. 27-40 (DOI 10.33732/RDGC.10.60, lire en ligne)
  14. 1 2 3 4 5 6 7 Ismet Terki Hassaïne, « Oran au XVIIIe siècle : du désarroi à la clairvoyance politique de l'Espagne », Insaniyat, nos 23-24,‎ , p. 197-222 (ISSN 1111-2050, DOI 10.4000/insaniyat.5625, lire en ligne)
  15. ↑ (ar) Taher Toumi, « الغزو الإسباني للجزائر سنة 1775 م » [« L'invasion espagnole de l'Algérie en 1775 »], مجلة العلوم الإسلامية والحضارة, vol. 1, no 4,‎ , p. 199-222 (DOI 10.55781/rsic.v1i4.400, lire en ligne)

Bibliographie

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Voir aussi

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