Connell Waldron est un personnage de fiction créé par l'écrivaine irlandaise Sally Rooney. Il apparaît pour la première fois dans la nouvelle At the Clinic, publiée en 2016 dans la revue littéraire The White Review, avant de devenir l'un des deux protagonistes du roman Normal People (2018), aux côtés de Marianne Sheridan[1]. Dans l'adaptation télévisée de 2020, il est interprété par l'acteur irlandais Paul Mescal, dont la performance est récompensée par un BAFTA TV et nommée aux Primetime Emmy Awards[2].

Connell Waldron
Personnage de fiction apparaissant dans
Normal People.

Paul Mescal, interprète de Connell Waldron dans la série
Paul Mescal, interprète de Connell Waldron dans la série

Nom original Connell Waldron
Origine Carricklea, comté de Sligo (Irlande)
Sexe Masculin
Activité Étudiant en lettres anglaises
Famille Lorraine Waldron (mère)
Entourage Marianne Sheridan, Helen, Rob Hegarty

Créé par Sally Rooney
Interprété par Paul Mescal
Première apparition « At the Clinic » (2016)

Création du personnage

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Connell et Marianne sont nés dans des nouvelles que Sally Rooney a écrites avant le roman. L'une d'elles, At the Clinic, parue dans The White Review en 2016, montre les deux personnages à 23 ans, lorsque Connell accompagne Marianne chez le dentiste pour l'extraction d'une dent de sagesse[1]. Rooney a ensuite expliqué au New Statesman qu'elle avait envie de continuer à écrire sur ces deux jeunes adultes et sur la texture particulière que leur histoire commune donnait à leur relation, ce qui a conduit à l'écriture de Normal People[3]. Chronologiquement, la nouvelle semble se situer après la fin du roman[4].

Biographie fictive

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Adolescence à Carricklea

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Connell grandit à Carricklea, une petite ville fictive du comté de Sligo, dans l'ouest de l'Irlande[5]. Il est élevé seul par sa mère, Lorraine, qui travaille comme femme de ménage chez les Sheridan, une famille aisée[6].

Au lycée, Connell est l'un des garçons les plus populaires, vedette de l'équipe de football et excellent élève, mais il n'a pas d'argent ; Marianne Sheridan, sa camarade de classe, vient au contraire d'une famille aisée mais n'a pas d'amis[7]. Les deux adolescents se rapprochent lorsque Connell attend sa mère chez les Sheridan[8] et entament une relation qu'ils gardent secrète[7]. Moqué par ses amis pour être parti d'une soirée avec Marianne, Connell invite Rachel Moran, une autre élève, au bal de fin d'études (Debs) ; Marianne en est profondément blessée[9] et cesse de venir en cours[8].

Études au Trinity College

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Encouragé par Marianne, Connell s'inscrit au Trinity College de Dublin, où les deux personnages se retrouvent[8]. Leurs positions sociales s'y inversent : Marianne devient appréciée et entourée, tandis que Connell reste en retrait, mal à l'aise avec les codes d'un milieu plus élitiste[7]. Il se sent étranger à ses camarades aisés, doute de l'utilité de ses études de lettres et se demande s'il n'aurait pas dû choisir le droit[6]. Incapable de payer son loyer à Dublin pendant l'été, il n'ose pas demander à Marianne de l'héberger et doit rentrer à Carricklea, ce qui provoque un malentendu et une séparation[6]. Leur relation reprend et s'interrompt à plusieurs reprises au fil des années universitaires, notamment à cause de leurs difficultés à communiquer[10]. Connell sort notamment avec Helen, une étudiante en médecine[8].

Dépression et fin du roman

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Le suicide de Rob, un garçon de son ancien groupe d'amis du lycée, dévaste Connell[8], qui souffre de crises de panique et d'un long épisode de dépression sévère, nourri par un sentiment de culpabilité et de deuil[11]. Poussé par son colocataire, il consulte une thérapeute et lui parle de sa culpabilité et de son isolement depuis son arrivée à Dublin[12].

Connell, qui écrit, accepte à la fin du roman une place dans une formation en écriture à New York[3]. Le roman s'achève sur une incertitude quant à l'avenir de sa relation avec Marianne[13], qui conclut toutefois qu'ils se sont mutuellement fait beaucoup de bien et que les gens peuvent vraiment se transformer l'un l'autre[6].

Caractérisation et analyse

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Connell est souvent décrit comme le personnage qui connaît la plus forte évolution du roman : il passe d'un jeune homme avide de l'approbation des autres, qui cherche à imiter les « gens normaux » pour s'intégrer, à quelqu'un qui assume ses ambitions et vit selon ses propres choix[14].

Le personnage est aussi lu à travers la question des classes sociales. Le roman se déroule dans l'Irlande d'après le Tigre celtique, et le parcours de ses protagonistes y est marqué par les inégalités de classe et de genre[6]. Le silence et la difficulté à communiquer occupent une place centrale dans l'œuvre de Rooney, dont les personnages refoulent leur anxiété, leur dépression ou leur manque d'estime de soi au lieu de les exprimer, ce qui les enferme dans l'isolement[15]. Enfin, la représentation de sa dépression et de sa démarche thérapeutique a été remarquée comme rare à la télévision grand public, où la santé mentale masculine est encore peu montrée[16].

Réception du personnage

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Un personnage perçu comme toxique

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Une partie du public et de la critique juge le comportement de Connell envers Marianne toxique. On lui reproche surtout d'avoir caché leur relation au lycée par peur du jugement de ses amis[17], de l'avoir humiliée en invitant une autre fille au bal de fin d'études[9], et ses difficultés répétées à communiquer, qui provoquent plusieurs ruptures[10].

Le site The Playlist décrit ainsi Connell comme un personnage indécis et égocentré, qui veut garder leur intimité secrète tout en couchant avec Marianne quand cela l'arrange, et va jusqu'à en faire l'antagoniste involontaire de la série[17]. Dans le journal étudiant australien Woroni, une chroniqueuse estime que le récit romantise une relation toxique et transmet aux jeunes lecteurs une image problématique de ce qu'est une relation « normale »[18]. La Berkeley Fiction Review juge de son côté que le comportement lâche et parfois blessant de Connell envers Marianne est trop vite pardonné, parce que Rooney construit des scènes qui suscitent la sympathie pour lui[19].

Les travaux universitaires relèvent aussi ces aspects. María Amor Barros-Del Río note que Connell garde leur liaison secrète par peur de perdre son prestige social, tandis que Marianne se soumet à sa volonté, et qu'il incarne par moments un stéréotype masculin dominant en pensant sa relation avec elle en termes matérialistes[6]. Plus largement, de nombreuses critiques féministes reprochent à Rooney une vision trop optimiste, voire utopique, des relations hétérosexuelles, ainsi que la sexualisation du masochisme de Marianne[20].

Une lecture contestée

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D'autres lectures, notamment universitaires, estiment au contraire que les défauts de Connell ne sont pas un accident du récit mais ce que le roman cherche précisément à montrer. Pour la chercheuse María Amor Barros-Del Río, Normal People est un roman d'apprentissage qui met en scène la formation difficile de l'identité dans l'Irlande de la récession : le parcours des deux protagonistes est façonné par la réussite matérielle, la consommation et les inégalités de classe et de genre, et le livre expose la souffrance émotionnelle et la culpabilité que ce contexte produit chez la génération des milléniaux[6]. Dans un second article consacré à la série, elle analyse la violence psychologique, les silences et les malentendus entre les deux personnages comme des formes de communication ratée, et y voit une critique sociale dissimulée derrière l'intrigue romantique[21]. Elle souligne aussi que le récit ne tombe pas dans l'essentialisme : les tensions entre statut social et rôles de genre pèsent également sur Connell, qui vit dans un sentiment permanent de fragmentation et d'insécurité[6].

Dans un article publié en 2026, Genevieve Couvret juge réductrice la lecture selon laquelle Normal People ne ferait que reproduire les rapports de pouvoir hétérosexuels conventionnels. Elle souligne que Connell n'érotise pas la domination masculine : l'idée qu'il pourrait frapper Marianne le terrifie, et il refuse lorsqu'elle le lui demande. Le roman se conclut sur une relation dans laquelle Connell comprend qu'il n'a pas besoin de lui faire mal[20]. Couvret rattache également Connell, anxieux et peu sûr de lui sur le plan sexuel, à une masculinité « non héroïque » et vulnérable[20].

Le titre du roman va dans le même sens. Connell et Marianne veulent tous deux être des « gens normaux », mais le récit montre que la normalité est une notion relative, comme l'illustre l'inversion de leurs positions sociales entre le lycée et l'université[13]. La critique Maureen Corrigan souligne sur NPR que la classe sociale est l'une des préoccupations centrales de Rooney : le sérieux de Connell, lié à ses origines ouvrières, devient un handicap social dans le milieu littéraire étudiant de Trinity[22].

La masculinité du personnage a également fait l'objet de travaux universitaires. Un mémoire de master de l'université autonome de Barcelone conteste la lecture qui fait de Connell le « sauveur » de Marianne et y voit plutôt une représentation fidèle de l'expérience masculine contemporaine, qualifiée de « masculinité fragile » : une apparence solide qui cache une profonde insécurité, empêche les formes d'attachement saines et finit par provoquer des troubles psychiques[23]. À propos de la série, un article du Journal of Popular Film and Television voit en Connell, qui allie intelligence, goût de la littérature, sport et sensibilité, la figure d'une nouvelle masculinité irlandaise « post-Celtic Tiger », attentive au consentement et au plaisir de sa partenaire[24]. La masculinité vulnérable de Connell, y compris ses problèmes de santé mentale, est aussi analysée par Kübra Özermiş et Elvira Aguilera García dans le Routledge Companion to Sally Rooney (2025)[20].

Le débat reste ouvert. Lors d'un club de lecture organisé par l'University College London en 2020, les participants étaient partagés entre ceux qui trouvaient la relation profondément romantique et ceux qui la jugeaient toxique[25].

Adaptation télévisée

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Dans la série Normal People, coproduite par la BBC et Hulu et diffusée à partir d'avril 2020 en douze épisodes[5], Connell est interprété par Paul Mescal, alors relativement inconnu[26]. Marianne est jouée par Daisy Edgar-Jones[5].

Ce rôle lance la carrière internationale de Mescal. Il lui vaut une nomination au Primetime Emmy Award du meilleur acteur dans une mini-série ou un téléfilm en 2020[27], puis le BAFTA TV du meilleur acteur, qu'il dédie à Daisy Edgar-Jones[28].

La chaîne de Connell

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La fine chaîne en argent que porte Connell tout au long de la série est devenue un phénomène culturel. Ce détail figure déjà dans le roman, et c'est Paul Mescal lui-même qui a demandé à l'intégrer au costume lors des essayages[29]. Selon la costumière Lorna Marie Mugan, l'accessoire renvoie à l'origine sociale du personnage, tout en soulignant sa sensibilité et sa fragilité[30].

Un compte Instagram consacré à la chaîne, @connellschain, a rassemblé environ 45 000 abonnés en cinq jours, tandis que la plateforme de mode Lyst a enregistré une hausse de 23 % des recherches de colliers chaîne la semaine suivant le lancement de la série[31]. Mescal a ensuite mis aux enchères une chaîne au profit de Pieta House, une association irlandaise qui propose des services gratuits de santé mentale[32], récoltant près de 90 000 dollars[30].

Notes et références

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  1. 1 2 (en) « Normal People by Sally Rooney », sur The Booker Prizes (consulté le )
  2. ↑ (en) « Paul Mescal, the Oscar nominee Gen Z will be rooting for », sur WRAL, CNN, (consulté le )
  3. 1 2 (en) « Normal People author reveals what happened to Connell and Marianne AFTER series end », sur Kiss (Planet Radio) (consulté le )
  4. ↑ (en) Layla Halabian, « Sally Rooney May Have Revealed What Happened To Marianne And Connell After All », sur Nylon (consulté le )
  5. 1 2 3 (en) « TV adaptation of Sally Rooney's Normal People coming to CBC Gem », sur CBC, (consulté le )
  6. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) María Amor Barros-Del Río, « Sally Rooney's Normal People: the millennial novel of formation in recessionary Ireland », Irish Studies Review, vol. 30, no 2,‎ , p. 176-192 (DOI 10.1080/09670882.2022.2080036)
  7. 1 2 3 (en) « Normal People », sur CBC Books, (consulté le )
  8. 1 2 3 4 5 (en) « Normal People Summary », sur SuperSummary (consulté le )
  9. 1 2 (en) « Normal People Week 2 Recap: A Sligo Betrayal, (the Start of) a Trinity Truce? », sur The University Times, (consulté le )
  10. 1 2 (en) « Normal People Week 3 Recap: Pride and Insecurity Rear Their Heads (Again) », sur The University Times, (consulté le )
  11. ↑ (en) « Hulu's 'Normal People' knows mental health and love are complicated », sur NBC News, (consulté le )
  12. ↑ (en) Anna O'Donoghue, « There was a strong reaction to Paul Mescal's portrayal of mental health in Normal People last night », sur Beat 102 103, (consulté le )
  13. 1 2 (en) « Normal People: Analysis », sur eNotes (consulté le )
  14. ↑ (en) « Characters: Connell Waldron », sur eNotes (consulté le )
  15. ↑ (en) Sharanya Ramachandran et X. Disalva, « Hushed Realities: Examining Mental Health and Feminine Silences in Sally Rooney », Shanlax International Journal of English, vol. 13, no S1,‎ , p. 56-64 (DOI 10.34293/english.v13iS1-Dec.8521)
  16. ↑ (en) « Review: Normal People », sur The Adelaide Review, (consulté le )
  17. 1 2 (en) « 'Normal People': A Genuine But Seriously Problematic Romance [Review] », sur The Playlist, (consulté le )
  18. ↑ (en) « I Read 'Normal People' So You Don't Have to », sur Woroni (consulté le )
  19. ↑ (en) « Flaws and Romance: Review of Normal People by Sally Rooney », sur Berkeley Fiction Review, (consulté le )
  20. 1 2 3 4 (en) Genevieve Couvret, « "The Origin of Everything": Sex Against Social Convention in Sally Rooney's Normal People and Intermezzo », Critique: Studies in Contemporary Fiction,‎ (DOI 10.1080/00111619.2026.2636850)
  21. ↑ (en) María Amor Barros-Del Río, « Irish Youth, Materialism and Postfeminism: The Critique behind the Romance in "Normal People" », Oceánide, vol. 15,‎ , p. 73-80 (DOI 10.37668/oceanide.v15i.98)
  22. ↑ (en) Maureen Corrigan, « Personal demons and class differences complicate love in 'Normal People' », sur Fresh Air (NPR), (consulté le )
  23. ↑ (en) Sara Arenas Contreras, Painfully Normal: Connell's Brittle Masculinity in Sally Rooney's Normal People : mémoire de master, Universitat Autònoma de Barcelona, (lire en ligne)
  24. ↑ (en) Angelos Bollas, « Normal People (2020) and the New Post-Celtic Irish Man », Journal of Popular Film and Television, vol. 50, no 2,‎ , p. 50-59
  25. ↑ (en) Evie Worsnop, « 3rd of July-Summary of Sally Rooney's 'Normal People' », sur UCL SELCS Summer Book Club, (consulté le )
  26. ↑ (en) « Paul Mescal reveals he spent his first Normal People pay cheque on drinks for cast », sur Heat (consulté le )
  27. ↑ (en) « Paul Mescal Emmy nomination: Kildare man to battle it out with Wolverine and The Hulk for trophy », sur Kildare Now (consulté le )
  28. ↑ (en) « Paul Mescal wins Bafta for performance as Connell in Normal People », sur TheJournal.ie (consulté le )
  29. ↑ (en) « Obsessed with Connell's chain in 'Normal People'? You're not alone », sur ABC Audio, (consulté le )
  30. 1 2 (en) Amy Elliott, « Whoa! This Silver Men's Chain Has Its Own Instagram Account », sur JCK, (consulté le )
  31. ↑ (en) « Connell's chain: Normal People sends men's jewellery viral », sur Culture Whisper, (consulté le )
  32. ↑ (en) Debbie McGoldrick, « Paul Mescal auctions the now-famous "Connell's chain" from 'Normal People' for charity », sur IrishCentral, (consulté le )

Voir aussi

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