Conspiration de Cellamare

complot espagnol envers la France

La conspiration de Cellamare est un complot ourdi par l’Espagne en 1718 pour retirer la régence du royaume de France à Philippe d’Orléans. Elle tire son nom d’Antonio del Giudice Caracciolo, prince de Cellamare, ambassadeur en France du roi d’Espagne, Philippe V, instigateur de l'action.

Philippe V d’Espagne, bénéficiaire putatif de la conspiration de Cellamare.

Plusieurs membres de la haute noblesse ont participé à la conspiration. On retrouve notamment, outre le prince de Cellamare, Louis-Auguste de Bourbon, fils légitimé de Louis XIV, Louise-Bénédicte de Bourbon-Condé, belle-fille de Louis XIV, le cardinal Melchior de Polignac, Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis de Richelieu, filleul de Louis XIV et arrière-petit-neveu du cardinal de Richelieu, ou encore Marguerite de Launay[1].

Historique

modifier

Contexte

modifier
La duchesse du Maine.

À l’instigation de l’abbé Dubois, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, la France forma la Quadruple Alliance avec la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et le Saint-Empire romain germanique pour combattre les prétentions de Philippe V d'Espagne, petit-fils de Louis XIV, qui rêvait de porter la couronne de France, malgré la renonciation obtenue dans les traités d’Utrecht en cas de décès de Louis XV.

La duchesse du Maine, épouse d’un bâtard légitimé de Louis XIV, Louis-Auguste de Bourbon, intriguait contre le Régent, car celui-ci avait fait casser le testament du vieux roi et écarté son mari de tout rôle politique[2]. Elle entra en correspondance avec le Premier ministre de l'Espagne, le cardinal italien Giulio Alberoni par le biais du prince de Cellamare. Le prince de Cellamare, à cette époque, était déjà en relation avec le Tsar afin de sceller une alliance avec l'Espagne dans le but d'écarter la France dirigée par le régent de son alliance avec l'Autriche et l'Angleterre. De plus, le prince espérait obtenir le soutien du Tsar pour installer le catholique Jacques François Stuart sur le trône d'Angleterre.

Avec l’appui de l’ambassadeur du roi d’Espagne, un projet de complot fut bientôt tramé dans l’entourage de la duchesse. On y trouvait l’une de ses femmes de chambre, Marguerite de Launay (future baronne de Staal-Launay, qui a laissé des mémoires), le cardinal de Polignac, le duc de Richelieu et divers personnages de moindre importance. On échafaudait toutes sortes de plans chimériques : enlever le régent, faire attribuer la régence à Philippe V, qui convoquerait les états généraux...

Déroulé

modifier

L’exécution était aussi défaillante que la conception : les conjurés firent transcrire des documents compromettants qu’ils voulaient envoyer à Alberoni par Jean Buvat (1660-1729), écrivain à la bibliothèque du roi. Buvat, épouvanté, s’empressa d’aller tout raconter à Dubois. L'abbé lui intima l'ordre de venir lui rendre compte chaque jour.

L’abbé Dubois laissa partir les dépêches, confiées à un jeune abbé espagnol qu'il fit arrêter à Poitiers le . Le , le régent faisait arrêter le prince de Cellamare, aussitôt expulsé du territoire, et tous ceux qui avaient participé à la conjuration : le duc du Maine, envoyé à la forteresse de Doullens, la duchesse exilée à Dijon, le duc de Richelieu mis à la Bastille... Tous obtinrent leur pardon quelques mois plus tard.

Le , la France saisit l’occasion pour déclarer la guerre à l’Espagne[2], ce que la Grande-Bretagne avait déjà fait le , entrant dans la guerre de la Quadruple-Alliance.

Dans la culture populaire

modifier

La conspiration de Cellamare a inspiré l'opéra bouffe de Jacques Offenbach La boulangère a des écus (1875[3]) et Alexandre Dumas et Auguste Maquet pour leur roman historique, Le Chevalier d'Harmental.

Notes et références

modifier
  1. Valérie Andre, « De Cellamare à Pontcallec. Une mise en scène dumasienne de la Régence », Revue du Nord, vol. 412, no 4, , p. 895–917 (ISSN 0035-2624, DOI 10.3917/rdn.412.0895, lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 Véronique Dumas, « 9 décembre 1718. Échec de la conspiration de Cellamare », sur Historia, (consulté le )
  3. « OFFENBACH, Journal du Bicentenaire, 1819-2019 », sur AMF, (consulté le ).

Voir aussi

modifier

Articles connexes

modifier

Bibliographie

modifier

Mémoires et romans

modifier

Études

modifier