Constitution du 6 messidor an I

loi fondamentale française de la Ire République régissant la Convention nationale ; jamais appliquée
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La Constitution du 6 messidor an I (), Constitution de l’an I ou Constitution de 1793, est élaborée pendant la Révolution française par la Convention montagnarde et adoptée le 6 messidor an I (). Promulguée le pour régir la Convention nationale de la Première République, elle n'a jamais été appliquée, la Convention ayant décrété, le [1], que le gouvernement serait révolutionnaire jusqu'à la paix. Elle a toutefois emporté des conséquences juridiques, notamment en matière de nationalité.

Constitution du 24 juin 1793
Description de cette image, également commentée ci-après
Présentation
Titre Constitution de l’an I
Pays Drapeau de la France République française (Convention nationale)
Type Constitution
Branche Droit constitutionnel
Adoption et entrée en vigueur
Adoption 24 juin 1793
Promulgation 4 août 1793
Entrée en vigueur Jamais appliquée, mais a emporté des conséquences juridiques.
Suspension (19 vendémiaire de l'an II) : décret de la Convention suspendant l’application de la Convention

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Elle est constituée d’une déclaration des droits de l’homme et du citoyen complétant celle de 1789 et se substituant à elle, et d’un acte constitutionnel relatif à l’organisation des pouvoirs publics.

Élaboration

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Le projet de constitution est élaboré par le Comité de salut public auquel se sont joints, le , Hérault de Séchelles, Ramel, Couthon, Saint-Just et Mathieu.

Le , Hérault de Séchelles présente les travaux du comité[2] à la Convention et lit à la tribune le projet de constitution[3] que précède un projet de déclaration des droits[4].

La discussion s'ouvre le lendemain, . Sommaire, elle s'achève le , date à laquelle le projet de constitution amendé, lu par Hérault de Séchelles, est adopté.

Conformément au décret du , le texte est soumis au référendum. Il s'agit du premier référendum organisé en France[5].

Approuvée par référendum dans des circonstances assez spécifiques (il y eut plus de cinq millions d'abstentionnistes sur un contingent d'environ sept millions d'électeurs, en raison de la publicité du vote, à savoir que le caractère secret du vote n'était pas mis en avant[6]), cette constitution très démocratique (suffrage universel masculin, pouvoir important des assemblées locales dans l’édiction des lois) ne fut pas appliquée, en raison de conflits internes (Guerre de Vendée) ainsi qu'externes (guerre de la Première Coalition) sur le territoire français.

Sur le rapport de Saint-Just[7], « dès le mois d'août, elle est enfermée dans une "arche" de cèdre, déposée aux pieds du président de la Convention, où elle doit demeurer jusqu'à la paix »[8].

Contenu

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Organisation du régime.

Déclaration de 1793

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Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Ce texte gravé sur une plaque d'airain, fut rangé dans un coffre de bois de cèdre encastré en dans une des pierres de la colonne de la Liberté, qui devait être élevée sur les ruines de la Bastille ; il fut pilonné par le mouton national le , conformément au décret du , le texte étant rendu obsolète par le changement de régime survenu en et l'élaboration concomitante d'une Nouvelle constitution et d'une déclaration révisée. Archives nationales[9].

Les députés souhaitent compléter la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Ainsi les droits individuels de 1789 sont confirmés, mais on peut remarquer certaines innovations :

  • proclamation de droits économiques et sociaux (association, réunion, travail, assistance et instruction),
  • consécration de la théorie de la souveraineté populaire au détriment de la souveraineté nationale se traduisant par une ébauche de référendum (c'est le peuple réel qui est souverain, non la nation, le peuple sublimé, qui est plus large - notion sous-jacente de majorité) ;
  • l'insurrection devient un droit et un devoir (c'est-à-dire qu'elle est éventuellement de fait un droit) quand le gouvernement viole les droits du peuple,
  • interdiction de l'esclavage juridique — appropriation de fait d'un droit excessif confinant au privilège par une caste ou secteur de l'administration publique si d'aventure l'étendue des textes législatifs outrepasse le cadre populaire de la réglementation approuvée par le peuple[Quoi ?].

Régime d'assemblée

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La Constitution de l'an I institue un régime d'assemblée où le pouvoir est plus ou moins concentré entre les mains d'une seule assemblée renouvelable tous les ans au suffrage universel direct. Elle exerce le pouvoir législatif, avec la participation des citoyens par une sorte de référendum. Elle tient sa légitimité du peuple, l'accession à la majorité des nouvelles générations, la disparition des anciennes, impose un renouvellement de l'approbation du peuple (article 28).

Le peuple français est distribué, pour l'exercice de sa souveraineté, en Assemblées primaires de canton. Les Assemblées primaires se composent des citoyens domiciliés depuis six mois dans chaque canton. Elles sont composées de deux cents citoyens au moins, de six cents au plus, appelés à voter.

Les projets de loi de l'Assemblée nationale sont envoyés à toutes les communes de la République, sous ce titre : loi proposée. Quarante jours après l'envoi de la loi proposée, si, dans la moitié des départements, plus un, le dixième des Assemblées primaires de chacun d'eux, régulièrement formées, n'a pas réclamé, le projet est accepté et devient loi.

Les lois, les décrets, les jugements et tous les actes publics sont intitulés : Au nom du peuple français, l'an… de la République française.

Un Conseil exécutif se compose de vingt-quatre membres. L'assemblée électorale (les citoyens réunis en Assemblées primaires nomment un électeur à raison de 200 citoyens, présents ou non ; deux depuis 301 jusqu'à 400 ; trois depuis 501 jusqu'à 600) de chaque département nomme un candidat. Le Corps législatif choisit, sur la liste générale, les membres du Conseil. Il est renouvelé par moitié à chaque législature. Le Conseil est chargé de la direction et de la surveillance de l'administration générale ; il ne peut agir qu'en exécution des lois et des décrets du Corps législatif.

Il nomme, hors de son sein, les agents en chef de l'administration générale de la République. Ces agents ne forment pas un conseil ; ils sont séparés, sans rapports immédiats entre eux ; ils n'exercent aucune autorité personnelle.

Le Conseil nomme, hors de son sein, les agents extérieurs de la République et il négocie les traités. Le Conseil est responsable de l'inexécution des lois et des décrets, et des abus qu'il ne dénonce pas.

Constitution jamais appliquée

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Le , la Convention consacre l'établissement d'un gouvernement révolutionnaire dans le cadre d'un état d'exception, déclarant : « Le gouvernement provisoire de la France sera révolutionnaire jusqu'à la paix ». La Convention nationale assume en principe tous les pouvoirs. Il avait été convenu que la paix revenue, la constitution serait ressortie de son arche de cèdre pour être appliquée. La guerre intérieure, extérieure et surtout le renversement de la convention montagnarde le 10 thermidor an II sonnèrent le glas de son application.

Malgré sa non-application, la Constitution de l'an I garda un grand prestige auprès des forces politiques de la gauche démocratique française sous le Directoire, l'Empire et la Restauration. Ainsi, Gracchus Babeuf et la Conjuration des Égaux voulaient l'application de cette constitution qui, même avec son apologie de la propriété, leur semblait être la plus égalitaire.

Au XIXe siècle, d'après une jurisprudence bien établie par des décisions concordantes de cours d'appel[N 1], la Constitution de l'an I est entrée en vigueur à la suite de la proclamation de son acceptation, le [10],[11]. Le décret du 19 vendémiaire an II (), pris sur le rapport de Saint-Just et portant que « le gouvernement provisoire de la France est révolutionnaire jusqu'à la paix », n'a pas eu pour effet de différer dans le temps l'entrée en vigueur de la Constitution de l'an I : il en suspend l'effet, prouvant ainsi qu'elle était antérieurement entrée en vigueur[10]. L'effet suspensif du décret de l'an II est restreint aux dispositions de la Constitution de l'an I relatives au gouvernement[10]. Les autres dispositions de la constitution sont restées en vigueur. Au nombre de ces dispositions, figure l'article 4, alinéa 2, de l'Acte constitutionnel, aux termes duquel : « Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard (...), est admis à l'exercice des droits de citoyen français. » Ces dispositions ont abrogé celles de l'article 3 du titre II de la Constitution du [N 2]. Elles sont restées en vigueur jusqu'à leur abrogation par l'article 10 de la Constitution de l'an III[N 3] qui est entrée en vigueur le , date de sa promulgation[10].

L'article 4, alinéa 2, de l'Acte constitutionnel traite tant de la citoyenneté que de la nationalité[12]. Il a pour effet de naturaliser les étrangers qui remplissent les conditions exigées, sans serment civique ni déclaration[13],[14],[15]. Il a permis de reconnaître la nationalité française de plusieurs personnes[N 4],[N 5],[N 6],[N 7],[N 8],[N 9],[N 10].

Critiques

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Dès sa publication, la constitution fait l'objet de critiques. A gauche, les Enragés et Jacques Roux dénoncent devant la Convention, le , les lacunes des textes constitutionnels et critiquent le nouveau régime, comparé à l’ancien[23] . A droite les Girondins, accusé de "fédéralisme"[24], critiquent les malfaçons de la constitution. Le député Jean-Baptiste Salle, dans son opuscule « Examen critique de la constitution de 1793 »[25], publié en 1794 après sa mort, y dénonce l'insuffisante protection du droit de propriété.

Postérité

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Au Japon, la constitution fut traduite par Chōmin Nakae en chinois classique en 1882 sous le titre « Déclaration des droits du peuple français de 1793 ». Le texte servit de modèle pour les partisans du Mouvement pour la liberté et les droits du peuple, réclamant alors une constitution démocratique et un parlement[26].

Chronologie des constitutions françaises

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Notes et références

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  1. Nommées « cour royale » sous Seconde Restauration et la monarchie de Juillet, et « cour impériale » sous le Second Empire.
  2. Aux termes duquel :
    « Sont citoyens français : (...) — Ceux qui, nés hors du Royaume de parents étrangers, résident en France, deviennent citoyens français, après cinq ans de domicile continu dans le Royaume, s'ils y ont, en outre, acquis des immeubles ou épousé une Française, ou formé un établissement d'agriculture ou de commerce, et s'ils ont prêté le serment civique. »
  3. Aux termes duquel :
    « L'étranger devient citoyen français, lorsque après avoir atteint l'âge de vingt et un ans accomplis, et avoir déclaré l'intention de se fixer en France, il y a résidé pendant sept années consécutives, pourvu qu'il y paie une contribution directe, et qu'en outre il y possède une propriété foncière, ou un établissement d'agriculture ou de commerce, ou qu'il y ait épousé une femme française. »
  4. Un étranger né le , installé en France depuis le [16].
  5. Pierre Casati, né le à Molina, en Lombardie[17],[18].
  6. Louis Jay, né le à Samoëns en Savoie[19],[18].
  7. Pierre François Lanau, né le à Maubeuge[16].
  8. Jean Martin est français en tant que fils légitime de Jacques-Joseph Marin et petit-fils de Jacques Martin. Celui-ci, né en à Turin, avait été naturalisé par l'article 4, alinéa 2, de l'Acte constitutionnel : domicilié à Antibes depuis , y vivant de son travail de tisserand, il avait épousé une Française en [14],[16].
  9. Petrus Hutter, né en France, en tant que fils de Jean-Thomas Hutter[20].
  10. Jacques Régis, né à Mont-de-Marsan, en tant que fils de Théodore Régis, né le à Mont-de-Marsan, et petit-fils de Conradin Régis. Celui-ci, né le en Suisse, a été naturalisé par l'article 4, alinéa 2, de l'Acte constitutionnel : établi en France dès , il y exerçait une industrie et avait épousé une Française en à Orthez[21],[22].

Références

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  1. « 10 octobre 1793 - Le gouvernement de la France sera révolutionnaire jusqu'à la paix - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
  2. Rapport du comité de salut public, dans Archives parlementaires de 1787 à 1860 : première série (1787 à 1799), tome LXVI : du 3 au 19 juin 1793, pp.257-259 (consulté le 7 janvier 2014).
  3. Projet de constitution, dans Archives parlementaires de 1787 à 1860 : première série (1787 à 1799), tome LXVI : du 3 au 19 juin 1793, pp.260-264 (consulté le 7 janvier 2014).
  4. Projet de déclaration des droits, dans Archives parlementaires de 1787 à 1860 : première série (1787 à 1799), tome LXVI : du 3 au 19 juin 1793, pp.259-260 (consulté le 7 janvier 2014).
  5. Alexandra Edip, « Débat : Pour ou contre le référendum d'initiative citoyenne ? », sur capital.fr, (consulté le ).
  6. « CONSTITUTION FRANÇAISE DE 1793 », sur Encyclopædia Universalis (consulté le ).
  7. Louis Antoine Léon de Saint-Just, « Décret, sur le rapport de Saint-Just au nom du comité de salut public, visant à améliorer la marche du gouvernement, lors de la séance du 10 octobre 1793 », Archives Parlementaires de la Révolution Française, vol. 76, no 1, , p. 311–312 (lire en ligne, consulté le )
  8. Michel de Guillenchmidt, Histoire constitutionnelle de la France depuis 1789, , 326 p. (lire en ligne), p. 20
  9. « Convention : notice no 19 », sur Archim, Archives nationales.
  10. 1 2 3 4 CA Colmar, .
  11. Weil 2002, 1re part., chap. 1er.
  12. Berté 2011, p. 29-30.
  13. CA Lyon, .
  14. 1 2 CA Aix, .
  15. Berté 2011, n. 117, p. 56.
  16. 1 2 3 Weil 2002.
  17. CA Lyon, , 1re espèce.
  18. 1 2 Berté 2011, p. 131-132.
  19. CA Lyon, , 2de espèce.
  20. CA Lyon, .
  21. CA Pau, .
  22. Berté 2011, p. 561-562.
  23. Serge Aberdam, « Critiquer la Constitution de 1793 du point de vue de l’humanité souffrante, est-ce nécessairement prendre un parti extrême ? in : « Extrême » ? Identités partisanes et stigmatisation des gauches en Europe (XVIIIe-XXe siècle) ; sous la direction de Michel Biard, Pierre Serna, Bernard Gainot et Paul Pasteur », « Extrême » ? Identités partisanes et stigmatisation des gauches en Europe (XVIIIe-XXe siècle) ; sous la direction de Michel Biard, Pierre Serna, Bernard Gainot et Paul Pasteur, Presses universitaires de Rennes, , p. 81-94
  24. Anne de Mathan, « Le fédéralisme Girondin. Histoire d’un mythe national », Annales historiques de la Révolution française, vol. 393, no 3, , p. 195–206 (ISSN 0003-4436, DOI 10.3917/ahrf.393.0195, lire en ligne, consulté le )
  25. feu Salle, « Examen critique de la Constitution de 1793 », sur bibliotheque.bordeaux.fr, (consulté le )
  26. Nakae Chômin (trad. du japonais), Ecrits sur Rousseau et les droits du peuple, Paris, Les Belles Lettres collection chinoise, , 150 p. (ISBN 978-2-251-44880-0), pp.31-38.

Voir aussi

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Jurisprudence

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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