Corinne Luchaire

actrice française (1921-1950)

Corinne Luchaire, de son vrai nom Rosita Luchaire, née le dans le 16e arrondissement de Paris, où elle est morte le , est une actrice française, principalement connue en tant que fille du journaliste collaborationniste Jean Luchaire (1901-1946). Elle n'a en effet tourné que dans une dizaine de films sortis entre 1935 et 1940, notamment sous la direction de Léonide Moguy, sa carrière s'interrompant prématurément du fait d'une tuberculose contractée vers 1940.

Corinne Luchaire
Corinne Luchaire en 1943 par le studio Harcourt.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Rosita Christiane Yvette LuchaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
ZiziVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Corinne LuchaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Période d'activité
Père
Mère
Françoise Besnard (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Robert Luchaire (d)
Florence LuchaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Brigitte Luchaire (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Parentèle
Julien Luchaire (grand-père paternel)
Fernande Dauriac (d) (grand-mère paternelle)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Condamnation
Lieu de détention
Œuvres principales

Sous l'Occupation, elle fréquente à la suite de son père les milieux collaborationnistes. Elle a alors plusieurs liaisons et épouse un trafiquant du marché noir puis le quitte au bout d'un mois. En 1944, elle a une fille d'un officier autrichien de la Luftwaffe. Elle tente de se suicider à deux reprises. Devenue la secrétaire de son père, elle doit fuir l'avance des Alliés et se réfugie avec sa famille à Sigmaringen en 1944. Arrêtée en Italie en , elle est incarcérée à Fresnes jusqu'en octobre et condamnée à dix ans d'indignité nationale en 1946, tandis que son père est fusillé.

Elle meurt de la tuberculose en 1950, après avoir écrit un récit de sa vie, publié en 1949.

Biographie

modifier

Origines familiales et formation

modifier

Née le dans le 16e arrondissement de Paris sous le nom d'état civil de « Rosita Christiane Yvette Luchaire »[1],[2], elle est la fille de Jean Luchaire[1],[3] (1901-1946), journaliste et patron de presse, et de Françoise Germaine Besnard[1],[3] (1903-1998)[4].

Elle est la petite-fille de Julien Luchaire (1876-1962), normalien, universitaire spécialiste de l'Italie, inspecteur général de l'Instruction publique et écrivain.

Elle est la sœur de l'actrice Florence Luchaire[2] (1926-1982) et du décorateur Robert Luchaire[2],[5].

Corinne Luchaire quitte l'école dès la classe de troisième pour suivre les cours d'art dramatique de Raymond Rouleau. Au lycée Pasteur de Neuilly, elle était copine de classe de Simone Signoret[6].

Carrière avant la guerre et maladie

modifier

Son grand-père écrit pour elle la pièce de théâtre Altitude 3 200, créée en 1937, avec Bernard Blier. Cela lui vaut d'être engagée pour le rôle principal du film Prison sans barreaux, de Léonide Moguy, qui la révèle au grand public en 1938. À dix-sept ans, elle devient l'une des vedettes les plus prometteuses du cinéma français. En deux ans, elle tourne six films, notamment Le Dernier Tournant. En revanche, elle n'est pas présente dans le film Altitude 3 200 en 1938.

Sa carrière au cinéma est rapidement interrompue par ses problèmes de santé : souffrant de la tuberculose, elle doit chaque année séjourner plusieurs mois en sanatorium à partir de 1941, d'abord au plateau d'Assy, puis à Megève[7].

Période de l'Occupation (1940-1944)

modifier

Sous l'Occupation, elle profite de la position et des relations de son père, rallié à la collaboration prônée par son ami Otto Abetz, ambassadeur d'Allemagne à Paris, pour mener une vie mondaine et insouciante durant ses séjours dans la capitale[6].

Le , elle épouse à Passy en Haute-Savoie Guy de Voisins-Lavernière[1],[a], trafiquant du marché noir, voire escroc, qu'elle quitte un mois plus tard.

Avec son père et la maîtresse de celui-ci, l'actrice Yvette Lebon, elle participe régulièrement à des soirées[8] organisées par la Carlingue[9], la Gestapo française de la rue Lauriston.

Elle aurait fait une tentative de suicide au terme d'une prétendue[réf. nécessaire] liaison avec le champion de ski Émile Allais.

Elle a ensuite une relation avec un officier autrichien, le capitaine de la Luftwaffe Wolrad Gerlach[10] du Schnellkampfgeschwader 10, dont elle a une fille, Brigitte (Boulogne-Billancourt, Nîmes, )[11], déclarée sous le nom de Luchaire[7] et devenue aveugle[12],[13].

Après une nouvelle tentative de suicide, elle devient secrétaire de son père.[réf. nécessaire]

Fuite en Allemagne, arrestation et condamnation (1944-1946)

modifier
Photo noir et blanc d’un soldat américain entre un homme en costume et une femme en robe.
Arrestation de Jean et Corinne Luchaire en Italie.

Quelques jours avant la libération de Paris (), elle suit sa famille à Sigmaringen où se réfugient les principaux collaborationnistes, dont Marcel Déat et Fernand de Brinon, autour du maréchal Pétain. En 1945, les Luchaire partent en Italie où ils sont arrêtés à Mérano.

Transférée avec son père à la prison de Fresnes, elle est libérée quelques jours après l'exécution de Pierre Laval (), tout comme sa sœur. En 1946, elle est condamnée à dix ans d'indignité nationale[6].

Jean Luchaire comparaît devant la Haute Cour de justice pour faits de collaboration et intelligence avec l'ennemi (article 75 du code pénal[14]) en et condamné à mort. Il est fusillé le au fort de Châtillon[6].

Dernières années, mort et funérailles (1946-1950)

modifier

Vers 1948, Corinne Luchaire fréquente le peintre Anatola Soungouroff[15].

En 1949, elle publie son autobiographie, Ma drôle de vie, qui constitue un témoignage intéressant sur sa situation de fille d'une personnalité influente de la collaboration.

Corinne Luchaire meurt à l'âge de 28 ans le de la tuberculose[2] au n° 12 de la rue Boileau dans le 16e arrondissement de Paris[16],[3]. Elle est inhumée au cimetière parisien de Bagneux (division 48).

Corinne Luchaire dans la culture

modifier

Corinne Luchaire est mentionnée par l'écrivain Patrick Modiano[17], notamment dans Livret de famille[6], où il écrit : « Comment était Nice en 1945 ? Des fenêtres du Ruhl réquisitionné par l’armée américaine, filtrait une musique de jazz. Ma pauvre sœur Corinne, que la sécurité militaire française avait arrêtée en Italie, était enfermée tout près d’ici, Villa Sainte-Anne, avant qu’on ne la conduisît à la prison puis à l’hôpital Pasteur... ».

Elle est un personnage de premier plan, au côté de son père, dans le film Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli (2026), dans lequel elle est incarnée par Nastya Goloubeva‑Carax[6].

Filmographie

modifier

Icône signalant une information Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par les bases de données cinématographiques présentes dans la section « Liens externes ».

Théâtre

modifier

Publication

modifier

Rééditions (Catalogue BnF) :

Notes et références

modifier
  1. Associé au faux marquis Lionel de Wiette, proche de la fausse marquise d'Abrantès (Sylviane Quimfe), il trafique au marché noir et alimente la Gestapo française. Il est incarcéré à la Libération.
  2. Un film de même titre a été tiré de cette pièce, sorti en 1938.

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 Archives de Paris, « Acte de naissance no 272 de Luchaire Rosita, Christiane, Yvette, cote 16N 126_1, vue 31/31 », voir aussi les mentions marginales, sur archives.paris.fr (consulté le ) : « 
    Le , 9 h 30, est née rue de l'Assomption 71 : Rosita, Christiane, Yvette, du sexe féminin, de Jean Louis Gabriel Luchaire, 19 ans, attaché à la direction des Beaux-Arts, et de Françoise Germaine Besnard, 17 ans, sans profession, son épouse, domiciliés à Paris, rue Rotrou 2 […]
    Mentions marginales :
    Mariée à Passy (Haute-Savoie) le avec Joseph Henri Guy de Voisins-Lavernière
    Divorcée de Joseph Henri Guy de Voisins-Lavernière, par jugement rendu le par le tribunal civil de la Seine […]
    Décédée à Paris 16e le […] »
  2. 1 2 3 4 Les Gens du cinéma, « Fiche de Rosita Christiane Yvette Luchaire alias Corinne Luchaire », sur lesgensducinema.com (consulté le ) : « 
    [Nom] Réel : Rosita Christiane Yvette Luchaire
    Activité : actrice française,
    sœur de Robert et Florence Luchaire,
    petite-fille de Julien Luchaire
    Naissance : 11 février 1921
    Lieu : Paris 16e (75-France)
    Référence : Extrait de naissance no 16/272/1921
    Décès : 22 janvier 1950
    Lieu : Paris 6e (75-France) [information erronée : cf. la consultation des archives de Paris qui indiquent rue Boileau à Paris 16e]
    Cause : de la tuberculose
    Référence : Acte de décès no 06/153/1950 [numéro erroné : le numéro correct est no 16/153/1950 car établi par la mairie du 16e arrondissement de Paris] »
  3. 1 2 3 Archives de Paris, « Acte de décès "Luchaire no 153", année 1950, Paris 16e, cote 16D 184, vue 16/31 », sur archives.paris.fr (consulté le ) : « 
    Le , 23 h 30, est décédée 12, rue Boileau, Rosita Christiane Yvette Luchaire, née à Paris 16e le , sans profession, domiciliée à Paris, rue d'Assas 16, fille de Jean Louis Gabriel Luchaire, décédé, et de Françoise Germaine Besnard, sa veuve, sans profession, domiciliée à Paris, 3 cour de Rohan. Divorcée de Joseph Henri Guy de Voisins-Lavernière […] »
  4. Insee, « Besnard Francoise Germaine dans le fichier des personnes décédées », sur deces.matchid.io (consulté le )
  5. Bernard Bastide et Jacques-Olivier Durand, Dictionnaire du cinéma dans le Gard, Montpellier, Les Presses du Languedoc, , 362 p. (ISBN 2-85998-215-9), p. 170.
  6. 1 2 3 4 5 6 Samuel Blumenfeld, « Corinne Luchaire, l’étoile déchue de l’Occupation », sur lemonde.fr, (consulté le ).
  7. 1 2 Corinne L., une éclaboussure de l'Histoire, op. cit.
  8. « Henri Lafont et la "Gestapo française" de la rue Lauriston », sur lereseaumodiano.blogspot.com, (consulté le )
  9. David Alliot, « La Gestapo française du 93, rue Lauriston », sur tallandier.com (consulté le )
  10. Studio Harcourt pendant l’Occupation : une part d’ombre mise en lumière. Vue 6 sur 10 : " L’actrice Corinne Luchaire pose avec son capitaine autrichien de la Luftwaffe Wolrad Gerlach, le 11 janvier 1944. Photo Studio Harcourt ".
  11. Insee, « Acte de décès numéro 521 de Brigitte Marie Christine Luchaire », sur MatchID (consulté le )
  12. Selon Xavier Giannoli, réalisateur du film Les Rayons et les Ombres, au cours de l'émission de France Inter On aura tout vu du 14 mars 2026.
  13. Xavier Giannoli parle de son film Les Rayons et les ombres avec les historiens Pascal Ory et Jean-Pierre Bertin-Maghit au cours de l'émission de France Inter On aura tout vu du 14 mars 2026.
  14. Article 75 sur afmd.asso.fr.
  15. Sylvain Bourdoux, Tola Soungouroff, Éditions Hors Champ, , 200 p. (ISBN 9782958611156), p. 66
  16. CinéArtistes, « Copies des actes de naissance et de décès de Rosita Christiane Yvette Luchaire alias Corinne Luchaire, tous deux établis dans le 16e arrondissement de Paris », Ces copies d'actes sont confirmées par la consultation en ligne des archives de la ville de Paris (cf. archives.paris.fr)., sur cineartistes.com (consulté le )
  17. Voir sur lereseaumodiano.blogspot.com.

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

modifier
  • Cédric Meletta, Corinne Luchaire. Ses Rayons et ses Ombres, Paris, Le Cherche Midi, 2026.
  • Cédric Meletta, Jean Luchaire : l'enfant perdu des années sombres, Paris, Perrin, 2013, 450 p.
  • Carole Wrona, Corinne L., une éclaboussure de l'Histoire, Paris, Centre national du cinéma, 2008 (OCLC 758619195). — Portrait documentaire biographique.
  • Carole Wrona, Corinne Luchaire, un colibri dans la tempête, préface de Pierre Barillet, Grandvilliers, éditions La Tour verte, 2011, 192 p. (ISBN 9782917819111)
  • (it) Marco Innocenti, Il profumo di Corinne, Milan, Mursia, 2015, 292 p.

Liens externes

modifier