Libération de Paris
La libération de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale eut lieu du au , marquant ainsi la fin de la bataille de Paris. Cet épisode a lieu dans le cadre de la Libération et met un terme à quatre années d'occupation de la capitale française.
| Date | – |
|---|---|
| Lieu | Banlieue parisienne |
| Issue | Victoire française |
| Résistance intérieure française, 2e division blindée, (20 000 hommes) 4e division d'infanterie américaine |
325e division de sécurité (20 000 hommes) 11. Fallschirm Flak Regiment[1] 80 chars |
| FFI : environ un millier de tués et de blessés[2],[3] Armée française : 156 morts 225 blessés[4] Pertes américaines non comptabilisées[5] |
3 200 morts, 12 800 prisonniers[3] |
Batailles
Opérations de débarquement (Neptune)
Secteur anglo-canadien
Secteur américain
Fin de la bataille de Normandie et libération de l'Ouest
Mémoire et commémorations
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Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée
| Coordonnées | 48° 51′ 24″ nord, 2° 21′ 07″ est | |
|---|---|---|
La section du lieutenant Amado Granell, de La Nueve, est la première à atteindre le centre de Paris.
Contexte
modifierContexte militaire
modifierAprès le débarquement de Normandie, les forces alliées progressent vers l'est de la France.
Les généraux américains Dwight D. Eisenhower et Bradley, engagés dans les combats de la poche de Falaise, prévoient de contourner Paris pour ne pas être ralentis dans leur progression, notamment sur le plan logistique, car la libération des 4 millions d'habitants parisiens nécessiterait 4 000 tonnes de vivres par jour.
Le général Bradley écrit dans ses mémoires à propos de la capitale française[6] :
« La ville n'avait plus aucune signification tactique. En dépit de sa gloire historique, Paris ne représentait qu'une tache d'encre sur nos cartes ; il fallait l'éviter dans notre marche vers le Rhin[7]. »
Dans les plans alliés, les Overlord forecasts (prévisions Overlord) ont pour cible principale le bassin de la Ruhr où se concentre l'industrie lourde allemande, la libération de Paris étant prévue pour fin octobre[8].
De son côté, Pierre Kœnig, commandant en chef des Forces françaises de l'intérieur (FFI), prépare une insurrection afin de limiter l’effet de l'installation de l'AMGOT, un gouvernement militaire allié chargé d'administrer et de contrôler les structures économiques du pays[9], ce que redoute le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF).
L'exemple de Varsovie
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Tandis que les armées alliées libèrent progressivement la France, les armées soviétiques avancent également sur le front de l'Est. En , la 2e armée blindée soviétique s’approche des faubourgs de la capitale polonaise : Varsovie[10],[11].
Le , l'Armia Krajowa, l'aile armée de la résistance polonaise, donne l'ordre à ses partisans de s'insurger. Plus de 40 000 hommes et femmes, souvent sous-équipés, se jettent alors dans la bataille. L'objectif de l'insurrection est de tenir au moins une semaine, le temps que les Soviétiques arrivent[10].
Durant les premiers jours, les insurgés réussissent à prendre le contrôle de certains quartiers comme la vieille ville mais ils échouent à déloger les Allemands des principaux points stratégiques comme les ponts et les aéroports. Dès le , les Allemands prennent le dessus sur les insurgés grâce à leur artillerie et leur aviation[11],[12].
Dans le même temps, Staline a ordonné à ses chars de stopper leur avance, laissant les Allemands libres de réprimer violemment la révolte. L'insurrection tourne alors au désastre[10].
La situation à Varsovie divise le camp français. Réuni le , le Comité parisien de la Libération se demande s'il faut déclencher l'insurrection afin de provoquer l'arrivée des alliés ou s'il vaut mieux les attendre, de peur que Paris connaisse le même sort que Varsovie[13]. Au sein du Gouvernement provisoire, les avis divergent également. Le délégué militaire Jacques Chaban-Delmas se refuse à l'idée d'une insurrection, ayant en tête la tragédie qui se déroule à Varsovie. De son côté, le délégué général Alexandre Parodi rétorque qu'on ne peut ignorer le vœu de la majorité des résistants parisiens[14].
Finalement les évènements se précipitent. Lorsque l'insurrection éclate à Paris le , l'écrivain polonais Andrzej Bobkowski, qui vit dans le douzième arrondissement de Paris, déclare : « Paris essaye d'imiter Varsovie »[15].
Contexte à Paris
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Plans allemands
modifierDu côté allemand, les ordres d'Hitler au gouverneur militaire du « Grand Paris », von Choltitz, sont clairs[16].
Ils prévoient la destruction des 62 ponts de Paris et de sa banlieue, ainsi que des monuments de Paris[17].
Il lui ordonne également de réprimer impitoyablement toute résistance de la part de la population[16].
Enfin il ordonne aux forces allemandes de combattre dans Paris jusqu'au dernier homme. Il veut faire de Paris un nouveau « Stalingrad » sur le front de l'Ouest et immobiliser ainsi plusieurs divisions alliées[18],[19].
Cependant ces consignes sont en décalage avec la réalité militaire sur le terrain. En effet le général von Choltitz[20] n'a pas les moyens de résister réellement. La garnison allemande est forte de 16 000 hommes, mal équipés, aux unités disparates et de faible valeur combative[16].
Von Choltitz se montre également réticent à suivre les ordres d'Hitler, en particulier la destruction des ponts. Il écrit plus tard dans ses mémoires : « J’avais besoin des ponts pour les mouvements des troupes au sein de la ville[17] ». Même si des recherches historiques récentes montrent qu'il est resté fidèle à Hitler et qu'il souhaitait suivre ses ordres, il ne disposait pas des moyens nécessaire pour les exécuter[21],[22].
En terme de matériel, il dispose de 17 chars Mark V-VI et autant d’automitrailleuses, de canons de 105, 150, 75 ainsi que de canons de 88 mm de la 1re brigade anti-aérienne qui peuvent être employés pour le combat urbain. En revanche, il ne dispose d'aucune aviation, n'ayant pas l'autorité sur les quelques avions allemands de la Luftwaffe stationnés au Bourget[16].
Faute de moyens, les Allemands savent qu'ils ne peuvent occuper toute la ville. Le plan allemand, conçu par le colonel Friedrich von Unger, prévoit donc de se concentrer sur la défense d'une douzaine de points d’appui solidement fortifiés : la Kommandantur, les hôtels de la rue de Rivoli (dont Le Meurice, QG de von Choltitz), le jardin des Tuileries, l’École militaire ou encore la place de la Concorde[16].
L'objectif pour les Allemands est de conserver le contrôle de leurs lignes de communication entre les différents points d'appuis ainsi que des passages entre les deux rives de la Seine[16].
Situation de la résistance
modifierDu côté français, la résistance parisienne est commandée par Rol-Tanguy, responsable régional des Forces françaises de l'intérieur (FFI) pour l'Île-de-France depuis son poste de commandement de la rue de Meaux (il s'installe le sous la place Denfert-Rochereau) et par le colonel Lizé[23], chef des FFI de la Seine — dont le PC est installé 1 rue Guénégaud, tout près de l'hôtel de la Monnaie. Jacques Chaban-Delmas est le délégué militaire national du gouvernement provisoire ; il accueillera le général Leclerc[24]. Le « colonel Fabien », commandant le premier régiment des FFI de Paris, siège au no 34 rue Gandon (13e arrondissement) et au no 12 rue de l'Abbé-de-L'Épée (5e arrondissement).
La Résistance est pauvrement équipée (elle n'a même pas de liaison radio avec l'extérieur) mais enthousiaste.
Insurrection populaire
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Avec l'annonce de l'avance rapide des Alliés sur Paris depuis la victoire de la Poche de Falaise, les cheminots se mettent en grève le , suivis par le métro de Paris, la gendarmerie le .
La police suit le mouvement et se met en grève le [25], suivie des postiers le jour suivant. Ils sont ensuite rejoints par d'autres ouvriers de la ville quand la grève générale éclate le .
Le jour même dans l'après-midi, Rol-Tanguy fait apposer les affiches d'appel à la mobilisation des Parisiens et au déclenchement de l'insurrection[26]. En représailles, les forces d'occupation tuent 35 membres de la Résistance au bois de Boulogne.
Devant la rapidité des événements, Jacques Chaban-Delmas, délégué militaire national du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), s'efforce avec le délégué général Alexandre Parodi, de retarder le plus possible le déclenchement de l'insurrection parisienne mais en vain. Le 19 août, la décision finit par échapper aux deux hommes.
19 août : début des combats
modifierLe au matin, deux mille policiers résistants s'emparent de la Préfecture de Police, hissent le drapeau tricolore sur la Préfecture et sur Notre-Dame, et engagent le combat avec les Allemands. Dans le même temps, Rol-Tanguy intervient à la préfecture de police pour faire confirmer la grève de la police et Alexandre Parodi place l'ensemble des forces gouvernementales d'Ile-de-France sous son autorité de chef régional Forces françaises de l'intérieur (FFI)[27].
Dans la matinée, les policiers sont enrôlés dans les FFI. Le lendemain, sous l'impulsion de Léo Hamon, ils prennent l'Hôtel de Ville. Des barricades sont dressées, entravant les mouvements des véhicules allemands, et des escarmouches ont lieu contre les forces allemandes d'occupation, épaulées par des membres de la Milice restés à Paris malgré le repli général des miliciens quelques jours plus tôt[28],[29],[30].
Les combats, violents et dispersés dès le 19 août, atteignent leur paroxysme le . De sérieux combats ont lieu, en particulier à la préfecture de police, au Sénat, au Grand Palais, ainsi qu'autour de l'Hôtel de Ville[31]. Les FFI encerclent les îlots de défense allemands.
Une trêve rapidement rompue
modifierUne brève trêve est conclue dès le , afin de permettre à chaque camp, soit d'évacuer la capitale de l'ouest vers l'est, pour les Allemands, soit de conforter ses positions, pour la Résistance.
Dès le au matin, Rol-Tanguy rejette la trêve : « Tant que les Allemands restent à Paris, le devoir est de les combattre[7] ». Son refus entraîne celui du chef FFI de la Seine, le colonel de Marguerittes (« colonel Lizé ») ainsi que celui de nombreux autres résistants[7].
Les et , la confusion règne en raison d'ordres contradictoires. Bien qu'une trêve ait été négociée, les combats se poursuivent : environ 5 000 membres des Forces françaises de l'intérieur (FFI) attaquent les positions des Allemands qui répliquent en envoyant des chars et des automitrailleuses[7].
Le , les insurgés prennent le contrôle de l'Hôtel de Ville, où le buste du maréchal Pétain est retiré. Dans le même temps, des barricades sont érigées au carrefour des boulevards Saint-Germain et Saint-Michel, ainsi que dans d'autres lieux de la capitale[7].
En marge des évènements de la capitale, des accrochages et embuscades sont organisés par des partisans et résistants en banlieue parisienne.
En réaction, des unités allemandes qui font retraite depuis de la Normandie et qui ne sont pas sous les ordres du gouverneur de Paris von Choltitz, commettent des massacres. À Vincennes, 26 personnes sont assassinées par des membres de la 2e division SS Das Reich[7].
La crainte d'un « nouveau Varsovie »
modifierLa situation des insurgés reste précaire. Même si les Allemands n'ont pas lancé d'attaque massive contre les nombreuses barricades et ont économisé leurs forces, la Résistance semble incapable de s'emparer des différents points d'appui solidement tenus par les Allemands[16]. Dès lors, il apparaît que seule une intervention militaire extérieure des Alliés permettra de sauver l'insurrection et de libérer la capitale[7].
Chaban-Delmas demande au général Kœnig d'insister auprès des Alliés afin qu'ils ordonnent une « occupation rapide de Paris ». Il craint que Paris ne se transforme en un « nouveau Varsovie », où une insurrection similaire est en train d'être écrasée par les Allemands[7].
En effet, les insurgés, faute de munitions, n'auraient pas pu tenir longtemps. C'est ce que fait savoir la résistance intérieure française qui envoie en mission le commandant Cocteau (« Gallois »), chef d'état-major du colonel Rol-Tanguy, auprès du général Patton pour lui signaler ainsi qu'aux Américains que la moitié de la ville est libérée le , mais que la situation des résistants reste critique.
Face à cette situation, de Gaulle intervient. Il rappelle à Eisenhower sa promesse de 1943 : à savoir que la libération de Paris doit être confiée à une unité française. Avec l'accord de de Gaulle, le général Leclerc prend ensuite les devants. Il ordonne aux éléments de reconnaissance de sa 2e division blindée française de marcher sur la capitale, afin de forcer la main aux Américains.
Le général américain Gerow, supérieur hiérarchique de Leclerc, est furieux, considérant cela comme une insubordination.
Eisenhower, doutant de pouvoir retenir les Français, finit par accepter et envoie la 4e division d'infanterie américaine du général Barton en renfort.
La percée de la 2e DB et l'entrée à Paris
modifierLa charge vers Paris
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Initialement, le général Eisenhower souhaite, après le débarquement réussi, foncer sur l'Allemagne en contournant Paris. Convaincu par de Gaulle et les services secrets alliés de l'importance symbolique de la capitale (la ville devant être libérée par des Français) mais aussi stratégique (soutien de l'insurrection contre les Allemands de la capitale qui constituent une menace sur les flancs de l'armée alliée), le commandant en chef des forces alliées donne l'ordre dans la soirée du au général Leclerc et sa 2e DB de marcher sur Paris. Le jour même en début d'après-midi, ce dernier a pris l'initiative (ce qui confine à l'insubordination puisqu'il désobéit à son supérieur le général Gerow) de diriger vers Versailles un détachement de sa division, le groupement Guillebon[32].
À partir de ses positions d'Argentan, l'audacieuse attaque française se fait sur 200 km, sans soutien aérien allié, en contournant par le sud les fortes positions allemandes placées à l'ouest de Paris, au milieu d'un enthousiasme populaire indescriptible qui gêne les combattants. C'est que, depuis deux mois, Paris attend les Américains, malgré la propagande de Radio-Paris qui annonce la victoire allemande en Normandie (« Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » dit la BBC), et soudain derrière l'ennemi qui reflue en désordre dans la banlieue, on voit les trois couleurs sur les tourelles des Sherman M4. À la surprise initiale succède une indicible fierté, la foule envahit les rues, on monte sur les chars, partout les drapeaux fleurissent, la rumeur se propage jusqu'à Paris : « Les Français, ce sont des Français de Leclerc ! ».[réf. nécessaire]

Les combats en banlieue sont sévères mais les soldats de la 2e DB, qui combattent sans dormir pendant deux jours et deux nuits, ne peuvent être ralentis par les points d'appui allemands, et la vive résistance allemande est culbutée.
24 août : l'entrée dans Paris
modifierMalgré la garnison allemande encore puissante de 16 000 à 20 000 hommes, les éléments de la 2e DB du capitaine Dronne entrent dans Paris par la porte d'Italie et la porte d'Orléans le : la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad (surnommée la Nueve, car essentiellement constituée de républicains espagnols), forte de 15 véhicules blindés (11 semi-chenillés, 4 véhicules[33]) précédés par 3 chars du 501e RCC[34], va se poster en renfort des FFI devant l'Hôtel de Ville, le à 21 h 22[35], pendant que les policiers parisiens actionnent le bourdon de la cathédrale Notre-Dame, en attendant le gros de la 2e division blindée.
La Nueve est connue pour la participation à la libération de Paris, ses hommes sont les premiers à entrer dans la capitale française, au soir du [36],[37],[38] avec des halftracks portant les noms de batailles de la guerre d'Espagne (« Teruel », « Guadalajara »), accompagnée de 3 chars du 501e RCC (Montmirail, Champaubert et Romilly) et d'éléments du génie[39],[40].
Le lieutenant républicain espagnol Amado Granell est le premier « libérateur » à être reçu dans l'hôtel de ville par Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance[41]. La 4e division d'infanterie américaine entre par la porte d'Italie le .
Les jeunes membres de la Section motorisée du 16e arrondissement, mise sur pied et commandée par Jean-Gérard Verdier, contribuent à guider les blindés dans la capitale (ils se font reconnaître et s'intègrent séparément aux unités rencontrées, leur apportent renseignement et éclairage sur les points de résistance allemands et participent à leurs côtés aux combats de la Libération de Paris, notamment de l'Étoile, des Invalides et de l'École militaire). Guidés par les résistants, les Alliés atteignent la rue de Rivoli malgré de sérieux combats en pleine ville. Les chars français détruisent des Panzers allemands et des colonnes blindées à plusieurs reprises au cours de duels au canon.
Si les ponts et un certain nombre de bâtiments stratégiques sont effectivement minés dès le par les soldats du génie allemand (813. Pionierkompanie appuyée par la 177. Pionierkompanie) commandés par le capitaine Werner Ebernach, cet officier ne reçoit pas l'ordre de destruction de Paris de la part du Q.G. de Choltitz[42]. Le au soir, il organise la retraite en bon ordre de son unité, ne laissant qu'une section de sapeurs pour assurer l'exécution de l'ordre de destruction final[42]. L'ordre de destruction ne vint jamais. Parmi les conjectures expliquant ce geste considéré comme une trahison par Hitler[43], le fait que l'officier des transmissions qui était de service le soir, le sous-lieutenant Ernst von Bressensdorf, ait détourné les télégrammes urgents du Führer des 22 et au soir pour ne les remettre au général que le lendemain matin, un acte reconnu aujourd’hui comme une désobéissance volontaire de la part d'un jeune officier particulièrement francophile[44], l'entremise du consul suédois Raoul Nordling qui aurait exposé au général von Choltitz l'inutilité et l'inhumanité de son acte, et les calculs personnels de von Choltitz qui, conscient des déficiences du Führer, prépare son après-guerre en mettant à l'abri sa famille et en essayant d'épargner au maximum à la fois la vie des soldats allemands sous ses ordres et le patrimoine culturel parisien[45]. Une lettre très énergique du général Leclerc à von Choltitz le 24 août le menaçant d'être traité comme un criminel de guerre s'il faisait sauter les ponts de Paris, l'avait beaucoup impressionné et a sans doute compté pour beaucoup dans sa décision de capituler le lendemain[46].
25 août : signature de la capitulation
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Après la blessure du capitaine Jacques Branet, qui commandait le détachement qui remontait la rue de Rivoli, l'état-major allemand est fait prisonnier par les Français sous le commandement du lieutenant Henri Karcher qui convoie ensuite le général von Choltitz à la préfecture de Police. Le nouveau préfet de police, Charles Luizet, y reçoit à déjeuner le général Leclerc ; le cessez-le-feu est ensuite signé par Leclerc et von Choltitz, dans la salle de billard des appartements préfectoraux.
La signature de la capitulation des troupes nazies est faite à la gare Montparnasse le , avec le contreseing du colonel Rol. Malgré tout, des combats sporadiques continuent, en particulier du fait des unités SS qui refusent la capitulation du général von Choltitz, menaçant de fusiller les officiers « traîtres » de la Wehrmacht qui leur commandent la reddition.
Le , lors de la libération de Paris, Yvon Morandat, avec sa future femme Claire, prend possession de l'hôtel Matignon au nom du gouvernement provisoire. Le même jour, Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, arrive à Montparnasse, puis se rend au ministère de la Guerre rue Saint-Dominique ; après une halte à la préfecture de police, il se rend à l'Hôtel de Ville où il prononce un discours à la population dont un extrait est resté célèbre : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! ». Dans ses Mémoires de guerre, De Gaulle raconte qu'ensuite, Georges Bidault, président du CNR, lui demande de proclamer la République ce qu'il aurait refusé en déclarant : « La République n'a jamais cessé d'être ! Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu »[47].
Pendant plusieurs jours, la population parisienne est partagée entre la peur et l'enthousiasme. Les combats se poursuivent en banlieue nord, vers Le Bourget et la forêt de Montmorency, où la 47e Division d'infanterie allemande, venue du Pas-de-Calais, tente de freiner l'avance alliée. À Paris même, des tireurs isolés, Allemands ou miliciens, sont signalés à plusieurs reprises. Le , un défilé de la victoire sur les Champs-Élysées est organisé. La foule joyeuse salue les forces de Leclerc. La messe d'action de grâces à Notre-Dame est perturbée par une fusillade, car des résistants croient (peut-être à tort) avoir aperçu des tireurs embusqués. Dans la nuit du peu avant minuit, la Luftwaffe lance un ultime raid en guise de représailles, qui touche surtout le nord et l'est de Paris. Les bombes incendiaires font de 189 à 200 morts. La commune de Bagneux est également touchée, ainsi que la ville de Sceaux qui compte deux morts[48][source insuffisante].
De nombreuses rumeurs ont par ailleurs couru, dans les jours qui ont suivi la Libération, sur la présence de tireurs miliciens embusqués, restés sur place y compris après le départ des Allemands. Le gros des miliciens avait quitté la capitale quelques jours avant les premiers combats, leur chef Joseph Darnand ayant ordonné un repli général. On ignore combien de miliciens, demeurés dans la capitale, ont pris part aux combats : Darnand avait déclaré à Ribbentrop avoir laissé 200 miliciens à Paris ; l'historienne Michèle Cointet met en doute ce chiffre, dans lequel elle voit des « paroles de fanfarons ». Il est possible que certains des tirs attribués à des miliciens embusqués aient été en réalité l'œuvre de groupes de résistants qui, dans la confusion générale, se seraient tiré les uns sur les autres. De Gaulle qualifiait quant à lui la rumeur sur les « tireurs des toits » miliciens de « tartarinade », exploitée par les communistes qui auraient ainsi voulu maintenir un état de vigilance armée contre les « ennemis de l'intérieur »[49]. Il n'en est pas moins vrai que plusieurs FFI et policiers seront ainsi blessés et plusieurs de ces tireurs arrêtés.
Appui des Alliés
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Au sud de Paris, les troupes alliées ont assuré la couverture du flanc droit de la 2e DB. Le général américain Barton fut affecté avec sa 4e DIUS avec, en plus, un groupe de reconnaissance US, le 102nd Cavalry Reconnaissance Squadron (MECZ)[50].
La journée du 26 août
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Le , le général de Gaulle, le général Leclerc et leurs entourages descendent les Champs-Élysées en direction de Notre-Dame (ce parcours, filmé par le cadreur Gaston Madru, relate l'ampleur de l'événement[51]). Ils viennent assister à un Te Deum dans la cathédrale, après avoir pris leurs dispositions pour que l’archevêque de Paris, le cardinal Emmanuel Suhard, soit absent de la cérémonie. Le général souhaitait en effet sanctionner les ecclésiastiques compromis dans la collaboration[52]. Sans orgues, et après des coups de feu à l'extérieur, l'assemblée chante finalement le Magnificat[53], plus connu et plus bref.
Bilan des pertes
modifierAdrien Dansette[54] estime le nombre de tués à 130 hommes de la 2e DB, 532 résistants français et environ 2 800 civils pendant les combats pour la libération de Paris. 177 policiers seront tués lors des combats pour la Libération de Paris, dont une quinzaine fusillés au fort de Vincennes. Les pertes allemandes sont de 3 200 tués dans les combats et 12 800 prisonniers.
Henri Michel, reprenant les évaluations effectuées par les FFI, donne le chiffre de 2 887 Allemands et 1 482 Français (dont 582 civils) tués en estimant les pertes allemandes possiblement « un peu grossies »[55].
Pierre Mesmer donne les chiffres, pour la période du au , de 1 630 tués et 3 892 blessés français (901 tués et 1 455 blessés FFI, 147 tués et 425 blessés à la 2e DB et 582 tués et 2 012 blessés pour les civils)[56].
Selon Jean-François Muracciole, le bilan des pertes de la bataille est difficile à établir en raison de l’absence de bilan officiel, y compris pour la 2e DB. Cette absence est « significative » et « révèle la très faible intensité d’une « bataille » qu’Américains et Allemands n’ont pas jugé utile d’isoler dans leurs statistiques par ailleurs très précises ». Malgré l'incertitude des sources, il estime les pertes totales, françaises et allemandes, à environ 3 400 morts et 5 500 blessés (dont un millier de FFI tués et blessés et 130 tués, 319 blessés et 21 disparus à la 2e DB). Par comparaison, le bilan de la bataille de Berlin est de plus de 300 000 morts[2].
D'importantes conséquences politiques
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Les hommes de la 4e division d'infanterie américaine, entrés dans Paris le , ont laissé à l'Armée française de la Libération le privilège de pénétrer les premiers dans la capitale, garantissant à la libération de Paris l'image d'une victoire essentiellement française. Ce succès constitue un symbole puissant qui contribue à garantir la place de la France parmi les forces alliées et dans le camp des vainqueurs du conflit.
Grâce aux soulèvements populaires spontanés de Paris, de Marseille et de Nice, des maquis du Limousin et de la Bretagne, régions qui, comme celle de Toulouse, se libèrent seules de l'occupant malgré une répression féroce, ainsi que celui du Vercors, qui est écrasé par la Wehrmacht, de même que la prise de la Provence par la 1re armée française, et auparavant l'excellente tenue de 80 000 Français en Tunisie et 120 000 en Italie, le Gouvernement provisoire de la République française possède ainsi la force et le prestige suffisants pour réaffirmer la République française et ses institutions[réf. nécessaire].
Polémique
modifierLa BBC rend publique en 2009 une demande des Américains, à une époque où la ségrégation raciale existe aux États-Unis, pour que les bataillons français et anglais défilant lors de la libération soient de composition « exclusivement blanche » (white only)[57] alors que deux tiers des troupes françaises étaient composées de soldats originaires des colonies[58]. Si tous les soldats noirs ont été remplacés lors du « blanchiment » de la division Leclerc lors de sa formation durant l'été 1943[59], en revanche, environ 1 300 soldats maghrébins (soit 6,5 % des effectifs) sont présents dans la division lors de la libération de Paris[60],[61],[62],[63],[64].
- Plaque commémorative de la libération de Paris, apposée au troisième étage de la tour Eiffel.
Représentations au cinéma
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En 1966, le film franco-américain Paris brûle-t-il ? raconte la libération de Paris, de la nomination de von Choltitz en tant que gouverneur de Paris jusqu'à la libération de la capitale par la 2e Division blindée du général Leclerc. Le film se termine par les scènes de liesse sur les Champs-Elysées[65],[66].
Porté par une pléiade de vedettes du cinéma, comme Orson Welles, Kirk Douglas, Jean-Paul Belmondo ou Alain Delon, le film a été tourné sur les lieux mêmes des évènements à Paris[67],[68].
En 2026, le film La Bataille de Gaulle : J'écris ton nom, deuxième volet d'un diptyque sur De Gaulle, s'achève par la libération de Paris[69].
Le film montre le rôle joué par la 2e Division blindée du général Leclerc dans la libération de la capitale, avec l'appui d'Eisenhower[70].
Le film a suscité un regain de curiosité pour le Musée de la Libération de Paris, situé dans le 14ème arrondissement[71].
Notes et références
modifier- ↑ Voie de la 2e DB 2025
- 1 2 Jean-François Muracciole, La Libération de Paris : 19-26 août 1944, Tallandier, 2013, p.254 (en ligne)
- 1 2 [PDF] La libération de Paris.
- 1 2 3 Denise Guillaume, La Résistance en France : 1939-1945, Editeurs Berg International, , p. 138.
- ↑ Libération de Paris forces américaines.
- ↑ Omar Nelson Bradley, Histoire d'un soldat (A soldier's history), Paris : Gallimard, 1952.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Le récit des dix jours très mouvementés de la Libération de Paris - Geo.fr », sur www.geo.fr, (consulté le )
- ↑ (en) James Stagg, Forecast for "Overlord", Littlehampton Book Services Ltd, , 128 p.
- ↑ Stéphane Simonnet, Claire Levasseur (cartogr.) et Guillaume Balavoine (cartogr.) (préf. Olivier Wieviorka), Atlas de la libération de la France : 6 juin 1944- 8 mai 1945 : des débarquements aux villes libérées, Paris, éd. Autrement, coll. « Atlas-Mémoire », (1re éd. 1994), 79 p. (ISBN 978-2-746-70495-4 et 2-746-70495-1, OCLC 417826733, BNF 39169074), p. 64.
- 1 2 3 Jan Krauze, « Varsovie 1944, l'insurrection oubliée - Le témoignage des survivants », M, le magazine du Monde, no 27, 18-19 juillet 2004, p. 39
- 1 2 Jacek Tebinka, sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka, Les grandes erreurs de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, , 336 p. (ISBN 978-2262103934, lire en ligne), p. 291 à 312
- ↑ (pl) « Powstanie w propagandzie PKWN: Warszawa była bohaterem, AK winna », sur www.onet.pl, (consulté le )
- ↑ Charles Riondet, « Chapitre IV. 6 juin-18 août 1944 : La coordination sous la pression de l’événement », dans Le Comité parisien de la Libération : 1943-1945, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 111–149 p. (ISBN 978-2-7535-8519-5, lire en ligne)
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- ↑ Selon Christine Levisse-Touzé et Olivier Forcade, les soldats maghrébins, au nombre de 3 600, représentaient environ 20-25 % des effectifs de la division Leclerc dès
- ↑ Olivier Forcade, Du capitaine de Hauteclocque au Général Leclerc, Vingtième Siècle, Revue d'histoire, Année 1998, Volume 58, Numéro 58, p. 144-146.
- ↑ « The British and Americans got their "Whites Only" Liberation even though many of the troops involved were North African or Syrian. » (« Les Anglais et les Américains ont obtenu leur libération par « des blancs uniquement », même si bon nombre des soldats engagés étaient des Nord Africains ou des Syriens ») Paris liberation made 'whites only', BBC News, 6 avril 2009.
- ↑ « Aspect méconnu de la composition de la 2e DB : en avril 1944, celle-ci comporte sur un effectif total de 14 490, une proportion de 25 % de soldats nord-africains : 3 600. » Christine Levisse-Touzé, Du capitaine de Hautecloque au général Leclerc?, Éditions Complexe, 2000, p. 243.
- ↑ « Paris brûle-t-il ? - Film (1966) : diffusions TV, streaming, replay », sur Télé 7 Jours (consulté le )
- ↑ « Revoir « Paris brûle-t-il ? » », sur www.lhistoire.fr (consulté le )
- ↑ « Paris brûle-t-il ? Quand le cinéma réinvente la Libération | Musée de la Libération Leclerc Moulin », sur www.museeliberation-leclerc-moulin.paris.fr (consulté le )
- ↑ [vidéo] « Les secrets de tournage du film Paris brûle-t-il ? », AlloCine (consulté le )
- ↑ Didier Péron, « Critique «La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom» : c’est bien ce second volet ? Affirmatif, mon général », sur Libération,
- ↑ « “La Bataille de Gaulle” : où s’arrête l’histoire, où commence la fiction ? Réponses en images », sur www.telerama.fr, (consulté le )
- ↑ Servane de Pastre, « "La Bataille de Gaulle" renouvelle le public du musée de la Libération de Paris », sur Radio Classique, (consulté le )
Annexes
modifierBibliographie
modifierDVD
modifier- Avoir 20 ans en , DVD France 2. Madeleine Riffaud raconte sa « Libération de Paris ». Réalisé par Jorge Amat, diffusé par Doriane Films.
- La Libération de Paris, DVD Mairie de Paris - Gaumont Pathé Archives, réalisé en 2004 par Gilles Delannoy (Highway Télévision) avec Étienne Lançon, chef de projet Christian Lamet. Diffusé auprès des collégiens en classe de 3e à Paris et dans le numéro spécial édité par le journal Le Parisien le .
- Les Témoins de la libération de Paris, DVD avec Maurice Kriegel, Edgard Pisani, Madeleine Riffaud, Cécile Rol-Tanguy, Christine Levisse Touzé et Roger Grenier sur leurs actions pendant la Libération de Paris. Réalisé par Jorge Amat, diffusé par Doriane Films.
Textes
modifier- Jean-Marc Berlière, « Police parisienne dans la libération de Paris », dans Polices des temps noirs : France, 1939-1945, Paris, Éditions Perrin, , 1357 p. (ISBN 978-2-262-03561-7, DOI 10.3917/perri.berli.2018.01.0892
), p. 892-899. - Jean-Marc Berlière, François Le Goarant de Tromel, Liaisons dangereuses. Miliciens, truands, résistants. Paris 1944, Perrin, , 384 p. (lire en ligne)
- S. Campaux (éd.) La Libération de Paris (19- - Récits de combattants et de témoins, Payot, 1945, 279 p.
- Yvan Craipeau, La Libération confisquée, Savelli/Syros, 1978, 206 pages.
- Paul Tuffrau, De la « drôle de guerre » à la Libération de Paris (1939-1944), Imago, 2002.
- Christian Chevandier, La Libération de Paris. Les acteurs, les combats, les débats, Hatier, 2013.
- Christian Chevandier, Été 44. L'insurrection des policiers de Paris, Vendémiaire, 2014.
- André Girod, Flammes du père inconnu, souvenir d'un gamin de Paris à la Libération.
- Adrien Le Bihan, Autopsie d'une rancœur : Hemingway alias Argo contre général Leclerc, éd. Cherche-bruit, 2022 (ISBN 978-2-9577160-1-2).
- Fred Moore et Christine Levisse-Touzé, Libérer Paris, , Ouest France, 2014.
- Jean-François Muracciole, La Libération de Paris. 19-26 août 1944, Tallandier, 2013.
- Roquejoffre (général), texte publié dans Le Nouvel Observateur, 19-, indiquant que : « La 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, est surnommée la Nueve car elle est essentiellement composée de volontaires espagnols ».
- Claude Roy, Les Yeux ouverts dans Paris insurgé, préface de Roger Grenier, illustration de Jean Reschofsky, Regain de lecture.
- Catherine Tambrun, Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé, Paris-Musées, 2014.
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à l'audiovisuel :
- 25 août 1944 : la Libération de Paris par la division Leclerc et les FFI de Rol-Tanguy.
- « Histoire d'un oubli - Ces espagnols qui ont libéré Paris », Le Monde diplomatique, août 2004 , p. 10.
- La libération de Paris, La Grande Explication (documentaire)