Corps des volontaires congolais
Le Corps des volontaires congolais est une unité de volontaires constituée en Belgique au début de la Première Guerre mondiale. Créé en , il permet à des Congolais présents en Belgique de s'engager dans l'armée belge et de participer à la défense du territoire belge.
| Corps des volontaires congolais | |
| Création | |
|---|---|
| Dissolution | 1918 |
| Pays | |
| Allégeance | Belgique |
| Branche | Armée belge |
| Type | Corps de volontaires |
| Rôle | Défense du territoire belge |
| Guerres | Première Guerre mondiale |
| Commandant | Louis-Napoléon Chaltin |
| modifier |
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Histoire
modifierCréation
modifierLe Corps des volontaires congolais est créé par arrêté royal le , peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale et l'invasion de la Belgique par l'Empire allemand. Cette décision autorise les Congolais présents en Belgique à s'engager dans l'armée belge[1].
La création du corps intervient dans un contexte où la Belgique ne souhaite pas envoyer de troupes africaines de la Force publique combattre en Europe. Les autorités belges craignent alors les conséquences politiques et sociales de la présence de soldats noirs sur le front européen, dans une société coloniale fondée sur la hiérarchie raciale[1].
Le corps est placé dans l'entourage du colonel Louis-Napoléon Chaltin, ancien officier de la Force publique. D'après une notice biographique consacrée à Paul Panda Farnana, environ 330 volontaires coloniaux se regroupent autour de Chaltin au début du mois d' pour défendre le territoire belge[2].
Volontaires congolais dans l'armée belge
modifierLes volontaires congolais sont des hommes originaires du Congo belge ou de l'État indépendant du Congo qui se trouvent déjà en Belgique au moment de la guerre. Certains sont employés comme domestiques, marins, élèves ou travailleurs, et ne bénéficient pas du statut de citoyens belges[1].
Les recherches de Griet Brosens recensent au moins trente-deux soldats congolais ayant servi dans l'armée belge pendant la Première Guerre mondiale[3]. Ils combattent à Namur, à Anvers et sur le front de l'Yser[1].
Parmi les volontaires congolais les plus documentés figurent Paul Panda Farnana, Joseph Adipanga, Albert Kudjabo, Antoine Manglunki, Jean Balamba et Antoine Yoka[1].
Défense de Namur et captivité
modifierLors de la défense de Namur, plusieurs soldats congolais sont engagés dans les combats. Paul Panda Farnana et Albert Kudjabo servent dans le Corps des volontaires congolais, tandis que Joseph Adipanga est également engagé dans l'armée belge[3].
Paul Panda Farnana est incorporé à la 2e compagnie du Corps des volontaires congolais et participe à la défense de Namur[2]. Il est capturé par les Allemands avec Joseph Adipanga et Albert Kudjabo[1]. Les trois hommes sont emmenés en Allemagne. Joseph Adipanga parvient ensuite à s'évader, tandis que Paul Panda Farnana et Albert Kudjabo restent prisonniers jusqu'à la fin de la guerre[1].
Mémoire et archives
modifierLa mémoire du Corps des volontaires congolais est entretenue après la guerre par d'anciens combattants, des associations coloniales et des initiatives commémoratives. Paul Panda Farnana plaide, dans les années 1920, pour l'organisation d'une cérémonie annuelle en l'honneur du soldat congolais inconnu[2].
Des archives relatives au Corps des volontaires congolais sont conservées au Musée royal de l'Afrique centrale, à Tervuren. Un sous-fonds intitulé « Corps des Volontaires Congolais, 1914-1918 » est conservé dans le fonds Émile De Keyser[4]. Un autre sous-fonds consacré au Corps des volontaires congolais est conservé dans le fonds Léon Lotar[5].
Les Archives de l'État en Belgique conservent également des documents relatifs à un mémorial aux morts du Corps des volontaires congolais, dans des dossiers de la Force publique et du conseiller militaire[6].
Liste de volontaires congolais recensés
modifierLes recherches de Griet Brosens recensent au moins trente-deux soldats congolais ayant servi dans l'armée belge pendant la Première Guerre mondiale[3]. L'AfricaMuseum reprend cette liste dans sa notice consacrée à Paul Panda Farnana[1]. Les parcours individuels restent inégalement documentés.
- Joseph Adipanga arrive en Belgique avec Jacques Collyns, inspecteur d'État au Congo[3]. Engagé dans l'armée belge, il est fait prisonnier à Namur avec Paul Panda Farnana et Albert Kudjabo, puis emmené en Allemagne, avant de parvenir à s'évader[1]. Sa compagnie est attaquée sur le flanc lors des combats de Tervaete, pendant la bataille de l'Yser[3].
- Pierre Alomon fait partie des volontaires congolais recensés par Griet Brosens[3]. Une synthèse publiée par Mémoires du Congo le présente avec Antoine Boïmbo au 4e régiment de volontaires[7].
- Jean Balamba est recensé parmi les trente-deux soldats congolais de l'armée belge[3]. Avant la guerre, il est présenté comme un ancien marin[7]. Après le conflit, il travaille au ministère de la Défense et au Musée royal de l'Afrique centrale[7].
- Paul Bayon vit à Bruxelles avant la guerre et gagne sa vie comme vendeur de carabouyas, des bonbons à l'anis vendus sur les marchés[3]. En , il quitte son épouse Madeleine et leur fille nouveau-née pour rejoindre l'artillerie de la position fortifiée de Namur[3]. Il participe à la défense du fort de Saint-Héribert[3].
- Antoine Boïmbo vit à Bruxelles avant la guerre et travaille comme vendeur ambulant de carabouyas[3]. Il fait partie des cinq Congolais de la région de Charleroi qui s'engagent dès la première semaine du conflit[3].
- Édouard Bolia est cité dans la liste des trente-deux soldats congolais recensés par Griet Brosens[3]. Les sources de synthèse disponibles ne donnent pas de parcours individuel détaillé à son sujet.
- Camille Bolofo est engagé dans l'armée belge pendant la guerre et se trouve dans la région de Steenstrate lors de la deuxième bataille d'Ypres[3]. Blessé en , il est envoyé à l'hôpital temporaire de Saint-Méan, en France[3]. Il est placé en congé sans solde en 1916, puis renvoyé de l'armée avant la fin du conflit[3].
- Antoine Bomjo est cité parmi les soldats congolais de l'armée belge[3]. Avant son engagement, il est présenté comme portier dans une synthèse publiée par Mémoires du Congo[7].
- Eugène Bonkakou participe à l'assaut de Tervaete, où il est intégré au combat avec le 8e régiment de ligne[3]. Envoyé à l'arrière pour chercher des armes et du matériel, il est touché par une balle et laissé pour mort[3]. Il est retrouvé vivant par des gendarmes du poste de Pervyse-Ramskapelle, puis transféré dans un hôpital à Calais[3].
- Pius Bouclou sert comme soldat de 2e classe dans la 2e compagnie de pionniers du 3e régiment de génie[3]. Il participe à la construction de ponts sur la Dyle, qui doivent ensuite être détruits pendant la retraite belge[3].
- Léon De Cassa participe à la défense de Namur avec le 8e régiment de ligne[3]. Après la chute de la position, il parvient à fuir vers la France avec son unité, puis rejoint les troupes belges à Anvers après un passage par Le Havre et Ostende[3].
- Joseph Droeven, fils d'un père belge et d'une mère congolaise, est le seul du groupe à être déjà militaire de carrière avant la guerre[3]. Il sert dans le régiment des grenadiers dès 1913[3]. Lors de la bataille de l'Yser, il est appelé à rejoindre son bataillon à Pervyse, mais déserte et part en France lorsqu'il apprend qu'il doit monter au front[3].
- Honoré Fataki est amené en Belgique en 1913 par le lieutenant Henri Orquevaux, dont il est le boy[3]. Le , avant même d'avoir seize ans, il se présente à la caserne pour s'engager[3]. Vers la fin de la guerre, il inhale des gaz asphyxiants lors des combats de Zomergem[3].
- Jean Jacob Ilanga est abandonné à Namur avant la guerre et fait partie des Congolais de la région de Charleroi qui s'engagent dès la première semaine du conflit[3]. Une synthèse publiée par Mémoires du Congo le décrit comme de santé fragile[7].
- Jean-Baptiste Jessy vit à Anvers avant la guerre[3]. Il fait partie des soldats congolais tués pendant la dernière année du conflit : en , il meurt sur le coup après l'explosion d'une grenade[3].
- Albert Kudjabo travaille comme boy à Gand avant la guerre[3]. Engagé dans le Corps des volontaires congolais, il participe à la défense de Namur avec Paul Panda Farnana, est blessé à la tête, puis fait prisonnier et envoyé en Allemagne jusqu'à la fin de la guerre[3]. Après le conflit, il partage un logement à Schaerbeek avec Antoine Manglunki avant de partir à Liège[3].
- Honoré Kulu fait partie des Congolais de la région de Charleroi engagés dès la première semaine de la guerre[3]. Lors de l'assaut de Tervaete, il combat sous les ordres du major d'Oultremont et se distingue par son audace sous le feu[3]. Après la mort de deux officiers, il retourne sur le champ de bataille pour rapporter des preuves de leur décès, au péril de sa vie[3].
- Simon Lisasi vit à Bruxelles avant la guerre, où il travaille comme vendeur de carabouyas[3]. Lors de l'évacuation d'Anvers en , il traverse l'Escaut avec François Mabilla et Antoine Yoka, puis marche vers Saint-Nicolas[3].
- Michel Longo est cité parmi les trente-deux soldats congolais ayant servi dans l'armée belge[3]. Avant son engagement, il est présenté comme ancien marin[7].
- Joseph Lopiko habite Hasselt avant la guerre[3]. Il fait partie des trente-deux soldats congolais recensés par Griet Brosens[3].
- François Mabilla s'engage dans le 9e régiment de ligne[3]. Il participe à la retraite d'Anvers vers l'Yser en [3]. Le , il est tué par un éclat d'obus dans le secteur de Merkem et est enterré le à Westvleteren[3].
- Antoine Manglunki vit à Anvers avant la guerre et travaille dans la construction navale[7]. Le , il s'engage comme volontaire de guerre dans la 15e batterie de siège à Anvers[3]. Il participe à la défense d'Anvers depuis le fort de Merksem, puis suit une formation d'artilleur à Ardres, dans le nord de la France[3]. Après la guerre, il revient en Belgique avec son épouse Julia Caron et leur fille Antoinette ; il meurt le [3].
- Pierre M’Bimba est présenté comme ouvrier de hauts-fourneaux avant son engagement[7]. Il fait partie des Congolais de la région de Charleroi qui s'engagent dès les premiers jours de la guerre[3]. Pendant le siège d'Anvers, il subit le bombardement allemand et ressent le sol trembler sous ses pieds[3].
- Jacques M’Bondo est cité dans la liste des trente-deux soldats congolais de l'armée belge[3]. Mémoires du Congo le mentionne parmi ceux qui fondent un foyer après le conflit[7].
- Jules Moké prend part à l'offensive victorieuse de 1918[3]. Le , il est atteint par deux balles dans la nuque et par une troisième balle qui traverse son thorax[3]. Il est transféré dans un hôpital à Paris, où il reste après la fin de la guerre[3].
- Antoine Mona reçoit une formation militaire avant son arrivée en Belgique, à l'école des cadets de Nouvelle-Anvers, au Congo belge[7]. Pendant le siège d'Anvers, il combat à Wavre-Sainte-Catherine et est blessé au bras droit[3]. Devenu sergent, il est de nouveau blessé en lors des combats de Moorslede[3].
- Paul Panda Farnana s'engage dans le Corps des volontaires congolais et participe à la défense de Namur[1]. Fait prisonnier par les Allemands avec Joseph Adipanga et Albert Kudjabo, il reste interné jusqu'à la fin de la guerre[1]. Après 1918, il devient l'une des figures de l'Union congolaise et du panafricanisme congolais[1].
- Pierre Sangwali est cité parmi les trente-deux soldats congolais de l'armée belge[3]. Les sources de synthèse consultées ne donnent pas de parcours individuel détaillé à son sujet.
- Thomas Seres fait partie des cinq Congolais de la région de Charleroi qui s'engagent dès la première semaine de la guerre[3]. Son nom figure dans la liste finale des trente-deux soldats congolais recensés par Griet Brosens[3].
- Sébastien Simba rejoint le 2e régiment des guides à Anvers[3]. Il sert comme mitrailleur dans le 2e escadron et participe, à partir du , à la couverture de la retraite de l'armée belge vers l'Yser[3].
- Pierre Soumbou vit à Bruxelles avant la guerre et travaille comme vendeur ambulant de carabouyas[3]. Pendant la bataille de l'Yser, il combat à Stuivekenskerke, se déplaçant de fossé en fossé sous les tirs ennemis[3]. Son bataillon subit de lourdes pertes mais parvient à tenir ses positions[3].
- Antoine Yoka participe au siège d'Anvers et subit le bombardement du fort de Walem[3]. Lors de la retraite d'Anvers, il traverse l'Escaut avec Simon Lisasi et François Mabilla[3]. Pendant la bataille de l'Yser, il intervient avec les 2e carabiniers pour soutenir les troupes engagées à Stuivekenskerke[3].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 « Paul Panda Farnana, nationaliste et panafricaniste congolais », sur AfricaMuseum, Musée royal de l'Afrique centrale, (consulté le )
- 1 2 3 Marthe Coosemans, « Panda Farnana, M'Fumu Paul », dans Biographie coloniale belge, vol. 3, Institut royal colonial belge, (lire en ligne [PDF]), p. 667-671
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 Griet Brosens, « Congo sur Yser. Les 32 soldats congolais de l'armée belge dans la Première Guerre mondiale », Cahiers bruxellois – Brusselse Cahiers, vol. XLVI, no 1F, , p. 251-264 (ISBN 9782874880155, ISSN 1784-5157, lire en ligne [PDF], consulté le )
- ↑ « G. Corps des Volontaires Congolais, 1914-1918 », sur Archives de l'AfricaMuseum, Musée royal de l'Afrique centrale (consulté le )
- ↑ « G. Corps des Volontaires Congolais », sur Archives de l'AfricaMuseum, Musée royal de l'Afrique centrale (consulté le )
- ↑ « Force publique et conseiller militaire » [PDF], sur Archives de l'État en Belgique (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Fernand Hessel, « Pour l'honneur d'avoir combattu. Brève histoire des 32 Congolais dans l'armée belge en 14-18 », Mémoires du Congo et du Ruanda-Urundi, no 30, (lire en ligne [PDF], consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Griet Brosens (trad. Charles Franken), Du Congo à l'Yser : 32 soldats congolais dans l'armée belge durant la Première Guerre mondiale, Waterloo, Luc Pire, , 271 p. (ISBN 978-2-507-05425-0).
- Griet Brosens, « Congo sur Yser. Les 32 soldats congolais de l'armée belge dans la Première Guerre mondiale », Cahiers bruxellois – Brusselse Cahiers, vol. XLVI, no 1F, , p. 251-264 (ISBN 9782874880155, ISSN 1784-5157, lire en ligne [PDF], consulté le ).