Cristallerie de Vonêche
La Cristallerie de Vonêche est une ancienne verrerie fondée en 1778. Son établissement fut entrepris en l'honneur de Sainte-Anne, par la royauté, puis devint « Verrerie impériale » sous Napoléon, avant de réintégrer les entreprises royales.
L'ancienne cristallerie a été développée en 1802 par Aimé-Gabriel d'Artigues. Elle est située dans la commune de Beauraing et Vonêche, et dans le Namurois en Belgique.
Le domaine de la cristallerie était agrémenté du petit château de Vonêche, dans un parc d'une superficie de 18 à 20 hectares. Ce domaine constituait la résidence d'Aimé-Gabriel d'Artigues, un des propriétaires importants de la cristallerie de Vonêche. Actuellement, un édifice adjacent est l'ultime témoin de la cristallerie.

Historique
modifierLes débuts
modifierLes établissements verriers de Vonêche ont été fondés le par P.N. Mathy(s), un bourgeois licencié en droit, avec plusieurs associés. Ils sont créés sur un octroi de la souveraine des Pays-Bas autrichiens, l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche[1].
Le financier P.N. Mathy charge Gaspard Andrès (directeur de la Verrerie de Monthermé ) de diriger l'entreprise ; il fait venir des ouvriers verriers de France et d'Allemagne. La production démarre le . L'entreprise produit du simple verre à vitre et de la verrerie taillée, décorative, faite d'une matière légèrement grisée. Elle ferme en 1793[2].
La mutation en une grande cristallerie
modifierDans le contactexte du blocus continental anglais, Napoléon 1er veut de contrecarrer le monopole des cristalleries anglaises, en particulier celle de Waterford, et la concurrence des cristalliers de Bohême ; Aimé-Gabriel d'Artigues rachète la verrerie en 1802[3].
Ce maître verrier dirigeait les Verreries Royales de Saint-Louis-lès-Bitche[réf. nécessaire]. Il avait introduit un procédé de fabrication du minium de plomb de haute qualité ; ce procédé permettait de produire un cristal limpide, très dur, facile à travailler et à mettre en forme. Ce travail comportait des risques importants de saturnisme pour les ouvriers exposés au plomb, et probablement aussi des risques de silicose, en raison de l'exposition aux poussières de taille du cristal à la meule. Négligés dans les premières années, ses dangers étaient mieux connus sous l'Empire.
Les lustres et autres verreries de luxe étaient autrefois réservés à la noblesse. La bourgeoisie va profiter de la diminution des prix dû à la production industrielle. Dans ce contgexte, Aimé-Gabriel d'Artigues agrandit la verrerie, et en fait l'une des grandes cristalleries continentales d'Europe et du Premier Empire français[4].
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Les bâtiments et installations de la manufacture et ses dépendances (écuries, parc, château servant d'habitation au propriétaire, etc.) s'étendent en 1812 sur une dizaine d'hectares environ. Le parc sera agrandi ultérieurement.
Difficultés
modifierLa chute de l'empereur entraîne une reconfiguration politique et économique de l'Europe avec perte de territoires pour la France ; Vonêche devient une ville des Royaume des Pays-Bas et l'instauration de barrières douanières prive l'entreprise d'une grande partie de ses marchés.
D'Artigues s'adresse alors à Louis XVIII pour retrouver un accès au marché français, même s'il est contingenté. Le roi pose une condition expresse, imposée par un contrat rigoureux avec des échéances strictes ; il accepte qu'il crée une cristallerie similaire en France et un atelier de taille de cette matière de luxe, en important du cristal de Vonêche non-taillé en France où il sera taillé.
En conséquence, D'Artigues rachète les Verreries Sainte-Anne situées à Baccarat, qui ont arrêté leur activité de fabrication de vitrage et de miroirs argentés au mercure, pour les transformer en Verrerie de Vonêche à Baccarat. Celle-ci, rachetée par des Français en 1823, devient la Compagnie des verreries et cristalleries de Vonêche-Baccarat (en 1824), puis la Cristallerie de Baccarat[5].
Fatigué et malade, d'Artigues confie l'usine de Vonnêche à son fondé de pouvoir, François Kemlin, qui s'adjoint les services d'Auguste Lelièvre.
Déclin industriel et commercial
modifierEn 1826, François Kemlin et Auguste Lelièvre s'alarment de la montée en puissance de la manufacture de Baccarat. Ses nouveaux dirigeants ont gardé d'excellentes relations avec Aimé-Gabriel et continuent à recruter des verriers et ouvriers formés par ses soins[réf. nécessaire].
Les deux administrateurs proposent de racheter l'usine puis, d'Artigues refusant, décident avec une centaine d'ouvriers-verriers qualifiés de quitter l'entreprise pour fonder la cristallerie du Val-Saint-Lambert à Seraing dans la province de Liège où les ressources en charbon sont plus accessibles. Cette dislocation industrielle permet à l'industrie verrière et chimique belge de connaître un nouvel essor[4].
Outre les problèmes de santé, le manque de cadres et de personnel qualifié, D'Artigues connait des difficultés financières qui deviennent insurmontables après la révolution belge de 1830 : Vonnêche, étant désormais en Belgique, doit payer des taxes à l’exportation tant pour la France que pour les Pays-Bas[5] et la concurrence avec le Val Saint Lambert, usine modernisée fonctionnant au charbon, fait passer Vonêche au second plan[4]. La cristallerie de Baccarat reprend l'entreprise.
Savoirs et savoir-faire
modifierLa cristallerie de Vonêche a disparu au XIXe siècle, mais elle a donné naissance, à la fois, aux cristalleries du Val-Saint-Lambert et de Baccarat[6].
Beaucoup d'ouvriers et d'ingénieurs qualifiés de Vonêche ont rejoint la Verrerie Zoude et les cristalleries namuroises de l'époque[7].
Pollution du bassin de la rivière Wimbe
modifierLe cristal contient au moins 25 % d'oxyde de plomb. L'établissement industriel n'a fonctionné à plein régime que durant 25 années, mais il était une des grandes cristalleries d'Europe, s'étendant sur 10 hectares environ. Aucun four n'était équipé de filtre, et le plomb est sublimé en vapeurs nocives dès 900 °C, température largement dépassée dans les fours de production du cristal.
Le plomb est source de saturnisme pour l'homme, et de saturnisme animal quand il est dispersé dans la nature. Mais la fabrique pionnière dans la chimie du verre-cristal a aussi utilisé d'autres métaux lourds ou métalloïdes (arsenic). Ils ont pollué l'eau, l'air, les sols et les écosystèmes via les inévitables retombées de vapeurs, fumées et poussière de la cristallerie.
La rivière Wimbe alimentait l'usine et animait ses « moulins à plomb » et ses meules à cristaux ; elle a été polluée durant le quart de siècle d'activité, par dissémination vicieuse du plomb dans son écosystème. De grandes quantités de poudre fine et riche en plomb étaient produites par l'érosion du cristal dans les meule lors des opérations de taille décorative des plats, vases et autres cristaux de cristal ; ces opérations étaient d'ailleurs directement pratiquées au-dessus du Wimbe ou à proximité de ses berges. Le Wimbe alimentait plusieurs « moulins industriels » faisant tourner des dizaines de meules dites « tours »[8].
En 1832, le géographe et géologue Philippe Vander Maelen, membre éminent de l'Académie royale des sciences et belles lettres de Bruxelles et de la Société géographique de Paris parle de cet établissement[8] ; c'est le plus grand des « moulins à tailler le cristal » du Wimbe, abritant 22 grands tours, et deux petits tours[8]. 400 ouvriers travaillent alors dans l'usine, chiffre à comparer aux 34 ouvriers de la verrerie de Namur à la même époque[8].
De plus, le plomb était broyé sur place dans un « moulin à brocarder le plomb ». Ce moulin n'était pas mû par l'eau, mais à l'instar d'une noria, par des bœufs[8], au contraire des « moulin à farine » et « moulin à scier le bois » qui sur le même cours d'eau étaient mûs par l'eau[8].
Durant un quart de siècle, de grandes quantités de plomb, de minium de plomb et d'autres oxydes toxiques et écotoxiques ont été manipulées dans cette vallée et le sous-bassin versant du Wimbe. Le propriétaire avait souhaité produire ou préparer par ses propres moyens ses matières premières afin de diminuer ses coûts de production, de rester indépendant de fournisseurs susceptibles de lui imposer leurs prix et surtout de disposer de produits les plus purs possibles et de qualité constante. La silice, la potasse et le minium de plomb étaient préparés dans différents ateliers de l'usine même[8].
Les pluies, crues et fontes des neiges devaient contribuer à amener le plomb dispersé sur le site de la cristallerie. Or, le milieu géologique, acide et siliceux, est propice à la circulation du plomb et de ses composés, ainsi qu'à leur plus grande biodisponibilité. Dans de telles conditions, du plomb moléculaire est facilement retrouvé dans les bactéries, algues et végétaux, mais surtout dans les champignons et les animaux qui les consomment, par le simple phénomène de bioconcentration.
Notes et références
modifier- ↑ « Cristalleries impériales de Vonêche | Connaître la Wallonie », sur connaitrelawallonie.wallonie.be (consulté le )
- ↑ « Cristalleries impériales de Vonêche | Connaître la Wallonie », sur connaitrelawallonie.wallonie.be (consulté le )
- ↑ Aimé-Gabriel d'Artigues (1773-1848) est alors un citoyen français, de surcroît industriel et investisseur, qui a une excellente formation scientifique dans la matière verrière.
- 1 2 3 « La cristallerie de Vonêche », sur Ville de Namur (consulté le )
- 1 2 Nicole Hanot 2013.
- ↑ Nicole Hanot et Charles Ménage, Cristallerie impériale de Vonêche, 27 décembre 2013 sur le site du Musée de la Gourmandise de Hermalle-sous-Huy
- ↑ Douxchamps (Alain), La verrerie Zoude et les cristalleries namuroises (1753-1879). Contribution à l'étude de la croissance économique de la Belgique aux XVIIIe et XIXe siècles, collection Anciens Pays et Assemblées d’États, tome LXXVI, Courtrai Heule, UGA, 1979, 144 pages,résumé présenté par Jean-Jacques Heirwegh, Revue belge de philologie et d'histoire, 1981, Volume 59 Numéro 59-2, pp. 443-451 [persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rbph_0035-0818_1981_num_59_2_3330_t1_0443_0000_2]
- 1 2 3 4 5 6 7 Philippe Vandermaelen, Dictionnaire géographique de la province de Namur, Etablissement géographique, (lire en ligne)
Bibliographie
modifier- Norbert Bastin (éditeur), L'Art verrier en Wallonie de 1802 à nos jours, exposition organisée par les villes de Charleroi, Liège, Mons et Namur, avec la collaboration du Crédit Communal de Belgique, Bruxelles/Liège, 1985, 224 pages.
- [PDF] « Aimé Gabriel d’Artigues, Vonêche à Baccarat et Sébastien Zoude, Namur » (consulté le )
- Nicole Hanot, « Cristallerie impériale de Vonêche », sur Musée de la Gourmandise, (consulté le ).
