Culture de Bura

culture archéologique de l'Âge du fer identifiée dans la moyenne vallée du fleuve Niger

La culture de Bura, aussi appelée culture de Bura-Asinda-Sikka ou système de Bura, est une culture archéologique de l'Âge du fer récent et du Moyen Âge africain identifiée dans la moyenne vallée du fleuve Niger, principalement dans le sud-ouest du Niger. Des objets présentant des caractéristiques comparables ont aussi été signalés dans les régions voisines du Burkina Faso.

Culture de Bura
Description de cette image, également commentée ci-après
Marqueur funéraire anthropomorphe en terre cuite, daté entre le IIIe et le XIe siècle.
Définition
Autres noms Culture de Bura-Asinda-Sikka, système de Bura
Lieu éponyme Site archéologique de Bura
Auteur Boubé Gado
Caractéristiques
Répartition géographique Moyenne vallée du Niger, principalement dans le sud-ouest du Niger
Période Âge du fer récent
Moyen Âge
Chronologie Du IIIe au XIIIe siècle environ
Signe particulier Culture connue principalement par ses nécropoles et ses terres cuites funéraires

Subdivisions

Bura, Asinda-Sikka, Karey-Tondi, Jajé-Tondi et Mebera-Tondi

Objets typiques

Urnes funéraires anthropomorphes, statuettes équestres, objets en fer et parures

Elle se développe entre le IIIe et le XIIIe siècle environ. Elle est connue par un ensemble de nécropoles, d'espaces rituels et de sites d'habitat caractérisés par des urnes funéraires anthropomorphes, des statuettes en terre cuite, des objets en fer et des parures. Son nom provient du site archéologique de Bura, découvert en 1975 dans la région de Tillabéri, au Niger.

Aire géographique

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Les sites attribués à la culture de Bura sont répartis le long d'une partie de la moyenne vallée du Niger, entre la frontière malienne et les méandres du W du Niger. Le dossier présenté par le Niger à l'Unesco décrit une aire archéologique longue d'environ 450 km, dont la partie la mieux documentée se situe au nord-ouest de Niamey[1].

Le site archéologique de Bura se trouve dans le département de Téra, à environ 150 km au nord-ouest de Niamey. Il occupe un cirque naturel d'environ un kilomètre de diamètre, entouré de buttes-témoins hautes de dix à vingt mètres[1].

L'appellation « Bura-Asinda-Sikka » associe les noms de plusieurs sites importants. Elle ne désigne pas un peuple connu par des sources écrites, mais un ensemble archéologique défini à partir de pratiques funéraires, de formes de poteries et d'objets présentant des caractéristiques communes[1].

Découverte et fouilles

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Le site de Bura est découvert fortuitement en 1975 lorsqu'une statuette en terre cuite est mise au jour par un habitant. En 1983, l'archéologue nigérien Boubé Gado, alors responsable du département d'art et d'archéologie de l'Institut de recherches en sciences humaines de Niamey, entreprend les premières fouilles méthodiques de la nécropole[2].

La zone fouillée mesure environ 25 m du nord au sud, sur 20 m d'est en ouest. Sur les 625 m2 protégés par une couverture métallique, environ 150 m2 ont été fouillés jusqu'au niveau des squelettes, situé à près de trois mètres de profondeur[1].

Les travaux de Boubé Gado mettent en évidence une organisation fondée sur deux pôles : la nécropole et les espaces consacrés aux cérémonies religieuses. Les résultats sont présentés en 1993 dans le catalogue de l'exposition Vallées du Niger[3].

Typologie des sites

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On distingue trois catégories principales de sites dans l'ensemble de Bura[1] :

  • les nécropoles, caractérisées par des jarres-cercueils et des urnes funéraires anthropomorphes ;
  • les espaces rituels, constitués d'amoncellements ou d'alignements de blocs de pierre formant des esplanades et des tumulus aplatis ;
  • les sites d'habitat, plus difficiles à identifier, reconnaissables à la présence de fragments de poterie, de blocs aménagés et de déchets provenant de la taille du quartzite ou du silex.

Les nécropoles occupent généralement des emplacements protégés par le relief. À Asinda-Sikka, deux niveaux archéologiques ont été distingués. Les espaces rituels de Karey-Tondi, Jajé-Tondi et Mebera-Tondi ont livré des pieds de vases tripodes et des fragments de petits récipients cylindriques décorés[1].

Les sites d'habitat restent moins bien connus que les nécropoles. Leur organisation sociale, leurs activités agricoles et leurs relations avec les communautés voisines ne peuvent pas encore être reconstituées avec précision[1].

Chronologie

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La datation de la culture de Bura repose sur des analyses de datation au carbone 14, l'étude de la stratigraphie et l'observation des dépôts éoliens qui recouvrent les nécropoles[1].

Le sol sur lequel repose la nécropole de Bura est antérieur au IIIe siècle. Les urnes et les sépultures ont ensuite été recouvertes par des dépôts de sable formés après le XIIIe siècle. Ces observations conduisent à situer l'utilisation principale du site entre le IIIe et le XIIIe siècle[1].

D'autres publications proposent une chronologie plus resserrée, comprise entre le IIe et le XIe siècle, en fonction des contextes étudiés[2]. L'absence de datations directes pour une grande partie des objets conservés dans les collections publiques ou privées empêche d'établir une chronologie détaillée des formes artistiques[2].

Marqueur funéraire en terre cuite attribué à la culture de Bura.

Pratiques funéraires

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Les morts étaient déposés dans des fosses, parfois accompagnés de parures, d'objets en fer et de récipients. Des urnes anthropomorphes étaient ensuite placées à l'envers au-dessus ou à proximité des sépultures. Ces récipients ne contenaient pas toujours l'ensemble du corps : certains étaient associés à des crânes, à des ossements dispersés ou à des offrandes[2].

Les fouilles ont permis de distinguer plusieurs formes de récipients funéraires[1] :

  • des vases tubulaires hauts de 70 à 80 cm, surmontés d'une tête, d'un personnage debout ou d'un cavalier ;
  • des vases hémisphériques hauts de 20 à 40 cm, généralement associés à une tête modelée ;
  • des jarres semi-ovoïdes hautes de 50 à 70 cm, portant une statuette complète ou une représentation humaine.

Les figures possèdent des visages stylisés, des coiffures en relief et des scarifications modelées ou incisées. Certaines urnes représentent des caractères sexuels, tandis que d'autres prennent une forme cylindrique ou phallique. Leur signification exacte et le statut des personnes auxquelles elles étaient associées restent inconnus[2].

Les sépultures ont aussi livré des perles en quartzite, des anneaux de nez en laiton et des bracelets en fer ou en alliage cuivreux. Des pointes de flèche et d'autres objets en fer accompagnaient certains défunts[2].

Vestiges matériels

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Objet en pierre attribué à la culture de Bura et conservé au musée d'Art africain Arellano Alonso. Sa datation n'est pas déterminée.

Terres cuites

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Les terres cuites constituent les objets les plus caractéristiques de la culture de Bura. Elles comprennent des urnes funéraires, des têtes humaines, des personnages debout, des animaux et des cavaliers[1].

Le dossier d'inscription sur la liste indicative du Patrimoine mondial de l'Unesco considère les statuettes équestres de Bura comme les plus anciennes représentations de cavaliers en terre cuite connues dans le bassin du Niger[1]. Elles témoignent de la place du cheval dans les sociétés de la région, sans permettre de déterminer si l'animal était utilisé pour la guerre, le transport, le prestige social ou les cérémonies.

Les fragments de vases tripodes recueillis sur les espaces rituels diffèrent des urnes funéraires. Leur fonction pourrait être liée à la préparation ou au dépôt d'offrandes[1].

Objets en pierre et en métal

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Les sites ont livré des outils et des déchets de taille en quartzite et en silex. Des objets polis ou sculptés en pierre sont également attribués à la culture de Bura, mais leur contexte archéologique et leur datation ne sont pas toujours connus[1].

Les productions métalliques comprennent des bracelets, des anneaux, des pointes de flèche recourbées et des objets en fer forgé. La présence de ces pièces confirme l'intégration des communautés de Bura aux traditions sidérurgiques de l'Afrique de l'Ouest durant le Moyen Âge africain[1].

Relations avec les cultures voisines

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Les liens entre la culture de Bura et les autres sociétés anciennes du Sahel restent difficiles à déterminer. Des ressemblances existent avec les terres cuites anthropomorphes et équestres découvertes dans le Delta intérieur du Niger et à Djenné-Djeno[1].

Des perles et d'autres objets importés découverts à Bura et Asinda-Sikka montrent que les communautés de la moyenne vallée du Niger participaient à des réseaux d'échanges régionaux ou à longue distance[4].

Les données disponibles ne permettent pas d'établir une continuité directe entre la culture de Bura et les formations politiques postérieures telles que l'Empire du Ghana, l'Empire du Mali ou l'Empire songhaï. Les rapprochements avec les mégalithes de Tondidarou, au Mali, reposent principalement sur l'emploi de monuments funéraires et restent de simples hypothèses[2].

Pillage et protection

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La diffusion des terres cuites de Bura dans les expositions et sur le marché international de l'art durant les années 1990 entraine une augmentation du pillage des sites. De nombreux objets sont retirés de leur contexte sans relevé stratigraphique, ce qui empêche de déterminer leur datation, leur fonction et leur association avec les sépultures[2].

Les urnes anthropomorphes et les statuettes de Bura figurent sur la Liste rouge des biens culturels ouest-africains en péril publiée par le Conseil international des musées. Cette liste aide les services de police, les douanes, les musées et les professionnels du marché de l'art à reconnaitre les catégories d'objets susceptibles de provenir de fouilles clandestines[5].

Le site archéologique de Bura est inscrit depuis le sur la Liste indicative du Patrimoine mondial au Niger. Une structure métallique protège la partie fouillée de la nécropole, mais le projet initial de création d'un musée de site n'a pas été réalisé[1].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 « Site archéologique de Bura », sur Centre du patrimoine mondial de l'Unesco, (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Michelle Gilbert, « Bura Funerary Urns: Niger Terracottas: An Interpretive Limbo? », African Arts, vol. 53, no 1, , p. 66-75 (DOI 10.1162/afar_a_00515, S2CID 210872397, lire en ligne).
  3. Boubé Gado, « Un « village des morts » à Bura en République du Niger : un site méthodiquement fouillé fournit d'irremplaçables informations », dans Vallées du Niger, Paris, Réunion des musées nationaux, , 365-374 p. (ISBN 978-2-7118-2747-3).
  4. (en) Sonja Magnavita, « Initial Encounters: Seeking Traces of Ancient Trade Connections between West Africa and the Wider World », Afriques, no 4, (DOI 10.4000/afriques.1145, lire en ligne).
  5. (en) « Terracotta funerary vessel with a human figure, Bura culture, Niger », sur Conseil international des musées (consulté le ).

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Devisse (dir.), Vallées du Niger : Catalogue de l'exposition, Paris, Réunion des musées nationaux, (ISBN 978-2-7118-2747-3).
  • (en) Michelle Gilbert, « Bura Funerary Urns: Niger Terracottas: An Interpretive Limbo? », African Arts, vol. 53, no 1, , p. 66-75 (DOI 10.1162/afar_a_00515).

Articles connexes

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Liens externes

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