Zaïko Langa Langa
Zaïko Langa Langa (aussi connu sous le nom de Zaïko Langa Langa Nkolo Mboka) est un groupe musical congolais. Fondé par DV Moanda, Henri Mongombe, Marcellin Delo et André Bita le 24 décembre 1969 à Kinshasa, il est largement considéré comme l'un des groupes les plus influents de la musique congolaise et africaine moderne[1].
| Pays d'origine |
Kinshasa, |
|---|---|
| Genre musical | Rumba congolaise |
| Années actives | Depuis 1969 |
| Labels | ProZal |
| Site officiel | www.zaikolangalanga.com |
Dès 1973, il est considéré comme le pionnier de la troisième génération de rumba congolaise, en s'éloignant du son orchestral cuivré de ses prédécesseurs[2],[3]. Zaïko Langa Langa a contribué de façon majeure à l'évolution de la rumba congolaise dans les années 1970 en popularisant des éléments distinctifs : rythme cavacha, technique de guitare sebene renouvelée, une formation scénique comprenant l'atalaku (animateur)[4] et un chœur élargi harmonisé[5],[6].
Le groupe a été une pépinière pour de nombreux artistes devenus célèbres, tels que Papa Wemba, Félix Manuaku Waku, Bozi Boziana, Dindo Yogo et Evoloko Jocker, qui ont ensuite fondé des formations à succès. Plusieurs scissions ont donné naissance à des groupes issus du « Clan Langa Langa »[7], notamment Isifi Lokole, Viva La Musica, Langa Langa Stars, Zaïko Langa Langa Familia Dei, Anti Choc, Choc Stars, Quartier Latin International, Grand Zaïko Wawa et d'autres[8].
Depuis 1981, le leader du groupe est Jossart N'Yoka Longo, chanteur emblématique de l'orchestre depuis sa création[9],[10].
Au cours de plus de cinq décennies de carrière, Zaïko Langa Langa a officiellement enregistré environ 30 albums studio et plusieurs maxi-singles. Parmi les albums marquants figurent Zekete Zekete 2e Épisode (1983) et Nippon Banzai (1986, son plus grand succès commercial)[11]. Dans les années 1990, le groupe a maintenu sa pertinence avec des albums comme Ici ça va… Fungola motema (1990), Jamais sans nous (1991) et Avis de recherche (1995).
Nom
modifierSelon Henri Mongombe, le nom a été choisi le jour de la formation. André Bita proposa Africana, tandis que DV Moanda et Mongombe préféraient Makina Loka[12]. Marcellin Delo avança Zaïco, rapidement adopté pour sa sonorité[4]. Ce nom étant déjà une marque déposée par un autre groupe éphémère de belgicains, Mongombe proposa de le modifier en Zaïko.
Zaïko est une contraction de « Zaïre ya bankoko » (« le fleuve de nos ancêtres »). Le surnom Langa Langa, plante médicinale de la région du Kasaï, fut ensuite ajouté par Papa Wemba, formant le nom complet.
Histoire
modifier1969-1974 : Débuts et premiers succès
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Actif depuis 1969, le groupe de jeunes Bel Guide National, fondé par le flûtiste Perzy Nzinga, réunissait Jossart N'Yoka Longo, Baguin et Charles Tchadé en tant que chanteurs, Félix Manuaku Waku en tant que soliste (il avait remplacé Gégé Mangaya parti chez Thu-Zaïna), Athos Sita à la guitare rythmique, Back et Ladji Milandu en tant que bassistes[12]. Dans le comité adimistratif figuraient DV Moanda, Henri Mongombe, Marcellin Delo, André Bita et Teddy Sukami[12].
Le 23 décembre 1969, Jules Shungu Wembadio, alors connu sous le nom de scène Jules Presley et proche des frères Mitshio, assista à une répétition du groupe. À cette occasion, il interpréta une chanson, accompagné à la guitare par Manuaku Waku[13]. Impressionnés par sa prestation, les responsables de Bel Guide décidèrent de dissoudre le groupe afin de constituer une nouvelle formation avec le jeune chanteur[13].
Le lendemain, 24 décembre, vers 15 heures[13], une réunion importante se tint au domicile de la famille Mangaya, situé au 10 avenue Popo Kabaka, dans la commune de Kasa-Vubu, où DV Moanda, Henri Mongombe, Marcellin Delo et André Bita annoncent la dissolution de Bel Guide et officialisèrent la création de Zaïko Langa Langa[14]. Teddy Sukami, alors apprenti guitariste auprès de Manuaku et Gégé Mangaya Dans le cadre de cette réorganisation, Manuaku Waku fut retenu, tandis que Jossart N'Yoka Longo, alors dans un concert de Thu-Zaïna, fut informé de la décision.
Lors de la toute première répétition, le 25 décembre, Manuaku et Jules sont rejoints par Enoch Zamuangana (ancien membre de Bel Guide National), alors de passage. Il prend part à la séance en tant que guitariste et intègre ainsi l'orchestre[15]. Dans les jours qui suivirent, plusieurs musiciens rejoignirent le groupe, dont les bassistes Damien Ndebo et Oncle Bapius (à l'origine guitariste rythmique) le guitariste Matima Mpioso (surnommé Mbuta Matima par Papa Wemba), les chanteurs Charles Tchadé, Mavuela Somo et Evoloko Jocker[12].
Le 24 mars 1970, Zaïko Langa Langa donna son premier concert au Bar Dancing Hawai et, à la fin du mois, enregistra des titres pour les éditions Polydor et sortit le single « Mosinzo Nganga », avec « Pauline » en face B[16]. Les morceaux furent composés respectivement par Teddy Sukami et Jules Presley Shungu. Jossart sortit également l'une de ses premières compositions, « La Tout Neige », qui devint le premier grand succès du groupe, avec « Francine Keller » en face B[14]. Influencé par le groupe de belgicains Los Nickelos, le style musical de ce dernier était très présent dans les premiers enregistrements de Zaïko Langa Langa.
Le groupe était alors divisé en deux sections distinctes : une section « typique » et une section « pop ». Jules Shungu Wembadio, Jossart N'Yoka Longo, Antoine Evoloko Bitumba, Siméon Mavuela, Alfred Mandala et Dieudonné Tunisien étaient les chanteurs (ces deux derniers étant issus de la section pop)[12]. Les instrumentistes comprenaient Félix Manuaku Waku, Enoch Zamuangana, Teddy Sukami, Damien Ndebo, Oncle Bapius et Zéphyrin Matima Mpioso aux guitares (Mpioso appartenant à la section pop), Baudouin Mitshio à la batterie et Ephraim aux congas[16].
Alfred Mandala et Dieudonné Tunisien quittent rapidement le groupe : le premier part pour l'Europe, tandis que le second s'engage dans l'armée. Ils sont aussitôt remplacés par Samuel-Dieudonné Nzolantima, dit Mbuta Mashakado, et Pierre Nkumu[12].
Toujours en mars 1970, le batteur Bimi Ombale rejoint la section pop du groupe. Zaïko Langa Langa est restée basée dans la commune Kasa-Vubu durant cette période.
La naissance de la 3è école
modifierL'une des innovations majeures de Zaïko Langa Langa fut l'élimination de la section de cuivres de leurs compositions, rompant ainsi avec le format alors en vogue chez des contemporains. Ce changement stylistique contribua à l'émergence de la troisième vague de la rumba congolaise, après la première génération d'artistes tels que Paul Kamba et Wendo Kolosoy et la seconde, qui donna naissance aux écoles Fiesta et Odemba, respectivement par l'African Jazz et le TP OK Jazz[17].
En 1971, un différend éclata lorsque Bimi Ombale exprima son désir de passer de la batterie au chant. Face à des réticences internes, il quitta temporairement le groupe pour rejoindre Tabou National de Tony Dee Bokito Bokoma, avant de revenir quelques mois plus tard en tant que chanteur[18]. La même année, Meridjo Belobi, ancien élève de l'Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA) de Barumbu, fut recruté comme nouveau percussionniste avant de devenir batteur[19]. Le chanteur Jean-Pierre Efonge Isekofeta, alias Gina wa Gina, rejoignit également le groupe en 1971[16].
Bapius introduisit un nouveau style de basse qui rompait avec les influences précédentes du groupe. Il expliqua avoir été inspiré par la musique et les danses traditionnelles Kongo[20]. Gina Efonge connut le succès avec sa chanson « Consolation », sortie en 1972.
Création du rythme cavacha
modifierDébut 1973, lors d'un voyage en train de Brazzaville à Pointe-Noire, première sortie du groupe hors du Zaïre, Meridjo Belobi, armé de ses seules baguettes, accompagna ses camarades musiciens pendant qu'ils chantaient[10]. Encouragé par Evoloko Jocker et Mbuta Mashakado[19], Belobi s'inspire du bruit des roues du train pour cette cadence rythmique, de retour à Kinshasa, s'inspirant également de la musique traditionnelle, donnant ainsi naissance au rythme cavacha. Ce style, caractérisé par un jeu de caisse claire continu, connut un succès fulgurant dans les deux Congo, en Afrique centrale, orientale et occidentale, et se répandit en Europe et en Amérique latine[21],[22].
Le nom « cavacha » fut également associé à une danse introduite par Evoloko, qui connut elle aussi un grand succès à travers l'Afrique. Ils lancèrent également des variantes de la danse, telles que le Cavacha tambour, le Cavacha mondial et le Cavacha Wondostock, ce dernier étant un clin d'œil à l'esprit hippie du festival de Woodstock, réinterprété par les musiciens en lingala sous le nom de « Wondostock ».
Au milieu de l'année 1974, Meridjo fut arrêté et incarcéré à la prison d'Ekafela pour une peine de 21 mois[19]. Suite à ce revers, Bakunde Ilo Pablo, batteur de l'orchestre Stukas, fut recruté pour le remplacer temporairement. Peu après son arrivée, Ilo Pablo connut un grand succès avec la sortie de ses compositions « Ndonge » et « Ando », publiées en singles[23]. Durant cette même période, Bozi Boziana rejoignit le groupe, remplaçant Gina Efonge, qui souffrait de dépression[16].
En septembre 1974, Zaïko Langa Langa participa au festival de musique Zaïre 74, se produisant aux côtés d'artistes tels que TP OK Jazz, James Brown, Fania All-Stars et Tabu Ley Rochereau[24]. Leur prestation, qui ouvrit le festival, dura 45 minutes[25]. La même année sortit leur premier album, Non Stop Dancing, comprenant six titres, dont les tubes « Eluzam » et « Mbeya Mbeya ». « Eluzam », en particulier, fut salué pour la virtuosité du jeu de guitare de Félix Manuaku Waku.
Départ des ISIFI
modifierEn décembre 1974, Zaïko Langa Langa connaît sa première grande scission. Au-delà des rivalités de leadership qui traversent alors l'orchestre, le conflit porte également sur la gestion et l'exploitation des œuvres de ses membres. Félix Manuaku Waku défend notamment le principe d'une structure commune, les Éditions Langa-Langa, destinée à permettre à l'orchestre de contrôler davantage l'édition et les revenus générés par son répertoire.
Cette orientation ne fait toutefois pas l'unanimité. Certains des futurs dissidents, notamment Evoloko Jocker, Papa Wemba, Mavuela Somo et Bozi Boziana, souhaitent conserver la possibilité de conclure des accords individuels avec des éditeurs phonographiques extérieurs, tels que Parions Mondenge ou Cover, qui éditent alors plusieurs succès issus de Zaïko. Les œuvres d'Evoloko, notamment, connaissent un important succès commercial sous les Éditions Parions Mondenge.
À cette question économique et éditoriale s'ajoutent les tensions liées au pouvoir au sein de l'orchestre. Evoloko, devenu l'une des principales vedettes de Zaïko, occupe une place de plus en plus centrale, tandis que des problèmes d'indiscipline et d'absences aux répétitions contribuent à détériorer ses relations avec la direction.
La scission de 1974 apparaît ainsi comme le résultat d'une combinaison de facteurs : affirmation des egos, rivalité autour du leadership, mais aussi désaccord profond sur le contrôle des œuvres et des revenus qu'elles génèrent.
1975-1981 : Restructure et premières tournées européennes
modifier« Mizou » compte parmi les premiers singles enregistrés par Zaïko Langa Langa après le départ des membres d'Isifi Lokole. Paru au début de 1975, il marque une nouvelle étape dans l'évolution du groupe. Afin de renforcer la formation, les chanteurs Likinga Redo et Nsumbu Lengi-Lenga intègrent Zaïko Langa Langa, tandis que Mbuta Mashakado est rejoint à la section typique[16]. Après des mois de répétition intensive au Domaine de la N'sele, ils se produisent au studio de la RENAPEC (Kinshasa) en été 1975 avec leur nouveau répétoire. Au second semestre de 1975, le groupe publie plusieurs singles, parmi lesquels « Eboza », « Yudasi » et « Elo », qui connaissent un important succès[26].
Entre fin 1975 et début 1976, Zaïko Langa Langa entreprend une tournée d'environ un mois et demi au Ghana et au Togo. Au cours de ce séjour, le groupe enregistre, sous la direction du guitariste Henri Bowane, son deuxième album, qui constitue également son premier double album, Plaisir de l'Ouest Afrique[27]. L'album paraît en avril 1976. Le titre « Zaïko Wa Wa » rencontre un succès particulièrement important au Ghana, où il atteint rapidement le sommet des classements[28].
Après le retour du groupe à Kinshasa, Mbuta Mashakado quitte Zaïko Langa Langa pour rejoindre Yoka Lokole. Dans le même temps, Gina Efonge effectue un retour au sein de la formation après avoir surmonté une période de dépression. Il quitte toutefois de nouveau le groupe en 1977 afin de fonder Tout Grand Libanko.
À la suite de la dissolution de Yoka Lokole, Bozi Boziana et Mbuta Mashakado réintègrent Zaïko Langa Langa. La même période est marquée par la sélection de Manuaku Waku, Jossart N'Yoka Longo, Likinga Redo et Mbuta Mashakado par Tabu Ley Rochereau pour rejoindre l'Orchestre national du Zaïre (ONAZA). Ils prennent notamment part au FESTAC 77, organisé à Lagos, au Nigeria.
Au début de 1977, Zaïko Langa Langa publie plusieurs singles, dont « Ima », composé par Bimi Ombale. Sur cet enregistrement, Manuaku Waku utilise pour la première fois la guitare bouzouki dans une rumba congolaise. L'instrument est par la suite volé vers 1978 et ne sera jamais retrouvé[29].
Après sa sortie de prison, Meridjo Belobi fait son retour au sein de Zaïko Langa Langa avec la sortie du titre « Sangela ». Il partage alors son rôle avec Ilo Pablo[30]. De son côté, Bozi Boziana connaît le succès avec plusieurs titres, notamment « Diana Ya Mama », « Bibichana » et « Toutou ».
Selon Henri Mongombe, cofondateur du groupe, qui résidait alors en Europe, il aurait appris ultérieurement, par des membres de Zaïko Langa Langa, qu'à la suite de discussions entre les fondateurs, DV Moanda aurait procédé à une modification des statuts après le départ des trois autres membres fondateurs[12]. Ces modifications l'auraient consacré comme unique fondateur et conduit au dépôt du nom « Zaïko Langa Langa » en tant que marque exclusive[12].
Au milieu de 1978, le groupe entreprend sa première tournée européenne, lors d'un voyage de la JMPR[16].
Parallèlement, Teddy Sukami constitue une formation de studio baptisée Les Casques bleus, réunissant notamment Nsumbu Lengi-Lenga et Yenga Yenga Junior. Ce dernier est intégré comme doublure de Likinga Redo, les deux chanteurs possédant des voix particulièrement similaires. En juin 1978, Teddy Sukami publie avec Les Casques bleus le titre « Bongo Bouger », qui reçoit une certification disque d'or de la SONECA[26],[31].
Automne 1979, Evoloko Jocker rejoint le groupe après des négociations. Ce dernier venait de dissoudre son groupe Isifi Mélodia. En décembre de la même année, Zaïko Langa Langa célèbre le dixième anniversaire de sa création[10]. Ils lancent les singles « Zaïko 10 ans » et « Langa Langa Oyé ». En mars 1980, ces festivités se prolongent par dix jours de concerts à Kinshasa, auxquelles participent plusieurs grandes formations musicales de la capitale.
Départ de Manuaku Waku, VISA 80 et route vers « l'indépendance »
modifierAprès la sortie de ses tubes « Obi » et « Femme ne pleure pas » au cours de l'année 1980, au mois de septembre, une révocation de neuf musiciens va causer le départ de Félix Manuaku Waku. Celui-ci quitte le groupe avec Yenga Yenga Junior, Cheikdan Mbuku, Otis Mbuta et Djudjuchet Luvengoka afin de fonder Grand Zaïko Wawa.
La formation connaît alors un nouveau succès avec « Fièvre Mondo », composé par Evoloko Jocker et élu « Meilleure chanson de l'année ». D'autres singles paraissent, notamment « Solomo », « Amitié », « Viya » et « Crois-Moi ». À l'exception d'« Amitié », ces enregistrements sont réunis en 1983 par Verckys Kiamuangana Mateta sur l'album L'orchestre de tous les âges.
En 1981 paraît le troisième album du groupe, Gitta Production Présente Le Tout-Choc Zaïko Langa Langa. Il comprend quatre titres issus d'une session de huit morceaux enregistrée au Studio Igloo, anciennement Caramel, à Bruxelles[32]. Les quatre autres titres de la session sont publiés en 1982 sur un second album. Ces enregistrements interviennent dans un contexte de tensions durant la tournée VISA 80, organisée sous l'impulsion de Franco Luambo, qui devait les publier à l'origine. Au cours de cette tournée, Teddy Sukami, alors président de Zaïko Langa Langa, quitte le groupe. Son vice-président, Jossart N'Yoka Longo, lui succède à la présidence[10].
En septembre 1981, Evoloko Jocker, Bozi Boziana, Djo Mali Bolenge et Petit Cachet Ndjoli quittent à leur tour la formation pour créer Langa Langa Stars, avec le soutien de Verckys Kiamuangana Mateta[10].
Les relations entre Zaïko Langa Langa et leur producteur Verckys Kiamuangana se détériorent ensuite. Au cours d'un concert au Ciné Palladium de Kinshasa, Verckys ordonne la reprise des instruments qu'il avait mis à la disposition du groupe[33]. Privé de son matériel et confronté à d'importantes difficultés financières, Zaïko Langa Langa demeure inactif pendant environ neuf mois.
Malgré cette situation, le groupe entreprend une nouvelle tournée européenne à la fin de 1981, notamment afin de réaliser des enregistrements.
1982-1988 : Renouveau, apogée internationale et scission majeure
modifierSortie de Funky et introduction des animateurs
modifierLes neuf mois de silence aboutissent à la production du cinquième album de Zaïko Langa Langa, un double album intitulé Funky, publié en septembre 1982 (parfois désignée à tort sous le titre Nkolo Mboka, la pochette originale ne comportant pas de titre explicite).
Le 30 octobre 1982, lors de la présentation officielle de l'album Funky dans l'émission télévisée Variété Samedi Soir, Zaïko Langa Langa marque une nouvelle étape dans l'évolution de la musique congolaise avec l'introduction de l'animation au sein d'un orchestre moderne. Les nouveaux animateurs interviennent après les séquences chantées, pendant le sebene, en lançant des « cris », qui interpellent les danseurs à suivre une chorégraphie définie et à stimuler l'énergie du public et de l'orchestre[34].
Nono Monzuluku et Bébé Mangituka intègrent alors Zaïko Langa Langa, aux côtés du percussionniste Djerba Manzeku. Tous trois sont issus de Bana Odéon, un groupe traditionnel de Kintambo, quartier de Kinshasa considéré comme le foyer de l'animation populaire. Leur arrivée permet ainsi de transposer dans l'orchestre moderne des pratiques vocales et rythmiques issues des traditions humbu. Ils seront nommés atalaku, un mot composé tiré de leur première animation en humbu : « ah tala ku ! » (Regarde-ici !). Ce mot sera plus tard adopté dans la culture du coupé-décalé en Côte d'Ivoire[34].
Cette innovation contribue à modifier profondément la structure des prestations de Zaïko Langa Langa. L'animation devient un élément de construction du spectacle et de la danse. Le procédé, initialement moqué, sera rapidement repris par d'autres orchestres de la République démocratique du Congo et deviendra, au fil des années, une composante majeure de la musique congolaise moderne.
De Muvaro à Nippon Banzai
modifierLe huitième album de Zaïko Langa Langa, Muvaro, est enregistré au début de 1983 au studio IAD de Brazzaville. La chanson éponyme, composée par Lengi-Lenga, met en scène une femme déplorant l'abandon de son mari, Muvaro[35]. Le titre connaît un succès rapide, notamment grâce à son sebene mélodieux interprété par le guitariste Beniko Popolipo[10]. Celui-ci avait rejoint Zaïko Langa Langa pour remplacer Roxy Tshimpaka, parti en 1982 rejoindre Langa Langa Stars.
En août 1983 paraît Zekete Zekete 2ème Épisode, enregistré à Paris lors d'une nouvelle tournée européenne. Il constitue le premier album de tous les temps à intégrer un atalaku. Le titre de l'album fait référence au zekete zekete, danse emblématique du répertoire de Zaïko Langa Langa à cette période[36]. En juillet, peu avant la parution du disque, Likinga Redo est arrêté à Grândola, au Portugal, pour possession de stupéfiants[37].
Le 10 janvier 1984, DV Moanda, l'un des fondateurs de Zaïko Langa Langa, meurt à l'âge de 36 ans[38]. Jusqu'en 1987, un concert commémoratif est organisé chaque année en sa mémoire. Quelques mois après sa disparition, le promoteur gabonais Gustave Bongo, surnommé « Ngossanga » ou « Ngoss », propose de parrainer le groupe[10]. La même année, le chanteur Dindo Yogo rejoint la formation. En juin 1984 paraît le dixième album studio du groupe, On Gagne le Procès.
Les 2 et 3 novembre 1984, Zaïko Langa Langa se produit à guichets fermés au Palais du 12 mars et au Stade Omar Bongo de Libreville, au Gabon[39]. En 1985, le groupe entreprend une tournée au Canada. Au milieu de l'année, Ngoss acquiert le bar Ma-Elika, établissement iconique de l'histoire du groupe situé rue Kanda-Kanda, à Matonge, et le transforme en N'Goss Club. Le lieu devient progressivement le quartier général de Zaïko[10].
Deux albums paraissent au cours de cette période : Zaïko Eyi Nkisi, qui comprend notamment une troisième version de « Étape » et « Mokili Échanger », chanson de Dindo Yogo retraçant son parcours musical tout en évoquant certains aspects de l'histoire politique du Zaïre, ainsi que Tala Modele Échanger.
1986 voit la sortie de deux nouveaux albums : Eh Ngoss ! Eh Ngoss ! Eh Ngoss !, au début de l'année, puis Pusa Kuna... Serrez ! Serrez !, qui comprend « Paiement Cash », « Mena », « Ben-Betito » et « Matshi Ya Ilo ».
En octobre 1986, Zaïko Langa Langa entreprend une tournée au Japon. Le groupe se produit notamment dans plusieurs universités de Tokyo, ainsi qu'à Osaka et Sapporo. La tournée inspire Nippon Banzai, seizième album du groupe, contenant la setlist de la tournée. L'album s'est imposé comme l'un des plus marquants[10].
En mai 1987 paraît Papa Omar. L'album comprend notamment deux morceaux inspirés du folklore téké, « Mikady » et « Ensemble Chansons Bateke », ainsi que « Chérie Ngossanga ». En juin de la même année, Zaïko Langa Langa atteint la finale du Référendum RFI Canal Tropical et se classe deuxième parmi les groupes afro-caribéens, derrière Kassav[40].
Subissez les Conséquences et scission de 1988
modifierLe 1er août 1987, dans le cadre des 4es Jeux africains, Zaïko Langa Langa se produit à guichets fermés au Stade Kasarani, à Nairobi[41]. Le groupe maintient tout au long de l'année un calendrier de concerts soutenu, avec notamment des prestations au Cirque d'Hiver Bouglione à Paris en octobre, à la Salle Arlequin de Bruxelles le 10 novembre et à la Maison de la Mutualité à Paris le 28 novembre[42].
Le 20 novembre 1987, Zaïko Langa Langa devient le premier groupe musical congolais à se produire sur TF1, dans l'émission Panique sur le 16, présentée par Christophe Dechavanne. Le groupe y interprète « Sandra Lina » et « Muvaro ». Le même mois paraît Bongama Kamata Position, un album de remixes[43].
En décembre 1987 sort le dix-huitième album studio du groupe, Subissez les Conséquences. Les 26 et 27 décembre, Zaïko Langa Langa célèbre son dix-huitième anniversaire par deux concerts organisés au Palais du Peuple de Kinshasa, avec la participation de Papa Wemba, Evoloko Jocker, Mavuela Somo et Félix Manuaku Waku[44].
C'est à la suite de la sortie de Subissez les Conséquences, et plus particulièrement autour des célébrations du dix-huitième anniversaire, que les tensions internes au sein de Zaïko Langa Langa deviennent particulièrement visibles. Elles portent notamment sur la direction du groupe, la répartition des revenus, les salaires et le paiement des royalties. Les désaccords, qui s'étaient développés dans le contexte de la production de l'album, s'intensifient au cours des mois suivants et aboutissent à une scission du groupe le 6 mai 1988[45].
De cette scission naît Zaïko Langa Langa Familia Dei, sous le leadership de Ilo Pablo et Bimi Ombale. La nouvelle formation rassemble une grande partie des membres de Zaïko Langa Langa. Jossart N'Yoka Longo demeure à la tête de la formation originale, avec notamment Meridjo Belobi, Oncle Bapius, Mbuta Matima, Dindo Yogo, Nono Monzuluku, Enoch Zamuangana et Gilbert Benamayi[10]. Les deux formations deviennent rapidement rivales et s'engagent dans une compétition pour la suprématie musicale à Kinshasa, tout en se disputant juridiquement l'utilisation du nom Zaïko Langa Langa.
Pour reconstituer son effectif, la formation dirigée par N'Yoka Longo lance une importante campagne de recrutement[46]. Elle accueille notamment Adamo Ekula au chant et Baroza Bansimba à la guitare solo, tous deux issus de Grand Zaïko Wawa, ainsi que Jean-Marie Motingia à la basse, Doudou Adoula à l'animation, Shango Landu à la guitare rythmique et Mafuta Mondial au chant, provenant de Tout Choc Oka. L'ancien chanteur de Viva La Musica, Aziza Nsiku, rejoint également le groupe, aux côtés des chanteurs Thylon Muanda et Lofanga Ea Bengolo. Alpha Kopeya intègre la formation au synthétiseur, tandis que Shiro Mvuemba, ancien membre de Minzoto Wella Wella, rejoint les guitaristes solistes et que Cele Mbonda, ancien percussionniste des Langa Langa Stars, complète la section rythmique[47]. Ils triomphent notamment le 31 juillet 1988 à la Foire internationale de Kinshasa lors d'un concert mémorable.
1989-1999 : Gardiens de la 3e école
modifierEn décembre 1989, Zaïko Langa Langa publie son dix-neuvième album, Jetez l'Éponge. Conçu comme un medley, le disque sert notamment à présenter les nombreux nouveaux membres recrutés après la scission. La même année, au cours de sa tournée européenne, le groupe se produit en tête d'affiche au Hammersmith Palais de Londres, le 3 décembre[27].
En 1990, l'orchestre poursuit son activité sur la scène internationale et se produit notamment en tête d'affiche dans plusieurs salles. Au cours de cette tournée, le groupe enregistre son vingtième album, Ici ça va… Fungola Motema, composé de six titres. Parmi eux figure « Exil », une composition d'Adamo Ekula qui obtient notamment le prix de la Meilleure chanson de l'année décérné par l'ACMZA en 1991[48].
Zaïko Langa Langa prépare ensuite Jamais Sans Nous, qui paraît en décembre 1991. L'album connaît un important succès international et atteint la première place du UK Sterns Music Chart en janvier 1992[49].
Après cette période de tournées internationales, le groupe reste principalement basé à Kinshasa pendant environ deux ans, consacrant cette période à la préparation et à la conception de son prochain album. Les 15 et 16 octobre 1993, un concert de retrouvailles du Clan Langa Langa est organisé avec la participation de Papa Wemba, Dindo Yogo et d'anciens membres de Zaïko Langa Langa ayant rejoint Familia Dei[50].
À la fin de 1994, le groupe rejoint l'Europe et entreprend une nouvelle tournée. Avis de Recherche paraît finalement le 31 mai 1995. L'album connaît un succès majeur[51]. Il est d'abord présenté au public zaïrois à travers une série de concerts, avant de faire l'objet d'une promotion internationale lors de la deuxième tournée européenne du groupe en 1995[52].
À l'été 1996, Zaïko Langa Langa reprend son circuit européen annuel, avec Bruxelles comme principal point d'ancrage. Depuis la capitale belge, le groupe se produit dans plusieurs pays européens, notamment en Belgique, en France, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, ainsi qu'en Espagne et au Portugal. La proximité de Bruxelles avec Paris facilite également les sessions d'enregistrement du groupe dans la capitale française[53].
À la fin de 1996 paraît Sans Issue, publié par Sun Records et composé de dix titres. Il est suivi en avril 1997 par Backline Lesson One, publié sous le label Sonima Music. Ces productions s'inscrivent dans le prolongement du succès critique et commercial rencontré par Avis de Recherche en 1995[53].
La formation réunie pour les tournées européennes de 1996 compte alors vingt et un membres. Parmi les principales prestations de cette période figurent les concerts des 20 septembre et 13 décembre 1996 au Melkweg d'Amsterdam, ainsi que ceux du 7 octobre au Centre Berdux de Munich et à l'Aquaboulevard de Paris. La même année, le groupe se produit également au Grand Hôtel de Kinshasa à l'occasion de son concert anniversaire annuel[54]. En 1997, il se produit notamment à la Salle de la Madeleine de Bruxelles.
De retour à Kinshasa, le groupe entreprend un renouvellement de son effectif en recrutant plusieurs musiciens. Parmi eux figurent les chanteurs Willy Bula, Lassa Landu et Deo Brondo, ainsi que les guitaristes Daniel 6000 et Rocky Blanchard. Cette nouvelle génération participe à l'enregistrement de Nous y sommes, paru le 2 avril 1998 et enregistré au studio Ndiaye, à Kinshasa[55].
En 1999, Zaïko Langa Langa revient à Paris et participe notamment au Festival de Cannes au mois de mai[56]. Le groupe y poursuit ses activités scéniques avant d'enregistrer Poison, qui paraît à la fin de l'année. Peu avant la réalisation de cet album, Meridjo Belobi, Oncle Bapius et Modeste Modikilo créent Zaïko Langa Langa Universel.
Zaïko Langa Langa poursuit ses tournées internationales, notamment en France et dans les pays du Benelux. Cette période fait également l'objet d'un documentaire consacré au groupe, Zaïko Langa Langa, le goût du travail bien fait, réalisé par Yves Billon[57].
En 2000, Zaïko Langa Langa est élu Meilleur orchestre du 20ème siècle par l'ACMCO[56].
2001-2010 : Concert au Zénith de Paris, les années difficiles
modifierLe 20 avril 2001, Zaïko Langa Langa publie Feeling, un maxi-single de trois titres produit par JPS Production. Porté notamment par « Daniel » et « Tshibawu », deux compositions de Jossart N'Yoka Longo, le disque connaît un important succès à Kinshasa et Brazzaville, où il atteint rapidement la tête des classements[58]. L'arrivée de plusieurs jeunes chanteurs, parmi lesquels Strelly Mikobi, Prince Bela, Marcel Bakenda, Thiro Mulunda et l'animateur Bidjana Vangu, contribue au renouvellement de la formation[58].
Après plusieurs reports liés à des difficultés logistiques, la tournée canadienne initialement prévue en 2001 est transformée en une tournée euro-américaine, finalement organisée en 2002[59]. Le 7 septembre 2002, Zaïko Langa Langa se produit à guichets fermés au Zénith de Paris, dans un concert accueilli comme un événement marquant du renouveau du groupe[60], [61]. Le 23 décembre 2002 paraît Euréka !, vingt-septième album studio du groupe, produit par JPS Production et enregistré entre Kinshasa et Paris dans plusieurs studios[62], [61].
En novembre 2003, durant la tournée européenne qui s'élargit involontairement, une enquête est ouverte en Belgique concernant la gestion du groupe et les conditions de séjour de certains de ses membres[63]. Jossart N'Yoka Longo est placé en détention préventive à Bruxelles et fait l'objet de plusieurs accusations. Il reste détenu pendant environ un mois avant d'être libéré sous conditions. La procédure se poursuit jusqu'à sa libération définitive en juin 2004, après le versement d'une caution[64].
Après la libération de Jossart N'Yoka Longo, le groupe annonce la sortie prochaine de son vingt-huitième album studio, Empreinte. Initialement conçu en 2003 comme un maxi-single de cinq titres, le projet est finalement développé en album complet[64]. Il paraît officiellement le 3 décembre 2004, sous le label du groupe, ProZal. Sam Mangwana y fait une apparition sur le titre « Jusqu'où ? »[65].
Le 7 septembre 2007, Zaïko Langa Langa publie Rencontres, son vingt-neuvième album studio. L'œuvre réunit onze titres et fait notamment intervenir d'anciens membres du groupe ainsi que plusieurs artistes associés à son histoire, notamment Bopol Mansiamina, Tony Dee Bokito Bokoma et Beniko Popolipo[66].
Le 27 février 2009, après 6 ans et demi en Europe, Jossart N'Yoka Longo et Zaïko Langa Langa retournent à Kinshasa sans une grande partie de ses musiciens[67]. La formation est alors considérablement réduite et ne compte plus que quatre musiciens, auxquels s'ajoute une formation de réserve baptisée Les Gunners, active depuis 2004 à Kinshasa sous l'impulsion d'Oncle Bapius et quelques mécènes du groupe. L'orchestre reprend néanmoins rapidement ses activités scéniques et donne quatre concerts à Kinshasa en avril 2009[67].
2011 à nos jours : rehausse
modifierLe 6 août 2011, Zaïko Langa Langa publie Bande Annonce, un maxi-single de quatre titres produit sous le label ProZal. Le projet connaît un succès fulgurant et s'accompagne de l'apparition d'une nouvelle danse, « Mukongo ya Koba », qui devient rapidement populaire à Kinshasa[68]. La danse reçoit notamment le prix de la meilleure danse lors du Trophée Muana Mboka en août 2011, tandis que le maxi-single atteint la première place du Hit Parade congolais à la fin de l'année[69], [70].
Le 2 août 2014, Zaïko Langa Langa publie le maxi-single Sisikaaaaaahh ! Moto na moto na..., composé de quatre titres et faisant suite au succès de la danse Maman Siska. Le disque est notamment porté par le titre « Susu Atambuli Yenga », qui rencontre un important succès à Kinshasa[71]. Le groupe en assure la promotion lors de plusieurs prestations, notamment à Kinshasa, avant de participer à diverses manifestations culturelles en République démocratique du Congo et au Congo-Brazzaville[71].
À partir de septembre 2018, le groupe se lance en tournée aux États-Unis, se produisant dans douze états, dont Washington DC, avant des prestations au Canada, notamment à Ottawa, Montréal et Toronto. La tournée se poursuit en 2019 dans plusieurs états américains[72].
De retour à Kinshasa, Zaïko Langa Langa donne deux concerts en juillet 2019 et annonce un nouvel album destiné à célébrer son cinquantième anniversaire[73]. Intitulé Sève, l'album double paraît finalement le 7 septembre 2019[4]. Plusieurs chansons font ensuite l'objet d'une promotion audiovisuelle, dont « Sielumuka Ngwasuma » et « Ambiance Eyenga »[4]. En août 2020, Jossart N'Yoka Longo publie « Système Ya Benda », chanson qui dénonce plusieurs travers de la société congolaise contemporaine, notamment la duplicité, l'envie et l'ingratitude[74].
Le 29 février 2020, après plus d'une décennie d'absence sur les scènes européennes, Jossart N'Yoka Longo et Zaïko Langa Langa se produisent au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles dans le cadre des célébrations du cinquantième anniversaire du groupe[75]. Le concert intervient dans un contexte marqué par les tensions entourant les prestations d'artistes congolais en Europe, certains concerts étant régulièrement contestés par les Combattants[76].
Après plusieurs années d'activité internationale, Zaïko Langa Langa revient sur les grandes scènes européennes en 2024[77]. Le groupe se produit notamment au Clapham Grand Hall de Londres le 16 mai, puis donne deux concerts à guichets fermés à la Salle de la Madeleine à Bruxelles, les 19 mai et 14 juin[78].
Le 17 octobre 2025, l'orchestre publie l'EP Makinu, terme signifiant « danse » en kikongo[79]. Le disque comprend quatre titres dont « Awa Te » et « Mbrouss », qui fut est sélectionné comme hymne officiel associé à l'équipe nationale de football de la République démocratique du Congo lors de sa participation à la Coupe du monde 2026, 52 ans après sa première et unique participation en 1974[80].
Le 24 avril 2026, Zaïko Langa Langa se produit pour la deuxième fois à guichets fermés au Zénith de Paris, vingt-quatre ans après sa première apparition dans cette salle[81]. Le concert réunit plus de 6 000 spectateurs et accueille notamment Lita Bembo et Jean-Claude Naimro, membre de Kassav'. Une partie du spectacle est consacrée à un hommage à Papa Wemba, disparu le 24 avril 2016, à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort.
Héritage
modifierÉvolution musicale et innovations
modifierÀ ses débuts, Zaïko Langa Langa se distingue des grandes formations contemporaines telles que le TP OK Jazz et l'African Jazz, qui incarnent alors respectivement les styles Rumba Odemba et Fiesta[82]. Le groupe cherche rapidement à développer une identité propre, en puisant dans différentes influences, notamment celles issues de l'école Fiesta et de formations congolaises établies en Belgique, comme Los Nickelos et Yeye National[83]. Ils revendiquent également l'influence de Tabu Ley Rochereau, leur « parrain »[14].
Cette évolution se traduit notamment par une place progressivement réduite accordée aux cuivres au profit des percussions et des guitares. La caisse claire et la guitare solo deviennent ainsi des éléments centraux du nouveau son développé par Zaïko Langa Langa. Parmi les innovations les plus marquantes figure la cavacha, dont le rythme est développé par le batteur Meridjo Belobi en 1973, à partir du mouvement régulier du bruit des roues du train[84]. Ce rythme devient rapidement l'une des signatures musicales du groupe et exerce une influence durable sur la rumba congolaise[85].
Le groupe poursuit ses expérimentations à la fin des années 1970 avec l'introduction des sonorités électroniques. En 1979, le claviériste Nzenze Mongengo utilise, sous l'initiative de Félix Manuaku Waku, notamment des pédales d'effets destinées à la guitare afin de produire des sonorités électroniques au clavier, notamment sur « Révélation », une composition de Mbuta Otis Diansolua[86], [87]. Cette recherche sonore est ensuite prolongée par d'autres claviéristes, parmi lesquels José Piano-Piano, Alpha Kopeya et Modeste Modikilo, contribuant à moderniser progressivement l'esthétique de l'orchestre.
La guitare occupe également une place déterminante dans cette transformation. Le guitariste Félix Manuaku Waku développe un style personnel nourri par l'influence de figures majeures telles que Docteur Nico, Franco Luambo et Gerry Gerard[88]. Sa technique de jeu, fondée notamment sur un doigté particulier et des enchaînements harmoniques élaborés, participe à l'évolution de la guitare de rumba congolaise et au développement du sebene moderne[89].
Une nouvelle étape est franchie en août 1982 avec l'intégration de l'atalaku dans l'organisation scénique et musicale du groupe. Chargé d'animer le sebene par des cris, des slogans et des appels destinés aux danseurs et au public, l'atalaku devient un élément essentiel du spectacle de Zaïko Langa Langa[84]. Ce dispositif, rapidement adopté par de nombreux orchestres congolais destinés à un public jeune, contribue à modifier profondément la relation entre musique, danse et animation. Cette modernisation suscite toutefois les critiques d'une partie du public plus âgé, qui reproche à ce nouveau style son caractère jugé cacophonique et son éloignement des formes lyriques traditionnelles[90].
À partir de 1984, Zaïko Langa Langa poursuit ses recherches rythmiques avec la mise en place d'un système de double batterie. Meridjo Belobi et Ilo Pablo se répartissent alors les fonctions rythmiques : l'un privilégie la caisse claire tandis que l'autre assure notamment les roulements et les cymbales. Cette configuration permet d'enrichir la texture rythmique du groupe et devient une autre caractéristique de son évolution musicale.
Processus de composition et contribution aux danses
modifierLa création musicale de Zaïko Langa Langa repose dès ses débuts sur un processus collectif. Chaque musicien peut proposer ses propres compositions au groupe. Lorsqu'un morceau est retenu, celui-ci fait ensuite l'objet d'un travail approfondi de répétition, d'arrangement et de mise au point collective avant son enregistrement ou sa présentation au public[91].
La danse constitue parallèlement l'un des principaux vecteurs de l'innovation du groupe. Depuis sa création, Zaïko Langa Langa a contribué à populariser plus d'une trentaine de danses, participant ainsi à faire de l'orchestre un véritable laboratoire de la culture populaire kinoise.
Le 24 mars 1970, lors de sa première prestation au bar Hawaï de Kalamu, le groupe présente notamment le Ngouabin, une danse associée à la culture des bills de Kinshasa et conçue par un détenu de la prison centrale de Makala[92]. En 1971, Zaïko popularise le Levole, une danse d'origine tetela introduite au sein du groupe par Papa Wemba. Au fil des années, cette dynamique donne naissance à une succession de danses qui accompagnent les différentes périodes musicales de l'orchestre[92].
Parmi les plus emblématiques figurent notamment le Ngouabin, le Levole, la Cavacha, le Choquez Retardé, le Tara Disco, le Sonzo, le Volant/Guidon, le Washa Washa, le Wondo Stock, le Zekete Zekete, Maria, Funky, Tukuniema, Vimba et Maman Siska. Par cette succession d'innovations musicales et chorégraphiques, Zaïko Langa Langa contribue durablement à renouveler les formes de la rumba congolaise et à établir un lien étroit entre création musicale, animation et danse populaire[14].
Palmarès et récompenses
modifierZaïko Langa Langa a reçu 5 fois le prix « Meilleur orchestre du Zaïre » (1973, 1974, 1976, 1979, 1992 par l'Association des Chroniqueurs de Musique du Zaïre)[56].
Evoloko Jocker a été élu « Meilleure vedette du Zaïre » en 1974 (grâce à son tube Eluzam) et 1980 (grâce à son tube Fievre mondo)[56].
Des chansons de certains membres du groupe ont été récompensées « Meilleure chanson » (Evoloko en 1974, 1980; N'Yoka Longo en 1976, 1979; Adamo Ekula en 1991)[56].
En 1977, N'Yoka Longo, Likinga Redo, Mbuta Mashakado et Manuaku Waku sont choisis pour rejoindre l'Orchestre National du Zaïre (ONAZA) et participent au FESTAC 77 (Festival mondial des Arts Nègres) à Lagos, Nigéria[93].
En 1979, N'Yoka Longo a été élu « Deuxième meilleur auteur-compositeur », le premier étant le guitariste Mayaula Mayoni, après la sortie de sa chanson Sentiment Awa[94].
En 1986, Zaïko Langa Langa se classe deuxième, derrière le groupe antillais Kassav, au référendum de RFI[95],[56].
En 1987, Zaïko Langa Langa a remporté le Prix Georges Delerue de la meilleure musique au Festival international du film de Flandre-Gand pour leur contribution musicale avec les chansons Muvaro et Sandra Lina dans le film La vie est belle[96].
En , ils participent au Festival de Cannes[97].
En 2000, le groupe fut plébiscité meilleur orchestre du siècle de la musique congolaise moderne[56].
En , La danse « Mukongo ya Koba » a été élue « Meilleure danse » lors de la 9ème éditions du trophée Muana Mboka.
En , Zaïko Langa Langa a reçu le prix d'Honneur lors de la 14ème édition des Kunde Awards à Ouagadougou (Burkina Faso)[98].
Lors de la première édition des Pool Malebo Music Awards, en , le groupe a été nommé dans la catégorie « Meilleur orchestre », N'Yoka Longo a été nommé dans la catégorie « Artiste de la décennie (RDC) »[99].
Discographie
modifierAlbums studio officiels
modifier- 1974 : Non Stop Dancing
- 1976 : Plaisir de l'Ouest Afrique
- 1980 : Tangi / Avis
- 1981 : Gitta Production présente le Tout-Choc Zaïko Langa-Langa
- 1982 : Tout Choc
- 1982 : Funky
- 1983 : La Tout Neige, Christine & Nalali Mpongui
- 1983 : L'Orchestre de tous les âges
- 1983 : Muvaro / Étape
- 1983 : Zekete Zekete 2e épisode
- 1984 : On gagne le procès
- 1984 : En Europe
- 1985 : Zaïko Eyi Nkisi
- 1985 : Tala modèle échanger
- 1986 : Eh Ngoss ! Eh Ngoss ! Eh Ngoss !
- 1986 : Pusa kuna... Serrez ! Serrez !
- 1986 : Nippon Banzai
- 1987 : Papa Omar
- 1987 : Subissez les conséquences
- 1989 : Jetez l'éponge
- 1990 : Ici ça va... Fungola motema
- 1991 : Jamais sans nous
- 1995 : Avis de recherche
- 1996 : Sans issue
- 1997 : Backline Lesson One
- 1998 : Nous y sommes
- 1999 : Poison
- 2002 : Euréka !
- 2004 : Empreinte
- 2007 : Rencontres
- 2019 : Sève
Notes et références
modifier- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Ici ça va "Fungola Motema" » (voir la liste des auteurs).
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