Dans l'enfer des tournantes
Dans l'enfer des tournantes est un ouvrage autobiographique de la militante Samira Bellil. Elle y explique comment son travail de reconstruction est passé par l'écriture de ce livre, qui, en plus de la thérapie, lui a permis de « retrouv[er] une forme de dignité »[1].
| Dans l'enfer des tournantes | |
| Auteur | Samira Bellil |
|---|---|
| Pays | France |
| Genre | Autobiographie |
| Éditeur | Éditions Denoël |
| Lieu de parution | Paris |
| Date de parution | 2002 |
| ISBN | 978-2-07-042990-5 |
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Présentation
modifierSamira Bellil, aidée par la journaliste Josée Stoquart, revient sur son histoire et la violence qu'elle a traversée. Aînée de sa famille, elle grandit entre la violence de ses parents et l'incompréhension des normes patriarcales qui exigeraient qu'elle reste enfermée chez elle. Comme elle l'explique, dans les cités, les filles qui sortent et qui traînent dehors sont rapidement assimilées à des "taspés", des "filles à cave", sur qui les hommes ont tous les droits. À 14 ans, elle subit son premier viol en réunion de la part d'un certain K., qui la terrorisera pendant des années. Isolée, son adolescence est une suite de fugues, d'agressions et de fuites. Sans soutien pour tenir face à sa souffrance, Samira raconte la manière dont elle utilise le shit ou l'alcool pour survivre. Son témoignage permet de mettre en lumière la manière dont ce premier viol, puis les suivants, font partie d'un système qui ne laisse aucune place aux femmes pour exister.
Le travail réalisé avec sa thérapeute Fanny et la journaliste Josée lui permet de se réapproprier son histoire et de la rendre visible. Elle ouvre d'ailleurs son texte par "À mes frangines de galère pour qu’elles sachent qu’on peut s’en sortir. C’est long et difficile, mais c’est possible[1].", soulignant la volonté première de son texte : briser le silence.
Dans la postface, elle raconte la manifestation du 8 mars 2003, pour la Journée internationale des droits des femmes, à laquelle elle a participé avec le groupe Ni putes ni soumises. Elle termine le livre sur ces mots :
Toutes prêtes et décidées à relever la tête pour ne plus accepter de vivre avec un soleil noir au-dessus de nous. Toutes prêtes et décidées à essayer d’arrêter la gangrène de souffrance qui ronge nos quartiers et nous enferme dans un ghetto mental[1].
Samira Bellil est décédée d'un cancer de l'estomac deux ans à peine après la sortie de l'ouvrage[2].
Réception
modifierLe livre, avec le film La Squale, fait partie des premières oeuvres à évoquer explicitement les viols en réunion. Il permet ainsi d'amener les "tournantes" sur la scène politique, et ouvre la porte à différents travaux qui tentent d'analyser le phénomène. L'ouvrage de Samira Bellil est ainsi toujours cité comme un témoignage important sur la question des violences sexuelles[3],[4], et comme un témoignage de résilience[5].
Certains auteurs, comme Laurent Mucchielli, alertent pourtant sur le risque de sombrer dans une diabolisation des cités et des jeunes issus de l'immigration[6],[7]. Le viol collectif est un crime qui ne peut être réduit à une question culturelle ou ethnique, mais qui est parlant sur la manière dont la virilité se construit[8].
Références
modifier- 1 2 3 Samira Bellil et Josée Stoquart, Dans l'enfer des tournantes, Denoël, coll. « Collection folio Documents », (ISBN 978-2-07-042990-5)
- ↑ « Disparition de Samira Bellil, auteure de "Dans l'enfer des tournantes", à 31 ans », Le Monde.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Martine Delahaye, « Tournantes et harcèlements », Le Monde.fr, (lire en ligne)
- ↑ Lorraine de Foucher, « Les viols collectifs, un crime récurrent », Le Monde, (lire en ligne)
- ↑ Alexandre Garcia, « Un témoignage sur « l'enfer des tournantes » dédié aux « frangines de galère » », Le Monde.fr, (lire en ligne)
- ↑ Nathalie Guibert, « Un chercheur analyse "l'incendie médiatique" qui a placé les "tournantes" sur le devant de la scène », Le Monde.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « Les « tournantes » : fantasmes ou réalité ? », sur Histoire coloniale et postcoloniale, (consulté le )
- ↑ Claire Cosquer, La « société » contre la « cité », (lire en ligne)