Dar El Nhas
Dar El Nhas (en arabe: دار النحاس), appelée en français la Maison du Cuivre, est un palais fortifié construit au XVIe siècle situé dans la basse Casbah d'Alger, qui servait sous la Régence d'Alger (1516–1830) d’atelier métallurgique spécialisé dans la fabrication d’armement lourd, notamment des canons en bronze. Son nom vient du mot arabe « نحاس » (nhâs), qui signifie cuivre. Il fut démoli par les autorités coloniales françaises dans le deuxième quart du XIXe siècle.
دار النحاس
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mauro-maghrébin |
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Localisation
modifierSituée dans la partie basse de la Casbah d'Alger, à proximité de la porte de Bab El Oued[1], elle jouxtait les principales installations militaires ainsi que le port, garantissant une mise en défense efficace de la ville et un embarquement rapide des canons sur les navires. Elle se trouvait également à proximité des arsenaux et de Dar El Baroud, la (Maison de la Poudre)[2].
Histoire et fonction
modifierSous la Régence d'Alger, Dar El Nhas jouait un rôle essentiel dans l’arsenal militaire du pays. Ce complexe abritait des fonderies destinées à la fonte du cuivre et de l’étain, ainsi que des moules pour la fabrication de canons, de mortiers et d’autres pièces d’artillerie. On y trouvait également des ateliers spécialisés dans le polissage et le calibrage, garantissant la précision et la qualité des armes produites[3].
Le cuivre utilisé provenait en grande partie de mines locales, mais aussi des échanges maritimes avec d’autres régions méditerranéennes. Ces ressources permettaient la fabrication de canons destinés à plusieurs usages : renforcer la défense des remparts d’Alger, équiper les navires militaires de la flotte régencienne, et fournir l’artillerie des forteresses de la Régence telles que celles de Cherchell, Ténès, Annaba ou Oran. Dans les voûtes de la basse Casbah d'Alger, les embrasures étaient garnies de pièces d’artillerie, dont certaines se distinguaient par la richesse de leurs ciselures, d’autres par l’importance de leur histoire. La Consulaire figurait parmi ces dernières. Une grande partie de ces canons fut coulée à Alger, dans l’atelier de Dar Ennhas (« la maison du cuivre »), sous la direction d’ingénieurs européens. Lors de la conquête de l’Algérie par la France en 1830, plusieurs de ces pièces furent saisies et transportées en métropole[4],[5].
Le bâtiment fut détruit par les autorités coloniales françaises entre 1850 et 1860, et une partie du terrain qui constituait la place de Bab El Oued fut allouée à la construction du lycée d'Alger[6].
Description
modifierDar El Nhas impressionnait par ses proportions, avec près de trente mètres de longueur et une tour qui dominait l’ensemble. L’atelier ne comptait qu’un seul fourneau. Le moule destiné à recevoir le métal en fusion était disposé dans une fosse située devant l’ouverture par laquelle la fonte s’écoulait. Une fois le métal solidifié, un treuil installé au-dessus permettait de hisser la pièce, qui était ensuite percée. Cette opération se réalisait en plaçant le canon à la verticale dans un mécanisme complexe, formé de plusieurs roues disposées en étages et occupant toute la hauteur de la tour, soit environ vingt mètres[7],[8].
Face à ce bâtiment, de l’autre côté de la rue, se trouvaient les ateliers chargés de la confection des moules et des projectiles, notamment des bombes de très grande taille. Plusieurs forges et fourneaux complétaient l’ensemble pour la fabrication de munitions. À proximité, dans le fossé des remparts, d’autres échoppes servaient à stocker les matériaux provenant des navires capturés et démantelés sur une plate-forme voisine de la mer. Dès le XVIIIe siècle, l’établissement comptait parmi ses ouvriers un maître fondeur français, François Dupont, et un document de 1706 mentionne déjà son existence. Après la prise d’Alger en 1830, Dar El Nhas fut placé sous la responsabilité de l’artillerie française[7],[8].
Rôle stratégique
modifierLa production de Dar El Nhas constituait un pilier de la puissance navale et défensive d’Alger. Grâce à cet atelier, la Régence pouvait maintenir son autonomie militaire face aux puissances européennes. Parmi les pièces emblématiques figure le canon Baba Merzoug, chef-d’œuvre de l’artillerie algérienne, coulé en 1542 à Dar El Nhas. Ce canon de bronze de plus de 12 tonnes, long de 7 mètres et capable de projeter des boulets à près de 4 900 mètres, jouait un rôle essentiel dans la défense d’Alger contre les attaques maritimes occidentales. Pillé par la France en 1830 et exposé depuis 1833 à Brest, il est aujourd’hui au centre d’une revendication algérienne pour sa restitution, soutenue par des instruments juridiques et diplomatiques internationaux[9],[10].
Références
modifier- ↑ Jacques Le Goualher, « La Consulaire. Du grand canon de la Régence turque d’Alger au monument de Brest », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 129-4, , p. 27-59 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Klein Henri, « La caserne de la salpêtrière », Les Feuillets d'El-Djezaïr, vol. 7, Visites et excursions des années 1912 et 1913, Monographies, Écrits divers, , p. 83-84 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Klein Henri, « Dar-en-Nehas », Les Feuillets d'El-Djezaïr, vol. 3, Le Vieil Alger et sa banlieue, Notes complémentaires : lettres, écrits divers documents graphiques, , p. 40 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Klein Henri, « Les canons d’Alger », Feuillets d'El-Djezaïr, vol. 5, Souvenirs de l'ancien et du nouvel Alger, , p. 45-51 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (ar) Abdelfatah Bendjeddou, « نظرة على الصناعة والحرف بالجزائر خلال العهد العثماني » [« Aperçu de l’industrie et de l’artisanat en Algérie durant l’époque ottomane »], Revue historique algérienne, vol. 6, no 1, , p. 504-515 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Francis Curtes et Édouard Pons, « Histoire du lycée Bugeaud » (consulté le )
- 1 2 B. Babaci, « Dar En-Nhas (Fonderie) », sur Babzman.com, (consulté le )
- 1 2 « Connaissez-vous Dar En-Nhas (Fonderie)? », sur maghrebinfo.dz, (consulté le )
- ↑ « La récupération du canon historique "Baba Merzoug", un devoir national », sur aps.dz, (consulté le )
- ↑ (ar) Abdelhakim Heddaka, « أقدم المدافع الجزائرية إبان العهد العثماني.. مدفع "بابا مرزوق" ومطالبات باسترداده من فرنسا », sur aljazeera.net, (consulté le )