Devise de la Franche-Comté
La devise de la Franche-Comté est : Comtois, rends-toi ! Nenni, ma foi ![1],[2]. L'origine de cette devise est aujourd'hui incertaine. Elle est probablement issue ou inspirée d'un échange verbal entre assaillants français et défenseurs comtois qui aurait eu lieu au cours de la guerre de succession de Bourgogne ou plus vraisemblablement lors de la guerre de Dix ans. L'hypothèse du siège de Dole de 1636 est à ce jour la plus admise. Cette devise a été officialisée en .

Les hypothèses et possibilités
modifierAujourd'hui on ne sait avec certitude au cours de quelle bataille cet échange s'est produit[3]. Celle du siège de Dole de 1636 demeure la plus probable et la plus admise[4]. Notamment à cause du terme "comtois" qui s'est répandu et généralisé surtout au XVIIe siècle. Jusqu'au XVIIe siècle, les Comtois de Bourgogne se disaient et étaient appelés Bourguignons. Appellation d'autant plus mise en avant, car il s'agit de la Bourgogne (par opposition au duché) qui n'a pas été annexée par la France à la fin des États bourguignons. L'ensemble de ces États qui ont échappé aux prétentions françaises sont réunis au sein du cercle impérial de Bourgogne. C'est à cause de cette rémanence de l'idée bourguignonne que les Comtois s'opposeront perpétuellement aux Français et à leurs tentatives d'annexion durant les XVe, XVIe et XVIIe siècles. Le terme comtois s'impose au XVIIe siècle, alors que les conflits entre la province et la France s'intensifient, pour se démarquer du duché de Bourgogne français et éviter toute ambiguïté.
Cette devise pleine de laconisme montre ainsi l'opiniâtreté, la détermination et l'esprit d'indépendance du Comtois.
Le siège de Dole de 1479
modifierLa ville de Dole a plusieurs fois été assiégée, notamment par les Français, alors que le comté de Bourgogne, la Franche-Comté d'alors, était terre du Saint-Empire romain germanique.

Le , Charles d'Amboise, à la tête des troupes de Louis XI, pille et incendie la ville, après s'y être introduit par ruse et fait tomber les places fortes alentour. Les derniers résistants, retranchés dans la rue d'enfer et dans la « cave d'enfer », font preuve d'un tel héroïsme que Charles d'Amboise leur laisse la vie sauve. En effet; ne parvenant pas à les déloger, Charles d'Amboise leur laissa la vie en vociférant à ses hommes "Qu'on les laisse pour graine!"[5]
De Dole, seules l'église des Cordeliers, la tour Vergy et la maison des Vurry, où se logeait d'Amboise, subsistaient[6],[7]. Il est possible qu'au cour de ces actes de courage et de résistance, l’échange en question ait eu lieu.
Charles Quint fait relever les fortifications, ajoute des remparts et des fossés par l'ingénieur Precipiano ; Louis XIII menace à nouveau la Franche-Comté : on perfectionne encore les défenses de la ville.
Le siège de Dole de 1636
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Le siège de 1636 représente la plus grande victoire militaire comtoise a ce jour et se situe pendant la terrible Guerre de Dix ans. Richelieu déclare la guerre à l'Espagne ; le prince de Condé assiège Dole le . Il somme la garnison de se rendre : « Rien ne nous presse, répondit le commandant de la place de La Verne ; après un an de siège, nous délibérerons sur le parti à prendre ». Condé multiplie les attaques, adresse sommation sur sommation, sans succès. Il est même menacé d'arrêt de sa propre personne par les Dolois, lorsqu'il lève le siège fin août, avec l'arrivée des troupes lorraines et impériales de Ferdinand II venues défendre la ville.
C'est vraisemblablement donc au cours de ce siège de 1636, que les Français auraient lancé aux défenseurs dolois: « Comtois, rends-toi ! », auquel les assiégés répondirent : « Nenni, ma foi ! ». Cet échange aurait eu lieu entre un soldat français et un capitaine jurassien nommé Morel[8]. Ce dernier était un vétéran de la guerre de 1595. Certains ajoutent à la suite de cette devise un autre échange, pourtant imaginé à partir de la proclamation populaire des Arboisiens en 1834 ; « Qui sont vos chefs ? », « Nous sommes tous chefs ! »[9].
L'hypothèse Jean Varroz d'Orgelet
modifierLa devise franc-comtoise pourrait aussi être une adaptation d'un échange qui s'est produit lors de la guerre de Dix Ans. Alors qu'il est acculé dans une grotte, le colonel franc-comtois, Jean Varroz d'Orgelet est sommé par les assaillants français de se rendre « Varroz (ou comtois), rends-toi ! », auxquels il répondit « Non, de par tous les diables, je ne me rendrai pas ! »[10],[11]. Jean Varroz, surnommé le colonel Gaucher, était un vieux soldat expérimenté et colonel de la cavalerie du corps-franc du Baron d'Arnans[2]. Aujourd'hui une grotte située près du pont de la Pyle immortalise cet instant et porte son nom[12].
Peu d'auteurs citent directement un événement ou un personnage lorsqu'ils abordent les origines de la devise franc-comtoise. Néanmoins ils font presque tous mention de la résistance franc-comtoise, lors de la Guerre de Dix Ans. Les héros pris en référence sont généralement les défenseurs de Dole, comme Louis de La Verne, Ferdinand de Rye et d'autres héros célèbres comme Lacuzon, César du Saix d'Arnans, Gérard de Watteville, etc. [13],[14],[15]
Si l'échange « Comtois, rends-toi ! Nenni, ma foi ! » n'a peut-être pas été entendu lors d'un événement historique précis, il est fort probable qu'elle ait été une adaptation d'une anecdote connue et s'étant produit lors de la guerre de Dix Ans, comme celle du colonel Varroz. La devise fait donc honneur et référence à la résistance historique de la population franc-comtoise, notamment lors de la guerre de Dix Ans.
L'hypothèse Jean Maigrot de Crissey
modifierLors de la guerre de Dix Ans, quelques années après le siège de Dôle de 1636, Le marquis de Villeroi, en s'éloignant de Salins, était venu, comme en 1637, ravager de nouveau le territoire de Dôle : outre ses compagnies, il avait avec lui une troupe d'audacieux bandits ou gâtadours, lesquels s'avançaient le plus près possible des remparts et coupaient les blés sur pied pour affamer la garnison[2].
À l'approche du marquis de Villeroi, le comte de la Verne, gouverneur de la place de Dôle, avait établi un poste avancé à Saint-Ylie, dans une vieille tour que supportait une voûte sous laquelle passait la route. Ce poste de médiocre importance ne pouvait contenir qu’une quinzaine de soldats seulement[16].
Jean de Crissey, né en 1615 fut l’un de ceux qui défendirent le gué de Crissey en 1636. Il tint la montagne avec Lacuzon et combattit les Suédois du duc de Saxe-Weimar à Morteau où ces derniers furent défaits[16].
Jean de Crissey qui, à vingt-quatre ans, avait le grade de Capitaine, vint à nouveau à Dôle, après trois ans de campagnes et fut chargé de la garde de la tour de Saint-Elie[16] (ou Saint-Ylie).
Lorsque l’ennemi approcha, Jean de Crissey se trouvait là avec quinze hommes. Il fit demander au Comte de la Verne, s’il fallait défendre ce poste, malgré l’infériorité dans laquelle il se trouvait.
Le Gouverneur l’ayant prié de tenir aussi longtemps que possible, afin de pouvoir faire ses derniers préparatifs de défense, pendant deux heures, quinze hommes tinrent en échec toute l’Armée suédoise et empêchèrent les troupes d’avancer sur la route.
Voyant qu’il ne pouvait plus tenir et qu’il allait être débordé par le nombre, Jean de Crissey fit cesser le feu par ses soldats et, lorsque les ennemis eurent appliqué leurs échelles aux murs et qu’ils s’apprêtèrent à pénétrer dans la tour, il mit le feu aux poudres.
L’explosion fut formidable. Projeté au milieu des cadavres de ses ennemis et de ses vaillants soldats, Jean de Crissey, grièvement blessé, brandissait encore son épée.
Un officier français, qui l’avait reconnu, s’élança vers lui en criant : « Crissey, rends-toi ! » - « Nenni ma foy » répondit-il. Pleins d’admiration pour son courage, les Français allaient lui faire grâce de la vie, quand un soldat gâtadour lui enfonça sa hallebarde dans la gorge.
Le siège de Calais de 1346
modifierD'autres auteurs évoquent une autre origine, probablement erronée, de la devise comtoise. Il s'agit du siège de Calais de 1346 par les Anglais[17]. La ville française assiégée, est défendue par Jean de Vienne, seigneur de Pourlans et Bousselange (l'oncle de l'amiral du même nom, Jean de Vienne)[18]. L'échange aurait eu lieu entre le roi d'Angleterre Édouard III et le commandant comtois. Cette thèse plus marginale est défendue notamment par l'écrivain comtois Jean Defrasne[19].
Aujourd'hui
modifierEn 2017, le Football Club Sochaux-Montbéliard reprend la devise franc-comtoise sur ses éléments de communications officielles[20].
Notes et références
modifier- ↑ « Armoiries et devise », sur franche-comte.fr (consulté le ).
- 1 2 3 Eugène Rougebief, Histoire de Franche Comté ancienne et moderne, (lire en ligne), p. 519
- ↑ Michel Biard, Jean-Numa Ducange et Jean-Yves Frétigné, Centralisation et fédéralisme, Presses universitaires de Rouen et du Havre, (ISBN 979-10-240-0873-8, lire en ligne)
- ↑ Lionel Labosse, M&mnoux, Editions Publibook, (ISBN 978-2-342-16375-9, lire en ligne)
- ↑ Désiré Monnier, Les Jurassiens recommandables par des bienfaits, des vertus, des services, etc, (lire en ligne)
- ↑ Eugène Rougebief, Histoire de Franche Comté ancienne et moderne, (lire en ligne), p. 394
- ↑ Élie Puffeney, Histoire de Dôle, racontée par le P. Fodéré, Gollut, Dunod, de Grivel, Chifflet, Normand, de Persan, Marquiset, Rougebief, D. Monnier, Ed. Cler, dont les travaux ont été résumés et coordonnés par E. Puffeney,..., C. Marion, Morel et Cie, (lire en ligne), p. 124
- ↑ Frédéric THIRIEZ, Dictionnaire amoureux de la montagne, Place des éditeurs, (ISBN 978-2-259-24978-2, lire en ligne)
- ↑ Lucien Lerat, Jean Brelot et Roger Marlin, Histoire de la Franche-Comté, Presses universitaires de France (réédition numérique FeniXX), (ISBN 978-2-13-065792-7, lire en ligne)
- ↑ Eugène Rougebief, Histoire de Franche Comté ancienne et moderne, (lire en ligne), p. 497
- ↑ Désiré Monnier, Les Jurassiens recommandables par des bienfaits, des vertus, des services, etc, (lire en ligne)
- ↑ Jean Jacques Richard Pyot, Statistique générale du Jura, (lire en ligne)
- ↑ François de Paule De Clermont (Marqués de Montglat.), Memoires de François de Paule de Clermont, Marquis de Montglat ...: tome I., (lire en ligne), p. 135
- ↑ Lieutenant-Colonel P?roz, Par vocation, Рипол Классик (ISBN 978-5-88277-655-7, lire en ligne)
- ↑ Eugène Rougebief, Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne: précédée d'une description de cette province, C. Stèvenard, (lire en ligne)
- 1 2 3 comte Georges de Morant, HISTOIRE GÉNÉALOGIQUE DE LA MAISON MAIGROT DE CRISSEY EN FRANCHE-COMTÉ, Paris, , 137 p., pages 38 et 39
- ↑ Revue britannique: Revue internationale reproduisant les articles des meilleurs écrits periodiques de l'étranger, complétés par des articles originaux, Dondey-Dupré, père et fils., (lire en ligne)
- ↑ Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, grands officiers de la Couronne, de la Maison du Roy et des anciens barons du royaume…. Tome 7 / par le P. Anselme,... ; continuée par M. Du Fourny, 1726-1733 (lire en ligne), p. 806
- ↑ Jean Defrasne, Franche-Comté et Francs-Comtois, Éditions Camponovo, (lire en ligne)
- ↑ « Comtois rends-toi ! Nenni ma foi ! », sur www.fcsochaux.fr, (consulté le )