Didier Nativel
Didier Nativel est un historien français, spécialiste de l'Afrique et de l'océan Indien occidental. Professeur d'histoire de l'Afrique et de l'océan Indien à l'Université Paris Cité, il est membre du Centre d'études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA) dont il a été le directeur entre 2019 et 2021[1], puis directeur adjoint de 2022 à 2024[1].
| Domaines | Histoire de l'Afrique, Histoire urbaine, Histoire culturelle, histoire du sensible |
|---|---|
| Institutions | Université Paris Cité ; CESSMA ; CNRS |
| Formation | Université Paris-VII |
| Directrice de thèse | Françoise Raison-Jourde |
Ses travaux portent principalement sur Madagascar et le Mozambique, qu'il aborde à travers l'histoire urbaine, l'histoire culturelle, les circulations et les pratiques spatiales. Une partie importante de ses recherches récentes s'inscrit dans une histoire du sensible attentive aux perceptions, aux émotions, aux matérialités et aux usages sociaux de l'espace urbain[2].
Ses recherches ont notamment donné lieu à deux principaux ouvrages : Maisons royales, demeures des grands à Madagascar. L'inscription de la réussite sociale dans l'espace urbain de Tananarive au XIXe siècle, publié en 2005, et La ville sensible coloniale et post-coloniale à Madagascar et au Mozambique (fin XIXe siècle-années 1980), paru en 2025.
Formation et carrière
modifierDidier Nativel est d'abord professeur dans l'enseignement secondaire. Certifié puis agrégé d'histoire, il y enseigne dans différents établissements entre 1993 et 2014[2].
Il soutient en 1997 à l'université Paris-VII une thèse intitulée Maisons royales, demeures des grands. L'inscription de la réussite sociale dans l'espace urbain de Tananarive au XIXe siècle, réalisée sous la direction de l'historienne Françoise Raison-Jourde[3]. Il obtient son habilitation à diriger des recherches en histoire en 2013[2].
En 2014-2015, il est chargé de recherche au CNRS, au sein du laboratoire Les Afriques dans le monde, rattaché au CNRS et à l'Institut d'études politiques de Bordeaux. Il devient ensuite professeur à l'université Paris-Diderot à partir de septembre 2015[2].
Après la création de l'Université Paris Cité, il y poursuit son enseignement comme professeur d'histoire de l'Afrique et de l'océan Indien occidental. Ses enseignements concernent notamment l'histoire de l'Afrique subsaharienne, l'histoire de l'océan Indien, l'histoire urbaine comparée et l'histoire des mondes non occidentaux[2].
Travaux
modifierMadagascar et son histoire urbaine
modifierLes premiers travaux de Didier Nativel sont consacrés à l'histoire de Tananarive, actuelle Antananarivo, au XIXe siècle. Sa thèse, remaniée pour devenir en 2005 Maisons royales, demeures des grands à Madagascar, étudie les transformations de l'architecture royale et domestique dans la capitale du royaume de Madagascar.
L'ouvrage ne se limite pas au Rova et aux palais monarchiques. Didier Nativel étend l'analyse aux demeures construites par les grands officiers et les dignitaires du royaume et envisage les transformations architecturales comme des phénomènes à la fois sociaux, économiques et politiques. Il analyse notamment les appropriations de techniques et de modèles architecturaux venus de l'océan Indien et d'Europe, ainsi que leur intégration dans les stratégies des élites merina[4].
Le livre s'impose rapidement une comme référence quant à l'histoire urbaine de Madagascar et fait l'objet de diverses recensions par exemple dans le Journal of African History, sous la plume de l'historien Gwyn Campbell, dans la revue Africa, par Stephen Ellis, ou encore dans la revue Outre-Mers. Revue d'histoire[5],[6],[7].
De Madagascar au Mozambique : pratiques urbaines et circulations culturelles
modifierUne part croissante de ses recherches repose sur une approche comparée de villes de Madagascar et du Mozambique, notamment Antananarivo, Mahajanga et Maputo, anciennement Lourenço Marques[8].
En 2007, avec l'historienne Faranirina V. Rajaonah, il dirige un ouvrage collectif intitulé Madagascar et l'Afrique. Entre identité insulaire et appartenances historiques[9]. L'ouvrage interroge les relations anciennes et contemporaines entre Madagascar et le continent africain : circulations de populations, traites esclavagistes, échanges culturels, migrations, relations politiques et représentations réciproques. Dans la revue Outre-Mers, Christian Meriot considère que le volume répond à un besoin de redéfinition des relations entre Madagascar et l'Afrique et souligne l'ampleur chronologique et disciplinaire du panorama proposé[10].
En 2009, il est à l'initiative, toujours avec l'historienne Faranirina V. Rajaonah Rajaonah, d'un ouvrage hommage à l'historienne de Madagascar Françoise Raison-Jourde. Intitulé En voyage avec Françoise Raison-Jourde, l'ouvrage collectif offre un panorama des renouvellements de l'histoire et de l'anthropologie de Madagascar du XVIIe siècle au XXIe siècle.
En 2025, il publie une étude consacrée aux façons dont les populations urbaines investissent et transforment les espaces façonnés par la domination coloniale. Ses travaux portent ainsi sur les loisirs, le football, la musique, les pratiques nocturnes, les mobilités de la jeunesse et les formes de ségrégation spatiale. Ainsi, dans un article publié en 2016 dans les Cadernos de Estudos Africanos, il analyse les loisirs et leurs effets sur les pratiques de l'espace et du temps dans les villes coloniales de Madagascar et du Mozambique entre le début du XXe siècle et les années 1970. Le sport et la musique y apparaissent comme des moyens d'appropriation de la ville par les populations colonisées et de production de territorialités qui échappent en partie à l'encadrement colonial[11].
Il étudie également les circulations musicales entre le Mozambique et l'Afrique du Sud, en mettant en évidence le rôle des musiciens et des migrations anciennes dans la formation d'espaces culturels dépassant les frontières coloniales[12].
Histoire du sensible et matérialité des sources
modifierLes recherches de Didier Nativel évoluent parallèlement vers une histoire des perceptions, des émotions et des matérialités. En 2019, il publie dans les Cahiers d'études africaines l'article « Réversibilités documentaires. Les matérialités affectives du papier en histoire de l'Afrique (XIXe-XXe siècles) ». Il y propose de considérer les archives, les imprimés et les photographies non seulement pour leur contenu documentaire, mais également comme des objets matériels porteurs de traces, de pratiques et de rapports de pouvoir. À partir d'exemples malgaches, mozambicains et sud-africains, il mobilise notamment la notion de « réversibilité » issue de la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty[13].
Cette orientation est synthétisée dans sa deuxième monographie, La ville sensible coloniale et post-coloniale à Madagascar et au Mozambique (fin XIXe siècle-années 1980), publié en 2025. L'étude porte sur trois espaces urbains — Lourenço Marques/Maputo, Mahajanga et Tananarive/Antananarivo — et propose de saisir la ville coloniale et postcoloniale à partir des sons, des images, des odeurs, des émotions qui organisent l'expérience quotidienne de l'espace urbain[8].
Histoire des savoirs et des indépendances africaines
modifierDidier Nativel contribue également à des recherches collectives portant sur l'ensemble de l'Afrique subsaharienne.
Avec l'historien Daouda Gary-Tounkara, il dirige en 2012 L'Afrique des savoirs au sud du Sahara (XVIe-XXIe siècles). Acteurs, supports, pratiques. Le volume étudie la production, la circulation et les usages sociaux et politiques des connaissances sur la longue durée. Il rassemble des travaux sur les rapports entre savoir et pouvoir, les politiques culturelles, l'écriture et l'oralité ou encore les formes de transmission des connaissances[14],[15].
Avec l'historienne Odile Goerg et l'historien Jean-Luc Martineau, Didier Nativel codirige en 2013 Les indépendances en Afrique. L'événement et ses mémoires, 1957/1960-2010. L'ouvrage étudie les expériences sociales et politiques des indépendances africaines ainsi que leurs commémorations et leurs mémoires, en accordant une place particulière aux acteurs marginalisés par les récits majoritaires et aux appropriations populaires de l'événement[16].
Didier Nativel consacre également plusieurs travaux à l'historiographie malgache et aux transformations de l'écriture de l'histoire à Madagascar, depuis Raombana et les érudits du XIXe siècle jusqu'à la professionnalisation de la discipline et aux historiens réunis autour de la revue Omaly sy Anio dans la seconde moitié du XXe siècle[17],[18].
Responsabilités scientifiques
modifierAu sein du CESSMA, Didier Nativel est successivement référent des doctorants entre 2015 et 2019, directeur du laboratoire de 2019 à 2021, puis directeur adjoint de 2022 à 2024[2].
Il est également co-porteur du Global Research Institute of Paris (GRIP) entre 2020 et 2024. Il siège au conseil scientifique du GIS Études africaines à partir de 2016 et au conseil scientifique de l'Inalco entre 2019 et 2023[2].
Il participe à plusieurs comités éditoriaux et scientifiques, notamment ceux des Cahiers d'études africaines, de la revue Tsingy, des Cahiers Afriques et de la collection « Afrique(s) » des Éditions de la Fondation Maison des sciences de l'homme. Il a également été membre du comité éditorial de l'Encyclopédie des historiographies[2].
Publications
modifierOuvrages
modifier- Didier Nativel, Maisons royales, demeures des grands à Madagascar : L'inscription de la réussite sociale dans l'espace urbain de Tananarive au XIXe siècle, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 377 p. (ISBN 9782845865396).
- Didier Nativel, La ville sensible coloniale et post-coloniale à Madagascar et au Mozambique : Fin XIXe siècle-années 1980, Paris, Hémisphères éditions – Maisonneuve & Larose, coll. « Océan Indien, d'îles en rivages », (ISBN 9782377012510).
Directions d'ouvrages
modifier- avec Faranirina V. Rajaonah (dir.), Madagascar et l'Afrique. Entre identité insulaire et appartenances historiques, Paris, Karthala, 2007, 485 p., (ISBN 9782845868717).
- avec Faranirina V. Rajaonah (dir.), Madagascar revisitée. En voyage avec Françoise Raison-Jourde, Paris, Karthala, 2009, (ISBN 9782811101749).
- avec Daouda Gary-Tounkara (dir.), L'Afrique des savoirs au sud du Sahara (XVIe-XXIe siècles). Acteurs, supports, pratiques, Paris, Karthala, 2012, 439 p., (ISBN 9782811106164).
- avec Odile Goerg et Jean-Luc Martineau (dir.), Les indépendances en Afrique. L'événement et ses mémoires, 1957/1960-2010, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, 473 p., (ISBN 9782753527492).
- avec Odile Goerg et Jean-Luc Martineau (dir.), En quête d'histoire et de géographie. Afrique-Asie. Retours d'expérience et aléas de la recherche des années 1950 à nos jours, Toulouse, Presses universitaires du Midi, coll. « Cahiers Afriques », no 35, 2025.
Sélection d'articles et de chapitres
modifier- « La célébration du "nouveau roi" de Madagascar à Tananarive. Les fêtes du retour de Gallieni dans la colonie en 1900 », dans Odile Goerg (dir.), Fêtes urbaines en Afrique. Espaces, identités et pouvoirs, Paris, Karthala, 1999, p. 131-148.
- « Le Zoma de Tananarive durant l'époque coloniale (fin XIXe siècle-années 1960) », dans Faranirina Rajaonah et Dominique Bois (dir.), Marchés urbains de Madagascar, XIXe-XXe siècles, Paris, L'Harmattan, 2007, p. 29-66.
- « L'historiographie malgache : de Raombana à Omaly sy Anio (1850-années 2000) », dans Nathalie Kouamé, Catherine Coquery-Vidrovitch, Anne Viguier et Éric Meyer (dir.), Historiographies d'ailleurs. Histoire, pouvoir et sources, Paris, Karthala, 2014.
- « Les musiciens, médiateurs d'échanges culturels entre Mozambique et Afrique du Sud. Sur quelques effets culturels de migrations anciennes », Afrique contemporaine, no 254, 2015, p. 57-72.
- « Loisirs et productions spatio-temporelles citadines à l'époque coloniale au Mozambique et à Madagascar (v. 1900-v. 1970) », Cadernos de Estudos Africanos, no 32, 2016, DOI 10.4000/cea.2087.
- « Réversibilités documentaires. Les matérialités affectives du papier en histoire de l'Afrique (XIXe-XXe siècles) », Cahiers d'études africaines, no 236, 2019, p. 993-1024, DOI 10.4000/etudesafricaines.27383.
- « Between Generation and Nation: Cultures and the Youth in Mozambique », dans General History of Africa, vol. XI, Global Africa Today, Paris, UNESCO, 2025, p. 813-822.
Notes et références
modifier- 1 2 https://www.cessma.org/NATIVEL-Didier
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Centre d'études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques, « Didier Nativel », notice institutionnelle, consultée le 29 août 2026.
- ↑ Didier Nativel, Maisons royales, demeures des grands à Madagascar : L'inscription de la réussite sociale dans l'espace urbain de Tananarive au XIXe siècle, Atelier national de reproduction des thèses,
- ↑ V. Raharinjanahary, « Nativel, Didier. – Maisons royales, demeures des grands à Madagascar. L'inscription de la réussite sociale dans l'espace urbain de Tananarive au XIXe siècle », Cahiers d'études africaines, vol. 47, no 185, , p. 192-196 (DOI 10.4000/etudesafricaines.6853)
- ↑ Gwyn Campbell, « Architecture and Labour. Maisons royales, demeures des grands à Madagascar », The Journal of African History, vol. 47, no 1, , p. 153-154 (DOI 10.1017/S0021853706291722)
- ↑ Stephen Ellis, « Didier Nativel, Maisons royales, demeures des grands à Madagascar », Africa, vol. 76, no 4, , p. 601-602 (DOI 10.3366/afr.2006.0059)
- ↑ Christian Meriot, « Didier Nativel : Maisons royales, demeures des grands à Madagascar », Outre-Mers. Revue d'histoire, vol. 92, nos 348-349, , p. 327-329
- 1 2 Didier Nativel, La ville sensible coloniale et post-coloniale à Madagascar et au Mozambique : Fin XIXe siècle-années 1980, Paris, Hémisphères éditions – Maisonneuve & Larose, coll. « Océan Indien, d'îles en rivages », (ISBN 9782377012510)
- ↑ Madagascar et l'Afrique : Entre identité insulaire et appartenances historiques, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 485 p. (ISBN 9782845868717)
- ↑ Christian Meriot, « Nativel D. et Rajaonah F. V. (dir.) : Madagascar et l'Afrique entre identité insulaire et appartenances historiques », Outre-Mers. Revue d'histoire, vol. 95, nos 358-359, , p. 369-376
- ↑ Didier Nativel, « Loisirs et productions spatio-temporelles citadines à l'époque coloniale au Mozambique et à Madagascar (v. 1900-v. 1970) », Cadernos de Estudos Africanos, no 32, (DOI 10.4000/cea.2087)
- ↑ Didier Nativel, « Les musiciens, médiateurs d'échanges culturels entre Mozambique et Afrique du Sud. Sur quelques effets culturels de migrations anciennes », Afrique contemporaine, no 254, , p. 57-72 (DOI 10.3917/afco.254.0057)
- ↑ Didier Nativel, « « Réversibilités documentaires ». Les matérialités affectives du papier en histoire de l'Afrique (XIXe-XXe siècles) », Cahiers d'études africaines, no 236, , p. 993-1024 (DOI 10.4000/etudesafricaines.27383)
- ↑ L'Afrique des savoirs au sud du Sahara (XVIe-XXIe siècles) : Acteurs, supports, pratiques, Paris, Karthala, , 439 p. (ISBN 9782811106164)
- ↑ Pascale Moity-Maizi, « Daouda Gary-Tounkara et Didier Nativel (eds.), L'Afrique des savoirs au sud du Sahara (XVIe-XXIe siècle) », Revue d'anthropologie des connaissances, vol. 7, no 2, (DOI 10.3917/rac.019.0551)
- ↑ Les indépendances en Afrique : L'événement et ses mémoires, 1957/1960-2010 (préf. Catherine Coquery-Vidrovitch), Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 473 p. (ISBN 9782753527492)
- ↑ Didier Nativel, « L'historiographie malgache : de Raombana à Omaly sy Anio (1850-années 2000) », dans Nathalie Kouamé, Catherine Coquery-Vidrovitch, Anne Viguier et Éric Meyer, Historiographies d'ailleurs. Histoire, pouvoir et sources. Comment écrit-on l'histoire en dehors du monde occidental ?, Paris, Karthala, , p. 135-142
- ↑ Didier Nativel, « Les héritiers de Raombana. Érudition et identité culturelle à Madagascar à l'époque coloniale (fin XIXe siècle-1960) », Revue d'Histoire des Sciences Humaines, no 10, , p. 59-77 (DOI 10.3917/rhsh.010.0059)
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- Notice de Didier Nativel sur le site du CESSMA.
- Notice d'autorité de Didier Nativel à la Bibliothèque nationale de France.
- Publications de Didier Nativel sur Cairn.info.
- Publications de Didier Nativel référencées par Persée.
