Dieu de Bouray
Le Dieu de Bouray, aussi appelé Divinité de Bouray-sur-Juine, est une statuette celtique en bronze créée vers le Ier siècle et découverte vers 1845 lors d'un dragage de la Juine. Aujourd'hui conservée au musée d'Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye, elle est généralement vue comme une représentation de la divinité celtique Cernunnos.
| Date |
Ie siècle |
|---|---|
| Matériau | |
| Hauteur |
42 cm |
| Lieu de découverte | |
| Localisation |
Description
modifierLa statuette, haute de 42 centimètres, représente un homme nu assis en tailleur dont les jambes comportent des sabots. Il porte seulement un torque, un collier rigide d'abord lié aux guerriers celtes puis par la suite aux dieux, qui surplombe des pectoraux tracés. Le visage est percé afin d'accueillir des yeux en pâte de verre colorée dont il ne reste désormais qu'un seul exemplaire à la pupille bleue foncée. Les cheveux se regroupent en mèches qui créent une frange sur son front. Si le visage est finement façonné, le reste du corps a fait l'objet d'un travail plus rudimentaire, ce qui laisse penser à l'existence de plusieurs créateurs. Les proportions humaines ne sont pas respectées, alors que la tête constitue une grande partie de la statue[1],[2].

À sa création, la statuette est composée de six pièces différentes : deux en laiton pour le tronc, deux plus épaisses en bronze pour la tête et deux pour les bras, aujourd'hui disparues. Les morceaux sont assemblés de manière maladroite et des réparations leur sont apportées pendant l'Antiquité[1],[3]. Au vu des traces présentes sur les genoux, il est possible de supposer que les mains de l'homme y étaient posées avant leur disparition, terminant des bras peut-être écartés du torse puisque aucune marque n'est visible sur le tronc[2].
Histoire
modifierDatation
modifierLa statuette est créée entre le IIe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle[4]. Son style et ses particularités techniques laissent penser plus précisément à une création datant du Ier siècle av. J.-C. au Ier siècle puisqu'elle mélange des éléments issus de l'influence romaine à d'autres caractéristiques plus anciennes[5]. Il est généralement admis qu'elle date du Ier siècle[1].
Selon l'archéologue Jean-Paul Guillaumet, il s'agit d'un montage de pièces de deux époques différentes, encore non précisément datées[6].
Découverte
modifier
Vers 1845, une opération de curage de la Juine au niveau du château de Mesnil-Voisin dans l'Essonne conduit à la découverte de la statuette. Elle devient la propriété de la marquise d'Argentré, propriétaire du domaine[7].
Il faut attendre plusieurs décennies pour que Antoine Héron de Villefosse, membre de la Commission de topographie des Gaules, s'intéresse à l'objet et l'amène à Société nationale des antiquaires de France. Ses écrits permettent ainsi de connaître l'état de la statuette au début du XXe siècle. Il remarque la couleur jaune du cuivre, signe du temps important passé dans l'eau. Il effectue un rapprochement avec le chaudron de Gundestrup, qui représente aussi un homme, Cernunnos, muni d'un torque et assis en tailleur[2].
En février 1933, le musée des Antiquités nationales devient propriétaire de la statuette en l'acquérant des héritiers de la marquise d'Argentré[7].
Interprétation
modifierLa nature du personnage n'est pas identifiée de manière certaine. Il s'agit peut-être d'un héros, d'un ancêtre ou probablement d'une divinité. La présence d'un torque laisse penser qu'il s'agit d'une personnalité remarquable, proche du pouvoir ou des dieux. La nudité de l'homme est inhabituelle, car les Gaulois incarnent généralement leurs divinités habillées, et par ailleurs rarement sous forme de statue. La conquête de la Gaule amène cependant la représentation des dieux gaulois sous des traits humains, ce qui permet par la suite leur identification par les archéologues[3].
La statuette est ainsi généralement vue comme une représentation d'une divinité celtique. Plusieurs éléments, que sont le torque et la position en tailleur, permettent de créer un lien avec Cernunnos. L'absence de ses cornes caractéristiques est peut-être expliquée par leur remplacement par des sabots[5]. Au Ier siècle, le pilier des Nautes montre une représentation de Cernunnos avec des bois de cervidé, le rapprochant du Dieu de Bouray. De manière similaire, une statuette (en) de la même divinité assise en tailleur et portant un torque est découverte en Saône-et-Loire au XIXe siècle[3].
- Cernunnos sur le pilier des Nautes.
- Statuette de Cernunnos découverte en Saône-et-Loire.
Notes et références
modifier- 1 2 3 Alain Duval, « Dieu de Bouray », sur Encyclopædia Universalis
- 1 2 3 Thierry Dechezleprêtre, « Divinité de Bouray-sur-Juine », sur Musée d'Archéologie nationale
- 1 2 3 Cécile Andriot, « Divinité de Bouray-sur-Juine », sur Panorama de l'art,
- ↑ (en) J. V. S Megaw, Art of the European Iron Age : a study of the elusive image, Bath, Adams & Dart, (ISBN 978-0-239-00019-4, lire en ligne), p. 142
- 1 2 (en) Philip Kiernan, Roman Cult Images : The Lives and Worship of Idols from the Iron Age to Late Antiquity, Cambridge, Cambridge University Press, , 376 p. (ISBN 978-1-108-76655-5, DOI 10.1017/9781108766555), p. 63-64
- ↑ Jean-Paul Guillaumet, « Les personnages accroupis : essai de classement », Supplément à la Revue archéologique du centre de la France, vol. 24, no 1, , p. 181 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Raymond Lantier, « Le dieu celtique de Bouray », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, vol. 34, no 1, , p. 35–58 (DOI 10.3406/piot.1934.1910, lire en ligne, consulté le )