Dmitri Sytyi
Dmitri Sergueïevitch Sytyi (en russe : Дмитрий Сергеевич Сытый), aussi surnommé Dmitri Alexandrov, né le à Minsk (RSS de Biélorussie, URSS), est un homme d'affaires et communicant politique russe. Il est à partir de 2017 cadre du groupe Wagner, traducteur et responsable de la propagande en République centrafricaine (RCA). Suite à la mort d'Evgueni Prigojine dans le crash de son avion, il devient avec Vitali Perfilev le chef de ce qui reste du groupe, principalement actif en Centrafrique.
| Président Groupe Wagner | |
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Communicant, interprète, homme d'affaires |
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Biographie
modifierJeunesse et études
modifierDmitri Sergueïevitch Sytyi naît le à Minsk en RSS de Biélorussie[1] puis grandit à Saint-Pétersbourg[2], alors en RSFS de Russie (URSS). Il se lance dans des études de commerce à la faculté de commerce et de douanes de l'université d'État d'économie de Saint-Pétersbourg entre 2006 et 2011[3], où il rencontre sa femme[4]. Par la suite, il obtient un master en gestion culturelle à l'université internationale de Catalogne en 2012. Il s'inscrit ensuite à la Skema Business School en septembre 2014 pour tenter d'obtenir un Master of Science en marketing international et développement commercial. Déclaré en abandon de scolarité, il ne le termine jamais et quitte Skema sans diplôme en 2015. Malgré cela, il développe des compétences en marketing digital et en manipulation de l'information[4],[5]. Il parle aussi couramment le russe, l'anglais, le français et l'espagnol[4].
Débuts chez Wagner
modifierDmitri Sytyi est alors engagé par l'Internet Research Agency, une usine à trolls russe possédée par Evgueni Prigojine, oligarque aussi à la tête du groupe Wagner. Selon All Eyes on Wagner qui cite le projet d'investigation Dossier Center de Mikhaïl Khodorkovski, il officie comme traducteur dans le service chargé de la manipulation des opinions publiques[4].
Il est ensuite déployé en Centrafrique par la nébuleuse de sociétés entourant le groupe Wagner, société paramilitaire russe très active en Afrique et qui gère également des actifs économiques (mines, médias). Étant actif dans plusieurs pays francophones tels que la République centrafricaine ou le Mali, la société a besoin de traducteurs parlant le français, compétence que possède Dmitri Sytyi[5]. Selon Dossier Center, il arrive à Bangui le , au sein d'une équipe de sept personnes présentées comme des spécialistes de la société M Invest invités par le président Faustin-Archange Touadéra pour réaliser des missions de prospection minière. Ses missions sont celles d'un assistant personnel et d'un interprète franco-russe pour Evgeny Kopot, conseiller en communication politique et Valeri Zakharov, conseiller en sécurité du président. Il participe à des réunions régulières avec des représentants de la présidence centrafricaine, aux côtés de Zakharov, l'un des plus hauts cadres du groupe dans le pays[4],[6].

Rapidement, dans le cadre de son travail, Dmitri Sytyi entre en correspondance avec des employés de l'ambassade de Russie à Bangui. Il est notamment chargé de se coordonner avec eux sur les réponses à apporter suite au meurtre de trois journalistes russes, Orkhan Djemal, Aleksandr Rastogrouev and Kirill Radtchenko, assassinés en raison de leurs enquêtes sur Wagner. Dossier Center note que les diplomates officiellement en poste sont non seulement en lien avec le réseau de Wagner, mais en coordination constante avec le groupe paramilitaire[6].
Dmitri Sytyi accompagne aussi le président Touadéra à plusieurs événements diplomatiques en lien avec la Russie, tels que le Forum économique international de Saint-Pétersbourg 2018 et le sommet Russie-Afrique de 2019[4]. Le treizième accord de paix en Centrafrique, aussi appelé « accord de Khartoum », signé en février 2019, doit mettre définitivement fin à la guerre civile. Sytyi participe à l'organisation des pourparlers. La réussite de cette initiative est vue comme une victoire diplomatique pour la Russie et renforce considérablement son emprise sur la République centrafricaine, Sytyi devenant incontournable[7].
En parallèle, Dmitri Sytyi devient le l'un des actionnaires de la société minière Lobaye Invest, qui voit le jour en 2018. L'entreprise, subordonnée à M-Finans, une société liée à la galaxie Prigojine, est avant tout une compagnie minière, mais elle possède également une activité médiatique. Elle contrôle de nombreux médias locaux comme Radio Lengo Songo, Aimons Notre Afrique et Le Monde en Vrai[4]. Dmitri Sytyi, expérimenté dans le domaine de la manipulation de l'opinion, fait progressivement de ces médias son outil et devient « l'homme des opérations de propagande en terres centrafricaines » selon Corbeaunews. Il organise de nombreuses campagnes de propagande anti-françaises et anti-occidentales. Le média centrafricain rapporte qu'il est employé par le Bureau information et communication, un organisme de propagande au service du pouvoir de Faustin-Archange Touadéra[7] et de surveillance des opposants politiques[4].
Il est également impliqué dans les domaine politique et militaire (puis dans la guerre civile à partir de 2023) au Soudan, où il a accès à des informations confidentielles et où Wagner soutient Mohamed Hamdan Dogolo, dit Hemedti, le chef des Forces de soutien rapide[8],[9].
Directeur de la Maison russe
modifierLe , après plusieurs années passées dans le pays proche de la direction de Wagner, Dmitri Sytyi est nommé directeur de la Maison russe de Bangui[4], principale institution privée de diplomatie culturelle russe en Centrafrique[5]. Il se fixe pour objectif de rapprocher les deux pays[10]. En parallèle, il est conseiller en communication du président Touadéra[11],[12].
En novembre 2022, Dmitri Sytyi reçoit à la Maison russe une lettre contenant une photo de son fils et un texte menaçant de décapiter celui-ci « les Russes ne quittent pas l'Afrique en laissant la porte ouverte aux Français. »[13]. Un mois plus tard, le , il est victime d'un colis piégé contenant une clé USB. La déflagration de celle-ci, une fois insérée dans un ordinateur[14], lui fait perdre trois doigts et le blesse sérieusement au torse. Il affirme avoir ouvert le paquet et utilisé la clé car il pensait qu'une photo de la tête décapitée de son fils se trouvait à l'intérieur, en raison du message « Ceci est pour vous de la part de tous les Français : les Russes quitteront l'Afrique »[5],[4],[15]. L'attaque dégrade un peu plus les relations franco-russes. Evgueni Prigojine réagit à l'attaque en accusant sans preuve la France d'être à l'origine de l'attentat, ce qui est démenti catégoriquement par le gouvernement français, par la voix de Catherine Colonna[16]. L'enquête révèle que le colis, arrivé via DHL par un avion de Kenya Airways[16], a été posté depuis le Togo par un citoyen espagnol du nom d'Alex Sevillo Minguenza et pousse les autorités espagnoles à démentir à leur tour toute implication[14].
Dmitri Sytyi, dans un état grave, est rapatrié en Russie pour être soigné[16]. Il dit vouloir revenir en Centrafrique « le plus rapidement possible ». Il fait finalement son retour en avril 2023, muni d'un prothèse à la main droite[10], et bénéficie désormais d'une forte notoriété auprès de la population. Des T-shirts sont même imprimés à son effigie[5],[8]. Il s'affiche de plus en plus proche du dirigeant du groupe Wagner Evgueni Prigojine, qu'il accompagne lors de sa tournée des pays où sont déployés des mercenaires russes. Lors de la rébellion du groupe Wagner en juin 2023, Dmitri Sytyi prend le parti du fondateur du groupe Wagner[9].
Ses activités commerciales continuent dans le pays. Il est proche de Diamville, une société d'extraction aurifère officiellement dirigée par son chauffeur personnel mais dont Sytyi contrôle toutes les activités. Le Russe en devient propriétaire grâce à l'intervention du ministre des Ressources naturelles Hassan Bouba, qui assure par ailleurs le lien entre les groupes armés du pays et Wagner[9]. Il est également à la tête de la brasserie Ti L'Or, appartenant à la société First Industrial Co., et mène des opérations de publicité agressives, accusant ses concurrents de financer des terroristes ou forçant des bars à vendre ses produits[11],[2]. La Centrafrique est l'un des pays où la Russie est la plus impliquée dans l'économie, dirigeant directement des entreprises minières, des brasseries ou des entreprises de production de vodka. Certains soldats russes travaillent même comme douaniers pour pallier l'impuissance de l'État[17].
Chef du groupe Wagner
modifierAprès cette rébellion puis la mort de Prigojine dans le crash de l'avion du groupe Wagner le , la dislocation progressive du groupe Wagner qui débute est accélérée par l'État russe qui entreprend une refonte de ses activités en Afrique, donnant naissance à l'Africa Corps[17]. La majorité des membres de Wagner s'engagent dans la nouvelle entité, tandis qu'une petite partie reste fidèle à Wagner sur certains théâtres d'opérations, en particulier en Centrafrique, l'un des États où la présence du groupe et la plus ancienne[18],[19]. Dmitri Sytyi est progressivement considéré, de plus en plus largement, comme le chef de ce qui reste du groupe Wagner en Centrafrique[10]. L'organisation est très affaiblie et en voie de disparition à l'échelle africaine mais toujours proche du gouvernement de Faustin-Archange Touadéra[5].
Dmitri Sytyi est chargé de la gestion des intérêts économiques et politiques de Wagner, tandis que son partenaire Vitali Perfilev s'occupe du volet sécuritaire[17]. En raison des contacts noués sur une longue période avec le gouvernement, le gouvernement russe fait confiance au natif de Saint-Pétersbourg pour diriger les activités publiques des 1 500 à 2 000 soldats toujours présents sur place. Ceux-ci sont principalement chargés de lutter contre l'Unité pour la paix en Centrafrique et d'autres groupes rebelles afin de reprendre progressivement l'ensemble du pays[20].
En 2024, il fait une apparition publique lors de l'inauguration d'un camp militaire russe à Obo, dans le Haut-Mbomou[2]. Alors qu'il présente les miliciens Azandés comme des alliés de Moscou contre l'UPC, son discours s'inverse et les forces de Wagner s'allient en 2026 à l'UPC pour lutter contre les forces azandés. Les combats poussent à l'exil des dizaines de milliers d'habitants locaux[21].
Sanctions internationales
modifierLes États-Unis puis le Royaume-Uni lui imposent des sanctions financières en 2020 en raison de son activité de gestion de sociétés écrans pour le compte de Wagner[2],[5],[15]. Le , c'est au tour de l'Union européenne de sanctionner Dmitri Sytyi en raison de ses liens avec les crimes de guerre commis par Wagner en Afrique.
Notes et références
modifier- ↑ (en) « Dmitry Sergeevich Sytii », sur OpenSanctions.org, (consulté le )
- 1 2 3 4 Adam Bria, « Portrait de Dmitri Sytyi, l’homme orchestre de Moscou en RCA », sur Corbeau News Centrafrique, (consulté le )
- ↑ (en) Mathieu Olivier, « CAR: Who are President Touadéra’s Russian guardian angels? », sur The Africa Report, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 All Eyes on Wagner, « Dimitri Sytyi, cadre de Wagner en Centrafrique », sur Investigations with Impact, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 Florent Vairet, « Qui est Dmitri Sytyi, le patron de Wagner Afrique, 34 ans, passé par une école de commerce française ? », Les Échos, (consulté le )
- 1 2 (en) « The Murder of Three Journalists in Central African Republic », sur Dossier Center (consulté le )
- 1 2 « Russie-Afrique : Wagner, enquête sur les mercenaires de Poutine », sur Corbeau News Centrafrique, (consulté le )
- 1 2 (en) Mathieu Olivier, « Wagner’s Dmitri Sytyi, Prigozhin’s right-hand man, back in Bangui », sur The Africa Report, (consulté le )
- 1 2 3 (en) Benoit Faucon et Gabriele Steinhauser, « The Elusive Figure Running Wagner’s Embattled Empire of Gold and Diamonds », Wall Street Journal, (ISSN 0099-9660, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Sandrine Blanchard et Zigoto Tchaya, « Interview de Dmitri Sytyi, figure de la Russie en RCA », sur dw.com, (consulté le )
- 1 2 (en) « Wagner’s sprawling business empire in Africa: gold, diamonds and beer », sur Brauwelt, (consulté le )
- ↑ (en) « Africa Corps : La nouvelle force de la Russie en Afrique », sur Medium, (consulté le )
- ↑ (en) « Russian Cultural Center's Chief In Central African Republic Survives 'Assassination' Attempt », Radio Free Europe/Radio Liberty, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en) Óscar Gutiérrez, « The African laboratory of the Wagner Group: Diamonds, violence and political alliances », sur EL PAÍS English, (consulté le )
- 1 2 (en) « Founder of Russian private militia accuses France in Central African Republic attack », sur Reuters, (consulté le )
- 1 2 3 Pierre Lepidi, « En Centrafrique, l’attaque contre Dmitri Syty, chef de la propagande russe, ravive les tensions entre Paris et Moscou », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 « Le leadership de la Wagner se fracture après le décès de M. Prigojine », sur Africa Defense Forum, (consulté le )
- ↑ Benoît Vitkine, « La Centrafrique, dernier Etat africain à s’accrocher à « ses » Wagner », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Rachel Chason et Barbara Debout, « In Wagner’s largest African outpost, Russia looks to tighten its grip », The Washington Post, (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Christophe Châtelot, « Entre brutalité et prédation, comment Wagner pacifie la Centrafrique », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Corbeaunews, « En 2024, Dimitri Sytyi qualifiait les rebelles de l’UPC de “mercenaires étrangers”. Mais quelques mois plus tard, il s’allie à eux contre les Azandés qu’il formait et louait leur courage », sur Corbeau News Centrafrique, (consulté le )