Doina Ruști
Doina Ruști, née le à Comoșteni, dans le județ de Dolj, est une romancière, nouvelliste et professeure d’université roumaine. Docteure en philologie, elle a enseigné l’histoire de la culture et de la civilisation universelle. Ses romans associent réalisme historique, fantastique, mémoire du communisme et imaginaire roumain et balkanique[1].
| Naissance |
Comoșteni, Județ de Dolj, Roumanie |
|---|---|
| Activité principale |
Romancière, nouvelliste et professeure d’université |
| Langue d’écriture | Roumain |
|---|---|
| Genres |
Roman, nouvelle |
Œuvres principales
Zogru, Fantoma din moară, Lizoanca la 11 ani, Manuscrisul fanariot, Mâța Vinerii, Homeric, Ferenike
Ses livres ont été traduits dans de nombreuses langues, notamment en français, anglais, allemand, espagnol, italien, hongrois, bulgare, serbe et macédonien. Parmi ses romans figurent Zogru, Fantoma din moară, Lizoanca la 11 ani, Manuscrisul fanariot, Mâța Vinerii, Homeric et Ferenike[1].
Biographie
modifierDoina Ruști est née à Comoșteni, une localité du sud de la Roumanie, située à proximité du Danube. Issue d’une famille d’enseignants, elle grandit dans un milieu rural marqué par les récits familiaux, le folklore et l’expérience de la société communiste.
Elle étudie la philologie et obtient un doctorat dans cette discipline. Elle enseigne ensuite l’histoire de la culture et de la civilisation universelle à l’université nationale d’art théâtral et cinématographique « Ion Luca Caragiale » de Bucarest[1].
Avant de se consacrer principalement à la fiction, elle publie plusieurs ouvrages consacrés au langage, aux symboles et à l’histoire culturelle. Parmi eux figure un dictionnaire des symboles dans l’œuvre de Mircea Eliade, dont la première édition paraît en 1997.
Elle vit à Bucarest et poursuit son activité de romancière et de professeure d’université.
Œuvre littéraire
modifierDoina Ruști fait ses débuts de romancière avec Omulețul roșu, publié en 2004. Son œuvre se développe autour de plusieurs axes : le communisme roumain et ses conséquences, la mémoire individuelle et collective, la violence sociale, le monde balkanique du XVIIIe siècle et l’irruption du fantastique dans la vie quotidienne.
Communisme et mémoire
modifierLe communisme constitue l’un des principaux noyaux thématiques de son œuvre. Il n’apparaît pas seulement comme un régime politique ou un cadre historique, mais aussi à travers ses effets sur la famille, le langage, les relations humaines et la mémoire collective.
Fantoma din moară (2008) retrace les transformations d’une communauté rurale sous le régime communiste. Le récit s’organise autour d’un moulin abandonné et d’une présence fantomatique qui traverse plusieurs générations. Le roman reçoit le prix de prose de l’Union des écrivains de Roumanie[1].
Ferenike (2025) aborde le décret anti-avort imposé sous le régime de Nicolae Ceaușescu et ses conséquences sur la vie des femmes et d’une communauté rurale. Le roman mêle mémoire autobiographique, histoire politique et éléments fabuleux.
Nas de bulgar (2026) poursuit le cycle narratif commencé avec Ferenike, autour de la mémoire familiale et de la société roumaine de la seconde moitié du XXe siècle.
Enfance et violence sociale
modifierLizoanca la 11 ani (2009) raconte l’histoire d’une fillette de onze ans devenue l’objet d’une accusation publique au sein d’une communauté rurale. Le roman traite de l’exclusion sociale, de la violence faite aux enfants, de la culpabilisation de la victime et de la responsabilité collective.
Le livre reçoit le prix « Ion Creangă » de l’Académie roumaine et est traduit dans plusieurs langues[1]. Il a également fait l’objet d’études consacrées à la littérature du traumatisme, à l’enfance et à la vulnérabilité féminine dans les sociétés postcommunistes[2].
Monde balkanique et trilogie phanariote
modifierLa dimension balkanique occupe une place importante dans l’œuvre de Doina Ruști. Ses romans reconstruisent des espaces situés entre le monde ottoman, les Balkans et l’Europe centrale, dans lesquels se rencontrent langues, religions, mythologies, pratiques commerciales et traditions culturelles.
La trilogie dite phanariote est composée de Manuscrisul fanariot (2015), Mâța Vinerii (2017) et Homeric (2019). Les trois romans ne partagent pas une intrigue unique, mais se déroulent dans le même territoire historique et imaginaire : le Bucarest phanariote du XVIIIe siècle.
La ville y apparaît comme un espace frontalier peuplé de marchands, de voyageurs, d’esclaves, de cuisiniers, de guérisseurs, d’artisans et de personnages issus de communautés diverses. La gastronomie, les vêtements, les odeurs, les mots, les recettes magiques et les plantes médicinales participent à la construction de cet univers.
Manuscrisul fanariot met en scène une histoire d’amour et de persécution dans le Bucarest de la fin du XVIIIe siècle. Mâța Vinerii associe histoire, fantastique et gastronomie autour d’un livre de recettes capables de modifier le destin. Homeric développe une histoire de mémoire, d’amour et de pouvoir dans le même espace balkanique[3].
Cet univers est prolongé dans les recueils Ciudățenii amoroase din Bucureștiul fanariot (2022) et Depravatul din Gorgani. Alte 52 de ciudățenii (2023).
Le fantastique
modifierLe fantastique est une composante récurrente de l’œuvre. Dans Zogru (2006), une créature incorporelle née au XVe siècle vit dans le sang des humains et passe d’un corps à un autre, traversant ainsi plusieurs époques de l’histoire roumaine.
Dans les autres romans, le fantastique prend des formes différentes : fantômes et apparitions dans Fantoma din moară, mots et manuscrits investis d’un pouvoir dans Manuscrisul fanariot, recettes magiques dans Mâța Vinerii et personnification de la mémoire dans Homeric.
L’histoire documentée et la construction imaginaire ne sont pas présentées comme des domaines opposés, mais comme les composantes complémentaires d’un même univers romanesque.
Publication en français
modifierZogru est le premier roman de Doina Ruști publié en français. Il paraît en 2022 aux Éditions du Typhon, à Marseille, dans une traduction de Florica Courriol, avec le soutien de la Fondation Jan-Michalski[4].
Le personnage principal est un être surnaturel qui pénètre dans le sang des humains et traverse plusieurs siècles d’histoire. À travers ses passages successifs d’un corps à l’autre, le roman associe le fantastique, le folklore roumain et l’histoire sociale et politique de la Roumanie[5].
La publication française donne lieu à plusieurs rencontres en France avec la romancière, sa traductrice et son éditeur. En octobre 2022, une rencontre consacrée aux sources mythologiques, aux croyances et aux légendes roumaines du roman est organisée à Paris, à la résidence de l’ambassade de Roumanie[6].
Une journée consacrée à la traduction littéraire réunit également Doina Ruști, Florica Courriol et Yves Torrès, directeur des Éditions du Typhon[7].
Prix littéraires
modifier- Prix de la revue Convorbiri Literare pour Omulețul roșu.
- Prix de l’Association des écrivains de Bucarest pour Zogru.
- Prix de prose de l’Union des écrivains de Roumanie pour Fantoma din moară.
- Prix « Ion Creangă » de l’Académie roumaine pour Lizoanca la 11 ani[1].
Œuvres
modifierRomans
modifier- Omulețul roșu, Vremea, 2004.
- Zogru, Polirom, 2006.
- Fantoma din moară, Polirom, 2008.
- Lizoanca la 11 ani, Trei, 2009.
- Cămașa în carouri și alte 10 întâmplări din București, Polirom, 2010.
- Patru bărbați plus Aurelius, Polirom, 2011.
- Mămica la două albăstrele, Polirom, 2013.
- Manuscrisul fanariot, Polirom, 2015.
- Mâța Vinerii, Polirom, 2017.
- Logodnica, Polirom, 2017.
- Homeric, Polirom, 2019.
- Paturi oculte, Litera, 2020.
- Zavaidoc în anul iubirii, Bookzone, 2024.
- Ferenike, Humanitas, 2025.
- Platanos, Youngart, 2025.
- Nas de bulgar, Humanitas, 2026.
- Matuf, peruchierul, Humanitas Junior, 2026.
Recueils de nouvelles
modifier- Ciudățenii amoroase din Bucureștiul fanariot, Litera, 2022.
- Depravatul din Gorgani. Alte 52 de ciudățenii, Litera, 2023.
Œuvre traduite en français
modifier- Zogru, traduction de Florica Courriol, Éditions du Typhon, Marseille, 2022, 246 p. (ISBN 978-2-490501-20-5).
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 « Personalitatea zilei: Scriitoarea Doina Ruști », AGERPRES, 1er mars 2025.
- ↑ Gabriela Chiciudean, « Lizoanca, Wounds and Cruel Reality », Swedish Journal of Romanian Studies, vol. 8, no 2, 2025, p. 31-41.
- ↑ « Trilogia fanariotă », site officiel de Doina Ruști.
- ↑ Zogru : roman, Bibliothèques de la Ville de Paris.
- ↑ Zogru, Doina Ruști, Place des Libraires.
- ↑ « Doina Ruști – cu Zogru la Paris », Radio România Cultural, 8 octobre 2022.
- ↑ « Une journée avec Florica Courriol, Doina Ruști et les Éditions du Typhon », Désir de lire, 15 octobre 2022.