Jean Donneau de Visé
Jean Donneau de Visé, né le 3 ou à Paris où il est mort le , est un homme des lettres français.
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Devizé, D, M. de *** |
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Dramaturge, nouvelliste, historien, polémiste, critique littéraire, ce polygraphe est surtout connu pour avoir créé Le Mercure galant, le principal périodique illustré du règne de Louis XIV et ancêtre du Mercure de France.
Biographie
modifierSes parents étaient originaires de la ville de Visé, près de Liège, qui était le lieu le plus septentrional de la terre où l'on parle le français. Son entrée dans le monde des lettres se fait en , avec une double publication anonyme procurée par le même libraire, Jean Ribou, qui au début de l'année a tenté de pirater Les Précieuses ridicules. C'est d'abord une édition commentée de Sganarelle ou le Cocu imaginaire de Molière[1], imprimée en vertu d'un privilège accordé à un "Sieur de la Neufvillaine"[2] ou de Neuf-Villenaine[3], et dans laquelle chaque scène est précédée d'un « argument » en prose. Cette édition pirate s'ouvre sur une lettre à Molière, d'une tonalité au ton amicale et louangeuse.
Quarante-huit heures plus tard, il fait paraître, sous le titre de La Cocue imaginaire[4], et avec un privilège obtenu le sous son nom de Jean Don(n)eau[n 1], une version féminisée de la pièce de Molière qui ne sera jamais représentée[5].
En 1661, il collabore à la publication du Grand Dictionnaire des précieuses, historique, poétique, géographique, cosmographique, chronologique et armoirique d'Antoine Baudeau de Somaize, avec lequel il s'est lié d'amitié.
En , il fait paraître les trois volumes d'un ensemble composite intitulé Nouvelles Nouvelles, qui rassemble des nouvelles, des pièces galantes, des critiques des œuvres les plus récentes de Corneille et de Molière, et un long échange entre des nouvellistes[6]. Dans le même temps, il engage une polémique contre l'abbé d'Aubignac, en défendant l'une après l'autre les trois dernières tragédies de Corneille (Sophonisbe, Sertorius et Œdipe), que l'abbé avait vivement critiquées dans trois « Dissertations »[7].
La même année, il prend une part active à ce qu'il est convenu d'appeler « la querelle de L'École des femmes », en publiant deux comédies en un acte : Zélinde ou la Véritable critique de l'Escole des femmes et la Critique de la Critique (1663) et Response à l'Impromptu de Versailles ou La Vengeance des marquis (1664), qui ne seront pas représentées.
En , il répond (toujours anonymement) aux Observations d'un certain Rochemont dans une Lettre sur les Observations d'une comédie de Molière intitulée Le Festin de Pierre, qui marque sa réconciliation avec celui qu'il n'avait cessé pendant cinq ans de piller et de vilipender. Entre cette date et 1670, la « Troupe du Roi au Palais-Royal » créera plusieurs de ses comédies. C'est le cas notamment de La Veuve à la mode, dans laquelle joue « la mignarde Molière » (Armande Béjart), présentée en , mais qui tombe après six représentations[8]. Il devient également un admirateur et un défenseur zélé de Pierre Corneille, mais ne ménage pas ses critiques contre Racine et Boileau[n 2].
En 1672, il fonde Le Mercure Galant, périodique consacré d'une part aux gloires militaires du royaume, à leur pérennisation et à leur diffusion auprès d'un public large et, d'autre part, aux nouvelles du théâtre, des arts, de l’édition, aux histoires mondaines et aux chansons galantes. L'importance capitale de ce périodique pour la culture française lui a attiré les foudres de La Bruyère, Le Noble, ou de Boursault. Malgré ces critiques, le Mercure galant a perduré jusqu'à la mort de Donneau de Visé. Il est ensuite devenu Le Mercure de France.
En même temps, Donneau de Visé avait abordé le théâtre, où il connait un certain succès avec des comédies et des tragédies jouées à la Comédie-Française.
Auteur de Mémoires pour servir à l’histoire de Louis le Grand en 10 volumes, Donneau de Visé reçoit, avec le titre d’historiographe du roi, une pension de 500 écus qui s'ajoute aux précédentes, et un logement aux galeries du Louvre.
Œuvre
modifier- La Cocuë imaginaire, Paris, Jean Ribou, 1660, lire en ligne sur Gallica.
- La Politique des coquettes, Histoire véritable dédiée à Mlle de Scudéry, Paris, Jean Ribou, 1660. [attribution disputée]
- Deffence (sic) de la Sophonisbe de Monsieur de Corneille, Paris, Claude Barbin, 1663, lire en ligne sur Gallica.
- Defence du Sertorius de Monsieur de Corneille, dediée à Monseigneur de Guise, Paris, Claude Barbin, 1663, lire en ligne sur Gallica.
- Defence d'Œdipe, tragedie de Monsieur de Corneille, Paris, Claude Barbin, 1663.
- La Pompe funebre de l'auteur de Faramond, Paris, Pierre Bienfaict, 1663. [attribution disputée]
- Zélinde, comédie, ou la véritable Critique de l'Escole des femmes et la Critique de la Critique, Paris, Guillaume de Luyne, Charles de Sercy, Thomas Jolly, Louis Billaine, Claude Barbin, Jean Guignard, Estienne Loyson et Gabriel Quinet, 1663, et Amsterdam, 1665, lire en ligne sur Gallica ; réimp. Genève, 1868, consultable sur Internet Archive.
- Nouvelles Nouvelles, Paris, Jean Ribou, Claude Barbin, Pierre Bienfaict, Gabriel Quinet, 1663 [lire en ligne]
- Les Diversitez galantes, contenant: Les Soirées des Auberges, Nouvelle Comique; Responce à l'Impromptu de Versailles ou la Vengeance des Marquis; l'Apothicaire de Qualité, nouvelle galante et véritable; Lettre sur les affaires du Theatre, Paris, Jean Ribou, 1664, en ligne sur Google Livres.
- Les Entretiens galans d'Aristipe et d'Axiane: contenant le Langage des Tetons & leur Panegyrique; le Dialogue du Fard & des Mouches; d'un grand Miroir & d'un miroir de Poche; du Mesque & des Gands, avec plusieurs autres galanteries, Paris, Estienne Loyson, 1664, lire en ligne sur Gallica
- Lettre sur les Observations d'une comédie de Moliere intitulée Le Festin de Pierre, Paris, Gabriel Quinet, 1665, lire en ligne. [attribution disputée]
- La Mere coquette ou les Amans brouillez, comédie représentée par la Troupe du Roy, Paris, Michel Bobin & Nicolas Le Gras, 1666, lire en ligne sur Gallica.
- Lettre escrite sur la Comédie du Misanthrope, en tête de l'édition du Misanthrope, Paris, Jean Ribou, 1667, lire en ligne sur Gallica.
- La Veuve à la mode, comédie en un acte et en vers, Paris, Jean Ribou, 1668, rééd. par Édouard Thierry, Paris, 1875, La Veuve à la mode sur Gallica.
- Délie, pastorale représentée sur le théâtre du Palais-Royal, Paris, Jean Ribou, 1668, consultable sur Gallica.
- L'Embarras de Godard, ou l'Accouchée, comédie représentée sur le théâtre du Palais-Royal, Paris, Jean Ribou, 1668, consultable sur Gallica.
- L'Amour échapé (sic), ou les diverses manieres d'aymer, contenues en quarante histoires, avec le Parlement d'Amour, divisé en trois tomes, 1669.
- Les Nouvelles galantes, comiques et tragiques, 3 volumes, Paris, Claude Barbin, Estienne Loyson, Gabriel Quinet, 1669. Contrefaçon, 1680, //books.google.com/books?id=ivc5AAAAcAAJ&pg=PAPP1 , Reprint Genève, Slatkine, 1979.
- Le Gentilhomme Guespin, comédie, Paris, Thomas Jolly, Estienne Loyson, Claude Barbin, Guillaume de Luyne, 1670, lire en ligne sur Gallica
- Les Amours de Vénus et d’Adonis, tragédie à machines, Paris, Claude Barbin, Pierre Promé, Guillaume de Luyne, 1670, lire en ligne sur Gallica.
- Les Intrigues de la loterie, Paris, Thomas Jolly, Claude Barbin, Guillaume de Luyne, Estienne Loyson, 1670, lire en ligne sur Gallica.
- Les Amours du Soleil, tragédie à machines représentée sur le théâtre du Marais, Paris, Claude Barbin, 1671, lire en ligne sur Gallica.
- Les Maris infidèles ou l'Ami de tout le monde, 1673, inédit.
- Les Amours de Vénus et d’Adonis, 1685, avec des musiques de Marc-Antoine Charpentier, non publié.
- L'Aventurier, 1694, inédit.
- Le Vieillard couru, 1696, non publié.
- Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV
- Avec Thomas Corneille
- L’Inconnu, 1675, comédie, avec musique de Marc-Antoine Charpentier.
- Circé, Paris, 1675, divertissement, avec musique de Marc-Antoine Charpentier, consultable sur Gallica.
- La Devineresse ou les Faux Enchantemens, comédie à machines (l’un des plus grands succès du siècle), Paris, C. BLageart, 1680, lire en ligne sur Gallica.
- La Pierre philosophale, comédie mêlée de spectacles, musique de Marc-Antoine Charpentier, Paris, C. Blageart, 1681, lire en ligne sur Gallica.
- L'Usurier (1685).
- Les Dames vangées, ou La Dupe de soy-mesme, Paris, Michel Brunet, 1695, lire en ligne sur Gallica.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le privilège a été accordé pour l'impression d'une comédie intitulée Les Amours d'Alcipe et de Cephise, mais l'auteur a finalement choisi le titre de La Cocuë imaginaire. Voir lire en ligne sur Gallica fº 1 vº], dernière mention, et surtout lire en ligne sur Gallica fº 75 rº], milieu de page. Cette mention du 26 juillet suffit à prouver que Donneau n'a pas eu recours à un « pseudonyme[réf. nécessaire] » pour publier sa pièce.
- ↑ Voltaire racontera dans L'Ingénu (1767) que lorsqu'il était emprisonné à la Bastille, il s'est retrouvé dans une cellule avec M. Gordon, qui l'a formé à la littérature et autres écrits. Et lors de leurs lectures, ils sont tombés sur des écrits de Visé : « Le bonhomme avait quelques-uns de ces petits livres de critique, de ces brochures périodiques, où des hommes incapables de rien produire dénigrent les productions des autres, où les Visé insultent aux Racine, et les Faydit aux Fénelon. L'ingénu en parcourut quelques-uns. “Je les compare, disait-il, à certains moucherons qui vont déposer leurs œufs dans le derrière des plus beaux chevaux : Cela ne les empêche pas de courir.” À peine les deux philosophes daignèrent-ils de jeter les yeux sur ces excréments de la littérature. »
Références
modifier- ↑ Despois-Mesnard, Le Cocu imaginaire sur Gallica.
- ↑ BNF, Manuscrits français 21945 sur Gallica fº 1 vº]. Première mention.
- ↑ Voir l'extrait du privilège reproduit sur la dernière page de l'impression sur Gallica et les pièces de la requête déposée par Molière contre le libraire Ribou dans Cent ans de recherches sur Molière, p. 347 et 350.
- ↑ Voir les Éphémérides de François Rey à la date du 14 août 1660.
- ↑ Huguette Gilbert, « L’Auteur de La Cocue imaginaire », XVIIe siècle, Paris, no 131, , p. 203-5 (ISSN 1969-6965, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ « Les Nouvelles Nouvelles », sur nouvellesnouvelles.yale.edu (consulté le )
- ↑ Voir Jean Donneau de Visé et la querelle de "Sophonisbe", écrits contre l'abbé d'Aubignac, éd. critique par Bernard J. Bourque, Tübingen, Narr, cop. 2014, et D'Aubignac, Dissertations contre Corneille, éd. critique par Nicholas Hammond et Michael Hawcroft, Exeter (GB), University of Exeter press, 1995. À l'exception de la Défense d'Œdipe, les textes de chacune des dissertations et des défenses sont consultables en ligne; voir la section "Œuvre".
- ↑ Chevalley 1973, p. 253.
Médiagraphie
modifierBibliographie
modifier- Christophe Schuwey, Un entrepreneur des lettres au XVIIe siècle : Donneau de Visé, de Molière au « Mercure galant », Paris, Classiques Garnier, 2020.
- Pierre Mélèse, Un Homme de lettres au temps du Grand Roi, Donneau de Visé, fondateur du Mercure galant, Paris, E. Droz, 1936. In-16, VI-261 p.
- Georges Mongrédien, « Le Fondateur du Mercure de France. Jean Donneau de Visé », Mercure de France, , p. 89-116.
- Auctorialité, voix et publics du Mercure galant. Lire et interpréter l’écriture de presse à l’époque moderne, éd. Anne Piéjus et Déborah Blocker, XVIIe siècle, nº 270 (2016/1). halshs-03999744v1
- Le Mercure galant, témoin et acteur de la vie musicale, dir. Anne Piéjus, Paris, IREMUS, 2010.
- Pierre-François Burger, « Autour de Deux Propagandistes mémorialistes de Louis XIV : Vuorden et Donneau de Visé », XVIIe Siècle’, no 137, 1982, p. 413-416, consultable sur Gallica.
- Anne Piéjus, « La presse, une source pour l’histoire sonore de l’époque moderne ? Processions et occupation sonore de l’espace urbain vues par le Mercure galant (1672-1710) », La visibilité du religieux dans l'espace urbain (XIVe – XVIIIe siècle), (Orléans, 2018), éd. E. Boillet et G. Rideau, Rennes, P.U.R., 2021, p. 273-285.
- Anne Piéjus, 1. « La naissance de la critique de l’opéra dans la presse française », Histoire de l’opéra en France, dir. H. Lacombe, vol. 1, Paris, Fayard, 2021, p. 1020-1028. halshs-02320536
- Ane Piéjus, « Lecteurs, auteurs, éditeurs du Mercure galant : nouvelle structure éditoriale ou communauté à l’œuvre ? », L’éditeur à l’œuvre : reconsidérer l’auctorialité ? fin XVe – XXIe siècle, (Bâle, 2019) dir. D. Brancher, G. Burg, G. Berjola, Bâle, Universität Basel, 2020.
- Anne Piéjus, « Une galanterie très politique : l’image des foyers artistiques dans le Mercure galant », Les foyers artistiques à la fin du règne de Louis XIV, éd. M. Da Vinha, A.-M. Goulet, R. Campos, Turnhout, Brepols, “Epitome musical”, 2019, p. 303-316.
- Monique Vincent, Donneau de Visé et le Mercure de France. Lille, ANRT, Aux Amateurs de Livres, 1988. 2 vol. 24 cm, IV-675 et 174 p. (Thèse, Paris IV, 1987.)
- Anne Piéjus, « Gloires individuelles et sociabilité artistique dans le Mercure galant », Liber Amicorum Florence Gétreau, éd. C. Massip, A. Framboisier, F. Guilloux, Y. Balmer, Musique-Images-Instruments, Turnhout, Brepols, 2019, p. 27-34.
- Sylvie Chevalley, Molière en son temps, Paris-Genève, Éditions Minkoff, , 421 p.
- Sara Harvey, La critique au présent. Émergence du commentaire sur les arts (xvie-xviiie siècles), Paris, Classiques Garnier, 2019.
- Sara Harvey, « La critique des arts dans le Mercure galant de Donneau de Visé (1672-1710) : lorsque la galanterie rencontre les exigences d’une politique culturelle », La médiatisation du littéraire dans l'Europe des XVIIe et XVIIIe siècles, Actes colloque Bordeaux 24-25 mai 2012, éd. Fl. Boulerie et Ch. Mazouer, Biblio 17, Tübingen, Gunter Narr Verlag, p. 131-141.
- Catherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, Fayard, 2004, P. 23, 57, 88, 89, 90-92, 96, 97, 99, 102, 113, 114, 117, 386, 412
- Anne Piéjus, « ‘Jetez les yeux sur la Note’. Éditer de la musique dans le Mercure galant », Quatre siècles d’édition musicale. Mélanges offerts à Jean Gribenski, éd. J. Elart, É. Jardin, P. Taïeb, Lyon, Symétrie, Recherche, 2014, p. 35-41.
- Anne Piéjus, « Poètes et musiciens. Stratégies d’anonymat et de dévoilement dans les poésies en musique du Mercure galant », Auctorialité, voix et publics du Mercure galant…, XVIIe siècle, nº 270 (2016/1), p. 115-132.
Sitographie
modifier- Ses œuvres en ligne sur le site gallica
- Donneau de Visé sur le site Dictionnaire des journalistes
- Les Nouvelles Nouvelles de Donneau de Visé (1663), édition critique en ligne
- Voix du Mercure galant, Site sonore participatif sur le Mercure galant.
Liens externes
modifier- Ressources relatives au spectacle :
- Ressource relative à la musique :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :