Edme Boursault
Edme Boursault, né le à Mussy l’Évêque et mort le à Montluçon, est un dramaturge français.
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E. B. |
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Malgré la tendance de l’historiographie littéraire à circonscrire la figure d’Edme Boursault à celle d’un antagoniste de Molière et de Boileau au sein de querelles polémiques, cette réductibilité ne saurait s’appliquer à la perception dont celui-ci a joui en son temps. En sa qualité de polygraphe maitrisant une diversité générique — théâtre, correspondance, roman, fable, journalisme —, Boursault a su incarner l’esprit de son époque en transgressant avec fécondité les frontières des genres. La postérité a beau l’avoir éclipsé au profit de Molière, il n’en demeure pas moins qu’il a institutionnalisé la comédie épisodique. Ce genre, pressenti par le ballet et adopté par le théâtre forain, trouve avec lui sa pleine maturité avant d’être perfectionné par la Comédie-Italienne[1]. La postérité de son œuvre, attestée par les fréquentes références qu’en a fait le XVIIIe siècle, témoigne d’une influence durable et significative[2].
Biographie
modifierIssu d’une famille influente de Mussy, Boursault a eu pour père un homme qui, après avoir dilapidé sa fortune dans le plaisir, a négligé de lui offrir une éducation supérieure à la sienne[3]. N’ayant donc reçu aucune éducation formelle, il est arrivé à Paris, en 1651, ne parlant que le patois bourguignon, maitrisant mal le français et ignorant tout du grec et du latin, il s’est néanmoins fait remarquer très jeune par son intelligence et la finesse de son écriture. Autodidacte, il apprend rapidement la langue française et parvient à l’écrire avec élégance. Toutefois, son manque d’instruction classique lui a souvent fait défaut, notamment en l’empêchant de candidater à l’Académie française.
Son ignorance du latin l’oblige également à décliner l’offre de Louis XIV qui souhaitait le nommer sous-précepteur du Dauphin. Cette proposition faisait suite au succès de son ouvrage ad usum Delphini, intitulé la Véritable étude des souverains, publié en 1671. Bien que le roi ait apprécié l’ouvrage, le poste exigeait une maitrise des langues anciennes que Boursault ne possédait pas, et la charge est finalement revenue à l’érudit Pierre-Daniel Huet.
Nommé secrétaire de la duchesse d’Angoulême, il a bénéficié quelque temps d’une pension de 2 000 livres pour sa « gazette rimée », une chronique en vers très appréciée à la cour. Cependant, cette rente a été brutalement supprimée après la publication de moqueries sur un moine capucin, une plaisanterie qui a failli lui couter un emprisonnement à la Bastille. Ayant relancé son journal quelques années plus tard, il perd de nouveau son privilège pour avoir rédigé une épigramme contre le roi Guillaume III, au moment où la France cherchait à négocier la paix avec lui.
Tout en poursuivant sa carrière littéraire, il occupe, à partir de 1672, le poste de receveur des tailles à Montluçon, fonction lui garantissant une vie aisée. C’est d’ailleurs dans cette ville qu’une grande partie de son œuvre a vu le jour. Cependant, en 1688, il a été destitué de sa charge pour incompétence présumée[4].
Deux pointures de la littérature française d’alors, Molière et Boileau, ont d’abord été ses ennemis, Boursault ayant tiré le premier coup en critiquant la pièce l’École des femmes dans une comédie intitulée le Portrait du peintre ou la contre-critique de l’École des femmes. La riposte cinglante de Molière dans l’Impromptu de Versailles, a paradoxalement lancé la notoriété de Boursault[5].
La dispute s’est ensuite étendue à Boileau, qui a attaqué Boursault dans ses Satires. En représailles, celui-ci a écrit la Satire des Satires, mais la pièce a été interdite de représentation par le Parlement de Paris, en 1669, grâce au crédit de Boileau[6].
Le conflit a pris fin de manière inattendue : apprenant que Boileau était sans argent lors d’une cure thermale à Bourbonne, Boursault est allé lui prêter 200 louis. Touché de ce geste, Boileau a non seulement retiré le nom de Boursault de ses satires pour le remplacer par celui de Pradon, mais il a également reconnu publiquement le mérite de son ancien adversaire, scellant ainsi une réconciliation durable[5].
La réputation de Boursault repose sur trois comédies majeures en cinq actes et en vers : Le Mercure galant, Ésope à la ville et Ésope à la cour. Qualifiées à l’époque de « comédies à épisodes », Ces comédies à tiroirs se distinguent par leur esprit vif, leur humour direct et leur style naturel. Cependant, il s’agit moins de pièces structurées autour d’une trame narrative dense que d’une succession de scènes indépendantes, habilement reliées par un cadre commun, mais dépourvues d’action continue.
Créé en 1683, le Mercure galant a été temporairement rebaptisé la Comédie sans titre, nom imposé à la suite d’un conflit avec Donneau de Visé, directeur du Mercure galant, qui a exigé que la comédie ne porte pas le même titre que sa gazette. Malgré ce changement, le succès a été immédiat et colossal : jouée quatre-vingts fois de suite, elle est longtemps restée à l’affiche jusqu’à la Révolution[7]. Cette œuvre, qui est la première grande comédie à prendre pour sujet le journalisme naissant, dans l’intention de rendre le public spectateur de la cour et de la ville au moment où le règne de Louis XIV s’assombrit et où la comédie se veut moralisante face à la corruption des mœurs[2], a séduit par la vivacité de ses vers et l’humour de ses portraits, mettant en scène une galerie de personnages hauts en couleur venus proposer leurs services (souvent inutiles) au directeur du journal. La scène la plus célèbre reste celle du soldat La Rissole. Dans un état d’ivresse manifeste, ce dernier offre une critique involontaire mais hilarante des irrégularités de la langue française, butant avec insistance sur les pluriels des mots se terminant en -al[5].
Si Ésope à la ville a connu un début prometteur avec quarante-trois représentations, la pièce n’a pas réussi à s’inscrire durablement au répertoire. Les critiques ont surtout pointé la faiblesse des fables récitées par le personnage d’Ésope, dont la plupart avaient déjà été magistralement traitées par Jean de La Fontaine.
Quant à Ésope à la cour, elle n’a été créée que le 16 décembre 1701, soit après la mort de l’auteur. Pour cette représentation tardive, certains passages des rôles de Crésus et d’Ésope, jugés trop critiques ou susceptibles de déplaire à Louis XIV, ont dû être modifiés. C’est ainsi que la réplique initiale de Crésus, probablement trop audacieuse sur le pouvoir absolu, a été réécrite pour adoucir le propos. Ainsi, la réplique de Crésus :
… Je m’aperçois ou du moins je soupçonne
Qu’on encense la place autant que la personne ;
Que c’est au diadème un tribut, que l’on rend.
Et que le roi qui règne est toujours le plus grand
est devenue, dans les deux derniers vers, dont le second est excellent, les deux vers suivants, moins précis :
Qu’on me rend des honneurs qui ne sont pas pour moi,
Et que le trône enfin l’emporte sur le roi.
En 1694, il publie, en tête du premier volume de ses Pièces de théâtre, édité chez Jean Guignard à Paris, la Lettre d’un théologien illustre par sa qualité et par son mérite consulté par M. B... pour savoir si la Comédie est permise ou doit être absolument défendue due à un proche de sa famille Boursault, Francesco Caffaro (d), théatin supérieur de son ordre à Paris[8]. Cet ouvrage, rédigé à sa demande de Boursault, vise à défendre la moralité du théâtre en s’appuyant notamment sur la doctrine de saint Thomas d’Aquin, et soutient qu’il est possible, sous certaines conditions, de composer, lire et assister à des comédies sans pécher[9]. Boursault ayant pris l'initiative d’imprimer sans autorisation cette caution théologique rédigée à titre privé, l’évêque de Meaux Bossuet, a sévèrement réprimandé le Père Caffaro, le , avant de publier ses propres Maximes sur la comédie[10]. Accablé par sa hiérarchie, le Père Caffaro a reconnu être l’auteur de la Lettre et a dû signer une rétractation publique et officielle[11].
Boursault, à qui revenait entièrement la décision de faire de la Lettre de Caffaro un manifeste public pour légitimer la comédie, a décidé de porter le débat directement sur la scène, et de laisser le public seul juge, avec une comédie de son cru, les Mots à la mode (1694). Cette pièce toujours d’actualité, la plus incontournable parmi celles de son auteur, et dont les leçons n’ont jamais été apprises, est une satire spirituelle qui se moque des néologismes envahissants de l’époque, tournant en ridicule ceux qui déforment la langue pour paraitre modernes. Coursault explique, dans son adresse Au lecteur, avoir voulu donner une caisse de résonance plus grande à cette critique, en utilisant le théâtre comme un « miroir » grossissant pour corriger les ridicules du langage de ses contemporains[11].
Boursault s’est également essayé à la tragédie avec deux œuvres : Marie Stuart et Germanicus. Si la première, au sujet trop moderne et anglais pour le gout du temps, a été un échec, la seconde a connu un triomphe retentissant. Le succès de Germanicus a été tel que Pierre Corneille n’a pas hésité, lors d’une séance à l’Académie française, à la placer au même niveau que les chefs-d’œuvre de Racine. Cet éloge excessif a d’ailleurs provoqué une brouille célèbre entre les deux géants du théâtre, Racine ayant très mal pris que l’on compare son travail à celui d’un auteur qu’il jugeait mineur.
Le Théâtre de Boursault (Paris, 1725, 3 vol. in-12, plusieurs fois réimp.), comprend seize pièces. On a en outre de cet auteur les ouvrages suivants, dont les mieux écrits sont les romans historiques et les nouvelles : Lettres à Babet (, in-12) ; le Marquis de Chavigny (, in-12) ; Artémise et Potianthe (, 2 vol. in-12) ; Ne pas croire ce qu’on voit (, 2 vol. in-12), le Prince de Condé (, 2 vol. in-12) ; Lettres nouvelles accompagnées de fables, de contes, d’épigrammes, de remarques et de bons mots, (, 3 vol. in-12).
La descendance de Boursault s’est illustrée dans les arts et le théâtre. L’une de ses petites-filles a épousé le célèbre peintre Nicolas Lancret. Plus tard, la famille a donné naissance à Jean-François Boursault dit Boursault-Malherbe, personnage éclectique tout à la fois comédien, spéculateur financier et collectionneur d’art.
Œuvre
modifier- Le Jaloux endormi ou le Jaloux prisonnier, théâtre, 1661.
- Le Portrait du peintre ou la Contre-critique de l’École des femmes, comédie, 1663, lire en ligne.
- Les Deux Frères gémeaux ou les Nicandres, comédie, 1664.
- Satire des satires, comédie, 1669, pièce non-jouée.
- Lettres à Babet, 1669, roman épistolaire.
- Le Marquis de Chavigny, roman, 1670.
- Artémise et Poliante, nouvelle, paris, René Guignard, in-12, 1670.
- Ne pas croire ce qu’on voit, nouvelle, 1670.
- La Véritable Étude des souverains, traité de morale politique, 1671.
- Germanicus, tragédie, 1673.
- Le Prince de Condé, roman, 1675.
- Le Mercure galant ou la Comédie sans titre, théâtre, 1683.
- Méléagre, tragédie, 1684.
- Ésope à la ville, comédie, 1690.
- Phaéton, comédie, 1693.
- Les Mots à la mode, comédie, 1694.
- Ésope à la cour, comédie, 1701.
- Treize Lettres amoureuses d’une dame à un cavalier, roman épistolaire, 1709.
Éditions
modifierNotes et références
modifier- ↑ Paul d’Estrée, « Les Origines de la revue au théâtre : Boursault », Revue d’histoire littéraire de la France, Paris, Armand Colin, t. 8, no 8, , p. 234-80 (ISSN 2105-2689, lire en ligne sur Gallica).
- 1 2 Marie-Ange Croft et Françoise Gevrey, Écrire l'actualité : Edme Boursault spectateur de la cour et de la ville, Reims, Université de Reims Champagne-Ardenne, , 527 p., in-8º (ISBN 978-2-37496-046-3, OCLC 1022766806, lire en ligne).
- ↑ « Vie de Boursault », dans Jean Baudrais, Nicolas-Thomas Leprince (d), Petite bibliothèque des théatres : contenant un recueil des meilleures pieces du théatre françois, tragique, comique, lyrique & bouffon, depuis l’origine des spectacles en France, jusqu’à nos jours, t. 30, Paris, Petite bibliotheque des théatres, (lire en ligne), p. 1-17.
- ↑ Maurice Malleret, Encyclopédie des auteurs du pays montluçonnais et de leurs œuvres (de 1440 à 1994), Charroux, Éd. des Cahiers bourbonnais, notice no 7, 1994, p. 38-40.
- 1 2 3 Gustave Vapereau, « boursault (Edme) », dans Dictionnaire universel des littératures, Paris, , xvi-2096, 2 vol. in-8º (OCLC 500040555, lire en ligne sur Gallica), p. 317.
- ↑ Jean Racine, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, , 1801 p. (ISBN 2-07-011561-5), p. 1441
- ↑ Elsa Veret-Basty, « « Être quelque chose comme un auteur » : le statut paradoxal de l’énigmatiste dans le Mercure galant », XVIIe siècle, Paris, no 270, , p. 97-114 (ISSN 1969-6965, lire en ligne).
- ↑ François Lecercle, « Obscénité et théâtrophobie en France et en Angleterre (1570-1715) », dans Bénédicte Louvat-Molozay et Florence March, Les Théâtres anglais et français : XVIe – XVIIIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-75354-995-1, OCLC 1198631389, lire en ligne), p. 99-110.
- ↑ François Lecercle, « La Passion du théâtrophobe, entre conversion, contamination et contagion », Atlante, Paris, no 9, (ISSN 2426-394X, lire en ligne).
- ↑ (en) Constantine G. Christofides, « Bossuet on Dramatic Theory », Symposium, Syracuse, Syracuse University Press, vol. 16, no 3, , p. 225 (ISSN 0039-7709, lire en ligne).
- 1 2 Max Vernet, « Théâtre et usurpation du sujet : « Le monde et son image » dans les Maximes et réflexions sur la comédie de Bossuet », Études françaises, Montréal, vol. 15, nos 3-4, , p. 149-174 (ISSN 1492-1405, lire en ligne).
Liens externes
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