Les Mots à la mode

comédie d'Edme Boursault

Les Mots à la mode est une comédie en un acte et en vers d’Edme Boursault, créée au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain le et imprimée le mois suivant.

Les Mots à la mode
Édition chez Jean Guignard (1694).
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Cette pièce est une satire spirituelle et morale contre les néologismes, le jargon précieux et les extravagances langagières de la société parisienne de la fin du XVIIe siècle.

Inspiration

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La pièce s’inspire directement d’un petit ouvrage satirique publié à l’époque chez le libraire Barbin. Le pourfendeur des Précieuses, Molière, qui avait commencé sa réputation par les Précieuses ridicules étant mort, celles-ci ressurgissent de plus belle[a]. L’action qu’il a menée pour les satiriser devant le public reste à reprendre par un autre.

Contexte

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En 1694, Boursault avait publié, en tête du premier volume de ses Pièces de théâtre, édité chez Jean Guignard à Paris, la Lettre d’un théologien illustre par sa qualité et par son mérite consulté par M. B... pour savoir si la Comédie est permise ou doit être absolument défendue due à un proche de la famille Boursault, Francesco Caffaro (d), religieux théatin et supérieur de son ordre à Paris[2]. Cet ouvrage, rédigé à la demande de Boursault, vise à défendre la moralité du théâtre en s’appuyant notamment sur la doctrine de saint Thomas d’Aquin, et soutient qu’il est possible, sous certaines conditions, de composer, lire et assister à des comédies sans pécher[3]. Boursault ayant pris l'initiative d’imprimer sans autorisation cette caution théologique rédigée à titre privé, l’évêque de Meaux Bossuet, a sévèrement réprimandé le Père Caffaro, le , avant de publier ses propres Maximes sur la comédie[4]. Accablé par sa hiérarchie, le Père Caffaro a reconnu être l’auteur de la Lettre et a dû signer une rétractation publique et officielle[5]. Boursault, à qui revient entièrement la décision de faire de la Lettre de Caffaro un manifeste public pour légitimer la comédie, explique dans son adresse Au lecteur, avoir voulu donner une caisse de résonance plus grande à cette critique, en utilisant le théâtre comme un « miroir » grossissant pour corriger les ridicules du langage de ses contemporains. Aussi écrit-il « La morale austère se fait moins aimer qu'elle ne se fait craindre, et qui veut qu'on profite de ses leçons doit donner envie de les entendre. » En portant le débat directement sur la scène, Boursault entendait laisser le public seul juge. La querelle entre théologiens et comédiens n’a eu, au demeurant, aucun écho, et rien n’a pas entravé la vogue du théâtre auprès du public[5].

Dédicace

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La pièce est dédiée à Jacques Lomellini, envoyé extraordinaire de la Sérénissime République de Gênes auprès de Louis XIV. Loin d’être fortuit, ce choix découle d’une interaction personnelle lors d’une représentation et met en lumière la maitrise exceptionnelle que cet étranger avait de la langue française. Boursault loue sa « délicatesse » et son élégance, notant qu’il parle français avec plus de politesse que nombre de natifs. Cette dédicace sert avant tout une stratégie satirique : en érigeant un étranger en modèle de pureté linguistique, Boursault tend un miroir critique aux Français. L’ironie d’une langue « parfaitement épurée » dans la bouche d’un diplomate génois, contraste violemment avec les « expressions forcées » et la corruption du langage par la mode que dénonce la comédie. Ainsi, Lomellini devient l’instrument d’une leçon de morale linguistique destinée à faire honte aux locuteurs nationaux[6].

Personnages

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  • Monsieur Josse, ancien orfèvre anobli.
  • Madame Josse, sa femme.
  • Nannette, fille de Monsieur et de Madame Josse.
  • Вabet, fille de Monsieur et de Madame Josse.
  • Monsieur Brice, avocat, frère de Madame Josse.
  • Monsieur Durus, parfumeur anobli, prétendant.
  • Monsieur Delorme, frère de Monsieur Durus, prétendant.
  • Marote Poussineau, fille d’un marchand.
  • Madame Brice, bouchère, mère de Madame Josse.
  • Monsieur Griffet, commissaire.
  • Nicodeme, jardinier.
  • Adrienne, femme de Nicodéme.
  • Nicole, servante.
  • Champagne, laquais.
  • Des archers.

La scène est à Paris.

Argument

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Monsieur Josse, noble de fraiche date enrichi dans l’orfèvrerie par la vente de garnitures de diamants, de rubis et d'émeraudes, traverse une crise familiale majeure. Il est persuadé que son épouse le trompe et dilapide sa fortune dans des futilités, après avoir découvert une facture détaillant des dépenses, telles qu’ « une culbute avec un mousquetaire », qu'il interprète comme des preuves de débauche. De plus, ses filles refusent les partis avantageux qu’il leur a choisis.

Une révolte familiale généralisée empêche Monsieur Josse de porter plainte contre sa femme et d’imposer par la force le mariage à ses enfants, qu’il imagine corrompus par l’influence maternelle. L'ordre familial est rétabli lorsque l’ignorance langagière de Monsieur Josse est dissipée, quand il comprend enfin, à sa grande honte, que ses soupçons étaient infondés et que son comportement tyrannique était injustifié. Furieuse, sa femme ne consent à pardonner que sur l’ordre de sa mère et les conseils de son frère, M. Brice. Monsieur Josse est si content que ses filles obtiennent gain de cause : « Choisissez des époux selon votre plaisir. »

Analyse

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L’intrigue de cette pièce à tiroir nait de l’ignorance des néologismes du temps par Monsieur Josse. La méconnaissance langagière, qui l’amène à douter de la vertu de sa femme, ne repose que sur la mésinterprétation des termes contenus dans la facture : l’« innocente » désigne une robe de chambre ample sans ceinture ; les manches laissant voir les bras sont des « engageantes » ; un « laisse-tout-faire » est un court tablier. Une coiffure en arrière dévoilant l’oreille est une « effrontée ». Un corset entrouvert par devant à l’aide d’un lacet est appelé « gourgandine », etc.

Par-delà l'intrigue domestique, Boursault stigmatise les expressions précieuses et affectées « à la mode » sources de confusion et de désordre social et souligne l'importance de la pureté du langage et de la raison. Seul le retour à un langage clair et honnête peut préserver l'harmonie sociale et familiale [7].

La pièce conforte l’ordre social établi en égratignant la figure de parvenu du bourgeois anobli et les travers de la famille bourgeoise de l’époque, marquée par le fossé des générations et le conflit entre époux autour de l’autorité et de l’argent. La pièce s’attaque spécifiquement au ridicule de ceux qui inventent des façons de parler extravagantes, dans la lignée des Précieuses ridicules de Molière. Boursault recourt à la technique du castigat ridendo mores caractéristique du comédie classique pour dénoncer le ridicule de ceux qui inventent des expressions nouvelles et prétentieuses ou adoptent des façons de parler artificielles pour tenter de se distinguer socialement[8]. Ce faisant, Boursault démontre que le théâtre est un miroir plus efficace que les livres pour faire prendre conscience aux gens de leurs défauts[9]. En ce sens, la pièce est une synthèse des Précieuses ridicules et du Bourgeois gentilhomme.

Réception

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Représentée pour la première fois, après Mithridate, la pièce a connu 16 représentations, du 19 aout au 16 septembre suivant[10].

Éditions

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  • Les Mots à la mode : Petite comedie. Augmentée de quantité de vers qui n'ont pas été dits sur le théâtre, Paris, J. Guignard, , x-42 p., in-12 (OCLC 224447740, lire en ligne sur Gallica).

Notes et références

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  1. ↑ Molière et Boursault avaient été en conflit, ce dernier ayant tiré le premier coup en critiquant la pièce l’École des femmes dans une comédie intitulée le Portrait du peintre ou la contre-critique de l’École des femmes. La riposte cinglante de Molière dans l’Impromptu de Versailles, avait paradoxalement lancé la notoriété de Boursault[1].

Références

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  1. ↑ Gustave Vapereau, « boursault (Edme) », dans Dictionnaire universel des littératures, Paris, , xvi-2096, 2 vol. in-8º (OCLC 500040555, lire en ligne sur Gallica), p. 317.
  2. ↑ François Lecercle, « Obscénité et théâtrophobie en France et en Angleterre (1570-1715) », dans Bénédicte Louvat-Molozay et Florence March, Les Théâtres anglais et français : XVIe – XVIIIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-75354-995-1, OCLC 1198631389, lire en ligne), p. 99-110.
  3. ↑ François Lecercle, « La Passion du théâtrophobe, entre conversion, contamination et contagion », Atlante, Paris, no 9,‎ (ISSN 2426-394X, lire en ligne).
  4. ↑ (en) Constantine G. Christofides, « Bossuet on Dramatic Theory », Symposium, Syracuse, Syracuse University Press, vol. 16, no 3,‎ , p. 225 (ISSN 0039-7709, lire en ligne).
  5. 1 2 Max Vernet, « Théâtre et usurpation du sujet : « Le monde et son image » dans les Maximes et réflexions sur la comédie de Bossuet », Études françaises, Montréal, vol. 15, nos 3-4,‎ , p. 149-174 (ISSN 1492-1405, lire en ligne).
  6. ↑ Marie-Ange Croft, « Structure et thématiques des comédies », dans Edme Boursault, de la farce à la fable (1661-1701), Paris, Hermann, , 458 p., in-8º (ISBN 978-2-70569-469-2, OCLC 1001368709, lire en ligne), p. 149-211.
  7. ↑ Olivier Saillard, « Les Mots de la mode », dans Le Bouquin de la mode, coll. « Bouquins », , 1278 p., illustr. ; in-16 (ISBN 978-2-22119-728-8, OCLC 1124918138, lire en ligne), p. 1235-46.
  8. ↑ Charles Revillout (d), Boursault et La comédie des mots à la mode, Montpellier, C. Boehm, , in-4º (OCLC 457779437, lire en ligne), p. 5-44.
  9. ↑ Marie-Madeleine Fragonard, « Livres de piété, prédication et modes féminines : l’enfer des bonnes intentions », Cahiers du GADGES, Paris, no 10,‎ , p. 391-406 (ISSN 1950-974X, lire en ligne).
  10. ↑ François Parfaic et Claude Parfaictlien auteur 2=Claude Parfaict, « Les Mots à la mode », dans Histoire du théâtre françois, depuis son origine jusqu'à present : avec la vie des plus célèbres poëtes dramatiques, des extraits exacts & un catalogue raisonné de leurs pieces, accompagnés de notes historiques & critiques, t. 13, Paris, P. G. Le Mercier et Saillant, , 15 vol. ; in-12 (lire en ligne).

Liens externes

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