Doon de la Roche
Doon de la Roche ou li Romanz de Doon l'Alemanz qui fut de la Roche[1] est une chanson de geste en ancien français de la fin du XIIe siècle.
| Doon de la Roche Li Romanz de Doon l'Alemanz qui fut de la Roche | |
Première édition moderne. | |
| Auteur | Anonyme |
|---|---|
| Pays | France |
| Genre | Chanson de geste |
| Date de parution | Fin XIIe siècle |
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Manuscrits
modifierLa chanson de geste est connue par deux manuscrits, un manuscrit de la British Library qui est la source principale et un manuscrit de la Bibliothèque nationale de France qui en donne deux fragments.
- Londres, British Library, Harley MS 4404, f. 1r-88r. Ce manuscrit comporte deux autres textes à la suite. L'écriture montre que le manuscrit a été copié au XVe siècle et des traits de langue font penser qu'il l'a été en Lorraine. Le manuscrit est bien conservé, mais le copiste a fait preuve de négligences, surtout en sautant des vers ou des petits groupes de vers[2].
- Paris, Bibliothèque nationale de France, nouvelles acquisitions françaises, 23087. Cette cote consiste en deux feuillets de parchemin, vestiges d'un manuscrit du premier quart du XIVe siècle, qui ont probablement été conservés comme couvertures d'un registre[2].
Description de l'œuvre
modifierLa chanson de geste est anonyme. Elle fait partie de la Matière de France et, plus précisément, du cycle de Doon de Mayence ou cycle des barons révoltés.
Elle comporte 4636 alexandrins, en 130 laisses assonancées.
La trame du Doon de la Roche a été reprise dans la littérature médiévale espagnole (Historia de Enrrique fi de Oliva[3], roman en prose du XIVe siècle) et scandinave (version en vieux norrois dans la rédaction remaniée de la Karlamagnús saga, d'après un intermédiaire anglais, ainsi qu'un chant populaire des îles Féroé et un chant islandais), le récit scandinave présentant plus de discordances avec la chanson française que le roman espagnol. Ni le récit scandinave, ni le roman espagnol ne dérivent directement du Doon de la Roche, mais ils ont tous, plus ou moins directement, une ascendance commune[4].
Doon de la Roche est une « composition de pure fantaisie »[5]. C'est une fiction où l'on ne doit pas chercher d'événements réels ou le rappel de données historiques, à part le nom de Pépin et des noms de lieux.
Thème
modifierLa chanson de geste développe les thèmes de la famille seigneuriale disloquée par les manigances et les mensonges d'un rival jaloux, des dangers de la rumeur, de l'épouse injustement accusée, de l'héritier légitime qui part à la reconquête de l'héritage dont il a été dépouillé. À côté des exploits guerriers de l'épopée traditionnelle, elle met en valeur des éléments de romanesque caractéristiques des XIIe et XIIIe siècles.
Comme dans Orson de Beauvais, le véritable héros est le fils qui, par sa vaillance et sa droiture, fait triompher la vérité, la justice et l'ordre social légitime.
Intrigue
modifierDoon l'Allemand, petit seigneur de la Roche, a servi fidèlement le roi Pépin (Pépin le Bref). En récompense, Pépin lui accorde la main de sa sœur Olive, qui aime Doon, et le fait duc de Lorraine, une Lorraine très agrandie puisqu'elle s'étend au moins jusqu'à Cologne, ville dont Doon fait sa capitale. Mais un noble jaloux, Tomile[6], répand une rumeur accusant Olive d'avoir trompé son mari. Doon ajoute foi à cette calomnie et chasse Olive, mais aussi son fils Landri, qu'il pense n'être pas de lui.
Landri grandit avec sa mère, à l'écart de son père, qu'il a cependant l'occasion de rencontrer ; il fait preuve de vaillance. Rejeté aussi par Pépin, il décide de se rendre à Constantinople, avec ses deux compagnons, Asson et Guinemant, et se met au service de l'empereur Alexandre, qui le fait chevalier. Il se fait aimer de la fille de l'empereur, la princesse Salmadrine. Après avoir fait vérifier par des messagers envoyés en Occident que Landri est bien le neveu du roi Pépin, l'empereur accorde à Landri la main de sa fille.
Pendant ce temps, dans le pays rhénan, Tomile a réussi à convaincre Doon de répudier définitivement Olive et d'épouser sa fille Audegour. Audegour donne naissance à un fils Malingre, qui, au fil des ans, va se révéler de la même espèce que son grand-père maternel. Doon se brouille avec son fils Malingre devenu adulte. Tomile et Malingre réussissent à expulser Doon de Cologne et à s'emparer de ses fiefs. Doon se réfugie dans son château de la Roche, puis doit finalement s'exiler en Hongrie, où il se met au service du roi Dorame. Il se trouve qu'Olive, chassée de Cologne par Tomile et Malingre, a elle aussi dû se réfugier en Hongrie auprès de son oncle, l'évêque Aubéri.
Les Hongrois attaquent l'empire d'Alexandre. Ils sont vaincus dans des combats où s'illustre Landri. Le roi Dorame est fait prisonnier, ainsi que Doon et son compagnon Jofroi qui vont rester pendant sept ans dans les geôles de Constantinople. Après tout ce temps, Landri, qui souffre de ne pas savoir ce que sont devenus sa mère et son père, pense retourner dans son pays pour se venger de Tomile. L'empereur célèbre une grande fête ; à cette occasion, Landri et Salmadrine lui demandent la liberté pour les prisonniers, ce qu'il accepte. Lorsque Doon est conduit devant l'empereur et raconte qui il est, le père et le fils se reconnaissent.
Landri, avec l'appui de l'empereur qui lui donne de l'or et vingt mille hommes, part à la reconquête des terres de son père, à travers l'Italie et les Alpes. Dans le même temps, l'évêque Aubéri réunit une armée et attaque la Roche, fait fuir Malingre et s'empare d'Audegour. Olive s'installe à la Roche ; Doon, arrivé à la Roche, se fait reconnaître de sa femme. L'armée de Doon et Landri marche sur Mayence pour s'emparer de Tomile. Le siège de la ville est difficile et dure trois ans et demi ; Malingre est fait prisonnier par Landri au cours d'une sortie. Enfin, la ville est prise et Landri met la main sur Tomile. Le temps de la vengeance est venu : Tomile est pendu et son corps est brûlé, Audegour est jetée dans le bûcher ; quant à Malingre, on lui coupe les jarrets et il doit se faire moine.
Doon arrive avec son armée à Cologne ; il y épouse une deuxième fois Olive, en présence de Pépin. Landri fait des reproches violents à Pépin. Un messager envoyé de Constantinople par l'empereur vient rappeler à Landri son engagement à l'égard de Salmadrine. Au moment où Landri s'apprête à se mettre en route, il apprend que Pépin et sa suite ont été faits prisonniers par des païens, les Saisnes. Oubliant ses rancœurs, Landri réunit son armée et se porte au secours de Pépin. Les païens sont défaits ; Landri et Pépin se réconcilient. Landri part enfin, accompagné de Pépin, Doon et Olive. Ils sont reçus magnifiquement par l'empereur Alexandre. Les noces de Landri et de Salmadrine sont célébrées et les festivités durent un mois. Alexandre promet son empire à son gendre. Pépin, Doon et Olive prennent congé. Landri et Salmadrine auront des enfants qui furent de bons chevaliers et gouvernèrent Constantinople aussi bien que les terres héritées d'Olive[7].
Notes et références
modifier- ↑ Selon l'explicit du manuscrit de Londres.
- 1 2 Doon de la Roche, chanson de geste publiée par Paul Meyer et Gédéon Huet, Paris, Champion (Société des anciens textes français), 1921, p. VIII et suiv.
- ↑ Centro Virtual Cervantes : introduction, édition, fac-similé.
- ↑ Doon de la Roche, chanson de geste publiée par Paul Meyer et Gédéon Huet, Paris, Champion (Société des anciens textes français), 1921, p. LXV et suiv.
- ↑ Ferdinand Lot, Romania, XXXII (1902), p. 12.
- ↑ Le traître Tomile est dit oncle d'un autre traître plus connu, Ganelon.
- ↑ L'introduction de l'édition Meyer-Huet comprend une analyse détaillée, qui suit exactement le texte.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifierÉditions
modifier- Doon de la Roche, chanson de geste publiée par Paul Meyer et Gédéon Huet, Paris, Champion (Société des anciens textes français), 1921, [iv] + civ + 244 p. (en ligne).
- Doon de la Roche, chanson de geste de la fin du XIIe siècle, édition par Nathalie Reniers-Cossart, Paris, Champion (« Classiques français du Moyen Âge », 190), 2019, 320 p. (ISBN 9782745350596) Compte rendu de Gauthier Grüber, Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 2021 (en ligne).
Traduction en français moderne
modifier- Doon de la Roche, chanson de geste de la fin du XIIe siècle, traduction en français moderne de Nathalie Reniers-Cossart, Paris, Champion (« Traductions des classiques du Moyen Âge », 89), 2011, 192 p. (ISBN 9782745322081)
Études
modifier- (de) Walter Benary, « Über die Verknüpfung einiger französischer Epen und die Stellung des Doon de Laroche », Romanische Forschungen, 31, 1912, p. 303-394.
- (en) Kimberley Anne Campbell, “Doon de la Roche” and “Enrrique, fi de Oliva“: The Changing Face of Legend, Ph. D. diss., New York University, 1984, XII + 256 p.
- Jean Dufournet et Sara I. James, « Doon de la Roche », in Dictionnaire des lettres françaises : le Moyen Âge, éd. Geneviève Hasenohr et Michel Zink, Paris, Fayard, 1992, p. 389-390.
- Jean Subrenat, « Doon de la Roche, duc de Lorraine » in Lorraine vivante. Hommage à Jean Lanher. Littérature française, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1993, p. 209-215.
Liens externes
modifier- Ressource relative à la littérature :
- Base Jonas, de l'IRHT.