Drapeau rouge et noir
Le drapeau rouge et noir, aussi appelé drapeau anarcho-syndicaliste, rojinegro ou drapeau communiste libertaire et, plus récemment drapeau antifasciste, est l'un des symboles centraux du mouvement anarchiste et plus largement du mouvement ouvrier. Il est utilisé par des organisations anarcho-syndicalistes, socialistes libertaires, communistes libertaires et antifascistes.
| Drapeau rouge et noir | |
Drapeau rouge et noir de la CNT-FAI | |
| Utilisation | |
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| Caractéristiques | |
| Créateur | CNT-FAI |
| Création | 1er mai 1931 |
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Il associe la couleur du mouvement ouvrier (socialiste et syndicaliste) et celle de l’anarchisme et serait apparu pour la première fois le à Barcelone. Son utilisation fut ensuite propulsée à travers le monde par la renommée de la Révolution espagnole de 1936 [1].
Le drapeau rouge et noir est aujourd'hui utilisé en France notamment par la Confédération nationale du travail et l'Union communiste libertaire, la Fédération anarchiste s'en tenant au traditionnel drapeau noir.
Histoire
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À l'origine l'anarcho-syndicalisme
modifierLe développement du capitalisme voit la formation de plusieurs idéologies et mouvements politiques qui lui sont opposés, en particulier le socialisme dont appartient l'anarchisme[2]. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination, parmi lesquelles on trouve la domination économique, avec le développement du capitalisme[3]. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'institution permettant d'entériner un bon nombre de ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagande[4]. De manière générale, les anarchistes cherchent à mettre en place des sociétés horizontales, sans État, égalitaires et fondées sur la libre association[5].
Entre les années 1880 et les années 1900, de nombreux anarchistes rejoignent des syndicats, comme la CGT en France, et s'intègrent aux cercles syndicalistes révolutionnaires, un mouvement soutenant l'usage des syndicats pour mener la révolution sociale[6]. Face à des dynamiques réformistes dans les syndicats et à la faiblesse du syndicalisme révolutionnaire, certains anarchistes défendent une nouvelle tendance : l'anarcho-syndicalisme[6]. Cette tendance réunit des anarchistes souhaitant fonder des syndicats sur des bases explicitement libertaires, dans l'objectif d'éviter que ces syndicats ne deviennent réformistes au fil du temps et de mener une vraie révolution anarchiste[7],[8].
L'une des premières organisations de cette nature est la CNT-Espagnol, fondée en 1910 et qui adopte progressivement des positions anarcho-syndicalistes très marquées[8]. Dès 1919, elle compte environ 700,000 adhérents et est l'une des principales organisations révolutionnaires en Espagne[8]. Certaines anarchistes de la CNT fondent aussi l'organisation anarcha-féministe Mujeres Libres[9].
L'anarchisme en Espagne suit plusieurs évolutions au début du XXe siècle : plusieurs tendances se démarquent, dont une tendance anarcho-syndicaliste, qui rejoint des groupes utilisant du drapeau rouge comme le groupe Bandera Roja (Drapeau rouge) à Barcelone et une tendance anarchiste plus traditionnelle, opposée à l'entrée dans les syndicats et favorable à la propagande par le fait, qui recoupe un peu les lignes de la Fédération anarchiste ibérique (FAI), fondée en 1927, utilisant le drapeau noir anarchiste et se réunissant à Barcelone dans un groupe portant le nom de Bandera Negra (Drapeau noir)[10],[11]. Ces deux groupes s'unissent en 1923 mais sont interdits pendant la dictature de Primo de Rivera (1923-1930), ce qui impacte leur possibilité d'afficher des symboles communs[10],[11].
Le rojinegro
modifierGarcía Oliver et l'invention du drapeau rouge et noir
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En 1930, la situation en Espagne évolue quand la dictature de Primo de Rivera prend fin, suivie, l'année suivante, le , de la révolution espagnole - où les anarchistes participent activement - et qui met fin à la monarchie espagnole[12]. Quinze jours plus tard, pour le 1er mai 1931 qui doit se tenir à Barcelone, Juan García Oliver, une des figures notables de la CNT de cette période, décide de commander quatre drapeaux rouge et noir, divisés en leur milieu, et un drapeau noir anarchiste traditionnel représentant la FAI[10],[13].
Réfléchis comme une variation du drapeau noir anarchiste et du drapeau rouge du syndicalisme représentant l'union entre la CNT, principale organisation anarcho-syndicaliste en Espagne, dont certains groupes utilisent le drapeau rouge, et de la FAI, fédération anarchiste en Espagne, dont des groupes utilisent le drapeau noir traditionnel anarchiste.
Dans ses déclarations à ce propos, il paraît indiquer que le symbole existe déjà de manière clandestine quelques années auparavant[10].
Le drapeau de la CNT-FAI
modifierEn tous cas, l'usage du drapeau rouge et noir ou « rojinegro » laisse une forte impression sur les foules rassemblées ce jour-là, permettant de donner un symbole pour l'anarcho-syndicalisme et l'union des anarchistes en Espagne à cette période[10]. Il devient par la suite le symbole principal de la CNT-FAI, l'union entre la CNT et la FAI, qui l'arbore pendant toute la guerre civile, où ces organisations prennent un rôle majeur dans la lutte contre le fascisme et Franco[10].
L'influence de la CNT-FAI dans la lutte contre le fascisme, en particulier pendant la guerre civile espagnole, explique d'ailleurs comme ce symbole fini par gagner une portée plus large, au point qu'il en vient à être adopté par les antifascistes de manière générale.
Ce drapeau est le premier des drapeaux divisés anarchistes, composés du drapeau noir et d'une couleur supplémentaire - plusieurs autres tendances au sein du mouvement anarchiste adoptent ce mode de fonctionnement pour se représenter par la suite, comme l'anarcha-féminisme ou l'anarchisme queer.
Le drapeau rouge et noir
modifierTrès vite le drapeau rouge et noir est également devenue un symbole communiste libertaire. La synthèse anarcho-communiste engendrée par les disciples italiens de Mikhaïl Bakounine, Errico Malatesta et Carlo Cafiero, étant devenu le courant dominant de l’anarchisme international, beaucoup d'anarcho-syndicalistes, dont la CNT-FAI, finirent par se réclamer de l'idéologie communiste libertaire.
Après les anarchistes espagnols, se furent les mexicains qui se mirent à utiliser le drapeau rouge et noir, avant que ce symbole se répandant dans l'ensemble du mouvement communiste libertaire internationale, dans une tentative d'unir le drapeau rouge socialistes et syndicalistes au drapeau noir anarchiste. Un drapeau rouge et noir comme emblème d'un communisme intransigeant, qui ne se compromettra pas dans l'autoritarisme et l'étatisme[14].
Compris comme le drapeau représentant visuellement la synthèse entre anarchisme et communisme, nombreuses organisations communistes libertaires l'adoptèrent, en France on peut cité la FCL, l'OCL, le MCL, ainsi que l'UTCL et ses héritiers jusqu'à l'UCL[15]. A l'internationale, les organisations de l'anarchisme lutte des classes et organisé, proche du plateformisme et du spécifisme, utilisent massivement le drapeau rouge et noir afin de se distinguer des courants individualistes et synthésistes de l'anarchisme[16].
Versions précoces du drapeau rouge et noir
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Le rouge et le noir sont des couleurs fréquemment utilisées par les anarchistes dans leur histoire[10]. Dès l'apparition de ce mouvement et du drapeau noir anarchiste, des drapeaux rouge et noir sont fréquemment arborés ensemble, sans qu'il ne s'agisse pourtant du même drapeau[10]. Il est possible que certains anarchistes utilisent un drapeau rouge bordé de noir dans les décennies 1880-1900[10].
La première fois que le rouge et le noir seront arborés sur un même drapeau, se sera par la section italienne de l'Internationale anti-autoritaire de Bakounine lors d'une tentative d'insurrection dans la province de Bénévent en avril 1877. Un drapeau rosso e nero est en effet déployé sur la place principale de la ville de Letino. Après leur arrestation, on trouva parmi leur matériel des drapeaux et des cocardes à ces deux couleurs[17].
Nous n'avons aujourd'hui aucune trace de ces premiers drapeaux, mais selon une indication tiré d'un poème de Pietro Gori, il s'agirait non pas d'un drapeau rouge et noir scindé en diagonale, mais plutôt d'un drapeau rouge bordé de noir.
Pendant la révolution mexicaine, des anarchistes y arborent un drapeau rouge et noir composé de bandes horizontales, et à partir des années 1910, ce genre d'associations paraît se multiplier, en particulier chez les anarcho-syndicalistes[10].
Postérité
modifierSymbole antifasciste
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Le drapeau anarcho-syndicaliste nouvellement créé, qui est utilisé de manière abondante par la CNT-FAI, laisse une trace importante dans la mémoire de l'extrême gauche et devient un des symboles privilégiés du mouvement antifasciste[13],[18],[19]. Une variante, de même signification que le drapeau rouge et noir, est l’entremêlement de drapeaux rouge et noir, retenu par de nombreux antifascistes, mais également par les anarchistes du réseau No Pasaran ou les autonomes d’Action antifasciste[15].
Drapeaux anarchistes divisés
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Le drapeau rouge et noir est le premier des drapeaux divisés anarchistes, composés du drapeau noir et d'une couleur supplémentaire - par la suite plusieurs autres tendances au sein du mouvement anarchiste adoptent ce mode de découpage en choisissant d'autres couleurs pour se représente, comme l'anarcha-féminisme, l'écologie libertaire ou l'anarchisme queer. Des symboles qui apparaissent au moins depuis le début des années 2010[20].
Références
modifier- ↑ Miguel Chueca et Guillaume Davranche, « Sur les origines du drapeau rouge et noir », Alternative libertaire, (lire en ligne)
- ↑ Berthier 2015, p. III.
- ↑ Jourdain 2013, p. 13-15.
- ↑ Ward 2004, p. 26-33.
- ↑ Baker 2023, p. 78.
- 1 2 Baker 2023, p. 255-277.
- ↑ Baker 2023, p. 279-286.
- 1 2 3 Baker 2023, p. 210-230.
- ↑ Baker 2023, p. 293.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 « Les origines du drapeau rouge et noir anarchosyndicaliste », sur CNT - AIT, (consulté le )
- 1 2 García Oliver 1978, p. 997.
- ↑ Dominique Vidal, « En Espagne, de la révolution sociale à la guerre civile », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
- 1 2 Miguel Chueca et Guillaume Davranche, « Sur les origines du drapeau rouge et noir », Alternative libertaire, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Sandino's Communism: Spiritual Politics for the Twenty-First Century 9780292716032 », sur dokumen.pub (consulté le )
- 1 2 Philippe Buton, « L’iconographie révolutionnaire en mutation », Cultures & Conflits, nos 91/92, 2013/déc./31, p. 31–44 (ISSN 1157-996X, DOI 10.4000/conflits.18777, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « UCL - Union communiste libertaire », sur www.unioncommunistelibertaire.org (consulté le )
- ↑ Guillaume Davranche, « https://www.unioncommunistelibertaire.org/Histoire-sur-les-origines-du-drapeau-rouge-et-noir », Alternative libertaire, no 159, (lire en ligne
) - ↑ (en) « Antifa’s complex origins: 'Terrorism' or anti-fascism | The Jerusalem Post », sur The Jerusalem Post | JPost.com, (consulté le )
- ↑ (en) « Social Revolution and Civil War in Spain », sur The National WWII Museum | New Orleans, (consulté le )
- ↑ « Anarcha-Feminism », sur www.crwflags.com (consulté le )
Bibliographie
modifier- Zoe Baker, Means and Ends: The Revolutionary Practice of Anarchism in Europe and the United States, Edinbourg, AK Press, (ISBN 978-1-84935-498-1)
- René Berthier, La fin de la première Internationale, Paris, Monde Libertaire, (ISBN 978-2915514636)
- (es) Juan García Oliver, El eco de los pasos. El anarcosindicalismo...en la calle, ...en el Comité de Milicias, ...en el gobierno, ...en el exilio, Paris, Ruedo Ibérico, (ISBN 84-85361-06-7, lire en ligne)
- Édouard Jourdain, L'anarchisme, Paris, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-9091-8)
- (en) Colin Ward, Anarchism: A Very Short Introduction, Oxford, Oxford University Press (OUP),
- Guillaume Davranche, "Histoire : sur les origines du drapeau rouge et noir", Alternative libertaire, n°159, février 2007 (lire en ligne).