Droits LGBT en Malaisie

Les droits des personnes LGBTQ en Malaisie ne sont pas les mêmes que ceux du reste de la population. Sous l'influence profonde de l'islam et d'anciennes lois coloniales britanniques, les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe sont illégales. Les personnes LGBT de Malaisie ont souvent été vues comme immorales et traitées comme des déviants et des criminels. Une organisation gay nationale existe cependant.

Droits LGBT en Malaisie
Image illustrative de l'article Droits LGBT en Malaisie
Localisation de la Malaisie.
Légalité des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe  Non
Sanction  20 ans de prison avec ou sans une amende et des coups de fouet
Protection contre les discriminations  Non
Identité de genre  Non
Service militaire  Non
Partenariat  Non
Mariage  Non
Adoption  Non

Lois sur les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe

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La section 377 du code pénal interdit la sodomie hétérosexuelle et entre hommes par des châtiments de vingt ans de prison ou par des amendes et des coups de fouet. La section 337a interdit de manière plus précise les actes d'« outrage à la pudeur avec un autre homme » puni d'un ou deux ans de prison[1]. Le travestissement en public est aussi un crime poursuivi par les lois contre l'immoralité publique.

Par exemple, en 1998, quarante-cinq travestis musulmans furent accusés de s'habiller en femmes et poursuivis, et vingt-deux personnes transgenres ont encouru des amendes et des peines de prison similaires en 1999[2].

En , trois femmes transgenres de l'État de Negeri Sembilan, arrêtées pour travestissement en vertu de la charia, ont obtenu gain de cause en appel devant la Cour d'appel (en). Cette dernière a invalidé la loi relative au vêtement des personnes souffrant de dysphorie de genre. En raison de l'absence de toute mention de la dysphorie de genre et du manque de preuves médicales étayant l'affirmation d'un conseiller juridique de l'État selon laquelle les personnes transgenres étaient atteintes de troubles mentaux, la Cour a déclaré à l'unanimité la loi de la charia interdisant le travestissement nulle et non avenue, la jugeant contraire au droit constitutionnel à la « liberté d'expression, de circulation et au droit de vivre dans la dignité et l'égalité »[3]. Le , la Federal Court of Malaysia (en) a cassé le jugement pour vice de procédure. La Cour a estimé que les trois femmes auraient dû obtenir l'autorisation d'un juge de la Cour fédérale avant d'engager leur recours constitutionnel. Bien qu'un juge de la Haute Cour ait accordé cette autorisation en , la Cour fédérale a jugé que cette décision était erronée[4],[5].

En , la Haute Cour de Kuala Lumpur a ordonné au Département national de l'état civil (NRD) de mettre à jour les informations figurant sur la carte d'identité d'un homme transgenre afin de mieux refléter son identité de genre et le nom qu'il a choisi. Le juge a fait valoir que « le plaignant possède un droit constitutionnel fondamental à la vie en vertu de l'article 5(1) de la Constitution fédérale, et que la notion de vie au sens de l'article 5 doit nécessairement englober le droit du plaignant de vivre dans la dignité en tant qu'homme et d'être légalement reconnu comme tel par la justice »[6],[7]. En 2017, ce jugement a été cassé en appel[8].

Les législateurs d'État peuvent mettre en place des lois fédérales qui ne s'appliquent qu'aux malaysiens musulmans. Depuis 1993, l'État de Kelantan punit donc de mort la sodomie. En 2002, l'État de Terengganu a adopté un système légal semblable[9].

Droits civiques

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Il n'existe aucune loi pour interdire la discrimination en raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre. On estime que plusieurs personnes transgenres sont forcées de se prostituer pour vivre.

Au début des années 1990, un groupe appelé le Triangle Rose Malaisie (Pink Triangle Malaysia) est créé pour « apporter des informations sur le HIV/sida, faire de la prévention, soutenir des programmes de prise de conscience de la sexualité à destination des communautés vulnérables de Malaisie ».

En 1994, le gouvernement a interdit quiconque était gay, lesbienne, bisexuel ou transgenre d'apparaître dans les médias contrôlés par l'État[2].

Un « Mouvement volontaire anti-homosexuel du peuple » créé en 1998 fait pression pour promouvoir des lois plus strictes contre l'homosexualité, et fait partie du parti politique longtemps en place, l'United Malays National Organisation (UMNO)[10].

En 2001, le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad déclare que son pays expulserait à l'avenir tout ministre ou diplomate LGBT issu d'un pays étranger[11]. Il avertit aussi les ministres gays de pays étrangers de ne pas amener avec eux leur partenaire lors de leur visite en Malaisie[12]. Sa fille, Marina Mahathir, pour sa part, appelle à la fin des discriminations en raison de l'orientation sexuelle[13].

En 2005, le chef de la Marine royale de Malaisie (Royal Malaysian Navy) Mohd Anwar Mohd Nor a affirmé que la Marine n'accepterait jamais des LGBT[14].

En 2017, le ministère de la Santé malaisien organise un concours de vidéos de propagande contre l’homosexualité.

En , le gouvernement publie des consignes demandant aux organisateurs de concert de couper le courant en cas d'incident durant une performance, à la suite du baiser sur scène entre le chanteur Matty Healy et le bassiste Ross MacDonald du groupe The 1975 le [15].

Najib Razak

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Najib Razak.

Dans deux discours prononcés les et devant des groupes musulmans, Najib Razak a décrit les homosexuels comme relevant d'une « culture déviante » qui n'avait pas sa place en Malaisie. En décembre de la même année, Human Rights Watch a dénoncé les remarques de Najib Razak, affirmant que ses « actions contre les personnes LGBT sont une contradiction flagrante avec son profil autoproclamé de leader mondial modéré ». Ces actions comprennent la fermeture d'un festival de la diversité sexuelle en et d'un programme gouvernemental visant à former les gens à « convertir les homosexuels »[16].

S'exprimant lors d'un séminaire islamique international à Selangor en , Najib Razak a soutenu que la Malaisie ne devrait pas soutenir davantage les droits des LGBT. Il a également souligné qu'en tant que pays à majorité musulmane, le gouvernement promet de faire tout ce qu'il peut pour sauvegarder et défendre les droits de l'homme, mais seulement s'ils n'entrent pas en conflit avec les enseignements islamiques. La Malaisie ne peut plus défendre des « droits de l'homme plus extrêmes » tels que les droits des homosexuels, des lesbiennes et des transgenres. Les organisations internationales de défense des droits de l'homme ont critiqué Najib Razak et l'ont mis au défi de se retirer des Nations unies s'il ne prenait pas au sérieux les questions relatives aux droits de l'homme et ne les défendait pas[17].

Affaire Anwar Ibrahim

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En 1998, l'homme politique Anwar Ibrahim est accusé, entre autres crimes politiques, de sodomie entre hommes. En 2000, il est condamné à neuf ans de prison pour avoir eu des relations anales avec son chauffeur de 19 ans et son ancien directeur de cabinet. Malgré des protestations nationales et internationales, il n'a pas été relâché avant d'avoir purgé quatre années de sa peine, en 2004, quand la Cour fédérale de Malaisie l'a acquitté de toutes les accusations[18].

Après sa libération, Anwar a déclaré qu'il fallait que les lois criminelles nationales contre l'homosexualité soient réformées pour protéger les droits à la vie privée de tout adulte consentant, bien qu'il ait ajouté que le mariage entre personnes de même sexe « allait un peu trop loin »[19].

En 2007, l'ancien premier ministre Mahathir Mohamad a répondu à une plainte portée par Anwar en affirmant qu'un homosexuel ne devrait pas diriger la Malaisie et qu'il savait qu'Anwar était homosexuel parce que son chauffeur et un membre de son cabinet avaient témoigné devant la cour qu'ils avaient eu des relations sexuelles avec lui[20].

En , Anwar est de nouveau arrêté, accusé de sodomie avec un ancien assistant. L'arrestation a eu lieu peu de temps après l'annonce par Anwar qu'il était en position de défier la coalition gouvernementale après les succès de l'opposition aux élections de mai[21]. Cependant, il est relâché sur parole et gagne la campagne pour son ancien siège au Parlement, où il menait l'opposition.

Mais le , un tribunal malaisien annula l'acquittement dont il avait bénéficié en se prononçant en faveur du gouvernement qui avait fait appel de la décision de non lieu. Sa condamnation à cinq ans de prison fut confirmée par la Cour fédérale le [22].

VIH/sida

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Étant donné que les premiers cas officiels de SIDA ont été reportés en Malaisie en 1985, le gouvernement a été poussé à promouvoir des campagnes d'éducation et de prévention après que des experts eurent émis l'hypothèse que le nombre de Malaisiens touchés par le VIH serait de 300 000 en 2015[23].

En 2006, le gouvernement a lancé une nouvelle campagne publique qui inclut des programmes de thérapie et de renouvellement des seringues pour les usagers de drogues, et des médicaments gratuitement fournis par les cliniques du gouvernement[23]. Cependant, les discussions publiques sur la sexualité demeurent un sujet tabou. En 2007, il a été interdit au ministère de la santé malaisien de soutenir l'usage de préservatifs pour prévenir la transmission de la maladie, sous le prétexte qu'une telle campagne conduirait à considérer que le gouvernement soutenait les relations sexuelles en dehors du mariage[24].

Notes et références

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  1. (en) Malaisie sur le site Sodomylaws.Org
  2. 1 2 (en) « HUMAN RIGHTS COMMISSION - Malaysia: "In This Country, An Accusation of Sodomy Is Defamation of Character" », sur luclebelge.skynetblogs.be (consulté le )
  3. (en) admin-s, « Negri lost transgender case over failure to argue medical issue, says court », sur Malaysia Today, (consulté le )
  4. (en) « Malaysia: Court Ruling Sets Back Transgender Rights », sur Human Rights Watch, (consulté le )
  5. (en) « Malaysian Court Reverses Transgender Legal Victory », BuzzFeed News, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  6. (en) « SAMAN PEMULA NO: 24NCVC-1306-08 /2015 » [PDF], sur justiceforsisters
  7. (en-US) Colin Stewart, « Good news from Malaysia, Namibia, Ukraine », (consulté le )
  8. (en) MELATI A. JALIL, « NRD wins appeal bid to stop transgender from changing IC details », sur Malay Mail, (consulté le )
  9. (en) Malaysian State Legislature Passes Bill on Strict Islamic Criminal Code sur le site Sodomylaws.Org
  10. (en) « Malaysian Group Launches Antigay Movement », sur www.sodomylaws.org (consulté le )
  11. (en) Malaysia Won't Welcome Gay Officials sur le site Sodomylaws.Org
  12. (en) « Gay ministers barred, Malaysia tells UK », sur BBC news (consulté le )
  13. (en) « World: Asia-Pacific, PM's daughter slams Malaysian anti-gay group », sur BBC news (consulté le )
  14. (en) No Homosexuals in Malaysian Navy, Says Chief sur le site Sodomylaws.Org
  15. (en) Emily Chudy, « The 1975’s Kuala Lumpur kiss results in ‘kill switch’ order at future Malaysia shows », PinkNews, (lire en ligne, consulté le )
  16. (en) « Letter to Prime Minister Dato' Sri Mohammed Najib bin Tun Abdul Razak regarding discriminatory LGBT rights policy. », sur Human Rights Watch,
  17. (en) Yap Tzu Ging, « Quit UN if not keen to defend human rights for all, watchdog tells Putrajaya », sur www.malaymail.com,
  18. (en) Malaysia's Anwar Ibrahim Set Free sur le site Sodomylaws.Org
  19. (en) Anwar Seeks Privacy Provision in Malaysia Gay Laws sur le site Sodomylaws.Org
  20. (en) « Former PM says gays should not rule mostly Muslim Malaysia », sur Advocate.com (consulté le )
  21. (en) « Malaysia's Anwar Ibrahim arrested », sur BBC news (consulté le )
  22. Arnaud Vaulerin, « Malaisie : un opposant condamné à cinq ans de prison pour sodomie », Libération, (lire en ligne)
  23. 1 2 (en) HIV infections in Malaysia could surge to 300,000 by 2015, official warns - International Herald Tribune
  24. (en) HIV/AIDS | Malaysia Health Ministry Cannot Promote Condom Use To Prevent Spread of HIV, Official Says - GlobalHealthReporting.org<

Voir aussi

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