Détrempe

peinture dont les pigments sont liés par émulsions en solution aqueuse

La détrempe est un tableau peint dont les pigments sont liés par des colles restant solubles à l'eau après séchage.

Pietà, de Pedro Berruguete, exécutée à la détrempe sur bois vers 1480 (Museo Nacional de Escultura de Valladolid)

Formes techniques proches

modifier

L'aquarelle et la gouache sont deux détrempes dont la gomme arabique est le liant.

La détrempe se distingue, d'une part, de la tempera, peinture à base d’œuf, et, d'autre part, de la « peinture à la colle », dont les liants deviennent insolubles après séchage (gélatine, caséine).

La détrempe est par exemple la technique utilisée par les peintres néolithiques. Elle est la base de la peinture chinoise, de la fresque, de l'enluminure.

Préparation

modifier

La détrempe permet de peindre avec une grande finesse mais elle sèche rapidement. Le repentir n'est pas possible, la toile doit être soigneusement préparée, le plus souvent par l’appliquer de fines couches superposées, parfois par le tracé de hachures très fines — un peu à la manière dont on utilise les crayons de couleur.

La détrempe monochrome a souvent servi de fond pour les peintures à l’huile.

Histoire

modifier

La détrempe est, en Europe, la technique prépondérante jusqu'à l’apparition de la peinture à l’huile.

En Flandre

modifier

Au XVIe siècle, la Flandre se fait une spécialité de grandes peintures à la détrempe qui tendent à remplacer les coûteuses tapisseries. Ce sont des œuvres décoratives peintes sur toile et destinées, tout comme les tapisseries, à la décoration d’intérieurs bourgeois.

Des peintres comme Pierre Bruegel l'Ancien ou Jacob Jordaens pratiquèrent cet art, et parmi leurs émules, Matthieu et Jérôme Cock, Pierre Boon, Jan de Hollander, Jean Bol, Corneille van Dalen, Michel de Gast, Jean et Paul Vredeman de Vries, peintres de paysages et de perspectives urbaines relevant de l'école d'Anvers.

Le genre connut une très grande vogue et fut même industrialisé selon le système du « travail à la chaîne ». Les grands centres en furent Courtrai et surtout Malines, ville qui compta près de 150 ateliers pratiquant la peinture à la détrempe vers les années 1535-1540.

En raison de leur extrême fragilité, presque toutes ces peintures ont disparu au cours des siècles, de sorte que l'on ne peut plus guère citer que quelques œuvres relevant de cette industrie d'art spécifiquement flamande, notamment L'Adoration des mages (1556), Le Misanthrope (1568) et La Parabole des aveugles (1568) de Pierre Bruegel l'Ancien.

Tüchlein

modifier

Composé d'une « fine toile de lin et de couleurs à l'eau », le tableau de Pierre Bruegel l'Ancien est l'un des rares exemples de peinture exécutée à la détrempe sur une fine toile de lin non préparée (Tüchlein), qui soient parvenus jusqu'à nous depuis les XVe et XVIe siècles pendant lesquels cette technique a surtout été utilisée. La rareté des peintures de ce type (probablement due à leur fragilité) et le peu de mentions qui en sont faites dans la littérature ne signifient pas qu'elles étaient peu courantes à l'époque. Certains parmi les plus grands peintres ont eu recours à cette technique : ainsi les deux célèbres toiles signées de Bruegel à la Galerie nationale de Naples La Parabole des Aveugles et le Misanthrope (emportés en Italie, ils furent probablement sauvés des moisissures), le Dresdener Altar d'Albrecht Dürer et les têtes d'Apôtres du même artiste à la Galerie des Offices, ainsi que plusieurs œuvres de primitifs flamands, telles la Mise au tombeau de Thierry Bouts à la National Gallery de Londres, la Déploration de Hugo Van der Goes de la Galerie Wildenstein à New York, La Vierge à l'Enfant du même artiste au Musée Malaspina de Pavie, L'Adoration des Mages de Juste de Gand au Metropolitan Museum de New York.

Ces détrempes ont en commun un aspect clair et mat, provenant notamment de la faible teneur en liant de la matière picturale. Le pouvoir d'absorption de la toile, sa couleur et l'absence de préparation blanche excluent les effets de transparence caractéristiques de la peinture flamande sur panneau préparé. La toile est ici souvent employée comme ton de base ou demi-ton.

Mise à part cette différence essentielle, tout le registre des moyens picturaux est possible : les tons plats couvrants, les modelés fondus ou hachurés, les traits de pinceau précis, les empâtements.

Galerie

modifier

Bibliographie

modifier
  • Ray Smith, Le manuel de l’artiste, Paris, Bordas, 1989
  • M. Eemans, La Peinture Flamande de la Renaissance aux Pays-Bas, 1968
  • Albert Philippot, Nicole Goetghebeur et Regine Guislain-Wittermann, Traitement d'un Tuchlein au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles, 1969