Les Eeyous, aussi nommés avec les exonymes Cris de l'Est, Cris de la baie James ou Cris du Québec, sont une nation algonquienne d'Amérique du Nord. Les terres ancestrales des Eeyous sont nommées Eeyou Istchee.

Eeyous de Chisasibi, à la baie James.

Étymologie et usage de l'endonyme

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Selon le linguiste Gabriel Martin, l'endonyme « Eeyou provient de l'étymon iiyiyuu (qu’on peut aussi transcrire ᐄᔨᔫ ou īyiyū), à rattacher au protoalgonquien *elenyiwa ou *erenyiwa, une racine lointaine qui signifie "être humain"[1] ». Il considère que la graphie du mot a été adaptée en Eeyou sous l'influence de l'anglais[1].

L'usage de l'endonyme Eeyou en français est relativement récent. Une des premières attestations claires du mot remonte à 2010 et se trouve dans le périodique canadien Le Devoir[1]. Absent du Petit Larousse, le mot fait son apparition en mai 2026, dans les dictionnaires Le Robert[2]. En français, Eeyou se prononce [iju], c'est-à-dire iyou[3].

En français, le nom peut, au choix, varier en nombre et s'écrire (les) Eeyous, demeurer invariable au pluriel et s'écrire (les) Eeyou, ou bien emprunter la forme plurielle étymologique (les) Eeyouch[2]. De même, au féminin, le nom peut prendre la marque de flexion et s'écrire (une) Eeyoue ou bien demeure invariable et s'écrire (une) Eeyou[2].

On relève aussi une variante Eenou, qui devient Eenouch au pluriel[4],[5].

En français québécois, les Eeyous sont parfois appelés Cris, notamment par les allochtones[6], mais les deux termes ne sont pas véritablement des synonymes : le mot Cri a un sens général et désigne plusieurs peuples apparentés, mais distincts, répartis sur le continent [7], alors que le mot Eeyou désigne une nation en particulier[1]. Selon l'aîné Philip Awashish, le mot Cri n'est pas utilisé dans la langue eeyoue, qui n'a pas de r[1].

Histoire

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Le premier contact entre les Européens et les Eeyous date du XVIIe siècle en 1610 avec l'explorateur Henry Hudson. En 1670, ils commencent à faire le commerce de la fourrure avec la Compagnie de la Baie d'Hudson, commerce dont ils avaient le monopole sur plus de 13 kilomètres[8]. À partir du XVIIe siècle, cette région est le théâtre d'un important commerce des fourrures et de l'évangélisation des résidents.

Au milieu du XXe siècle, avec le déclin de la traite des fourrures, les Eeyous n'eurent d'autres choix que de se sédentariser. Depuis le début des années 1970, de grands projets de centrales hydroélectriques d'Hydro-Québec vinrent perturber de façon importante la vie des communautés eeyoues et a grandement affecté leur territoire. Le Grand Conseil des Cris signe en 1975, avec Hydro-Québec et les gouvernements du Québec et du Canada, la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ) et en 2002, la Paix des Braves[9]. Ces deux traités de l'ère moderne accordent aux Eeyous un certain nombre de droits et de pouvoirs ainsi que des compensations pour la perte de territoire et pour l'abandon de certaines activités traditionnelles.

Les Eeyous résident aujourd'hui dans plusieurs communautés, dites « terre réservée crie », comme celles de Chisasibi, Eastmain, Mistissini, Nemaska, Oujé-Bougoumou, Waskaganish, Wemindji et Waswanipi.

Langues

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La population d'Eeyou Istchee parle largement l'eeyou[2], une langue algonquienne aussi nommée cri de l'Est[7] (d'après l'anglais : East Cree).

L'eeyou a deux principaux dialectes : celui du nord et celui du sud. L'eeyou du nord est l'iiyiyuu ayimuun (ᐄᔨᔫ ᐊᔨᒨᓐ ou īyiyū ayimūn) et l'eeyou du sud est l'iinuu ayimuun (ᐄᓅ ᐊᔨᒨᓐ ou īnū ayimūn). Le gouvernement du Québec utilise parfois le nom iiyiyuu (ayimuun)[10] pour référer indistinctement aux différentes variétés d'eeyou.

Les Eeyous, puisqu'ils sont en contact avec la population allochtone du Canada, ont fréquemment l'anglais et le français comme langue seconde, le français étant surtout parlé par les plus jeunes locuteurs[10].

Une traduction crie de la Bible datant de 1876.

Gouvernance, communautés et populations

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Les Eeyous forment une nation distincte, dont la gouvernance est assurée par le Grand Conseil des Cris et l'Administration régionale crie ; depuis 2021, Mandy Gull-Masty en est la Grande chef.

La nation eeyoue est répartie en neuf communautés situées en Eeyou Istchee, soit cinq communautés au long du littoral est de la baie James, Chisasibi, Eastmain, Waskaganish, Wemindji et Whapmagoostui et quatre communautés à l'intérieur des terres, Mistissini, Nemaska, Oujé-Bougoumou et Waswanipi[11],[12].

Plusieurs Eeyous entrevoient la possibilité que soit fondée une autre nation eeyoue, celle de Washaw Sibi, dont le territoire est contesté vu son partage historique avec celui de la nation algonquine de Pikogan[13]. Le Grand Conseil des Cris reconnaît Washaw Sibi comme dixième communauté, malgré l'absence de village à proprement parler[14].

Les Eeyous étaient 5 000 en 1812[15], et 20 000 à la fin du XIXe siècle[16].

Population des Eeyous du Québec en 2007[17]
Communautés Total Résidents Non-résidents
Chisasibi 3 813 3 681 132
Eastmain 656 620 36
Mistissini 3 982 3 441 541
Nemaska 623 608 15
Oujé-Bougoumou 650 * inconnu inconnu
Waskaganish 2 396 2 017 379
Waswanipi 1 790 1 386 404
Wemindji 1 361 1 248 113
Whapmagoostui 821 811 10
Population totale 15 442 13 812 1 630
* données de 2004

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 « Vous avez dit Eeyou ? - Journal de rue », sur https://www.jdrestrie.ca/ (consulté le )
  2. 1 2 3 4 « eeyou - Définitions, synonymes, prononciation, exemples », sur Dico en ligne Le Robert (consulté le )
  3. Le Robert Junior illustré, édition canadienne, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2026, p. 385, article « eeyou ».
  4. David Denton et Dario Izaguirre, « Avant les inondations : archéologie communautaire et projets hydroélectriques des années 2000 à Eeyou Istchee Baie-James », Recherches amérindiennes au Québec, vol. 48, no 3, , p. 57–80 (ISSN 0318-4137 et 1923-5151, DOI 10.7202/1062134ar, lire en ligne, consulté le )
  5. « La Fondation communautaire Eenou-Eeyou », sur La Fondation communautaire Eenou-Eeyou (consulté le )
  6. « cri2 », Usito, Université de Sherbrooke (consulté le )
  7. 1 2 « cri - Définitions, synonymes, prononciation, exemples », sur Dico en ligne Le Robert (consulté le )
  8. « Cri », sur thecanadianencyclopedia.ca (consulté le )
  9. Denise Gaudreault, Amérindiens et Inuits : Portrait des nations autochtones du Québec, pp. 22-23.
  10. 1 2 Gouvernement du Québec, « Cris (Eeyou) », (consulté le )
  11. « Les communautés autochtones - ppt video online télécharger », sur slideplayer.fr (consulté le ).
  12. « Les Cris », sur autochtones.gouv.qc.ca (consulté le ).
  13. David Lessard, « Émergence : le cas des Eeyouch de Washaw Sibi », Recherches amérindiennes au Québec, vol. 45, no 1, , p. 29–38 (ISSN 0318-4137 et 1923-5151, DOI 10.7202/1035162ar, lire en ligne, consulté le )
  14. (en-US) « Washaw Sibi », sur The Grand Council of the Crees (Eeyou Istchee) (consulté le )
  15. (en) Alphabetical Enumeration of the Indian Tribes and Nations - Native American Nations
  16. Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Eeyous » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, (lire sur Wikisource).
  17. Populations indienne et inuite au Québec au 31 décembre 2007 - Affaires indiennes et du Nord Canada (Région du Québec) (voir archive)

Voir aussi

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