Egeion
Egeion, également attesté sous les formes Ageio et Ageion, est une divinité indigène de l'ancienne Aquitaine connue par plusieurs inscriptions de l'époque gallo-romaine, principalement dans les Baronnies, dans les Hautes-Pyrénées, ainsi que dans la vallée de la Neste. Le théonyme apparaît notamment sous les formes Ageio deo et Ageioni deo, tandis qu'une inscription de Baudéan associe la divinité aux montagnes dans la formule MONTIBVS AGEIONI.
| Egeion | |
| Religion aquitaine | |
|---|---|
« AGEIO DEO / PAGANI / FERRARIENSES / EX VOTO » « Au dieu Ageio, les Pagani Ferrarienses, en accomplissement de leur vœu. » | |
| Caractéristiques | |
| Autre(s) nom(s) | Ageio, Ageion, Ageionis, Ageioni |
| Nom aquitain | Egeion |
| Fonction principale | Divinité locale des Baronnies |
| Fonction secondaire | Divinité associée aux montagnes et à la métallurgie du fer |
| Représentation | Inconnue |
| Lieu d'origine | Baronnies |
| Période d'origine | Antiquité romaine |
| Groupe divin | Divinité aquitaine |
| Culte | |
| Région de culte | Hautes-Pyrénées, Baronnies, vallée de la Neste |
| Mentionné dans | Plusieurs autels votifs découverts à Asque, Baudéan, Esparros, Hèches et Montégut |
| Symboles | |
| Attribut(s) | Inconnus |
| modifier |
|
Le culte d'Ageio semble avoir possédé une forte dimension locale. Plusieurs inscriptions provenant des Baronnies montrent que la divinité était honorée par des communautés ou des particuliers, et l'une d'elles associe explicitement Ageio aux pagani Ferrarienses, c'est-à-dire à une communauté dont le nom est généralement interprété comme faisant référence au travail du fer. Cette documentation a conduit à rapprocher Ageio des activités de métallurgie du fer pratiquées dans les Hautes Baronnies à l'époque romaine.
Inscriptions
modifierLe théonyme est attesté par plusieurs autels votifs découverts dans les Hautes-Pyrénées. Les principales inscriptions connues sont les suivantes[1].
À Asque, dans les Baronnies, un autel porte la dédicace :
« AGEIO DEO / PAGANI / FERRARIENSES / EX VOTO »
— « Au dieu Ageio, les Pagani Ferrarienses, en accomplissement de leur vœu. »
Cette dédicace est particulièrement importante pour l'interprétation du culte d'Ageio, puisqu'elle associe explicitement le dieu aux pagani Ferrarienses. L'étude archéologique des Hautes Baronnies a permis de mettre en relation ce pagus ferrariensis avec la zone antique d'exploitation et de transformation du fer[1].
Une seconde inscription découverte à Asque conserve :
« DEO [A]GE[I]ONI [P]AVLINI [... T]AVRINI / V(OTVM) S(OLVERVNT) L(IBENTES) M(ERITO) »
— « Au dieu Ageion, Paulinus [...] Taurinus se sont acquittés de leur vœu, de bon gré, comme il se doit. »
Une troisième dédicace du même lieu porte :
« AGEIONI DEO LABVSIVS / V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO) »
— « Au dieu Ageion, Labusius s'est acquitté de son vœu, de bon gré, comme il se doit. »
Les attestations d'Asque montrent ainsi la coexistence des formes Ageio et Ageioni dans les dédicaces votives consacrées à cette divinité[1]. Le corpus établi par Joaquín Gorrochategui et José Luis Ramírez Sádaba répertorie également ces formes parmi les témoignages des divinités indigènes aquitaines[2]
À Baudéan, une inscription associe explicitement Ageion aux montagnes :
« MONTIBVS AGEIONI / METEL[LINA] QV[INTI] [F(ILIA)] EX V(OTO) [V(OTVM)] S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO) »
— « Aux montagnes d'Ageion, Metellina, fille de Quintus, en accomplissement de son vœu, s'est acquittée de son vœu, de bon gré, comme il se doit. »
Cette inscription constitue l'une des principales attestations permettant de rapprocher Ageion du domaine montagnard. L'association du théonyme aux montes est également relevée dans les synthèses consacrées à la religion des populations aquitaines des Pyrénées[2].
La lecture et l'interprétation grammaticale de l'inscription ont toutefois fait l'objet de discussions. Il convient donc de retenir avec prudence l'interprétation exacte de la relation entre Montibus et Ageioni, tout en constatant que l'inscription établit bien une association entre Ageion et les montagnes[1].
À Esparros, au sanctuaire de la Coume des Arés, le culte d'Ageion est attesté par un autel votif dédié par Sembus :
« DEO / AGEIO[NI] / SEMB[VS] / V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO) »
— « Au dieu Ageion, Sembus s'est acquitté de son vœu, de bon gré, comme il se doit[3]. »
Cet autel est particulièrement intéressant dans la mesure où il est également attesté dans le sanctuaire de montagne de la Coume des Arés. Jean-Luc Schenck-David identifie en effet Ageion comme la divinité célébrée dans ce sanctuaire, où un autel porte une dédicace de Sembus au dieu[3]
À Hèches, dans le hameau de Rebouc, une autre inscription conserve la formule :
« DEO ACEIONI BASSARI[---] »
— « Au dieu Ageion, Bassari[---]. »
La lecture ACEIONI est celle transmise par le corpus épigraphique, tandis que les travaux consacrés à la religion pyrénéenne rapprochent cette inscription des attestations d'Ageio et d'Ageioni[2]. La suite Bassari[---] a également suscité des rapprochements avec la montagne de Bassia, mais cette interprétation doit rester présentée comme une hypothèse et non comme une identification certaine[4].
Enfin, à Montégut, dans la vallée de la Neste, un autel porte :
« AGEIONI DEO / ANTONIVS VINDEMIALIS / EX VOTO PO[SVIT] »
— « Au dieu Ageion, Antonius Vindemialis, en accomplissement de son vœu, l'a posé. »
Cette inscription est répertoriée comme une nouvelle attestation du culte d'Ageion dans la vallée de la Neste[2]. Le même dédicant, Antonius Vindemialis, est par ailleurs connu par une autre inscription consacrée à Jupiter, ce qui a conduit certains travaux à examiner les rapports possibles entre le culte d'Ageion et celui des divinités romaines dans la région[4].
Les inscriptions actuellement connues montrent ainsi que le culte d'Ageion était attesté dans plusieurs localités des Hautes-Pyrénées, notamment dans les Baronnies et la vallée de la Neste. Les données disponibles permettent surtout de mettre en évidence deux caractéristiques : son implantation dans un environnement montagnard et son association, au moins à Asque, avec une communauté liée à l'exploitation du fer[1]. Cette association avec les montagnes et les ressources du territoire est également relevée dans les travaux en langue basque consacrés à l'ancienne langue aquitaine et aux divinités pyrénéennes[5].
Théonyme
modifierLa forme Egeion est une forme moderne du nom de la divinité, également transcrit Ageio ou Ageion. Les inscriptions livrent principalement les formes Ageio et Ageioni dans des dédicaces latines. La forme originale du théonyme, notamment son nominatif, demeure discutée[2].
L'étymologie du théonyme reste incertaine et aucune signification assurée en aquitain ne peut être proposée. Les rapprochements linguistiques demeurent donc hypothétiques. La coexistence des formes Ageio, Ageion, Ageioni et Egeion doit être interprétée avec prudence. La tradition épigraphique a notamment proposé Ageio comme forme de base du nom, mais cette interprétation reste discutée[6].
Culte
modifierLe culte d'Ageio est principalement documenté dans les Baronnies et la vallée de la Neste. Plusieurs autels découverts à Asque, Baudéan, Esparros, Hèches et Montégut témoignent d'un culte implanté sur un territoire relativement restreint[1].
Les inscriptions mettent en évidence deux aspects du culte. La dédicace MONTIBVS AGEIONI de Baudéan associe explicitement Ageio aux montagnes[2], tandis que celle d'Asque, dédiée par les Pagani Ferrarienses, le met en relation avec l'exploitation et la transformation du fer. Cette dernière association a conduit à interpréter Ageio comme une divinité territoriale liée aux activités métallurgiques, sans pour autant permettre d'en faire un « dieu des forgerons »[1].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 Agitxu Beyrie, Jean-Marc Fabre et Robert Sablayrolles, « Les hommes de fer du dieu Ageio. Exploitation antique du fer dans les Hautes Baronnies (Hautes-Pyrénées) », Gallia, vol. 57, no 1, , p. 37-52 (ISSN 0016-4119, DOI 10.3406/galia.2000.3208, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (es) Joaquín Gorrochategui Churruca et José Luis Ramírez Sádaba, « La religión de los Vascones. Una mirada comparativa. Concomitancias y diferencias con la de sus vecinos », Cuadernos de Arqueología de la Universidad de Navarra, vol. 21, no 21, , p. 113-149 (ISSN 1133-1542, DOI 10.15581/012.21.376)
- 1 2 Jean-Luc Schenck-David, L’archéologie de trois sanctuaires des Pyrénées centrales : Contribution à l’étude des religions antiques de la cité des Convènes, vol. 1, Saint-Bertrand-de-Comminges, Musée archéologique départemental de Saint-Bertrand-de-Comminges, coll. « Pirénéica », , 127 p. (ISBN 2-912729-04-1)
- 1 2 (es) Eduardo Artica, « Júpiter en los Pirineos. El mundo religioso vasco-aquitano, una aproximación », Aquitania, vol. 27, , p. 151-178 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (eu) Joakin Gorrotxategi, « Euskara zaharra », dans Pirinioetako hizkuntzak: lehena eta oraina, Bilbo, Euskaltzaindia, , 695-716 p. (ISBN 978-84-95438-76-8, lire en ligne)
- ↑ Albert Lebègue, « Inscription sur un vase de plomb », Bulletin épigraphique, vol. 4, no 1, (lire en ligne, consulté le )