Emilian Guebrev
Emilian Hristov Guebrev ou Gebrev (en bulgare : Емилиян Христов Гебрев), né le à Sofia (république populaire de Bulgarie), est un homme d'affaires bulgare, fabricant et marchand d'armes.
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activité |
Marchand d'armes |
Après plusieurs années dans des entreprises publiques de défense, il se lance dans le commerce d'armes et munitions à la fin des années 1980 et vend à des pays d'Afrique, d'Asie, ainsi qu'à la Géorgie et à l'Ukraine. Il devient progressivement l'un des leaders du secteur de l'armement en Bulgarie, à la tête de sa société EMCO.
À partir de 2011 et jusque dans les années 2020, les infrastructures d'EMCO sont victimes d'explosions et incendies en série, dont une partie sont attribuées à l'unité 29155 de la GRU russe. En avril 2015, Emilian Guebrev est lui-même victime d'une tentative d'assassinat par empoisonnement organisée par la même unité russe, suivie d'une deuxième le mois suivant après l'échec de la première.
Biographie
modifierÉtudes et débuts professionnels
modifierEmilian Hristov Guebrev naît le à Sofia, alors en république populaire de Bulgarie[1]. Son père est employé du secteur de la défense, proche du ministère de la Défense nationale (MNO)[2]. Après avoir terminé ses études secondaires puis effectué son service militaire obligatoire, Guebrev étudie de 1974 à 1979 à l'Institut supérieur d'économie Karl-Marx (devenu l'université d'économie nationale et mondiale), toujours dans sa ville natale[1],[3].
Il est d'abord employé par le Conseil central de l’Organisation d’assistance à la défense en tant que spécialiste[2]. À partir de 1981, il devient consultant technique au sein du département Transports internationaux et Assurances de l'entreprise d'État Kintex (fondée en 1966), qui exporte à l'internationale des armes et des munitions. Il y reste jusqu'en 1988 et devient brièvement chef du département. Ensuite, de novembre 1988 à septembre 1989, il est à la tête du département Sociétés étrangères, entreprises et exportations de la SO-KATP (Société par actions-Automatisation complexe des processus technologiques)[2].
Société Sirocco/Shirio
modifierDès 1987, Emilian Guebrev suggère à ses supérieurs gouvernementaux la création d'une société « Anstalt (en) » subordonnée à la SO-KATP et immatriculée à Vaduz (Liechtenstein), comme d'autres entreprises bulgares de défense. Celle-ci doit voir le jour l'année suivante sous le nom de Sirocco ; elle serait mise à disposition de la Chambre de commerce et d'industrie bulgare qui s'en servirait officiellement pour de l'import/export, de la réexportation et du transit. Officieusement, elle servirait également à « l'importation d'éléments, d'assemblages et de pièces sous embargo nécessaires à la production de divers types de machines dotées de dispositifs de programmation numérique », certaines étant réexportées secrètement vers l'URSS. Contrôlée directement par le ministère des Affaires étrangères, Sirocco serait exemptée d'impôt mais devrait payer une somme annuelle en devises étrangères qui alimenterait une caisse noire gouvernementale[2].
Cependant, ils se heurtent à des problèmes de financement avec des fonds insuffisants pour l'immatriculation, d'autant que l'État ne souhaite pas en débloquer. De plus, la marque « Sirocco » est déposée par quelqu'un d'autre. C'est finalement sous le nom de Shirio que l'entreprise voit le jour le . Avec pour objectif de contourner les mesures d'embargo, elle bénéficie d'un réseau de contrebande étendu, avec un entrepôt secret à Bourgas, une flotte de navires et de véhicules disposant de fausses plaques d'immatriculation, ainsi que des chauffeurs recrutés sur autorisation spéciale. Un prêt d'un million de dollars est même accordé par l'État en 1990, qui exonère aussi Shirio d'impôts[2].
Fin 1989, face au mécontentement et aux menaces d'autres entreprises du même secteur qui lui reprochent de leur faire concurrence, Emilian Guebrev privatise de manière déguisée Shirio, la réenregistre et oriente son activité vers le commerce d'armes et de munitions de chasse et de sport. Très rapidement, elle revient à la vente d'armements de tous types, avec une licence délivrée par le gouvernement. Une grande partie de la production de l'industrie de défense bulgare est écoulée par l'intermédiaire de Shirio, qui transporte également des cigarettes Marlboro[2].
Création et exploitation d'EMCO
modifierSe servant de ses contacts notamment en Afrique du Nord, Emilian Guebrev fonde en 1992 sa propre compagnie, EMCO ou Emco, elle aussi active dans la production et l'exportation de munitions. En 2001, un navire transportant plusieurs millions de cartouches d'AK-47 à destination du Nicaragua est arraisonné par la douane américaine. Emilian Guebrev parvient à obtenir le dédouanement de la cargaison[1].
Selon son fondateur Emilian Guebrev, les principaux marchés d'exportation d'EMCO sont l'Inde et l'Afrique, qui demandent d'importants volumes de marchandise[4]. Toutefois, l'entreprise se retrouve impliquée dans plusieurs conflits, en particulier dans les États post-soviétiques. En 2011, EMCO signe un contrat avec l'entreprise tchèque IMEX pour acheter des obus de 152 mm, dans l'objectif de les revendre aux forces armées géorgiennes, dont les stocks ont été épuisés lors de l'invasion par la Russie en 2008[5]. L'entreprise se retrouve sur une liste noire du ministère russe de la Défense[4]. Puis, après 2014, Emilian Guebrev fournit du matériel militaire aux forces armées ukrainiennes, qui combattent les forces séparatistes soutenues par la Russie dans le Donbass. L'activité économique d'EMCO attire l'hostilité de la Russie[6]. Cependant, il déclare en juillet 2022 n'avoir livré aucune arme à l'Ukraine après la signature des accords de Minsk II et ne pas l'avoir fait non plus depuis le déclenchement de l'invasion de l'Ukraine[7],[8]. EMCO est toutefois l'une des seules entreprises produisant toujours des obus de 125 mm, dont les forces ukrainiennes ont besoin pour approvisionner leurs chars. En 2023, jusqu'à 40 % des munitions de petit et gros calibre utilisées en Ukraine proviendraient de Bulgarie. Cela pourrait expliquer le ciblage par la Russie de la compagnie[9].
En 2016, un article publié en anglais dans un média bulgare accuse EMCO d'être lié à des livraisons d'armes au groupe État islamique en Syrie, passées par l'Azerbaïdjan. Selon Bellingcat, il s'agit d'une fausse information s'appuyant sur un document d'exportation trafiqué, dans le but de discréditer l'entreprise aux yeux de ses clients internationaux. Les documents falsifiés seraient issus d'Anonymous Bulgaria, un compte anonyme relayant la propagande de la Russie. Le journaliste ayant écrit l'article est renvoyé et fonde un site d'investigation à la fiabilité douteuse sur les contrats d'armement[4].
Le , la licence d'exploitation de la compagnie est gelée par les autorités bulgares après des inspections sur plusieurs sites gérés par la compagnie, qui auraient révélé des manquements aux règles de sécurité en matière de stockage d'explosifs et de construction des bâtiments. Quelques jours plus tard, Emilian Guebrev est inculpé pour blanchiment d'argent et association de malfaiteurs, en lien avec le rachat du fabricant d'explosifs Dunarit. Les marchés publics passés avec EMCO pour fournir l'exportateur d'armes Kintex sont réattribués à VMZ Sopot. Finalement, un accord est trouvé début octobre 2017 et l'entreprise de Guebrev retrouve sa licence et le droit d'exécuter ses contrats d'État[1].
En septembre 2017, les médias bulgares rapportent également qu'EMCO a été ajoutée par le département d'État des États-Unis sur une liste interdisant toute transaction avec des firmes américaines, aux côtés d'entreprises russes, chinoises, nord-coréennes ou turques. Elle est alors la seule entreprise bulgare à faire l'objet d'une telle mesure[1].
Double tentative d'empoisonnement par la Russie
modifierDéroulement
modifierLe , Emilian Guebrev est victimes d'une sensation de brûlure à un œil après un dîner au restaurant à Sofia, qui s'étend rapidement au second. Il subit également des vertiges et des troubles de la vision. L'homme d'affaires attribue initialement ces symptômes à la fatigue ou à une maladie bénigne. Le lendemain, les symptômes oculaires s'aggravent tout au long de la journée et, au moment d'un deuxième dîner, il est soudainement victime de vomissements et manque de s'effondrer[4]. Il est admis en urgence à l'hôpital militaire et tombe dans le coma, tandis que son fils et le directeur de la production d'EMCO sont admis à l'hôpital dans un état moins grave, respectivement deux jours () et une semaine plus tard ()[10]. Les symptômes des trois patients correspondent à ceux d'un empoisonnement, ceux d'Emilian Guebrev étant les plus sévères. Les trois ne s'étaient pas croisés au cours des jours précédents et n'avaient pas mangé ensemble. Emilian Guebrev passe proche de la mort mais tous les trois parviennent à survivre grâce à la compétence du médecin de l'hôpital qui identifie un empoisonnement — sans pour autant suspecter l'existence de Novitchok russe — et réagit « agressivement » et efficacement, atténuant les symptômes[4].
Mi-mai, après 20 jours d'hospitalisation, l'état d'Emilian Guebrev s'améliore et il est autorisé à sortir. Les médecins lui conseillent de passer du temps au grand air et il décide de partir avec son fils à la mer à Sinemorets. Dès le , constatant l'échec de la première tentative, une nouvelle équipe de la GRU arrive de Russie pour organiser un nouvel empoisonnement. Le 26 ou le selon les sources, Guebrev et son fils ressentent à nouveau les mêmes symptômes. Il sont soignés mais les spécialistes sont incapables d'identifier la substance les ayant intoxiqués[4],[10].
Emilian Guebrev demande l'analyse de plusieurs échantillons de sérum et d'urine afin de rechercher la présence de métabolites de substances toxiques. Le processus ne peut pas être réalisé en Bulgarie et c'est le laboratoire Verifin d'Helsinki qui se charge des analyses. La société retrouve des traces de trois composés organophosphorés, deux pointant vers des pesticides et un troisième non identifiable[4]. Toutefois, les métabolites peuvent aussi laisser penser à un empoisonnement avec un agent chimique de la famille Novitchok. Selon un expert en armes chimiques, il pourrait également s'agir d'un pesticide à la toxicité légèrement moindre mais pouvant malgré tout provoquer la mort[11].
Enquête judiciaire
modifierUne enquête judiciaire est ouverte, mais elle est mise en suspens par le procureur général six mois seulement après l'empoisonnement. Face à l'insistance du marchand d'armes, elle est rouverte, puis piétine à nouveau au bout de six mois. L'affaire reste en suspens faute de pistes exploitables. Les enquêteurs ne trouvent initialement aucune substance contrevenant à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, seulement des traces d'un insecticide, le chlorpyriphos, dans sa nourriture et sa boisson[12],[13].
Cependant, en 2018, Emilian Guebrev échange avec un ami concernant l'empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal à Salisbury. Il établit un lien avec l'affaire le concernant personnellement et attire l'attention de la justice bulgare sur la similitude avec son propre empoisonnement. Sous l'impulsion du Premier ministre Boïko Borissov, le pays se coordonne avec les équipes d'enquêteurs britanniques travaillant sur l'affaire Skripal[14],[15], ainsi qu'avec des agents du FBI. Ils demandent officiellement aux autorités britanniques une nouvelle analyse des échantillons de Guebrev, pour déterminer s'il s'agit de Novitchok comme à Salisbury[16],[17]. En octobre 2018, une nouvelle équipe d'enquête spéciale est créée et l'affaire Guebrev est rouverte. L'étude des images de vidéosurveillance montre qu'. Les agents de l'unité 29155 du GRU chargés de l'attaque ont séjourné en avril 2015 dans un hôtel donnant sur l'entrée du siège d'EMCO, où stationnait le véhicule[12].
En janvier 2019, trois agents des renseignements russes sont inculpés en leur absence et font l'objet d'un mandat d'arrêt européen pour la tentative d'assassinat au moyen d'une « substance organo-phosphorée » d'Emilian Guebrev[12]. Les relations entre la Russie et la Bulgarie se dégradent brutalement et en parallèle, plusieurs diplomates russes soupçonnés d'agir comme agents de renseignement sont expulsés[18],[19].
Toutefois, en septembre 2020, alors que l'empoisonnement d'Alexeï Navalny avec une substance similaire provoque de fortes réactions, la justice bulgare suspend l'affaire à long terme sur décision du procureur général. Ce dernier estime que l'impossibilité d'interroger les suspects, l'absence de coopération de la Russie et les délais étendus d'obtention des informations compromettent sa réussite. Elle n'est toutefois pas classée définitivement[10].
Emilian Guebrev, mécontent de la suspension de l'enquête, estime qu'il y a des irrégularités dans les investigations de la justice bulgare. Il y voit soit l'implication de la Russie, soit un choix lié à la politique intérieure, le procureur et le Premier ministre étant impopulaires[12]. Un ami d'Emilian Guebrev, l'ancien ministre de la Défense Boïko Noev, suspecte les autorités bulgares d'avoir voulu enterrer l'affaire judiciaire faisant suite à son empoisonnement en raison des liens des autorités du pays avec la Russie[11]. Selon le site suisse Watson, la Bulgarie serait encore très poreuse à l'ingérence des services secrets russes, avec de nombreuses affaires d'espionnage non élucidées. Le gouvernement bulgare, en première ligne dans la fourniture d'une grande quantité d'aide à l'Ukraine, ne se montrerait pas très ferme face à la Russie, malgré la présence sur son territoire de nombreuses industries stratégiques du secteur de la défense[20].
Investigations journalistiques
modifierUne enquête journalistique menée par Christo Grozev de Bellingcat[21], et Der Spiegel révèle en 2019 que la tentative d'assassinat visant Emilian Guebrev a été organisée par un groupe d'opérations spéciales appartenant à l'unité 29155 du GRU, dont plusieurs agents divisés en deux groupes ont voyagé à trois reprises en Bulgarie entre février et mai 2015. L'un d'entre eux, le major général Denis Sergueïev a également participé en 2018 à l'opération visant à empoisonner Sergueï et Ioulia Skripal au Royaume-Uni. Il utilise la fausse identité de Sergueï Fedotov pour voyager hors de la fédération de Russie[12],[22],[11]. En septembre 2020, Bellingcat révèle une vidéo montrant un des membres du groupe s'approcher de la voiture du directeur de production, puis de la voiture utilisée par le chauffeur de Guebrev, puis du véhicule personnel de l'homme d'affaires, dans la journée du , qui correspond à l'aggravation de ses symptômes. Ils reconstituent un historique précis du déroulement des empoisonnements, qui impliquent l'application d'un produit sur la poignée de la portière des voitures[10].
Selon plusieurs médias d'investigation comme The Insider ou Bellingcat, Emilian Guebrev est ciblé à partir de 2014 par une traque organisée par l'Unité 29155 de la GRU, le renseignement militaire russe. Le marchand d'armes et ses activités seraient une cible prioritaire en raison de son implication dans la vente d'armes à l'Ukraine dans le cadre de la guerre russo-ukrainienne[6],[8]. Emilian Guebrev nuance son implication dans le conflit, expliquant que les contrats avec l'Ukraine étaient de faible valeur et ont rapidement cessé. Il est certain d'être visé par les services secrets russes mais sans aucun lien, selon lui, avec la guerre russo-ukrainienne[23]. Selon lui, la tentative d'assassinat pourrait être liée à sa volonté de racheter l'usine d'armements Dunarit de Roussé[11] ou à des rivalités entre oligarques bulgares du secteur de l'armement, qui auraient fourni de fausses informations aux services russes le concernant afin d'écarter un concurrent[4].
Explosions et sabotages visant ses activités
modifierÀ partir de 2011, de nombreuses installations de manufacture ou de stockage d'armes et de munitions appartenant aux sociétés d'Emilian Guebrev sont touchées par des accidents. D'autres fabricants bulgares d'armement en sont également victimes[20],[5],[23]. En avril 2021, le procureur général bulgare affirme qu'« Il existe suffisamment de données pour formuler une hypothèse justifiée quant au lien entre l'empoisonnement d'Emilian Gebrev, les explosions survenues dans des dépôts de munitions tchèques en 2014 et quatre incidents similaires survenus dans des usines et des dépôts en Bulgarie entre 2011 et 2020. »[5],[24]. Dans de nombreux cas, la responsabilité des services de renseignements russes et en particulier de l'unité 29155 de la GRU est établie[6],[25]. En janvier 2024, la Bulgarie délivre six mandats d'arrêt européens contre des membres de cette unité impliqués dans plusieurs explosions entre 2011 et 2020[26].
Une première explosion consécutive à un sabotage a lieu le . Le lendemain du passage de la frontière entre la Biélorussie et la Lituanie par un groupe d'agents de la GRU, un entrepôt de stockage de munitions de la société EMCO explose dans le village de Lovnidol, dans le centre de la Bulgarie. Un stock de 3 120 obus, récemment acheminés depuis Vrbětice en Tchéquie et destinés à la Géorgie, est détruit. Des explosions secondaires se poursuivent sur le site jusqu'au . Un engin explosif improvisé non explosé est aussi retrouvé sur les lieux. The Insider identifie l'équipe d'agents russes ayant mené l'attaque, rentrés en Russie en passant par l'Ukraine le [5].
Le et le , deux explosions touchent des dépôts de munitions à Vrbětice, sur la commune de Vlachovice en Tchéquie. La première tue deux employés, restés à l'intérieur du local en feu. Les entrepôts contenaient des munitions appartenant à la société EMCO, destinées notamment aux forces armées ukrainiennes, comme le reconnait évasivement Emilian Guebrev[27],[23]. Seznam.cz indique de son côté que les munitions étaient destinées à l'opposition syrienne combattant Bachar el-Assad, un allié de la Russie[28]. En 2021, l'enquête de The Insider révèle la responsabilité de l'unité 29155 de la GRU russe, dont des agents arrivés quelques jours plus tôt ont délibérément saboté le complexe de stockage[6],[29]. Deux d'entre eux ont en effet obtenu l'accès aux sites de stockage la veille et le jour-même du sous de fausses identités avec l'aide d'un employé, ami du commandant de l'unité 29155 Andreï Averianov[5]. Le Premier ministre tchèque Andrej Babiš accuse directement les services secrets russes et estime que le marchand d'armes était la cible du sabotage[27]. En 2023, The Insider va plus loin en affirmant que les explosifs placés trois ans auparavant dans la cargaison d'obus à destination de Lovnidol pourraient n'avoir détoné qu'en 2014, bien que la chronologie et l'articulation technique des événements restent flous[5].
Un nouvel entrepôt explose en 2015 dans la ville de Sopot. Appartenant à une usine d'armement de l'État, il abrite toutefois des munitions appartenant à l'entreprise EMCO[30].
Le , un incendie se déclare et provoque une explosion dans une usine du groupe EMCO à Karnobat, dans des locaux abritant des munitions destinées à l'Afrique. Le responsable de la sécurité affirme que le départ de feu a été précédé du déclenchement d'une alarme anti-intrusion[31]. La possibilité d'une « erreur humaine » dans cet incident est très rapidement écartée par Emilian Guebrev qui est « 100 % certain » qu'il s'agit d'un « incendie criminel » mené par des agents du GRU russe. Il s'agit du 5e événement de ce type touchant des infrastructures d'EMCO depuis 2011[8],[32]. En juin 2023, la même usine de Karnobat est touchée par une nouvelle explosion consécutive à un incendie et une enquête est lancée[6]. Son propriétaire suspecte une nouvelle attaque volontaire, car il n'y avait selon lui, aucun produit spontanément inflammable à l'emplacement du feu[33],[30]. Le ministre de l'Économie Bogdan Bogdanov laisse entendre que la Russie pourrait être responsable[34].
Le , un incendie se déclare, suivi d'une explosion, sur un site de fabrication et de stockage de munitions opéré par EMCO dans le village de Belitsa, dans l'obchtina de Tryavna. Les 300 employés de l'usine, évacués, ne sont pas blessés, mais le feu se propage à une zone forestière voisine avant d'être éteint. Selon les autorités, l'origine de l'accident est accidentelle ; il ne résulte pas d'un sabotage délibéré[6]. Cependant, l'incident s'inscrit dans une série d'autres ayant lieu dans plusieurs pays d'Europe, avec de nombreux actes de sabotages visant des entreprises stratégiques du secteur européen de la défense dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine[25].
Un autre dépôt de munitions appartenant à EMCO, près de Gorni Varpichta (en) dans le centre de la Bulgarie, est touché par un incendie le soir du . Aucune victime n'est signalée. L'entreprise exclut toute erreur humaine et le ministère de l'Intérieur laisse entendre qu'une intervention extérieure pourrait être la cause du départ de feu[35],[36].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 (bg) « Емилиян Гебрев », sur bulpedia.com (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (bg) « Соцминалото на оръжейния бос Гебрев: Ембаргова търговия с държавен кредит от 1 млн.USD без данъци », sur Epicenter (consulté le )
- ↑ (bg) « Emilian Gebrev », sur tryavnanews.bg (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) « The Dreadful Eight: GRU's Unit 29155 and the 2015 Poisoning of Emilian Gebrev », sur bellingcat, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (en) Michael Weiss et Roman Dobrokhotov, « Exclusive: Inside an infamous Russian spy unit’s first bombing in NATO », sur The Insider, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (en) « Explosions hit Bulgarian arms plant owned by Emilian Gebrev, who was targeted in a GRU poisoning plot in 2015 », sur The Insider, (consulté le )
- ↑ (en) Michael Schwirtz, « The Arms Merchant in the Sights of Russia’s Elite Assassination Squad », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 (en) Shaun Walker, « Arms dealer ‘100% sure’ Russian agents behind blast at Bulgarian depot », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Marton Dunai, « Russian hitmen and saboteurs target Bulgaria’s arms industry, magnate says », The Financial Times, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 (en) Bellingcat Investigation Team, « Post-Mortem of a Triple Poisoning: New Details Emerge in GRU's Failed Murder Attempts in Bulgaria », sur bellingcat, (consulté le )
- 1 2 3 4 (en) Shaun Walker et Maria Georgieva, « 'I almost died': arms dealer whose poisoning may be linked to Skripals' », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 (en) Ron Synovitz et Polina Paunova, « Bulgarian Survivor Of Suspected Russian Poison Attack Condemns Suspension Of Probe », Radio Free Europe/Radio Liberty, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Marie Verdier, « Empoisonnement au novitchok, l’autre affaire bulgare », sur La Croix, (consulté le )
- ↑ (en) Shaun Walker, « Skripal poisoning: UK team looks into possible Bulgarian case link », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Michael Schwirtz, « How a Poisoning in Bulgaria Exposed Russian Assassins in Europe », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Affaire Skripal: Sofia fait vérifier un empoisonnement par Londres », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ Jean-Baptiste Chastand, « Affaire Skripal : une nouvelle victime d’empoisonnement en Bulgarie ? », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (fr-CA) « La Bulgarie accuse des Russes de tentative de meurtre et d'espionnage », La Presse, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Damian Vodénitcharov, « Bonjour l'Europe - Entre la Russie et la Bulgarie, le torchon brûle », sur RFI, (consulté le )
- 1 2 « Pourquoi Poutine veut la peau de ce fabricant d'armes bulgare », sur watson.ch/fr (consulté le )
- ↑ Théo Bourgery-Gonse, « Un journaliste bulgare recherché par Moscou pour avoir dénoncé les crimes du Kremlin », sur Euractiv FR, (consulté le )
- ↑ (en) Moritz Rakuszitzky, « Third Suspect in Skripal Poisoning Identified as Denis Sergeev, High-Ranking GRU Officer », sur bellingcat, (consulté le )
- 1 2 3 Alexis Rosenzweig, « Vrbětice : en Bulgarie, un businessman, des explosions similaires et des „coïncidences troublantes“ », sur Radio Prague International, (consulté le )
- ↑ Tsvetelia Tsolova, « La Bulgarie soupçonne une implication russe dans l'explosion de dépôts d'armes », sur Challenges, (consulté le )
- 1 2 (en) « Fire at Polish drone manufacturer investigated as possible sabotage amid series of attacks on European defense facilities », sur UAWire, (consulté le )
- ↑ (en) « Bulgaria issues warrants for 6 Russians accused of arms warehouses' explosions », sur The Kyiv Independent, (consulté le )
- 1 2 Corentin Léotard, « Gebrev, le sulfureux marchand d'armes bulgare visé par Moscou », sur La Libre.be, (consulté le )
- ↑ (cs) « Proč ruští agenti zabíjeli v Česku: aby zabránili dodávce zbraní do Sýrie a na Ukrajinu - Seznam Zprávy », sur www.seznamzpravy.cz, (consulté le )
- ↑ (en) « Diplomats with a bomb: How Russia's GRU blew up an arms depot in Czechia », sur The Insider, (consulté le )
- 1 2 Krassen Nikolov, « Bulgarie : explosions dans une usine d’armes destinées à l’Ukraine », sur Euractiv FR, (consulté le )
- ↑ Nelly Didelot, « Emilian Gebrev, un marchand d’armes bulgare dans le viseur des services russes », Libération, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Florentin, « Nouvelle explosion dans un dépôt d'armes en Bulgarie : l'ombre des services russes », sur Le Courrier des Balkans, (consulté le )
- ↑ (en) « Fire at Bulgarian arms factory of businessman poisoned by GRU agents », sur Ukrainska Pravda (consulté le )
- ↑ (en) « Bulgaria’s economy minister hints Russians attacked ammo factory », sur POLITICO, (consulté le )
- ↑ (en-GB) « Bulgaria investigates fire at weapons site that owner calls sabotage », sur www.bbc.com, (consulté le )
- ↑ (en) « Bulgaria: Fire at factory making munitions for Ukraine », sur dw.com (consulté le )