Engelandvaarder

résistants néerlandais qui ont essayé de rejoindre l'Angleterre par la mer pendant la Seconde Guerre mondiale

Les Engelandvaarders sont les Néerlandais qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, quittent clandestinement les territoires occupés pour gagner la Grande-Bretagne et participer à la lutte des Alliés contre l'Allemagne nazie. Le terme désigne des parcours individuels ou collectifs, et non une organisation ou une unité militaire. Son usage s'étend également aux personnes dont la tentative échoue, lorsqu'il est établi qu'elles souhaitaient rejoindre la Grande-Bretagne[1].

Des Engelandvaarders secourus par une vedette de la Royal Air Force près de Great Yarmouth, le 24 février 1944.

Malgré leur nom, seule une minorité traverse directement la mer du Nord. La plupart empruntent des itinéraires terrestres par la Belgique et la France, puis l'Espagne et le Portugal, parfois après un séjour en Suisse. Une autre voie passe par la Suède. Les voyages peuvent durer plusieurs mois, voire plusieurs années[2].

La France occupe une place importante dans ces déplacements. Les fugitifs y trouvent des hébergements, des documents et des relais vers la frontière suisse ou les Pyrénées. Leur passage repose notamment sur l'aide d'habitants, de passeurs et de membres de réseaux de résistance, français et étrangers. Parmi ces réseaux, Dutch-Paris relie les Pays-Bas et la Belgique à plusieurs villes françaises et aux frontières méridionales[3].

Départs et motivations

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Les motivations associent le patriotisme, l'attachement à la monarchie, le refus de l'occupation et la volonté de servir dans les forces alliées. Le désir de liberté et, chez certains, le goût de l'aventure interviennent également. La persécution des Juifs et les mesures de travail obligatoire en Allemagne peuvent précipiter le départ. Ces raisons se combinent différemment selon les personnes et les périodes[4].

Le départ n'implique pas toujours l'existence d'une filière organisée jusqu'à destination. Beaucoup de fugitifs doivent rechercher de nouveaux contacts en cours de route. Les possibilités de transport, les contrôles et les arrestations déterminent les détours et les périodes d'attente[2].

Effectifs et définition

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Les dénombrements dépendent des sources disponibles et du périmètre retenu. Dans son étude publiée en 2004, l'historienne Agnes Dessing constitue un corpus de 1 706 personnes arrivées en Grande-Bretagne, dont 1 658 hommes et 48 femmes[4]. Le Nationaal Archief présente un décompte plus large de 2 150 Engelandvaarders parvenus en Grande-Bretagne et interrogés, dont 2 082 hommes et 68 femmes[1].

Ces chiffres ne représentent pas l'ensemble des tentatives. Les personnes arrêtées avant leur arrivée, disparues en mer ou mortes en chemin échappent en partie aux dossiers constitués à Londres. L'étude des Engelandvaarders comprend donc à la fois les voyages accomplis et les tentatives interrompues[1].

Les principales routes

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La mer du Nord

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La traversée directe paraît offrir le trajet le plus court. Elle exige cependant de trouver une embarcation, de la préparer sans attirer l'attention et de franchir un littoral surveillé. La construction du mur de l'Atlantique accroît les obstacles au départ. Aux patrouilles s'ajoutent les dangers de la navigation, les pannes et les conditions météorologiques.

Selon le Museum Engelandvaarders, environ un dixième des personnes arrivées en Grande-Bretagne ont emprunté cette voie. Cette proportion ne mesure pas les chances de réussite : de nombreuses tentatives sont interrompues avant même que les fugitifs aient quitté la côte[2].

La Scandinavie

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La route septentrionale passe principalement par la Suède neutre. Des candidats au départ embarquent sur des navires de cabotage, puis quittent leur bâtiment dans un port suédois. Le passage vers la Grande-Bretagne dépend ensuite des places disponibles à bord des avions assurant la liaison.

Cette solution impose elle aussi de longues attentes. Le musée attribue à la route suédoise environ trois dixièmes des arrivées. Quelques voyages empruntent des détours plus lointains par l'Union soviétique, le Japon et les États-Unis[2],[1].

La route méridionale

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Environ six Engelandvaarders sur dix passent par la Belgique et la France, puis par la péninsule Ibérique, avec parfois une étape suisse. L'expression « route méridionale » recouvre ainsi plusieurs itinéraires plutôt qu'un passage unique[5].

Le parcours de Charles Bartelings (nl) en illustre les détours : il passe notamment par Paris, Perpignan, Lyon et Genève, effectue plusieurs passages entre la France et la Suisse, puis poursuit vers l'Espagne, Lisbonne et Gibraltar avant d'atteindre Liverpool[6].

Le passage par la France

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Contrôles, internement et assistance

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Les différentes zones de la France sous l'Occupation. La ligne de démarcation et les frontières constituent des obstacles supplémentaires sur les itinéraires vers la Suisse et l'Espagne.

Les fugitifs doivent traverser une France divisée par l'occupation et soumise à des contrôles successifs. Dans la zone libre, administrée par le régime de Vichy, les étrangers risquent également l'arrestation et l'internement. Certains peuvent encore poursuivre leur voyage avec des documents réguliers ; l'occupation de la zone sud en novembre 1942 réduit ces possibilités et renforce l'importance des passages clandestins[2].

Des représentants néerlandais et des particuliers interviennent pour obtenir des libérations ou organiser la suite du voyage. À Perpignan, Joop Kolkman (nl) apporte une aide aux réfugiés et organise leur hébergement au Soler. À Lyon, Sally Noach (nl) utilise ses contacts pour faire sortir des Néerlandais des lieux de détention et leur procurer des documents[4].

Les réseaux et leurs relais

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À partir de Lyon, Johan Hendrik Weidner développe le réseau Dutch-Paris. Celui-ci aide des Juifs persécutés, des résistants, des aviateurs alliés et des Engelandvaarders. Ces catégories partagent certains hébergements et passages, sans se confondre : tous les bénéficiaires du réseau ne cherchent pas à rejoindre la Grande-Bretagne[7].

Le fonctionnement des filières repose sur une succession de tâches : accueillir les fugitifs, les nourrir, réunir de l'argent, fournir des papiers et les accompagner jusqu'au relais suivant. Des personnes françaises, belges, néerlandaises et suisses participent à cette assistance. Les villes servent de lieux d'attente et de correspondance ; près des frontières, la connaissance du terrain devient déterminante[3].

Paris, Lyon et Toulouse remplissent des fonctions différentes selon les itinéraires. Les liaisons vers la Suisse passent notamment par la région genevoise ; celles vers l'Espagne rejoignent les départements pyrénéens. Dutch-Paris constitue l'une des filières de ce dispositif, qui dépend aussi de contacts locaux et d'initiatives individuelles[7].

Vers la Suisse

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Les environs de Genève offrent plusieurs possibilités de passage. Les relais de Dutch-Paris comprennent des contacts à Annecy, Annemasse, Saint-Julien-en-Genevois et Collonges-sous-Salève. Des membres de la communauté adventiste de Collonges contribuent à l'accueil et à l'accompagnement des fugitifs[3].

Le franchissement demeure dangereux. L'historienne Megan Koreman décrit notamment un passage près d'Archamps, où les fugitifs doivent attendre le départ d'une patrouille avant de traverser le terrain frontalier et de franchir les obstacles séparant les deux pays[8].

L'arrivée en Suisse ne signifie pas que le voyage vers les forces alliées est terminé. Certains Engelandvaarders quittent ensuite ce refuge pour revenir en France et gagner l'Espagne, comme le montre le parcours de Bartelings[6].

Toulouse et les passages pyrénéens

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La cabane des évadés, près du col de Portet-d'Aspet, sur l'un des itinéraires pyrénéens.

Toulouse est un point de rassemblement pour des groupes dirigés vers les Pyrénées centrales. Les trajets varient selon les guides, l'enneigement et la surveillance. Ils peuvent traverser le Couserans ou les environs de Bagnères-de-Luchon, en direction du val d'Aran. D'autres voyages passent plus à l'est, par Perpignan et Argelès-sur-Mer[9],[6].

Le voyage de Daniël de Moulin (nl) passe ainsi par Toulouse, Saint-Girons et Alos, puis rejoint Alós d'Isil et Sort du côté espagnol[10].

Le 6 février 1944, un groupe accompagné par les passeurs Pierre Treillet (nl) et Henri Marrot (nl) tombe dans une embuscade allemande près du col de Portet-d'Aspet. Certains fugitifs s'échappent ; d'autres sont capturés. Des survivants sont ramenés vers Saint-Girons et Cazères, puis Toulouse. Une nouvelle traversée, conduite par Jean-Louis Bazerque, dit « Charbonnier », permet à des fugitifs, parmi lesquels Chris van Oosterzee, d'atteindre Bossòst le 19 mars[9].

Selon Megan Koreman, six Néerlandais capturés lors de l'embuscade sont déportés comme prisonniers politiques et meurent dans les camps de concentration nazis. Les aviateurs alliés capturés sont interrogés puis envoyés dans des camps de prisonniers de guerre. Environ la moitié du convoi atteint finalement l'Espagne[11].

La répression des filières

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Les personnes qui hébergent ou accompagnent les fugitifs s'exposent elles-mêmes à l'arrestation et à la déportation. En février 1944, une vague d'arrestations frappe Dutch-Paris en Belgique et en France. Malgré ces pertes, des membres restés libres poursuivent l'assistance jusqu'à la Libération[7].

De l'Espagne à la Grande-Bretagne

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Le passage de la frontière espagnole ne garantit pas un départ immédiat. Des Engelandvaarders sont emprisonnés ou internés, notamment à Miranda de Ebro. Après leur libération, les démarches nécessaires au transit et au transport peuvent encore prolonger leur séjour à Madrid. Les départs vers la Grande-Bretagne s'effectuent ensuite notamment par le Portugal ou Gibraltar[2].

Le cas de Trix Terwindt (nl) montre la succession de ces étapes. Partie des Pays-Bas en mars 1942, elle traverse la Belgique et la France, entre en Suisse avec l'aide de passeurs et y est détenue quelques jours. Elle poursuit ensuite par l'Espagne et le Portugal avant de rejoindre la Grande-Bretagne[5].

Accueil et engagement auprès des Alliés

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La reine Wilhelmine reçoit un groupe d'Engelandvaarders à Londres en 1943.

À leur arrivée, les Engelandvaarders sont contrôlés par le MI5, puis interrogés par les services néerlandais. Ces entretiens servent à repérer d'éventuels agents ennemis, à reconstituer les itinéraires et à recueillir des renseignements sur les Pays-Bas occupés[5].

Le gouvernement néerlandais en exil organise leur accueil. La reine Wilhelmine reçoit personnellement de nombreux arrivants, sans que tous bénéficient d'une audience[4].

Les Engelandvaarders rejoignent ensuite différentes formations, notamment la Brigade Princesse Irène, la Royal Air Force, la Marine royale néerlandaise et l'Armée royale des Indes néerlandaises. Certains sont formés comme agents et renvoyés clandestinement aux Pays-Bas[1]. D'autres servent dans la marine marchande ou occupent des fonctions civiles contribuant à l'effort de guerre[4].

L'arrivée en Grande-Bretagne peut ainsi précéder une nouvelle mission en territoire occupé. Formée comme agent, Trix Terwindt est parachutée aux Pays-Bas en février 1943 et arrêtée dans le cadre de l'Englandspiel. Elle survit à la déportation et est libérée à Mauthausen en mai 1945[5].

Mémoire et recherches historiques

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L'entrée du Museum Engelandvaarders, à Noordwijk.

Le Museum Engelandvaarders (nl), à Noordwijk, est consacré à l'histoire de ces départs, des itinéraires suivis et des engagements ultérieurs[12].

Les recherches s'appuient notamment sur les interrogatoires conservés au Nationaal Archief. En mars 2024, celui-ci annonce la mise en ligne et l'indexation de plus de 2 100 dossiers. Ce travail permet de retrouver des compagnons de voyage, des étapes françaises et des passages frontaliers, et de confronter les souvenirs individuels aux documents contemporains[5].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 (nl) « Engelandvaarders, 1940-1945 », sur Nationaal Archief.
  2. 1 2 3 4 5 6 (nl) « Routes », sur Museum Engelandvaarders.
  3. 1 2 3 (en) Kurt Ganter, « The Dutch Paris Line », sur WW2 Escape Lines Memorial Society.
  4. 1 2 3 4 5 (nl) Agnes Dessing, Tulpen voor Wilhelmina : De geschiedenis van de Engelandvaarders, Amsterdam, Bert Bakker, (ISBN 9789035126404, lire en ligne), p. 19–21, 55–57, 125–127, 242–253, 285–300.
  5. 1 2 3 4 5 (nl) « Verhalen van Engelandvaarders digitaal beschikbaar », sur Nationaal Archief, .
  6. 1 2 3 (nl) « Reizen van Engelandvaarders, Achternaam: Bartelings », sur Nationaal Archief.
  7. 1 2 3 (en) Megan Koreman, « The Dutch-Paris Escape Line », sur How to Flee the Gestapo.
  8. (en) Megan Koreman, « Where to Cross the Border », sur How to Flee the Gestapo.
  9. 1 2 Jean-Luc Cartron, Aussi hautes soient les montagnes : Filières d'évasion contre Gestapo, Metvox Publications (ISBN 9791094787601, lire en ligne), « Une dangereuse partie de cache-cache », p. 29–36.
  10. (nl) « Reizen van Engelandvaarders, Achternaam: Moulin », sur Nationaal Archief.
  11. (en) Megan Koreman, The Escape Line : How the Ordinary Heroes of Dutch-Paris Resisted the Nazi Occupation of Western Europe, Oxford University Press, (ISBN 9780190662271), p. 160–168.
  12. (nl) « Museum Engelandvaarders », sur Museum Engelandvaarders.

Bibliographie

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  • (nl) Agnes Dessing, Tulpen voor Wilhelmina : De geschiedenis van de Engelandvaarders, Amsterdam, Bert Bakker, (ISBN 9789035126404, lire en ligne).
  • (en) Megan Koreman, The Escape Line : How the Ordinary Heroes of Dutch-Paris Resisted the Nazi Occupation of Western Europe, Oxford University Press, (ISBN 9780190662271).
  • Jean-Luc Cartron, Aussi hautes soient les montagnes : Filières d'évasion contre Gestapo, Metvox Publications (ISBN 9791094787601).

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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