Chris van Oosterzee

résistant néerlandais (1922-1989)

Christiaan Vincent Gradwell van Oosterzee, dit Chris van Oosterzee, né le à Weltevreden, près de Batavia, et mort le à Amsterdam, est un résistant et militaire néerlandais.

Chris van Oosterzee
Chris van Oosterzee avant son départ des Pays-Bas.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Christiaan Vincent Gradwell van Oosterzee
Nationalité
Domicile
La Haye (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Résistant, militaire
Autres informations
Arme

Étudiant à Delft au début de l'occupation allemande, il est arrêté en 1940 après un affrontement avec des membres du mouvement national-socialiste néerlandais et emprisonné à Scheveningen. Libéré au début de 1941, il entre dans la clandestinité en 1943, après avoir refusé la déclaration de loyauté imposée aux étudiants[1].

En janvier 1944, à l'âge de 21 ans, il quitte les Pays-Bas occupés pour gagner la Grande-Bretagne, avec l'aide du réseau d'évasion Dutch-Paris. Son parcours le conduit à travers la Belgique et la France jusqu'aux Pyrénées, où il échappe à une embuscade allemande au col de Portet-d'Aspet, le 6 février 1944. Six Néerlandais capturés lors de cette embuscade sont ensuite déportés et meurent dans les camps de concentration[2]. Avec l'aide de passeurs et de résistants en France, Van Oosterzee entreprend une nouvelle traversée et atteint l'Espagne en mars[3].

Il arrive en Grande-Bretagne en octobre 1944, plus de neuf mois après son départ. Il appartient ainsi aux Engelandvaarders, les Néerlandais qui rejoignent la Grande-Bretagne pour poursuivre la lutte contre l'Allemagne[4]. Après une formation en Australie, il sert dans l'Armée royale des Indes néerlandaises pendant la révolution nationale indonésienne. Revenu aux Pays-Bas en 1948, il travaille ensuite dans le secteur bancaire[5].

Jeunesse et occupation allemande

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Né d'un père néerlandais et d'une mère anglaise, Van Oosterzee passe son enfance dans les Indes orientales néerlandaises[2]. Sa famille s'installe aux Pays-Bas en 1935[5]. Il termine ses études secondaires en juin 1940, peu après l'invasion allemande, et entre en septembre à l'école supérieure technique de Delft[1].

En novembre 1940, alors qu'il est âgé de 18 ans, il est arrêté après un affrontement avec des membres du Mouvement national-socialiste aux Pays-Bas à La Haye. Il est détenu à Scheveningen, dans la prison connue sous le nom d'Oranjehotel (nl)[1],[4]. Utilisée par l'occupant allemand, celle-ci accueille notamment des résistants et des personnes soupçonnées d'activités contre le régime d'occupation[6]. Van Oosterzee est libéré au début de 1941[1].

En 1943, il refuse de signer la déclaration de loyauté imposée aux étudiants par les autorités d'occupation. Il entre dans la clandestinité pour échapper au travail obligatoire en Allemagne[1]. Il trouve notamment refuge chez la famille Hak, à Dussen, dans le pays d'Altena[4].

Évasion vers la Grande-Bretagne

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Itinéraire d’évasion de Chris van Oosterzee des Pays-Bas vers la Grande-Bretagne en 1944. Les dates indiquent les départs, sauf pour Londres, où figure la date d’arrivée.

De Bruxelles à Toulouse

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Après une tentative infructueuse de départ par la mer du Nord, Van Oosterzee emprunte la voie terrestre vers l'Espagne[5]. Il quitte les Pays-Bas le 11 janvier 1944 et séjourne à Bruxelles chez la famille Timmers Verhoeven. Avec Sam Timmers Verhoeven (nl) et d'autres fugitifs, il bénéficie de l'aide de Dutch-Paris pour poursuivre son voyage vers la France[4],[2].

À Paris, il est hébergé pendant quelques jours par un contact de la filière, rue Monsieur-le-Prince. Le 3 février, il quitte la gare de Paris-Austerlitz avec un groupe de Néerlandais à destination de Toulouse. Ils y rejoignent d'autres fugitifs en vue du passage clandestin des Pyrénées[4].

L'embuscade du col de Portet-d'Aspet

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La cabane des évadés, près du col de Portet-d'Aspet.

Le groupe est accompagné par les passeurs Pierre Treillet (nl), dit « Palo », et Henri Marrot, dit « Mireille ». Après une longue marche dans la neige, les fugitifs font halte dans une cabane près du col de Portet-d'Aspet. Le 6 février 1944, peu après leur départ de cet abri, Treillet aperçoit un chien de patrouille et avertit ceux qui le suivent. Les soldats allemands ouvrent le feu. Certains fugitifs s'enfuient sur une pente boisée ; d'autres retournent dans la cabane, où ils sont encerclés et capturés[7].

Selon l'historienne Megan Koreman, six Néerlandais capturés sont déportés comme prisonniers politiques et meurent dans les camps de concentration. Les aviateurs alliés capturés sont interrogés, puis envoyés dans des camps de prisonniers de guerre. Environ la moitié des membres du convoi atteint finalement l'Espagne[2]. Deux Néerlandais arrêtés lors de l'embuscade parviennent ultérieurement à s'évader au cours d'un transfert[3].

Van Oosterzee se dissimule sur la pente boisée avec plusieurs compagnons. Treillet les retrouve et les conduit en sens inverse de la frontière, vers Saint-Girons, puis Cazères. Ils regagnent ensuite Toulouse. Selon Jean-Luc Cartron, cette embuscade constitue le seul échec des passages conduits par Treillet et Marrot. La surveillance allemande les contraint à abandonner cet itinéraire[7].

Une seconde traversée

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Le 16 février 1944, Van Oosterzee et ses compagnons quittent de nouveau Toulouse en train, cette fois à destination de Montréjeau. Ils y sont pris en charge par Jean-Louis Bazerque (nl), dit « Charbonnier », et un autre passeur. Avec l'aide de membres du maquis, ils trouvent refuge dans une bergerie de montagne. Bloqués par la neige pendant plusieurs semaines, ils doivent attendre dans des conditions difficiles avant de pouvoir reprendre leur route[3].

Le groupe conduit par Bazerque s'agrandit pendant cette attente. Parmi les compagnons de Van Oosterzee figure Victor Ferrari, alors sous-lieutenant et navigateur dans les United States Army Air Forces, futur colonel de l'United States Air Force et commandant adjoint des cadets de l'United States Air Force Academy[8],[9]. Ferrari est lui aussi pris en charge par Dutch-Paris[9].

La traversée exige encore trois jours de marche dans la neige et sur des passages gelés, en contournant Bagnères-de-Luchon, où se trouve un poste de commandement des gardes-frontières allemands. Les fugitifs atteignent finalement Bossòst, dans le val d'Aran, le 19 mars 1944[3],[9].

Ferrari raconte son évasion et l'aide reçue du réseau dans un entretien recueilli par Michael L. Gillette le 28 mai 1991, publié en ligne par Humanities Texas sous le titre The Navigator's Odyssey[9].

De l'Espagne à la Grande-Bretagne

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En Espagne, Van Oosterzee est détenu avant de pouvoir poursuivre son voyage grâce à l'intervention des autorités consulaires néerlandaises. Son départ pour la Grande-Bretagne est retardé. Dans son interrogatoire de novembre 1944, il explique ce délai par la fermeture temporaire de la Grande-Bretagne aux nouveaux arrivants. Un projet de voyage vers les États-Unis pour rejoindre l'armée coloniale néerlandaise est abandonné lorsque son groupe est retenu à Oran et dirigé vers Alger. Il quitte Alger par mer le 14 octobre et atteint la Grande-Bretagne le 21 octobre 1944, plus de neuf mois après son départ des Pays-Bas[1].

À Londres, il est interrogé par le service extérieur de la police néerlandaise dans le cadre du contrôle des nouveaux arrivants. Le rapport du 21 novembre 1944 le considère comme politiquement fiable et apte à suivre une formation d'officier[1].

Service militaire

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En Grande-Bretagne, Van Oosterzee rejoint la Brigade Princesse Irène et demande à être envoyé en Australie pour se préparer à combattre le Japon[4]. Il quitte Liverpool le 16 janvier 1945 et arrive en Australie le 21 février. Sa formation militaire comprend un entraînement à la guerre dans la jungle. Le 16 mars 1945, il est affecté à une formation administrative de la Netherlands Indies Civil Administration (en) (NICA), en prévision d'un manque de fonctionnaires après la capitulation japonaise. Dans sa requête de 1949, il indique que cette affectation lui a été imposée contre sa volonté. Il est nommé sous-lieutenant de réserve le 14 septembre 1945[10].

Après la capitulation japonaise, il sert dans les Indes néerlandaises pendant la révolution nationale indonésienne, qui oppose les indépendantistes indonésiens au rétablissement du pouvoir colonial néerlandais[5]. Affecté à Makassar, il exerce des fonctions dans l'administration intérieure et assure des tâches de transport pour la NICA, l'armée coloniale et la Marine royale néerlandaise[10].

Selon une lettre de son père, Carl Friedrich van Oosterzee, datée du 29 juillet 1948, il demande dès 1946 à quitter le service, estimant avoir accompli la durée de son engagement. Son père indique que, malgré des démarches répétées, cette demande reste en suspens depuis environ deux ans[11]. Il rentre finalement aux Pays-Bas en novembre 1948[10].

Vie privée et après-guerre

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Van Oosterzee se marie par procuration en 1946. Son épouse le rejoint ensuite à Makassar[11].

Après son service militaire, il travaille dans le secteur bancaire, aux Pays-Bas et à l'étranger[5]. À la fin de sa vie, il réside à Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-Maritimes[12].

Il meurt à Amsterdam le 18 avril 1989, à l'âge de 67 ans. Son épouse, Paulina Helena Worp, lui survit[4].

Distinctions

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Par arrêté royal du 14 septembre 1945, Van Oosterzee se voit attribuer la croix du Mérite (nl) pour l'organisation et l'exécution de son évasion des Pays-Bas occupés. Il reçoit également la croix commémorative de la Résistance (nl)[5].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 (nl) Politie Buitendienst, Departement van Justitie, « Verhoor van Van Oosterzee, Christiaan Vincent Gradwell », Procès-verbal d'interrogatoire ; Nationaal Archief, fonds 2.09.107, inventaire 958, dossier P 01029/46., sur Internet Archive,
  2. 1 2 3 4 (en) Megan Koreman, The Escape Line : How the Ordinary Heroes of Dutch-Paris Resisted the Nazi Occupation of Western Europe, Oxford University Press, (ISBN 9780190662271), p. 144, 160–168
  3. 1 2 3 4 Jean-Luc Cartron, Aussi hautes soient les montagnes : Filières d'évasion contre Gestapo, Metvox Publications (ISBN 9791094787601, lire en ligne), « Une dangereuse partie de cache-cache », p. 32–33
  4. 1 2 3 4 5 6 7 (nl) « Christiaan (Chris) Vincent Gradwell van Oosterzee », sur Digitaal Monument Engelandvaarders, Museum Engelandvaarders
  5. 1 2 3 4 5 6 (en) « Oosterzee, van, Christiaan Vincent Gradwell « Chris » », sur TracesOfWar
  6. ↑ (nl) « Nationaal Monument Oranjehotel », sur Nationaal Monument Oranjehotel
  7. 1 2 Jean-Luc Cartron, Aussi hautes soient les montagnes : Filières d'évasion contre Gestapo, Metvox Publications (ISBN 9791094787601, lire en ligne), « Une dangereuse partie de cache-cache », p. 29–32
  8. ↑ Jean-Luc Cartron, Aussi hautes soient les montagnes : Filières d'évasion contre Gestapo, Metvox Publications (ISBN 9791094787601, lire en ligne), « Une dangereuse partie de cache-cache », p. 36, note 1
  9. 1 2 3 4 (en) Victor J. Ferrari et Michael L. Gillette, « The Navigator's Odyssey », Entretien du 28 mai 1991, reproduit avec l'autorisation de la LBJ Library., sur Humanities Texas
  10. 1 2 3 (nl) Christiaan Vincent Gradwell van Oosterzee, « Verzoekschrift aan de Minister van Overzeese Gebiedsdelen », sur Internet Archive,
  11. 1 2 (nl) Carl Friedrich van Oosterzee, « Brief aan Prins Bernhard der Nederlanden », sur Internet Archive,
  12. ↑ (nl) « Adressenbestand », De Schakel, Stichting Genootschap Engelandvaarders, no 41,‎ , p. 32 (lire en ligne)