Erchanbald de Strasbourg
Erchanbald ou Erchenbald, Erchambald, Archambaud, Erkenbald ou Erkenbold, né vers 937 et mort le à Strasbourg, est évêque de Strasbourg du à sa mort.
| Évêque de Strasbourg | |
|---|---|
| - | |
Wilderod (d) |
| Naissance |
Vers |
|---|---|
| Décès | |
| Activités |
Il obtient de l'empereur germanique Otton II le droit de battre monnaie et de rendre la justice, jetant les bases de la principauté épiscopale de Strasbourg. Poète, il laisse divers écrits et enrichit la bibliothèque de la cathédrale de Strasbourg de différents manuscrits, dont son Évangéliaire.
Biographie
modifierFormation
modifierErchanbald naît vers 937, dans une famille de haute noblesse, peut-être strasbourgeoise[1]. Il porte d'abord le nom d'Atlrich, mais adopte le nom d'Erchanbald[2],[1] quand il devient évêque[1]. Il est élève à l'école épiscopale de Strasbourg. Ordonné prêtre vers 963[1], il est associé à l'administration du diocèse de Strasbourg par son prédécesseur[2] l'évêque Udon[1].
Comme celui-ci, Erchanbald a longtemps vécu à la cour du royaume de Germanie avant de devenir évêque, et fut même distingué par Adélaïde de Bourgogne, épouse du roi Otton Ier de Germanie qui devient empereur du Saint-Empire en 962[3].
Évêque
modifierLes rois puis les empereurs de la dynastie des Ottoniens ont placé des prélats dévoués sur le siège épiscopal de Strasbourg, en les comblant de privilèges qui leur permettent de constituer une administration autonome. En retour, ils exigent d'eux des services de cour, des missions diplomatiques et de lourdes contributions militaires[4].
C'est dans ce contexte qu'Erchanbald est nommé évêque de Strasbourg le [5],[1]. Il est sacré par l'archevêque de Mayence Guillaume une semaine après, le [2],[1]. Dans son diocèse, il consacre 122 autels et chapelles[2],[1], favorise les débuts de l'abbaye d'Altorf[2] et protège les abbayes de Marmoutier et de Schuttern[2],[1].
Il participe au synode d'Ingelheim en 972, à la diète de Spire en 984[2] et aux sacres de différents évêques, dont ceux d'Eichstätt, de Bamberg, d'Osnabruck, de Coire, d'Augsbourg et de Spire[2]. Au total, il participe ainsi à la consécration de 17 prélats[6]. En 970, le pape Jean XIII lui écrit une lettre de remerciement, qui a été conservée[6].
En 974, l'empereur Otton II lui donne le droit de battre monnaie et de rendre la justice seigneuriale. Il en est de même pour le droit de percevoir des taxes douanières[7]. Tous ces droits sont confirmés le par une charte émise par l'empereur à Salerne[8],[2],[6], alors qu'Erchanbald fait partie de la suite impériale dans une expédition militaire contre les Sarrasins dans le sud de la péninsule italienne[2], puis en 983 et en 988 par Otton III[6].
Erchanbald obtient ainsi des droits comtaux[6] et jette les fondements d'une seigneurie[2], à savoir la principauté épiscopale de Strasbourg[9]. Comme ses successeurs jusqu'à la Révolution française, il exerce un pouvoir temporel sur ce territoire, contrairement au diocèse sur lequel il n'a qu'une autorité spirituelle[10].
Homme de culture
modifier
Otton Ier et ses successeurs ont choisi des lettrés pour occuper les fonctions épiscopales, ce qui a permis à Strasbourg d'être impliquée dans la renaissance ottonienne. Dans le même temps, les évêques sont très attentifs à la situation culturelle de leur ville et de leur diocèse. Erchanbald, précédemment écolâtre, à savoir responsable de l'école cathédrale, est lui aussi un lettré et un amateur de manuscrits[11].
Dans sa jeunesse, Erchenbald écrit des poésies, conservées par des copies. Elles ont été éditées par Jean Henri Boecler et Johann Schilter en 1685[6]. Il écrit aussi un catalogue versifié des évêques de Strasbourg[2],[6], en vers léonins[6], ainsi qu'une Passio de saint Trudpert, un soliloque en prose et des méditations qui étaient encore conservées au XVIe siècle à la cathédrale de Strasbourg[12].
Erchenbald invite Victor, moine de l'abbaye de Saint-Gall, à Strasbourg pour y enseigner à l'école cathédrale[2],[6]. Il enrichit considérablement la bibliothèque de son diocèse par des acquisitions et des copies de manuscrits[6]. Au Moyen Âge, la bibliothèque d'Erchanbald est conservée dans la cathédrale. Il en reste trois livres, les Œuvres de Paul Diacre, conservées à la bibliothèque de Brême, celles de Prudence, conservées à la bibliothèque de Berne et l'Évangéliaire d'Erchenbald illustré, acquis par la Société industrielle de Mulhouse[2],[10] et conservé à la bibliothèque municipale de Mulhouse[13].
Cet évangéliaire a été commandé par Erchenbald pour la célébration de l'eucharistie à la cathédrale de Strasbourg. Comportant 144 feuillets, le manuscrit a été probablement réalisé à l'abbaye de Saint-Gall au Xe siècle[14],[15]. Richement décoré de 300 enluminures, il s'agit d'un ouvrage liturgique de prestige de l'art ottonien. Il contient également un inventaire du trésor de la cathédrale, ajouté à la fin et comprenant notamment une croix en or, des calices, un encensoir, une cruche en argent et des tapisseries qui illustrent la richesse de l'évêché de Strasbourg[13].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 de Morembert 1988, col. 683.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Burg 1986.
- ↑ Livet 1987, p. 93-94.
- ↑ Barbier 2015, p. 35.
- 1 2 Himly 1972, p. 38.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 de Morembert 1988, col. 684.
- ↑ Livet 1987, p. 94.
- ↑ Francis Rapp (dir.), Le Diocèse de Strasbourg, Paris, Beauchesne, coll. « Histoire des diocèses de France » (no 14), , 352 p. (ISBN 978-2-7010-1037-3, lire en ligne
), p. 37. - ↑ Lily Greiner, « La seigneurie épiscopale de Strasbourg jusqu'en 1274 et les origines de la supériorité territoriale », Positions de thèses de l'École des chartes, , p. 83-89 (lire en ligne).
- 1 2 Barbier 2015, p. 36.
- ↑ Barbier 2015, p. 35-36.
- ↑ de Morembert 1988, col. 685.
- 1 2 Cassin, Eichenlaub et Litschgi 2017, p. 34.
- ↑ Charles Schmidt, « Notice sur un manuscrit du dixième siècle qui jadis a fait partie de la bibliothèque de la cathédrale de Strasbourg », Bulletin de la société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, vol. 12, , p. 34-42 (lire en ligne).
- ↑ G. de Dartein, « L'évangéliaire d'Erkanbold », Revue d'Alsace, vol. 56, , p. 530-537 (lire en ligne).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Frédéric Barbier, Bibliothèques Strasbourg : origines - XXIe siècle, Paris ; Strasbourg, Éditions des Cendres ; Bibliothèque nationale et universitaire, , 444 p. (ISBN 978-2-85923-060-9 et 978-2-86742-234-8).
- André-Marcel Burg, « Erchenbald (Archambaud, Erkenbold) », dans Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne, (lire en ligne).
- Rémy Casin, Jean-Luc Eichenlaub, Bernadette Litschgi et al., Trésors des bibliothèques et archives d'Alsace, Strasbourg, La Nuée bleue, , 456 p. (ISBN 978-2-8099-1456-6).
- François-Jacques Himly, Chronologie de la Basse Alsace : Ier – XXe siècle, Strasbourg, Archives départementales du Bas-Rhin, , 350 p. (BNF 35318439).
- Georges Livet (dir.) et Francis Rapp (dir.), Histoire de Strasbourg, Toulouse, Éditions Privat et DNA, , 528 p. (ISBN 2-7089-4726-5).
- T. de Morembert, « Erchanbald, Erchembald, Erkenbald, Erchambaud », dans Roger Aubert et É. Van Cauwenbergh (dir.), Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, t. 15 : Égérie-Eusébie, Paris, Letouzey et Ané, , col. 683-685.
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à la religion :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Ressource relative à la recherche :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :