Ernst Toller
Ernst Toller ( - ) est un écrivain, dramaturge et poète allemand surtout connu pour ses pièces expressionnistes.
| Naissance |
Szamocin |
|---|---|
| Décès |
(à 45 ans) New York |
| Activité principale |
écrivain, dramaturge |
| Langue d’écriture | allemand |
|---|
Militant socialiste révolutionnaire, proche du mouvement anarchiste, il joue un rôle de premier plan lors de la république des conseils de Bavière en 1919.
Biographie
modifierJeunesse et engagement politique
modifierToller naît à Samotschin, dans l'arrondissement de Colmar-en-Posnanie (de), dans la province de Posnanie, en royaume de Prusse, en 1893, dans une famille juive. En 1914, il s'engage comme volontaire dans l'armée, combat treize mois sur le front de l'ouest, avant de subir un effondrement physique et moral. Son premier drame, Transformation (Die Wandlung), est directement inspiré de ces expériences de guerre.
En 1919, dans le contexte des troubles qui accompagnent la fin de la Première guerre mondiale, Toller proclame la république des conseils de Bavière dont il prend la direction. Soutenu par les Conseils d'ouvriers et de soldats de Munich, Toller s'entoure d'autres intellectuels, comme les écrivains Erich Mühsam et Gustav Landauer, eux-mêmes militants anarchistes ou encore Ret Marut, le futur B. Traven. Le gouvernement de la république des conseils, composé en grande partie de lettrés du quartier de Schwabing, a une tonalité nettement plus anarchiste que socialiste, ce qui lui vaut d'être rapidement surnommé dans la ville « le régime des anarchistes de cafés »[1].
En quelques jours, le gouvernement d'Ernst Toller devient, selon les termes de l'historien Heinrich August Winkler, « la risée de tous ». Nullement préparés à gouverner, sans liens avec les autres milieux socialistes d'Allemagne et d'Autriche et sans idées claires quant à l'avenir de la Bavière[2], les dirigeants de la république munichoise prennent une série de décisions incohérentes. Le gouvernement Toller annonce la rupture des relations diplomaques avec le Reich, et proclame « l'argent libre » pour triompher du capitalisme. Un télégramme est envoyé à Lénine pour l'informer de l'union du prolétariat de Haute Bavière[3]. Les délinquants de droit commun sont libérés de prison, ce qui entraîne une montée en flèche de l'insécurité dans la ville. Le gouvernement s'arroge en parallèle l'autorité économique suprême, ce qui entraîne la fermeture immédiate de tous les petits commerces, surprenant les gouvernants eux-mêmes[4]. Tandis que Toller annonce une réforme des arts, les affaires étrangères de la Bavière sont confiées au journaliste Franz Lipp (1855-1937) qui, mentalement instable, ridiculise le gouvernement par ses excentricités. Devant le comportement du délégué aux affaires étrangères, Toller et Mühsam finissent par le pousser à la démission, quelques jours après sa nomination[5]. Si le régime ne commet pas d'actes sanglants, l'annonce, le , de la création de « tribunaux révolutionnaires » dont les jugements seront exécutés sur-le-champ sans possibilité d'appel contribue à semer l'effroi au sein de la bourgeoisie bavaroise[6].
La république a une existence brève, avant d'être écrasée par l'intervention des corps francs. Il est arrêté pour sa participation à la révolution. Condamné à mort, sa peine est commuée en cinq ans de prison[7], qu'il effectue en grande partie à la forteresse de Niederschönenfeld (district de Souabe, Bavière).
Théâtre
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Pendant son emprisonnement, il achève Transformation, qui est jouée pour la première fois à Berlin en , sur une mise en scène de Karlheinz Martin. Pour la 100e de Transformation, le gouvernement bavarois offre son pardon à Toller qui le rejette en solidarité avec les autres prisonniers politiques. Toller a écrit la plupart de ses textes les plus célèbres en prison, notamment les drames L'Homme et la masse (Masse Mensch, Homme-Masse), Les Briseurs de machine (Die Maschinenstürmer), Hinkemann, l'Allemand (Der deutsche Hinkemann) et nombre de poèmes. Il ne voit aucune de ses pièces avant son élargissement, en . Cette année-là, le plus célèbre de ses drames, Hoppla, nous sommes vivants! (Hoppla, wir leben!), mis en scène par Erwin Piscator, est joué à Berlin. C'est l'histoire d'un révolutionnaire qui, après avoir passé huit ans dans un hôpital psychiatrique, découvre que ses anciens camarades sont devenus suffisants et se sont désespérément compromis avec le système auxquels ils étaient opposés. De désespoir, il se tue.
Exil
modifierEn 1933, Toller s'exile d'Allemagne après avoir milité contre le NSDAP[8]. Ses ouvrages sont interdits de publication par le nouveau pouvoir national-socialiste qui lui retire la citoyenneté allemande à la fin de l'année. Il part pour Londres et participe comme co-metteur en scène à la production de sa pièce Retire les tisons du feu (Feuer aus den Kesseln) à Manchester en 1935. Il engage une série de conférences aux États-Unis et au Canada en 1936-1937, avant de s'installer en Californie, où il travaille à des scénarios qui ne sont pas produits. Toller s'installe en 1936 à New York, où il vit au milieu d'un groupe d'artistes et d'écrivains en exil comme Klaus et Erika Mann, Therese Giehse...
Il tente d'alerter sur les dangers du fascisme et se désespère de la neutralité des pays occidentaux devant la guerre d'Espagne et de la signature des accords de Munich[8].
Enfoncé dans une profonde dépression (son épouse[9] l'a quitté pour un autre homme et le fascisme a partout gagné du terrain) et des soucis financiers (il a donné tout son argent aux réfugiés de la guerre d'Espagne), il se suicide dans sa chambre d'hôtel, le [8].
Œuvres
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- Die Wandlung, 1919 (La Transformation)
- Gedichte der Gefangenen. Ein Sonettenkreis (1921) (Poèmes des prisonniers. Un cercle de sonnets)
- Masse Mensch (de) 1921 (L'Homme et la masse, L'Homme-masse)
- Die Maschinenstürmer, 1922 (Les Briseurs de machines)
- Hinkemann (de) (à l'origine Der deutsche Hinkemann), Première
- Der entfesselte Wotan. Eine Komödie (1923) (Wotan déchaîné. Une comédie)
- Das Schwalbenbuch, 1924 (Le Livre des hirondelles, recueil de poèmes)
- Vormorgen (1924) (Avant-demain, poèmes)
- Hoppla, wir leben !, 1927 (Hop là, nous vivons !)
- Justiz. Erlebnisse. (1927) (Justice. Expériences.)
- Quer Durch (1930), (De l'autre côté)
- Feuer aus den Kesseln, 1930 (Le feu hors des chaudières)
- Die blinde Göttin (1933), (La déesse aveugle)
- Eine Jugend in Deutschland (de), 1933 (Une jeunesse en Allemagne - autobiographie), Amsterdam
- Nie wieder Friede (No more Peace) (1934) (Plus jamais de paix, comédie)
- Briefe aus dem Gefängnis, 1935 (Lettres de prison), Amsterdam
- I was a German, 1934, (Autobiographie), New York
- Pastor Hall (1939, drame)
En français
modifier- Hinkemann - L’homme et la masse, L'Avant-scène théâtre, 2014, (ISBN 978-2-7498-1297-7).
- Une jeunesse en Allemagne, L'Age d'Homme, 1990, (ISBN 978-2-8251-2386-7).
- Hop là ! Nous vivons, Éditeurs français réunis, Paris, 1966 (introductions de César Gattegno et José Valverde, préface de Erwin Piscator).
- Le Livre des hirondelles, Éditions Séguier, Paris, 2020, 336 pages (ISBN 978-2-8404-9800-1), reprise de Une jeunesse en Allemagne (Éditions L'Âge d'Homme, Lausanne (Suisse), 1974), avec une préface d'Olivier Guez et une portrait littéraire par Ilya Ehrenbourg, et des poèmes de Toller tirés du Livre de l'Hirondelle (1928), et en couverture reproduction du tableau Ruhrkampf de Barthel Gilles (de) (1891-1977).
Mises en scène en France
modifier- 1966 : Hop la! nous vivons, texte français de César Gattegno et Béatrice Perregaux, mise en scène de José Valverde, Théâtre Gérard-Philipe, Saint-Denis[10].
- 1975 - 1976 : Hinkemann, texte français de Dagmar Deisen et François Joxe, mise en scène et scénographie de François Joxe, compagnie du Chantier Théâtre, Théâtre de la Plaine, Paris
- 1999 : La Chair empoisonnée, d'après Hinkemann, adaptation de Franz Xaver Kroetz, traduction de Henri-Alexis Baatsch, mise en scène de Christophe Perton, avec Gilles Masson, Bourges, puis tournée, puis Théâtre des Abbesses, Paris[12],[13].
- 2008 : Hop la! nous vivons, texte français de César Gattegno et Béatrice Perregaux, mise en scène de Christophe Perton, dramaturgie de Pauline Sales, avec Gauthier Baillot, Théâtre des Abbesses, Paris[14].
- 2014 - 2015 : Hinkemann, texte français de Huguette Radrizzani et René Radrizzani, mise en scène de Christine Letailleur, avc Stanislas Nordey, Théâtre national de Bretagne, Rennes, puis Théâtre national de la Colline, Paris[15],[16].
Notes et références
modifier- ↑ Evans 2004, p. 158.
- ↑ Service 2007, p. 91.
- ↑ Winkler 2005, p. 335.
- ↑ Service 2007, p. 92.
- ↑ Michael Seligmann, Aufstand der Räte. Die erste bayerische Räterepublik vom 7 April 1919, vol. I, Grafenau-Döffingen, Trotzdem-Verlag, coll. « Reihe libertäre Wissenschaft » (no 8), 1989 (ISBN 3-922209-77-7), pp. 399-403.
- ↑ Ernst Nolte, La Guerre civile européenne : National-socialisme et bolchevisme 1917-1945, Perrin, 2011, pp. 140-141.
- ↑ René Lévy, Les écrivains de langue allemande sous le nazisme : 1933-1945, L'Harmattan, 2014, (ISBN 978-2-343-02515-5), page 59.
- 1 2 3 « Ernst Toller Jusqu’à l’épuisement de l’espoir », sur L'Humanité,
- ↑ Christiane, fille de l'historien d'art Otto Grautoff.
- ↑ Bertrand Poirot-Delpech, « Hop la! nous vivons d'Ernst Toller », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Michel Cournot, « Toller et Ajar, la force des textes », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Michel Cournot, « Un chef d'oeuvre de Toller audacieusement rajeuni », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Gilles Costaz, « Blessures de guerre », Les Échos, (lire en ligne).
- ↑ Fabienne Darge, « Découvrir Ernst Toller, contemporain de Brecht », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Philippe Chevilley, « Hinkemann, le héros outragé, au théâtre de la Colline », Les Échos, (lire en ligne).
- ↑ Fabienne Darge, « Hinkemann, impuissant dans une ère sans âme », Le Monde, (lire en ligne).
Bibliographie
modifier- René Eichenlaub, Ernst Toller et l'expressionnisme politique, Paris, Klincksieck, coll. « Bibliothèque de l'Université de Haute-Alsace », , 310 p. (ISBN 2-252-02144-6).
- (en) Robert Ellis, Ernst Toller and german society : Intellectuals as leaders and critics, 1914-1939, Lanham, Fairleigh Dickinson University press, , 237 p. (ISBN 978-1-61147-635-4)
- (en) Richard J. Evans, The Coming of the Third Reich, Penguin Books, , 622 p. (ISBN 978-1-59420-004-5, lire en ligne).

- Anna Funder. Tout ce que je suis. Collection 10/18 No 4881. Titre original "All That I Am" - 2011 : biographie romancée d'Ernst Toller et de son amante Dora.
- Ambroise Got, La terreur en Bavière (1919), Perrin, 1922, lire en ligne, version txt.
- Philippe Ivernel, « Toller Ernst », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 9782047312957), p. 1354-1355.
- René Lévy, Les écrivains de langue allemande sous le nazisme : 1933-1945, L'Harmattan, 2014, (ISBN 978-2-343-02515-5), page 59.
- René Lévy, Ernst Toller (1893-1939) Un dramaturge de combat, L'Harmattan, 2016, (ISBN 978-2-343-08920-1)
- Michael Löwy, Rédemption et utopie : le judaïsme libertaire en Europe centrale : une étude d'affinité élective, Paris, Presses universitaires de France, 1988.
- Lou Marin, L'anarchisme de langue allemande des origines à nos jours. Brève introduction, sommaire et point de vue subjectif d'un militant anarchiste non-violent, Centre international de recherches sur l'anarchisme (Marseille), texte intégral.
- (en) Robert Service, Comrades : Communism : a World History, Pan Books, , 571 p. (ISBN 978-0-330-43968-8).

- Heinrich August Winkler, Histoire de l'Allemagne, XIXe – XXe siècle : le long chemin vers l'Occident, Fayard, (ISBN 978-2-213-62443-3).

Annexes
modifierArticles connexes
modifier- Ligue spartakiste (1914-1919)
- République des conseils de Bavière (avril-), Ernst Niekisch (1889-1967)
- République des conseils, République des conseils de Wurtzbourg ()
- Kurt Eisner (1867-1919), Walther Rathenau (1867-1922), Gustav Landauer (1870-1919), Matthias Erzberger (1875-1921), Karl Liebknecht (1871-1919), August Hagemeister (de) (1879-1923)
- Erich Mühsam (1878-1934), Carl von Ossietzky (1889-1938), Kurt Tucholsky (1890-1935)
- Gregor Gog (de) (1891-1945), Fraternité des Vagabonds (de) (1927-1933)
- Barthel Gilles (de) (1891-1977), et autres peintres de la Nouvelle objectivité
- Hugo Haase (1863-1919), avocat de Toller à son procès de 1919
- Tankred Dorst (1925-2017), Toller (1968)
- Albert Ostermaier (1967-), Zwischen zwei Feuern. Tollertopographie. (1993)
Liens externes
modifier- (de) Site officiel
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- Visuotinė lietuvių enciklopedija
- L'Éphéméride anarchiste : notice.
- René Bianco, 100 ans de presse anarchiste : notice.