L’esclavage en Somalie a existé depuis l’Antiquité. Les Somaliens avaient des esclaves pour les plantations agricoles, le pastoralisme (gardiennage du bétail) et comme concubines[1],[2],[3] Les chrétiens éthiopiens était les esclaves les plus couramment échangées par les marchands somaliens[4]. Plus tard au XIXe siècle, des esclaves bantous commencèrent à être exportés depuis Zanzibar et furent vendus en grand nombre à des clients somaliens pour travailler dans des plantations agricole[5].

Histoire

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Les ruines de l’ancienne cité d’Opone.

Antiquité

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Durant l’Antiquité, des esclaves étaient vendus aux cités-États somaliennes d’Opone et de Malao, où ils étaient achetés puis transportés par des marchands romains et grecs vers l’Égypte Romaine[6],[7].

Selon l’historien antique Ptolémée :

« Outre les aromates, des esclaves de qualité supérieure étaient exportés depuis Opone, principalement vers les marchés égyptiens. »[8]

.

Traite d'esclave abyssin durant le Moyen Âge

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Les routes historiques de la traite d'esclaves éthiopiens.
Dessin d’une esclave abyssinienne.

Durant le Moyen Âge, le port somalien de Zeila était le site d’un important marché aux esclaves où des marchands venus d’Arabie achetaient des esclaves abyssins, qui étaient ensuite transportés vers le Yémen et le Hedjaz pour servir comme esclaves domestiques, travailleurs agricoles, concubines, et soldats au sein des forces militaires locales[9]. Le geographe arabe al-Idrisi est le premier auteur musulman à mentionner la traite des esclaves en Somalie, notant que les esclaves constituaient l’une des principales exportations du port somalien de Zeila. Ibn Sa'id al-Maghribi et Ibn Fadlallah al-Umari indiquent également que les esclaves capturés en Abyssinie étaient castrés avant d’être transportés vers Zeila[9],[10]. Selon al-Idrisi, les esclaves exportés depuis Zeila étaient ensuite acheminés vers un important dépôt d’esclaves à Zabid, au Yémen. La ville, selon l’historien yéménite moderne Huseyn al-Amri, comptait pendant de nombreux siècles une importante population d’esclaves abyssins[11]. Les sources yéménites de la même période indiquent que la plupart de ces eunuques et concubines abyssins amenés au Yémen depuis Zeila appartenaient aux populations amharas et tigréennes[12],[13]. Selon l’historien éthiopien Taddesse Tamrat, les esclaves éthiopiens vendus à Zeila provenaient des régions non musulmanes d’Éthiopie, notamment le Tigré et l’Amhara[14]. Certains des enfants du cheikh Isaaq ibn Ahmad, fondateur du clan Somalien Isaaq au 13e siècle, seraient nés en pays somali d’une femme abyssine décrite comme une esclave[15].

En l'an 1376, le sultan Haqq al-Din II de la dynastie des Walashma déclencha une guerre sainte contre la dynastie chrétienne salomonide[16]. Le sultan fut constamment en conflit avec le roi chrétien, auquel il fit de nombreux captifs[17]. Son successeur, le sultan Sa’d al-Din, mena des razzias jusqu’à la province éthiopienne de Hadiya, qu’il pilla[18],[19]. Durant le XVe siècle, sous le Bar Sa’d al-Din, également connu sous le nom de sultanat d’Adal, les razzias se poursuivirent. Dans les années 1420, un émir au service du sultan Jamal al-Din II captura un si grand nombre de captifs éthiopiens que les esclaves devinrent très abondants dans le royaume musulman. Les jeunes esclaves abyssiniennes étaient alors parfois vendues pour le prix d’une bague, et chaque fakir recevait également trois esclaves[16]. Le sultan somalien Jamal ad-Din devint l’un des principaux acteurs du commerce des esclaves, exportant des captifs amhara vers diverses régions du monde musulman et au-delà, notamment vers la Grèce et l’Inde. Les sources indiquent par ailleurs que des Éthiopiens étaient présents en Russie, en Turquie et en Inde au cours des siècles suivants[20],[21]. Son successeur, le sultan Badlay, poursuivit la même politique et lança plusieurs expéditions militaires contre le royaume éthiopien. Selon Richard Pankhurst, il soumit plusieurs territoires chrétiens et incendia au moins six églises. Il fit exécuter de nombreux chefs chrétiens et réduisit leurs populations en esclavage. Le sultan devint rapidement extrêmement riche, accumulant de l’or, de l’argent, de riches vêtements, des armures et un grand nombre d’esclaves[17].

Dans la seconde moitié du XVe siècle, l’émir Mahfuz de Zeila lança des razzia annuelles contre le royaume chrétien pendant le Carême, tuant les hommes et réduisant les femmes et les enfants en esclavage[22],[23]. Selon René Basset, les incursions de Mahfuz atteignirent le fleuve Dukem, aux environs de Addis-Abeba[24],[25]. L'explorateur portugais. Francisco Alvares indique que Mahfuz ciblait les régions du Choa, de l’Amhara et le Fatagar lors de ses razzia[26]. Alvares indique également que Mahfuz mena plus de vingt incursions annuelles dans l’intérieur du royaume chrétien, au cours desquelles il captura un nombre considérable d’esclaves[11]. Le navigateur ottoman Salman Reis mentionne également ces incursions annuelles en Abyssinie[27]. L’émir Mahfuz conclut des accords avec plusieurs souverains arabes, en vertu desquels ceux-ci lui fournissaient des chevaux, des armes et « tout ce qu’il désirait » en échange de la livraison annuelle de grandes quantités d’esclaves abyssins à La Mecque. Il aurait capturé environ 19 000 esclaves au cours d’une année, qu’il envoya ensuite à ses alliés et partisans en Arabie[28]. Le voyageur italien Ludovico di Varthema, qui visita Zeila en 1503, fut surpris par le très grand nombre d’esclaves qui y étaient vendus, notant qu’ils avaient été capturés lors de razzias et étaient principalement expédiés vers La Mecque, le Yémen, l'Iran, Le Caire et l’Inde[29].

Le commandant militaire somalien Ahmad ibn Ibrahim al-Ghazi aurait été élevé par une esclave appartenant à sa famille, qu’il affranchit par la suite[30]. En 1525, l’imam Ahmad lança son invasion de l’Éthiopie à la tête d’une armée somalienne. Au cours de certaines de ses campagnes, ses soldats accumulèrent un tel nombre de captifs et de butin qu’il aurait été contraint de leur ordonner de l’abandonner, celui-ci ralentissant leur progression[31],[32]. L’imam Ahmad ibn Ibrahim al-Ghazi aurait déclaré à ses troupes :

« Si vous rencontrez des ennemis, combattez-les, prenez leurs biens, réduisez leurs femmes en esclavage et tuez les hommes. »[33]

Par Zeila, ainsi que par Berbera, transitait l’essentiel des esclaves capturés dans l’arrière-pays éthiopien[34]. Les jeunes esclaves éthiopiennes étaient très recherchées sur les marchés du monde musulman, mais l’approvisionnement en jeunes esclaves masculins éthiopiens était encore plus important pour les souverains arabes, dont le pouvoir reposait sur des armées composées en grande partie d’esclaves éthiopiens[35].Des fouilles archéologiques ont exhumé des enclos à esclaves construits en pierre dans les ruines de la ville médiévale d’Amud, dans la region Awdal en Somalie[36].

Traite d'esclave malgache durant le Moyen Âge

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Au XIVe siècle, le voyageur musulman Ibn Battuta fut servi à Mogadiscio par un eunuque appartenant au souverain de la ville[37]. Des sources chinoises de la dynastie Ming datant de 1423 mentionnent que le sultan de Mogadiscio possédait plusieurs concubines[38],[39]. Un manuscrit datant de 1573 mentionne une femme de Mogadiscio affranchissant son esclave[40]. L’acte d’affranchissement de l’esclave porte les signatures d’un khatib et d’un faqih[41]. Selon les sources, des marchands d'esclaves somaliens de Barawa et de Mogadiscio importaient environ 3 500 esclaves par an de l’île de Madagascar. Comme l’indique l’historien français Thomas Vernet, des récits portugais mentionnent également des marchands de Barawa et de Mogadiscio se rendant à Madagascar pour y acquérir des esclaves malgaches, cette traite est attestée par des chroniqueurs portugais dès 1506[42]. Les esclaves originaires de Madagascar étaient également envoyés vers les îles Comores, d’où ils étaient ensuite expédiés vers Mogadiscio[43]. Selon l’historien Jeremy Black, les esclaves originaires de Madagascar étaient transportés par bateau vers les ports d’Afrique de l’Est, et ceux importés à Mogadiscio depuis Madagascar étaient ensuite réexportés vers l’Inde[44].

Traite d'esclave Oromo durant l'époque contemporaine

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Selon l'historien Thomas Vernet, les femmes oromo capturées par les marchands d'esclaves somaliens auraient pu être vendues en Somalie dès le XVIIe siècle[42]. Au XIXe siècle, les marchands d’esclaves somaliens menaient des razzias contre des tribus oromo, tuant la plupart des hommes et réduisant les femmes et les enfants en esclavage. Les femmes oromo, particulièrement recherchées pour leur beauté, étaient gardées comme concubines, employées comme servantes domestiques ou mariées à d’autres esclaves[45],[46],[47],[48].

Une razzia somalienne.

Au XIXe siècle, les sud somaliens détenaient un nombre important d’esclaves, ces esclaves étaient principalement d’origine oromo[49],[50]. Les femmes capturées lors de razzias pouvaient être réduites en esclavage aussi bien dans le nord que dans le sud de la Somalie[51]. En l'an 1908, l’italien Giacinto Vicinanza nota que les esclaves en Somalie étaient de deux types; les oromo et les bantous swahilis[52]. Selon Catherine Besteman, les somaliens dominaient militairement au XIXe siècle, conquérant et réduisant en esclavage les oromo, qui constituaient la principale source d’esclaves en Somalie[50],[53].

Jeunes esclaves Oromo secourues d’un navire dans le golfe d'Aden.
Esclave Oromo en Égypte[54].

Dans les années 1870, le nombre d’esclaves oromo capturés et envoyés à Kismayo était estimé à environ 10 000 par an. Les récits contemporains décrivent les marchands d’esclaves somaliens comme particulièrement redoutés, au point que de simples rumeurs de leur arrivée pouvaient pousser des villages entiers à fuir ou à tenter de négocier avec eux[55]. Un marchand d’esclaves ogaden durant le 19e siècle relata une série de batailles ayant abouti à la capture de 30 000 têtes de bétail ainsi que de 8 000 femmes et enfants oromo. L’importance du commerce des esclaves oromo conduisit un historien à qualifier cette période d’« âge d’or » pour les marchands d’esclaves somaliens[56]. Selon un rapport britannique de 1894 portant sur les ogaden vivant dans le Jubaland, les ogaden étaient environ 5 000 et possédaient 2 000 esclaves d’origine oromo[57].

Dans le nord de la Somalie aussi, les esclaves oromo étaient plus nombreux que les esclaves bantous. Lors de son voyage vers Harar, Richard Francis Burton rencontra plusieurs jeunes esclaves oromo de sexe féminin[58]. Selon Burton, les esclaves présents à Harar étaient principalement des gouragués et des oromo. Les oromo capturés par les Ogaden étaient également envoyés directement à Berbera pour etre vendus[59]. À Harar, Philipp Paulitschke indique que des captifs Oromo étaient amenés dans la ville puis transportés par caravane vers Zeila et Berbera afin d’y être vendus[59]. Dans les années 1850, un équipage britannique aurait observé des centaines d’esclaves Oromo mis en vente dans le port de Berbera[60]. Selon Richard Francis Burton, 6 000 esclaves Oromo étaient exportés chaque année depuis Zeila et Berbera[61],[62]. Au XIXe siècle, Berbera figurait parmi les ports de traite d’esclaves les plus importants du monde. Des marchands venus de diverses régions parcouraient de longues distances afin d’y échanger des produits agricoles, du café, et des textiles contre des esclaves. Pour chaque esclave vendu à Berbera, le gouverneur de Zeila percevait une taxe de trois quarts de dollar. La moitié des esclaves vendus à Berbera étaient transportés vers des ports tels que Mokha, Hodeida et Djeddah. Les autres étaient acheminés vers des villes côtières de l’actuel Yémen, notamment Shuqra, Mukalla et Shihr, avant d’être redistribués vers les ports du golfe Persique et du golfe d’Oman, et parfois jusqu’à la côte du Kathiawar en Inde[63].

Selon l’historien Richard Pankhurst, un grand nombre d’esclaves Oromo provenant de Zeila vivaient au Yémen durant le XIXe siècle[11]. Le voyageur français Edmond Combes observa au Yémen ce qu’il décrivit comme un grand nombre d’esclaves Oromo[64]. Selon Maurice Tamisier, le port arabe de Djeddah était habité en 1834 par un grand nombre d’esclaves Oromo[65],[66]. À La Mecque, la pratique répandue de la possession de concubines abyssines aurait entraîné un mélange d’ascendance abyssine, ce qui aurait conféré aux Mecquois un teint distinct par rapport aux Arabes du désert[67]. Selon Richard Francis Burton, la plupart des esclaves concubines abyssines en Arabie étaient d'origine Oromo[68].

Traite d'esclave Bantous durant l'époque contemporaine

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Au XIXe siècle, la demande croissante de produits agricoles dans la péninsule Arabique incita les somaliens à développer l’agriculture. Cependant, la pénurie de main-d’œuvre dans le sud de la Somalie laissait une grande partie des terres fertiles non cultivées, ce qui conduisit les Somaliens à acheter des esclaves bantous auprès de marchands arabes à Zanzibar afin de combler le manque de main-d’œuvre[69],[70],[71].

Une esclave bantoue à Mogadiscio (1882-1883)

Les esclaves bantous étaient employés dans des plantations appartenant à des somaliens le long des fleuves Chébéli et Jubba, où ils récoltaient les céréales et le coton[72]. Selon Catherine Besteman, le commerce maritime d’esclaves bantous vers la Somalie s’est considérablement développé au début du XIXe siècle. Lee Cassanelli a retracé certaines des premières importations documentées vers 1800, lorsque des esclaves originaires de Tanzanie furent amenés à Barawa[73]. Entre 1800 et 1890, on estime qu’entre 25 000 et 50 000 esclaves bantous ont été vendus depuis les marchés d’esclaves de Zanzibar vers la côte somalienne[74].

Selon l'historien Esmond Martin, il n’existe aucune trace de communautés bantouphones en somalie avant le XIXe siècle. Les bantous somaliens sont les descendants d’esclaves importés de Zanzibar au XIXe siècle[75]. Ces esclaves bantous du sud de la Somalie ont été réduits en esclavage par le sultanat de Zanzibar au XIXe siècle, avant d'etre exportés vers la Somalie[76].

Prix d'esclaves

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Prix d'esclaves féminines à Mogadiscio (1904)[77]
Groupe Age moyen Prix
Femme oromo (concubine) 15-20 ans 90 thaler
Femme bantoue (travaux agricoles) 18-20 ans 65 thaler
Adolescente oromo (travaux domestiques) 10-15 ans 50 thaler
Enfant 8-10 ans 30 thaler

Selon l’historien Javan Mokebo, les prix des femmes esclaves en Somalie dépendaient de plusieurs facteurs, notamment le groupe ethnique. Les femmes oromo étaient davantage recherchées à des fins sexuelles et reproductives, tandis que les femmes bantoues étaient surtout utilisées pour les travaux agricoles. En conséquence, les femmes oromo étaient vendues autour de 90 thalers, contre environ 65 thalers pour une femme bantoue. L’âge influençait également le prix des esclaves. Les jeunes filles étaient généralement évaluées à des prix plus faibles et affectées à des tâches domestiques légères ou au pâturage. Cependant, à l’adolescence, elles étaient considérées comme aptes au relations sexuelles. L’apparence physique constituait aussi un facteur important dans la sélection et la fixation du prix des esclaves féminines. Les préférences de l’acheteur jouaient également un rôle, et lorsque la demande était principalement de nature érotique, les esclaves féminines étaient plus souvent acquises que les esclaves masculins[78].

Selon Robert Allen, les concubines atteignaient les prix les plus élevés sur les marchés d’esclaves. Les femmes étaient généralement réparties en deux catégories; beaucoup étaient affectées aux travaux domestiques et vendues à des prix relativement faibles, tandis que celles jugées plus belles étaient achetées comme concubines et atteignaient des prix beaucoup plus élevés. Cela était particulièrement vrai pour les femmes oromo, qui étaient très prisées sur les marchés d’esclaves en raison de leur teint perçu comme plus clair et de leur beauté[79]. Les femmes éthiopiennes, principalement oromo, figuraient parmi les plus prisées sur les marchés d’esclaves du XIXe siècle, où elles étaient régulièrement décrites comme particulièrement recherchées en raison de leur beauté. Toutefois, la valeur de ces femmes diminuait généralement après l’âge de 20 ans[63].

Prix d'esclaves masculins à Mogadiscio (1904)[77]
Groupe Age moyen Prix
Adulte bantou (travaux agricoles) 20-25 ans 89 thaler
Adulte oromo (pastoralisme) 20-25 ans 70 thaler
Adolescent bantou (travaux agricoles) 15-20 ans 60 thaler
Adolescent oromo (pastoralisme) 15-20 ans 50 thaler
Enfant bantou 8-10 ans 40 thaler
Enfant oromo 8-10 ans 30 thaler

Selon Javan Mokebo, les esclaves masculins bantous étaient évalués à environ 89 thalers, contre environ 60 thalers pour les esclaves masculins Oromo. Cette différence de prix s’expliquait par les types de travaux auxquels chaque groupe était destiné; les hommes bantous étaient plus souvent affectés à des travaux agricoles intensifs et à d’autres tâches physiquement exigeantes, tandis que les hommes Oromo étaient assignés à des tâches relativement moins éprouvantes, comme le pastoralisme[78].

Prix d'esclaves en Somalie selon Robert Allen (1840)[79]
Groupe Lieu Prix
Jeune femme (concubine) Berbera 70 thaler
Jeune femme (servante domestique) Berbera 40 thaler
Jeune homme adulte Berbera 40 thaler

Femmes éthiopiennes/oromo

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En Somalie, les jeunes esclaves éthiopiennes, principalement oromo, étaient généralement destinées au concubinage. Elles vivaient dans les foyers, travaillaient avec leurs maîtres dans les tâches quotidiennes, et avaient également des relations sexuelles avec eux[80]. Les jeunes femmes oromo étaient appelées suriya/sorije, un terme désignant les concubines dans le monde islamique. Les esclaves d’origine couchitique, comme les oromo, étaient considérées par les somaliens comme physiquement plus proches d’eux que les bantous, notamment en raison de cheveux perçus comme plus lisses et de nez plus fins. Ces caractéristiques facilitaient leur intégration dans la société somalienne[81],[51]. Les concubines d’origine oromo pouvaient plus facilement que d’autres accéder à des rôles importants au sein d’un foyer après avoir eu des enfants avec leur maître. Dans les plantations agricoles le long du fleuve Chébéli, les concubines esclaves occupaient souvent des rôles de supervision. En raison du lien sexuel ou marital avec leurs propriétaires, elles étaient considérées comme plus fiables que les autres esclaves et étaient parfois chargées de superviser le travail et la production[51],[82],[83]. Les femmes oromo capturées et réduites en esclavage par les marehan somaliens pouvaient acquérir un statut égal à celui des autres épouses si elles tombaient enceintes de leur maître[84].

D’autres femmes éthiopiennes pouvaient se retrouver sur les marchés d’esclaves somaliens, notamment les gouragues. Selon l’historien Mordechai Abir, les esclaves gourague étaient couramment vendues à Berbera, en particulier les femmes, les jeunes filles gourague étaient prisées par les acheteurs en raison de leur teint plus clair. L’explorateur Antoine d'Abbadie indique que les jeunes femmes gourague étaient parmi les plus désirables en Somalie[85]. Les avortements étaient fréquents, les concubines interrompant les grossesses à l’aide de puissants abortifs locaux préparés à partir de piment, de graines de colza, de colba et de miel[51].

Maître somalien surveillant des esclaves.

Hommes éthiopiens/oromo

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Les hommes Oromo étaient affectés à des tâches physiquement moins exigeantes que les Bantous, comme la garde des troupeaux, en raison de perceptions contemporaines les jugeant moins aptes à soutenir des travaux d’endurance, bien qu’ils fussent parfois également achetés pour des travaux agricoles. Les jeunes garçons étaient couramment employés comme domestiques ou messagers[51],[86].

Femmes bantoues

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Les femmes bantoues étaient généralement achetées pour les travaux agricoles plutôt que pour le concubinage. Elles étaient considérées comme moins désirables sexuellement, et de forts tabous sociaux décourageaient les unions entre les esclaves des plantations et les maîtres somaliens. Selon Enrico Cerulli, chez les Majeerteen, les relations sexuelles avec des femmes esclaves bantoues étaient mal perçues et socialement stigmatisées. Elles vivaient séparées de leurs maîtres, cependant, il arrivait plus rarement que des individus moins aisés financièrement possèdent également des concubines bantoues réduites en esclavage[80],[51].

Hommes bantous

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En règle générale, les hommes bantous étaient considérés comme beaucoup plus robustes et endurants que les hommes oromo, et étaient donc achetés pour les travaux agricoles[51].

Esclavage des Somaliens de souche

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Selon l'historien somalien Ahmed Samatar, l’historiographie fournit peu de preuves d'esclavage de somaliens[87]. Chez les somaliens, l’asservissement d’un autre Somalien était longtemps considéré comme un tabou coutumier[88]. Selon Herman Jeremias Nieboer, un somalien ne pouvait jamais devenir l’esclave d’un autre somalien, et les prisonniers de guerre n’étaient pas réduits en esclavage[89]. Selon Enrico Cerulli, les traditions somaliennes se distinguaient de celles des Oromo en interdisant en toutes circonstances l’asservissement ou la vente de compatriotes somaliens. Selon Francesca Declich, les esclaves en Somalie étaient par définition considérés comme des étrangers[51]. En tant que musulmans de longue date, les somaliens ne pouvaient pas être réduits en esclavage dans le monde islamique[90]. En Arabie, l’asservissement de somaliens était strictement interdit et puni comme piraterie, sous le motif que les somaliens étaient considérés comme naturellement libres et appartenant à une « race non asservissable »[91],[92].

Abolition de l’esclavage

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Première personne libérée de l'esclavage en Somalie en 1893

L’abolition de l’esclavage en Somalie par le gouvernement italien fut mise en œuvre à travers une série de décrets publiés entre 1897 et 1907[93]. Selon l’historien Gwyn Campbell, les autorités italiennes en Somalie tardèrent à abolir l’esclavage, privilégiant d’abord la consolidation de leur administration coloniale. L’esclavage continua d’être toléré dans certaines plantations italiennes jusqu’au début du XXe siècle, avant d’être officiellement interdit sous la pression des gouvernements européens et des abolitionnistes italiens, notamment Luigi Robecchi Bricchetti[94]. Dans les années 1930, les Italiens déclarèrent au Comité consultatif d’experts sur l’esclavage que l’esclavage et la traite des esclaves avaient été abolis en Somalie[95].

Notes et références

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