Eskualduna
Eskualduna (« Le Basque » en langue basque) est un journal bilingue basque-français créé en 1887 par Louis Etcheverry de Saint-Jean-le-Vieux et qui a existé, avec des hauts et des bas, jusqu'en 1944. Résistant aux projets laïques de la IIIe République, Eskualduna prônait le conservatisme face à l'obstination radicale et devint le porte-drapeau de la justice contre l'arbitraire républicain qui menaçait l'euskara (la langue basque)[1],[2].

Histoire
modifierAu-delà de son orientation politique, Eskualduna joua un rôle majeur dans la diffusion de la langue basque écrite au Pays basque nord. Il contribua à fixer un modèle de basque littéraire navarro-labourdin et servit de lieu de formation à plusieurs générations d'écrivains, de journalistes et d'intellectuels basques[3].
Pour contrer Le Réveil Basque, journal créé un an auparavant par Martial-Henri Berdoly, Louis Etcheverry, qui plus tard sera député conservateur, crée le journal Eskualduna[4],[2].
Cet hebdomadaire de Bayonne connut, en considération du public basque potentiel, un succès phénoménal dès les premières années de sa parution, comme le prouve le nombre, très important pour l'époque, de lecteurs abonnés : 850 (1889), 1200 (1890), 5000 (1905), 7000 (1908), etc. Cela permit à la revue de faire prendre de nouvelles habitudes de lecture aux Basques français[4].
Le succès d’Eskualduna témoigne également de l’existence, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, d'un lectorat bascophone suffisamment important pour soutenir une presse régulière en langue basque. Le journal participa ainsi à la sauvegarde et à la transmission de l'euskara dans la société basque de l'époque[3].
On y trouve des plumes célèbres comme Manex Hiriart-Urruty, Adema Zalduby, Jules Moulier dit Oxobi, Jean Saint-Pierre, Jean Etxepare Bidegorri et bien d'autres écrivains et journalistes basques[4].
Plusieurs collaborateurs d’Eskualduna participèrent ensuite à la création ou au développement de nouvelles entreprises culturelles basques, notamment la revue Gure Herria, fondée en 1921, qui reprit une partie de cet héritage littéraire et intellectuel.
En , à la suite de la Libération, Eskualduna, alors dirigé par Xalbat Arotçarena, est interdit par les comités départementaux de libération en raison de ses positions favorables au Régime de Vichy et à l'Allemagne nazie durant l'Occupation. La disparition de l'hebdomadaire laisse le Pays basque nord sans journal hebdomadaire entièrement en langue basque. Quelques mois plus tard, en octobre 1944, Piarres Lafitte et plusieurs personnalités de la culture basque fondent Herria afin d'assurer la continuité de la presse bascophone[5],[4]. La création de Herria marque ainsi une transition dans l'histoire de la presse basque : tout en rompant avec l’orientation politique d’Eskualduna, le nouveau journal conserve son objectif principal de diffusion de la langue et de la culture basques auprès du public du Pays basque nord.
Références
modifier- ↑ Pierre Duhart, La presse basque au XIXe siècle : Eskualduna et la naissance d'une presse en langue basque, Bayonne, IKER Centre de recherche sur la langue et les textes basques
- 1 2 (eu) Javier Díaz Noci, Euskal prentsaren sorrera eta garapena (1834-1939), Donostia-San Sebastián, Eusko Ikaskuntza,
- 1 2 (eu) Iñaki Aldekoa, Historia de la literatura vasca, Donostia, Erein,
- 1 2 3 4 (eu) Piarres Xarriton, « ESKUALDUNA-ren mendeurrena Baionan 1887-1987 », Euskera, vol. 32, no 2, , p. 245-252 (ISSN 0210-1564, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Daniel Landart, Komediaz komedia Lapurdin eta Baxenabarren, 1945-1970, Bayonne, Elkar,
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (eu) Eneko Videgain, La Première Guerre Mondiale dans l'hebdomadaire 'Eskualduna [« Lehen Mundu Gerra ‘Eskualduna’ astekarian »], Bordeaux, Université Bordeaux 3, , 736 p. (lire en ligne)