Eugène Bertrand de Fontviolant

ingénieur français spécialiste du calcul des structures

Eugène Bertrand de Fontviolant, né le à Romilly-sur-Seine et mort le à Vallesvilles (Haute-Garonne), est un ingénieur et professeur français, spécialiste de la résistance des matériaux. Diplômé de l'École centrale Paris en 1882, il enseigne dans cet établissement pendant quarante-neuf ans et mène en parallèle une carrière de constructeur de ponts et de structures métalliques de grande envergure.

Eugène Bertrand de Fontviolant
Fonction
Président
Société mathématique de France
janvier -
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Français
Formation
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Distinction

Biographie

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Famille et formation

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Né à Romilly-sur-Seine le 17 octobre 1861, d'Eugène Bertrand (né le 20 novembre 1829 à Gannat) et d'Alphonsine Audibert, il a un frère cadet, Ferdinand Jules Édouard, né en 1867, qui deviendra un architecte et peintre paysagiste connu.

En 1899, le patronyme devient « Bertrand de Fontviolant » par décision judiciaire[1].

Eugène Bertrand de Fontviolant entre à l'École centrale des arts et manufactures à l'âge de dix-huit ans. Il en sort en 1882, troisième de sa promotion et deuxième de la spécialité « Constructeurs »[2].

En 1883, il entre à la Compagnie des chemins de fer du Nord et y reste jusqu'en 1887 comme sous-chef du bureau des études du matériel des voies et des ponts métalliques.

Carrière d'enseignant à l'École centrale

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Nommé en 1888 répétiteur du cours de mécanique appliquée à l'École centrale, il devient en 1893, à l'âge de trente-deux ans, titulaire de la chaire du cours de résistance des matériaux professé en deuxième année. Ce cours prend en 1897 la dénomination de « Résistance des matériaux théorique et appliquée » puis, en 1910, celle de « Cours de mécanique appliquée à la résistance des matériaux ». Il reste titulaire de ce cours jusqu'en 1937, année où il prend sa retraite avec le titre de professeur honoraire[2].

Nommé membre du Conseil de l'École en 1897, il en devient vice-président en 1923, président en 1930 et président d'honneur en 1935. De 1919 à 1944, il assume la présidence du concours d'admission.

Mariage et vie privée

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Il se marie à 41 ans, le 25 mars 1902, à Paris (16e arrondissement), avec Anne Rabussier, de dix ans sa cadette. Il n'a pas de descendants connus.

Retraite

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En 1937, Eugène Bertrand de Fontviolant se retire dans sa propriété de Vallesvilles, en Haute-Garonne, où il meurt le [3].

Carrière d'ingénieur

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Compagnie Fives-Lille (1888–1919)

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En 1888, il est appelé à la Compagnie Fives-Lille comme sous-chef du service des ponts et charpentes et constructions diverses. Il dirige ce service de 1900 à 1919. Parmi les ouvrages dont il établit les projets d'exécution, on peut citer notamment :

  • Pont en arc à trois rotules sur la Saf-Saf (Algérie) (1888) ;
  • Montage des charpentes de la grande galerie des machines de l'Exposition universelle de 1889 ;
  • Pont sur le Danube à Cernavodă (Roumanie) (1891) : pont sous voie ferrée comportant une travée centrale de 190 mètres et quatre travées de 140 mètres ;
  • Pont international sur le Pei-Ho à Tianjin (1902) : travée tournante à double volée de 28 mètres de longueur ;
  • viaduc sur le Guadahortuna (Espagne) (1892–1898) : ouvrage de 621 mètres de longueur totale ;
  • Viaduc sur le Rio Salado (Espagne) : ouvrage de 314 mètres de longueur à trois travées de 105 mètres ;
  • Charpente métallique de la gare d'Orsay à Paris ;
  • Ponts-routes sur le Nil, à Boulak et à Ghézireh (1908) ;
  • Grue pivotante de 150 t de l'arsenal de Brest (1908) ;
  • Viaduc d'Eauplet, sur la Seine, près de Rouen (1912–1915).
    Viaduc d'Eauplet permettant à la ligne de chemin de fer de Paris au Havre de franchir la Seine en amont de Rouen

Établissements Daydé (1919–1937)

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En 1919, Eugène Bertrand de Fontviolant passe aux Établissements Daydé comme ingénieur-conseil, fonctions qu'il conserve jusqu'en 1937. Parmi les ouvrages dont il dirige les études :

  • Pont de Pirmil, à Nantes (1923) : cantilever de portées 59 + 108 + 59 mètres ;
  • Pont tournant du bassin Président-Wilson à Marseille (1924) : pont mixte avec volée de 65 mètres et culasse de 38 mètres ;
  • Pont Rama VI sur le Ménam à Bangkok (1925) : pont mixte de 442 mètres de longueur totale, travées de 84 et 120 mètres ;
  • Pont-rail à l'usine à gaz du Cornillon en travées courbes continues ;
  • Pont sur la Seine à Billancourt (usines Renault) (1926) : cantilever à membrures de suspension[4] ;
  • Viaduc à La Rochelle-Pallice (1930)[5] ;
  • Pont flottant sur la lagune Ébrié à Abidjan (1930) : pont mixte de 290 mètres de longueur totale ;
  • Pont sur le Tarn à Moissac (1931) : pont-rail à treillis, trois travées de 96, 120 et 96 mètres[6] ;
    Pont ferroviaire traversant le Tarn a Moissac (1932)
  • Pont de Port de Pascau (1933) ;
  • Pont sur la Seine à Neuilly (1937).

Bureau Securitas (1929–1937)

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Dès la fondation du Bureau Securitas (aujourd'hui la SOCOTEC) en 1929, Eugène Bertrand de Fontviolant est choisi comme l'un des vice-présidents de cet organisme et comme président de la commission de la construction métallique.

Œuvre scientifique

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Son œuvre dans le domaine de la résistance des matériaux est considérable. De 1885 à 1947, plus de trente mémoires originaux[7] sont publiés dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, dans le Bulletin des sciences mathématiques, dans le bulletin de la Société des ingénieurs civils de France, dans Le Génie civil et dans les Annales de l'Institut technique du bâtiment et des travaux publics.

Les Méthodes modernes de la résistance des matériaux (1919)

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Cet ouvrage[8] introduit l'équation générale de l'élasticité, une nouvelle méthode pour aborder l'étude des systèmes à trois dimensions.

Les Méthodes modernes de la Résistance des Matériaux (1919)

La méthode consiste à considérer le système étudié dans deux états conjugués : le premier est l'état réel, généralement hyperstatique ; le second est un état où le système est rendu isostatique et soumis à des forces auxiliaires judicieusement choisies.

L'équation exprime l'égalité entre :

  • le travail des forces auxiliaires calculé pour les déplacements réels dans le système hyperstatique sous l'influence des forces extérieures et de la variation de température ;
  • le travail des forces élastiques internes engendrées par les forces auxiliaires dans le système isostatique, calculé pour les déformations réelles du système hyperstatique.

L'équation générale de Bertrand de Fontviolant a permis d'aborder des questions non résolues de façon satisfaisante avant lui, notamment l'effet du vent sur les ponts à poutres droites et en arc, l'étude des ponts circulaires à une ou plusieurs travées, et celle des ponts polygonaux à travées continues.

Traité de résistance des matériaux analytique et graphique (1923–1935)

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L'œuvre maîtresse de Bertrand de Fontviolant est son Traité de résistance des matériaux analytique et graphique[9], en trois volumes parus aux éditions Baillière :

  • le premier volume (1923) expose les théories générales et traite des poutres droites isostatiques et hyperstatiques, avec notamment des méthodes nouvelles pour tenir compte des déformations dues à l'effort tranchant ;
  • le deuxième volume (1927) est consacré à l'étude des arcs isostatiques et hyperstatiques et des portiques continus articulés ou encastrés, prenant en compte les déformations dues au moment de flexion, à l'effort normal et à l'effort tranchant ;
  • le troisième volume (1935) traite des systèmes à trois dimensions : systèmes tubulaires soumis à la torsion, action du vent sur les ponts, ponts circulaires et viaducs polygonaux à travées continues, équilibre et poussée des terres, ouvrages en maçonnerie et voûtes.

Enseignement

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Eugène Bertrand de Fontviolant fut, pour 45 promotions de centraliens, un professeur incomparable, participant activement à la formation de nombreux ingénieurs.

L'originalité de son enseignement résidait dans le fait qu'il considérait la résistance des matériaux comme une entité et une science propres, et non comme un succédané de la théorie mathématique de l'élasticité. Cette conception, souvent discutée sur le plan théorique, est jugée généralement justifiée à l'aune de ses résultats pratiques : l'appareil mathématique de la théorie de l'élasticité est souvent si complexe qu'il laisse sans réponse nombre de problèmes courants, que la résistance des matériaux résout par des hypothèses simplificatrices suffisamment précises[2].

Distinctions

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Légion d'honneur

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Prix scientifiques

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Par l'Académie des sciences :

Par la Société des ingénieurs civils de France :

  • prix annuel (1885) ;
  • prix Nozo (1894) ;
  • prix Schneider (1902) ;
  • prix Félix Moreaux (1912 et 1922).

Par la Société d'encouragement pour l'industrie nationale :

  • grande médaille d'or des constructions et beaux-arts (1911).

Fonctions officielles

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Notes et références

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  1. « Notice BnF – Bertrand de Fontviolant », sur catalogue.bnf.fr.
  2. 1 2 3 « Revue des centraliens, n° 43 », sur archives-histoire.centraliens.net
  3. « Les Centraliens, l'innovation et la recherche : Bertrand de Fontviolant (1882) », Centraliens, no 530, , p. 24-26 (lire en ligne).
  4. « Pont Daydé », sur structurae.net
  5. « La construction du viaduc du môle d'escale de La Pallice », sur sudouest.fr
  6. « Pont de Cacor », sur structurae.net
  7. « Bertrand de Fontviolant – bibliographie », sur data.bnf.fr
  8. « Les Méthodes modernes de la Résistance des Matériaux », sur ccfr.bnf.fr.
  9. « Traité de Résistance des Matériaux analytique et graphique », sur ccfr.bnf.fr.
  10. « Archives de la Légion d'honneur », sur archives.legiondhonneur.fr.
  11. « Congrès international des procédés de construction », sur babel.hathitrust.org
  12. « Congrès international des procédés de construction », sur cnum.cnam.fr

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Eugène Bertrand de Fontviolant, Les Méthodes modernes de la Résistance des Matériaux,
  • Eugène Bertrand de Fontviolant, Traité de Résistance des Matériaux analytique et graphique, t. 1, Baillière,
  • Eugène Bertrand de Fontviolant, Traité de Résistance des Matériaux analytique et graphique, t. 2, Baillière,
  • Eugène Bertrand de Fontviolant, Traité de Résistance des Matériaux analytique et graphique, t. 3, Baillière,

Liens externes

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