Eurytemora affinis affinis
Eurytemora affinis
Eurytemora affinis affinis est une sous-espèce d’Eurytemora affinis, une espèce de copépodes calanoïdes de la famille des Temoridae. Elle a été décrite en tant qu'espèce (Temora affinis) par le naturaliste allemand Simon Albrecht Poppe (en) en 1880, par la suite reclassée dans le genre Eurytemora en 1881 par le carcinologiste prussien Wilhelm Giesbrecht.
E. a. affinis se rencontre couramment dans les eaux saumâtres et estuariennes ainsi que dans les systèmes d'eau douce côtiers. Il mesure en moyenne entre 1,2 et 1,3 mm de long et se nourrit principalement de phytoplancton, d'algues, de détritus et de ciliés libres flottants.
Comme tous les autres copépodes, E. a. affinis constitue une source alimentaire importante pour les consommateurs secondaires et constitue un des éléments à la base de nombreux réseaux trophiques.
Description
modifierCe taxon mesure le plus souvent entre 1,2 et 1,3 mm de long ; les femelles mesurent généralement entre 1,1 et 1,5 mm et les mâles entre 1,0 et 1,5 mm[1]. Comme tout copépode, leur anatomie se divise en deux parties principales : le prosome (corps) et l’urosome (queue)[2].
Ils se distinguent des autres copépodes calanoïdes similaires grâce à leurs antennes courtes et courbées, alors que de nombreux calanoïdes, comme ''Acartia tonsa'', possèdent des antennes longues et droites. Le dernier segment du prosome possède de grosses projections angulaires (« ailes »), présentes uniquement chez les femelles[3]. Les mâles sont plus élancés que les femelles, n’ont pas « d'ailes » et leurs antennes apparaissent souvent en forme inverse par rapport à celles des femelles. Ils possèdent également des rami caudaux dont la longueur est 10,3 fois supérieure à la largeur, avec des soies uniquement sur la face interne du rameau caudal, aucune sur les faces dorsale ou ventrale. Chez de nombreux autres copépodes calanoïdes, les rami caudaux sont beaucoup plus courts, ce qui caractérise de manière frappante Eurytemora affinis affinis.
Traits de vie / Reproduction
modifierCe taxon peut vivre jusqu’à environ 73 jours[1], soit un peu plus de deux mois et demi, le stade copépode lui-même représente approximativement 11 à 37 jours de cette durée.
Comme d'autres copépodes, il peut produire deux types d’œufs : œufs subitains à développement immédiat ou œufs de diapause qui éclosent après une période de dormance[4]. Les œufs subitains sont généralement associés à des conditions environnementales favorables et éclosent quelques jours après la ponte[5]. À l’inverse, les œufs de diapause sont produits lorsque les conditions environnementales ne conviennent pas au copépode ; après une phase réfractaire, dès que les conditions redeviennent favorables, les œufs éclosent, le principal signal déclenchant la dormance étant la température[6].
Les conditions de température et d’environnement auxquelles les femelles sont exposées pendant le stade nauplius semblent déterminer le type d’œuf qu’elles produisent : dans le lac Ōnuma (Japon), les femelles recueillies de mai à octobre ne produisaient que des œufs subitains, tandis que celles capturées à la fin de l’automne ne produisaient que des œufs de diapause.
Les œufs de diapause sont extrêmement résilients et peuvent survivre longtemps, même dans des conditions très défavorables, comme le tractus digestif d’un poisson et des sédiments. Une étude de 1994 a montré que des femelles porteuses d’œufs, ingérées par des poissons, ont vu leurs œufs passer le système digestif et éclore dans les fèces 24 heures plus tard[7]. De plus, des œufs extraits de sédiments de la mer Baltique en 1996 étaient encore viables après 10 à 13 ans, voire possiblement 18 à 19 ans[8].
Répartition
modifierCe taxon est autochtone en Amérique du Nord, tant des côtes pacifiques qu'atlantiques, du golfe du Mexique, de la côte ouest européenne, de certaines régions d’Asie et de la région ponto‑caspienne. Cela comprend généralement les zones marines et saumâtres où l’eau douce et l’eau salée se rencontrent. Il existe deux clades largement distincts de Eurytemora affinis affinis : le clade nord‑atlantique et le clade européen[9].
Ces copépodes sont également connus pour s'adapter aux habitats d’eau douce[10]. Cette capacité est attribuée à leur aptitude à s’ajuster et à vivre à des salinités très variées[11]. Des invasions récentes induites par l’homme ont été documentées dans les eaux douces[12]. Un exemple en est son apparition dans les Grands Lacs du Michigan : ils n’étaient initialement observés que dans le lac Érié en 1962[13]. Ils se sont ensuite établis dans les eaux côtières du lac Michigan et du lac Supérieur dès 2001, pour finalement être considérés comme officiellement implantés dans l’ensemble des Grands Lacs d’Amérique du Nord avec des populations importantes.
Écologie
modifierCe taxon forme parfois des populations endémiques (au sens « d'espèces limitées à certains habitats spécialisés et introuvables ailleurs »[14]) au sein de zones particulières des estuaires, comme par exemple à l'amont de l'estuaire du Saint-Laurent dans la zone de salinité comprise entre 1 et 15‰[15],[16], ou l'estuaire du Forth[17] en Écosse. En effet, un des problèmes majeurs rencontrés par les espèces des estuaires comme Eurytemora est le maintien de populations endémiques dans les tronçons estuariens où les taux d’échange sont très élevés[17]. Il a été suggéré que les réponses comportementales d’Eurytemora pourraient jouer un rôle important dans la réduction des pertes de population et que son comportement natatoire est sans doute important dans le maintien de sa population dans ces zones. Il est fort probable que des espèces zooplanctoniques adaptées à un environnement estuarien aient la capacité de contrôler leur position verticale en fonction du moment de la marée afin de se maintenir dans un tel environnement[16].
Ces caractéristiques ont conduit ce taxon à être choisi en 2025 comme espèce sentinelle pour suivre le devenir du plastique, produit à plus de 400 millions de tonnes chaque année depuis les années 1950, qui s’accumule partout dans l’environnement. Un projet de recherche doctorale[18] examine la contamination de deux estuaires, celui de la Seine en France et celui du Saint‑Laurent au Québec. Il vise à évaluer le niveau de micro‑ et nanoplastiques et leurs effets sur les populations de ce copépode. Les estuaires, qui sont des écosystèmes très productifs, reçoivent près de 80 % des plastiques marins transportés par les rivières. Ce copépode y joue un rôle central dans le transfert d’énergie du phytoplancton aux niveaux trophiques supérieurs. il possède une grande capacité d’adaptation aux variations environnementales et sert de bio‑indicateur sensible aux polluants. En étudiant les réponses de ses différentes lignées cryptiques aux particules plastiques, la recherche vise à identifier les populations les plus vulnérables et à mieux comprendre les conséquences écologiques de la pollution plastique dans ces milieux critiques[19].
Alimentation
modifierComme de nombreux copépodes, E. a. affinis est un invertébré omnivore connu qui se nourrit principalement de phytoplancton[20], de ciliés[21] et de détritus en suspension dans la colonne d’eau[22].
Il dépend toutefois surtout du phytoplancton comme source alimentaire prédominante, à l’instar de la plupart des autres copépodes. C’est pourquoi on observe habituellement d’importantes floraisons de copépodes au printemps et au début d’été, période où les floraisons de phytoplancton se produisent également en raison des températures plus chaudes et d’un rayonnement UV accru[23]. Ces floraisons entraînent non seulement une explosion de la population de copépodes, mais fournissent également une abondante ressource alimentaire pour d’autres organismes qui en dépendent fortement.
Taxon frère
modifierL'autre sous-espèce acceptée d’Eurytemora affinis[24] est Eurytemora affinis hispida (Nordquist (sv), 1888)[25].
Systématique
modifierLe nom valide complet (avec auteur) de ce taxon est Eurytemora affinis affinis (Poppe, 1880)[26]. La forme Eurytemora affinis (Poppe, 1880) est une forme alternative du même taxon, mais n’est pas la forme « officielle » ou « acceptée » utilisée dans la nomenclature actuelle[26].
Eurytemora affinis affinis a pour synonymes[26] :
- Eurytemora affinis hirundoides (Nordquist, 1888)
- Temorella affinis hirundoides Nordquist, 1888
- Eurytemora affinis (Poppe, 1880)
- Eurytemora hirundo Giesbrecht, 1881
- Eurytemora hirundoides (Nordquist, 1888)
- Eurytemora inermis (Boeck, 1865)
- Temora affinis Poppe, 1880
- Temora inermis Boeck, 1865
- Temorella affinis Poppe, 1885
- Temorella inermis (Boeck, 1865)
D'après Georg Sars en 1901 :
« Les espèces du genre Eurytemora étaient auparavant rattachées à Temora ; cependant, en 1881, Claus créa un nouveau genre, Temorella, pour les accueillir. La même année, et à une date légèrement antérieure, le Dr Giesbrecht proposa un autre nom, à savoir Eurytemora. Bien que ce nom n’ait servi qu’à désigner un sous‑genre de Temora, il a été privilégié par la plupart des carcinologistes récents en raison de sa priorité chronologique par rapport à celui proposé par Claus. Le genre, bien qu’appartenant manifestement à la même famille que Temora, diffère nettement de ce dernier à plusieurs égards, notamment par la structure très différente de la dernière paire de pattes chez les deux sexes. »(en) Georg O. Sars, An account of the Crustacea of Norway, with short descriptions and figures of all the species, vol. v.4 (1901-1903) [Copepoda-Calanoida], Bergen, Norway, The Bergen Museum, , 432 p. (DOI 10.5962/bhl.title.1164, lire en ligne), p. 99-100
Étymologie
modifierPublication originale
modifier- (de) S.A. Poppe, « Über eine neue Art der Calaniden-Gattung Temora, Baird » [On a new species of the Calanidae genus Temora, Baird], Abhandlungen des Naturwissenschaftlichen Vereins zu Bremen, 1880, vol. 7, p. 55-60, pl. 3 [lire en ligne]
Notes et références
modifier- 1 2 (en) « a calanoid copepod (Eurytemora affinis) - Species Profile », sur USGS Nonindigenous Aquatic Species Database (consulté le )
- ↑ (en) N. M. Sukhikh et V. R. Alekseev, « Eurytemora caspica sp. nov. from the Caspian Sea – one more new species within the E. affinis complex (Copepoda: Calanoida: Temoridae) », Proceedings of the Zoological Institute RAS, vol. 317, no 1, , p. 85‑100
- ↑ (en) D. M. Allen et W. S. Johnson, Zooplankton of the Atlantic and Gulf Coasts: A Guide to their Identification and Ecology, Baltimore, MD, The Johns Hopkins University Press,
- ↑ Bernard H. Dussart, Crustacés copépodes des eaux intérieures, Paris, France, ORSTOM, coll. « Faune de Madagascar », , 146 p. (lire en ligne), p. 8
- ↑ (en) S. Ban, « Effects of Photoperiod, Temperature, and Population Density on Induction of Diapause Egg Production in Eurytemora Affinis (Copepoda: Calanoida) in Lake Ohnuma, Hokkaido, Japan », Journal of Crustacean Biology, vol. 12, no 3, , p. 361‑367
- ↑ (en) S. Ban et T. Minoda, « The effect of temperature on the development and hatching of diapause and subitaneous eggs in Eurytemora affinis (Copepoda: Calanoida) in Lake Ohnuma, Hokkaido, Japan », Bull Plankton Soc Japan, , p. 299‑308
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- ↑ (en) « WoRMS - World Register of Marine Species - Eurytemora affinis (Poppe, 1880) », sur www.marinespecies.org (consulté le )
- ↑ (en) « WoRMS - World Register of Marine Species - Eurytemora affinis hispida (Nordquist, 1888) », sur www.marinespecies.org (consulté le )
- 1 2 3 World Register of Marine Species, consulté le .
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- (en) Animal Diversity Web : Eurytemora affinis affinis (consulté le )
- (en) Catalogue of Life : Eurytemora affinis affinis (Poppe, 1880) (consulté le )
- (fr + en) GBIF : Eurytemora affinis subsp. affinis (consulté le )
- (en) Taxonomicon : Eurytemora affinis affinis (Poppe, 1880) (consulté le )
- (en) WoRMS : espèce Eurytemora affinis affinis (Poppe, 1880) (consulté le )