Exploitation aurifère en Guyane
L'exploitation de l'or en Guyane existe depuis le milieu du xixe siècle, essentiellement sous forme d'orpaillage. Aujourd'hui, l'or est extrait soit de manière légale, soit de manière illégale et clandestine (on parle généralement d'orpaillage illégal), directement dans la roche mère ou bien dans le lit des rivières. Les conséquences environnementales de l'exploitation illégale (mercure, déforestation…) sont nombreuses et affectent en premier lieu les populations autochtones.

Fin 2012, une trentaine de sociétés (artisans et PME) exploitaient le sous-sol guyanais de manière légale. L'orpaillage illégal compte en 2008 plusieurs milliers[1] de chercheurs d’or clandestins, venus principalement de régions défavorisées du Brésil ou du Suriname. Ces « garimpeiros » exploitent le sous-sol ce qui conduit à de nombreux problèmes, en particulier au saccage d’une forêt tropicale unique au monde, la moins fragmentée pour cette surface. Le mercure, utilisé pour amalgamer les petites particules d'or, contamine les populations amérindiennes. Ces pratiques génèrent un climat de violence depuis les années 1990.
Contexte géologique et édaphique
modifierOrigine des gisements aurifères
modifierLe bouclier des Guyanes[2] montre des roches précambriennes, datées de l'Archéen et du Paléoprotérozoïque. Ces terrains sont la prolongation de ceux de l'Afrique de l’Ouest, dont ils ont été séparés lors de l'ouverture de l'Atlantique il y a environ 200 millions d'années.
L'orogénèse transamazonienne se développe autour de 2,1 milliards d'années, alimentant le bouclier des Guyanes, et le Birimien de l'Afrique de l'Ouest. Ces minéralisations présentent une liaison avec les grandes structures cisaillantes marquant le coulissage sénestre des blocs continentaux convergents[3]. A cette époque se forme des roches volcaniques associées à des sédiments désignées sous le terme de « formation Paramaca »[4].
Trois grandes catégories de minéralisation primaires ont été découvertes en Guyane[4]:
- les amas de sulfures massifs volcanogènes, dans lesquels les minéralisations précoces sont liées aux strates encaissées dans les formations volcano-sédimentaires de la série Paramaca. Le site de Dorlin en est une illustration : l'or y est associé à des sulfures disséminés dans une zone d'altération hydrothermale à tourmaline magnésienne, chlorite et quartz ;
- les zones filoniennes (filon ou stockwerk), ou minéralisations discordantes polymorphes, également encaissés dans les formations volcano-sédimentaires de la série Paramaca. Elles sont aussi présentes dans les faciès de l'ensemble détritique supérieur du Sillon nord-guyanais ;
- les conglomérats aurifères, ou minéralisations à or disséminé, issus de l'ensemble détritique supérieur du Sillon nord-guyanais. Ils se retrouvent essentiellement dans des conglomérats polygéniques à oxydes détritiques riches en galets métasédimentaires hydrothermalisés et schistosés, ainsi que dans des quartzites, plus rarement dans des conglomérats monogéniques.
Altérations des roches et gisements
modifierDepuis le Miocène, la zone est soumise à un climat chaud et humide et les fortes pluies ont entraîné la formation de profils d’altérations pouvant atteindre 30 à 80 mètres d’épaisseur. Cette altération a permis la formation de gisement de bauxite au Suriname (gisements de Moengo et Onverdacht) et altéré les gisements primaires pour concentrer l'or dans les placers[5]. On retrouve ce type de gisement notamment au niveau du plateau des Mines, du plateau Serpents et du plateau Cascades[4]. Il existe en outre de très nombreuses concentrations d'or secondaire, issus de l'érosion des gisements primaires (placers alluviaux et éluviaux récents). C'est notamment le cas des placers Boulanger, Délice et Paul-Isnard[4].
L'or alluvial provient des sédiments issus de l'érosion de la roche contenant originellement l'or qui se trouve concentré dans le lit des rivières sous forme de pépites et des paillettes (200 microns pour la granulométrie moyenne récupérable). L'or guyanais est diffus et présent en faible quantité dans les couches superficielles de latérite et de saprolite.[réf. nécessaire]
Histoire de l'exploitation aurifère en Guyane
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L'implantation européenne ne débute dans la région qu'au XVIIe siècle et en 1604 la France s'approprie le territoire entre l'Amazone et l'Orénoque[6]. Dans les premières décennies les colons restent limités à l'ile de Cayenne, et l'arrière-pays devient une zone de légendes où se cacheraient des citées débordant d'or[6]. Les cartes de l'époque, dont cette de Sanson d'Abbeville ou de Bonne montrent le lac Parimé en arrière du plateau des Guyanes, où se baigne le seigneur de Manoa, El Dorado[6],[7].
Le Révérend Père Chrysostôme est chargé en 1720 des premières campagnes de prospection sans faire aucune découverte[6]. Le gouverneur Claude d'Orvillie désigne ensuite un ancien soldat du nom de Canada puis le commandant La Garde de poursuivre les recherches[6]. Après le départ du gouverneur, les explorations se poursuivent jusqu'en 1742 sans plus de succès[6].
Les premières études géologiques sont menées par le naturaliste Jean-Baptiste Leblond à la fin du XVIIIe siècle, qui remarque des intrusions de filon de quartz dans les granites et émet l(hypothèse qu'ils contiennent de l'or[6]. Un amérindien qui l'avait guidé ramène au gouverneur Millius une pierre incrusté d'or en 1824, avant de disparaitre
L'exploitation de l'or en Guyane débuterait en 1854 ou 1855 (selon les sources) par la découverte de pépites dans la crique Aïcoupaïe, affluent de l’Approuague par un métis brésilien dénommé Paolino[8], un ancien mineur d'Ouro Prêto, dans le Minas Gerais[6]. En 1855, le Français Felix Couy, commandant du quartier de l'Approuague[6], confirme la découverte lors d'une expédition sur le site[9].
En 1856, l'expédition conduite par Mazin et Marin dans le bassin de l'Oyapock ne mène à aucune découverte[6]. Le lancement de l'exploitation aurifère en Guyane est généralement datée à l'année 1857 avec 50 kg d’or extrait des placers de l’Approuague[9]. Les quelques gisements découverts près des monts de l'Observatoire, dans la rivière Ouanary ne suffisent pas à détourner les mineurs de l'Approuague jusqu'aux découvertes sur l'Orapu et la Comté en 1859 [6] et en 1862 celles des frères Paul et Ernest Isnard sur le Kourou (placer National)[6]. Paul Isnard découvre le gisement Adieu-Vat en novembre 1866, et Élie Vitalo découvre le placer Dieu Merci en 1869 et le placer Saint-Élie dans la crique Pactole en 1873[6]. Les découvertes continuent vers l'Ouest: en 1869, Covis et Théophile Melkior identifient le placer Pas Trop Tôt sur un affluent de la rive droite de la Mana (le Cokioco), et Léonce Melkior découvre les placers Élysée et Enfin et Paul Isnard le placer Lézard sur la rive gauche (crique Lézard)[6]. En 1875, ce sont 12 placers qui sont actifs entre la Mana et le Maroni[6]. Il faudra attendre le début des années 1880 pour que le haut Maroni soit exploré et que les recherches reprennent sur l'Oyapock[6].
Quelques années se sont écoulées depuis l'abolition de l'esclavage de 1848, et des travailleurs libres (locaux ou venant de la Caraïbe) se reconvertissent de l'agriculture à l'orpaillage, tout en conservant un statut d'ouvrier[10]. A partir de 1855 et jusqu'en 1880, l’État accorde des concessions minières aux planteurs européens, en compensation de l'abolition de l'esclavage sur le territoire[10]. En 1858, un décret impérial attribue les droits miniers au titulaire d’un titre de concession minière, seul titre d'exploitation légal[6], et les droits d’exploitation au titulaire d’un titre d’exploration poussant à la création de sociétés qui mettent en commun ressources financières et humaines[10]. Ces sociétés ont un conseil d'administration basé à Cayenne mais sont généralement dépendantes de groupes parisiens dont le capital est coté en bourse[6]: la compagnie del'Approuague, la compagnie des placers du Matarony, la société de l'Aratay, la société du placer Dieu Merci, etc[6]. Ces sociétés, dont les concessions couvrent des centaines de milliers d'hectares, prennent l'essentiel de l'espace disponible et rachètent les titres des mineurs indépendants[6].Vers 1880 apparaissent les usines de concassage, en parallèle de l'exploitation souterraine[10]. Et à partir de 1896 l'exploitation hydraulique permet de casser les matériaux argileux[10]. Le dragage apparait lui à la fin des années 1890, et permet l'exploitation des gisements alluviaux vierges, jusqu'à la dernière drague installée en 1928 à Sinnamary[10].
La monté de l'orpaillage attise les conflits territoriaux. Ainsi, en 1887, un dénommé Vitalo découvre de l'or dans une zone située entre le Lawa et le Tapanhoni, zone contestée par la France et la Hollande. Les deux pays vont tenter d'y interdire l'accès sans succès, jusqu'à un arbitrage du tsar de Russie, Alexandre III, qui accorde le territoire à la Hollande[6]. En 1893, Tomba découvre un zone riche en or sur l'amont de la rivière Carséwène, dans une zone contestée par la France et le Portugal, dans laquelle s’engouffre 10 000 à 20 000 hommes[6]. Malgré les quantité importantes d'or extraites de nombreux placers (dont les placers Leblond, Goron et Lamery), les parts de chacun restent faibles et la ressource s'épuise quelques années plus tard[6]. Et en 1900 la région est finalement attribuée au Brésil par le conseil fédéral de la Suisse[6].
Afin d'éviter le pillage sur les zones contestées franco-hollandaises, trois postes de douane sont installées sur le Maroni-Lawa dès 1888 (saut Hermina, Dégrad-Tout-Le-Monde et saut Poligudu)[11]. Avec l'évolution de l'activité d'autres postes sont installés dans les années suivantes[11]. Ainsi, en 1900 le conseil général de Guyane installe un poste de contrôle à la confluence de l'Inini et du Lawa, au lieu-dit Saut Maripa, suite à l'annonce de la vente de 80kg d'or par un mineur à Albina[6]. Un autre poste est installé également en amont du saut Poligoudou, là où est situé l'actuel bourg de Grand-Santi[6]. Saut Maripa, Mari pa Soula, sera le seul poste de douane qui va perdurer et devient en 1947 devient un réel centre administratif et la future ville de Maripasoula[11][6]. Sur la même période les concessions minières se développent dans l'Inini et la Haute Mana[6].
En 1908, le pic de la production annuelle d’or historique est atteint avec 4,5 tonnes d’or sur cette seule année[10].
Mais au début du XXe siècle, les secteurs aurifères de la ceinture de roches vertes au nord du territoire, les plus accessibles, s'appauvrissent (au regard des techniques disponibles), ce qui pousse les orpailleurs à s'enfoncer dans l'arrière-pays à la recherche d'autres gisements le long de la ceinture de roches vertes méridionale[10].
Les mineurs étrangers, notamment venus des Antilles[10], sont souvent pauvres et illettrés, donc bloqués dans leur envie d'obtenir un titre minier, dans un contexte où la législation ne favorise pas l'émergence de petites entreprises[6]. Ils finissent par s'organiser en groupes pouvant aller jusqu'à plusieurs milliers de personnes et se mettent à attaquer d'autres exploitations, ce qui leur vaudra le titre de « maraudeurs »[6],[10]. Après avoir tenter de faire appliquer la réglementation, les autorités sont dépassées et finissent par ne plus réagir[6],[10]. Faute de meilleure solution, les propriétaires finissent par mettre leurs concessions en « bricole » auprès de ces groupes, qui obtiennent le droit d'y extraire l'or[10]. La situation globale se calme, même si quelques maraudeurs et forçats évadés du bagne continue d'attaquer les sites exploités. Les bricoleurs, regroupés en petites équipes de 3 à 15 personnes, sont eux obligés de se ravitailler dans les commerces installés sur le site par les mêmes propriétaires qui récupèrent l'or par ce moyen[10]. Il limitent généralement leur exploitations aux zones les plus riches en creusant des fosses d'exploitations[11]. Ces mineurs forment de nombreux villages dans l'intérieur du territoire: on estime que dans les années 1920 on atteint entre 10 000 et 12 000 personnes réparties sur plus de 300 villages aurifères[6]. Les mineurs se sédentarisent dans les anciens baraquements abandonnés des compagnies ou en créant de nouveaux villages[6].. C'est comme ça que se crée notamment le village de Saül: en bordure de la crique Limonade un Saint-Lucien de se nom découvre le filon Boeuf Mort en 1910. Il est rejoint par d'autres orpailleurs et les quelques carbets de fortune deviennent rapidement qui prendra son nom[6].
A la même période, Dorlin découvre un important filon (qui deviendra le village du même nom), et G.Conrad découvre le placer du plateau des mines.
Mais l'activité aurifère industrielle continue de décliner, et les difficultés d'approvisionnement durant les guerres mondiales finissent de reléguer l'activité aurifère au rang « d'activité de subsistance »[10][6]. Les maraudeurs disparaissent après 1920 et la plupart des villages de l'arrière pays sont abandonnés, au profit des villes de la frange côtière[10]. Saül en est un des derniers vestiges[10]. La première guerre mondiale participe aussi à vider les villages de l'intérieur: lassés par les dures conditions de vie, les mineurs de nationalité française s'engagent pour combattre en Europe[6].
L'appauvrissement des orpailleurs, la seconde guerre mondiale, les accords de Bretton Woods en 1944 et la départementalisation de la Guyane en 1946 et ses promesses de vie meilleure accentuent encore la chute de la production aurifère[6].
La géologie de la Guyane est étudiée scientifiquement à partir de 1948 par l'Office de la recherche scientifique d'outre-mer et le bureau minier guyanais[6]. Ces prospections ne suffisent pas cependant à contrebalancer la parité officielle de l'or fixée en 1945, qui empêche la rentabilité de nouveaux investissements[6].
Voir ou éditer le jeu de données, et la définition du graphe.
En 1961 le nombre d'orpailleurs individuels descend à 419[10],[6], avec une moyenne d'age de 52 ans, poussée par un non renouvellement des orpailleurs antillais arrivés dans les années 1930 [6]. Et à la fin des années 1960, alors que le territoire de l'Inini est divisé en plusieurs communes, les villages d'orpailleurs disparaissent totalement et les habitants, âgés, se concentrent dans leurs chefs-lieux[6]. La production officielle d'or est nulle en 1964 et 1965[12].
Entre les années 1950 et 1980 les technologies liées à la mine continuent malgré tout d'évoluer, avec l'amélioration des moteurs et des pompes,et des investisseurs français (issus du Massif central) et américains qui introduisent des draglines[10]. Ces dernières alimentent des usine flottante en creusant directement le lit mineur de la rivière[10]. Malgré une légère reprise, beaucoup d'entreprises ne réussissent pas[10].
L'augmentation du prix de l'or dans les années 1970 relance l'exploitation des placers abandonnés, cette fois sous forme de mine à ciel ouvert avec pelles mécaniques et camions[10]. Les dragues suceuses sont introduite sur les fleuve guyanais en 1978, depuis le Brésil, mais seront interdite moins de 20 ans plus raison en raison de leur impact sur l'environnement[10].
Dans les années 1980, l'Etat du Roraima est le théâtre de ruées vers l'or (et le diamant) successives qui s'étendent jusqu'en Guyane[10]. Cela marque l'installation des garimperos ("ceux qui se cachent en forêt"[13]) sur le territoire[10]. L'orpaillage clandestin se développe de manière anarchique, en parallèle de PME qui retrouve une certaine rentabilité, et les services publics sont rapidement dépassés, après 40 ans d'activité minière minimale[6].
Entre le XIXe siècle et le XXe siècle, des milliers de chercheurs d’or ont ainsi prospecté une grande partie des zones potentiellement intéressantes en surface dans les lits et zones alluviales des rivières, « laissant peu de zones non visitées en cent cinquante ans malgré l’immensité forestière »[5]. De 1857 à 1994, 180 tonnes recensées ont été extraits du sol guyanais, dont 172 tonnes à partir de gites alluvionnaires ou éluvionnaires[4].
L'or alluvionnaire est historiquement récupéré par gravimétrie, puis par amalgamation avec du mercure[4]. À partir de 1987 des techniques lixiviation en tas à l'aide de cyanure ont été mises en œuvre pour extraire l'or fin irrécupérable jusque là[4]. L’interdiction légale de l'utilisation du mercure dans l'activité aurifère est finalement mise en place en 2006[14]. La production d'or augmente fortement durant les années 1900 et atteint son maximum en 2003 avec 9,6 tonnes d'or exporté[15]
Au début du XXIe siècle, l'exploitation aurifère légale diminue à nouveau, en raison, selon Bernard Larrouturou, d'un encadrement environnemental et administratif renforcé[14]. En parallèle, les porteurs de projets s’organisent pour une exploitation à plus grande échelle. Ainsi, la société Auplata est créée en 2004 et entre en bourse[16],[17] en disposant de « plus de 300 km² de permis et titres miniers »). Afin d'améliorer le taux de récupération de l'or, la société Auplata lance en 2015 une unité pilote de traitement des concentrés aurifères par cyanuration[18]. Mais début des années 2000 et 2010, plusieurs projets de mines industriels, portés par des entreprises étrangères, sont l'objet d'une forte opposition de la population guyanaise: En 2006, la population guyanaise proteste en raison d'un projet IamGold/Cambior, sur la montagne de Kaw, pour des raisons environnementales et de santé publique. Le projet est finalement abandonné[19],[20]. Début des années 2020, le projet Montagne d'or, visant à la création d'une mine à ciel ouvert avec traitement par cyanuration dans l'Ouest du territoire, est également abonné après des années des combats juridiques.
Le code minier a été appliqué en Guyane en 2001[14] et reformé en 2021 et 2022 par des ordonnances, en application de la loi climat et résilience[21]. Cette refonte est finalisée par le décret d'application du 11 janvier 2023[22]. Elle introduit notamment le régime dérogatoire d'autorisation de recherches minières pour la Guyane[23] et facilite le remplacement des orpailleurs illégaux par des opérateurs légaux[21].
En 2025, quatre décret viennent compléter la refonte du code minier[24],[25]. Ils imposent notamment un renforcement des garanties financières aux opérateurs miniers afin d'assurer la remise en état des sites, et une notice d'impact pour les projets qui ne sont soumis à une évaluation environnementale [25],[26]. Ils introduisent également de nouvelles dispositions particulières pour la Guyane, notamment pour les zones affectées par l'orpaillage illégal[27]. En 2026 la loi de simplification de l'activité économique abroge l'avis contraignant de l'Office national des forêts en charge de la gestion du domaine de l’État pour la délivrance d'une autorisation de recherche minière[28],[29].
Principaux gites aurifères
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| Nom du gîte | Description | Bassin hydrographique | Type de gite |
|---|---|---|---|
| Yaou | Le site est situé à 15 km de Maripasoula. Bien que la région soit orpaillée, l'identification du gisement ne date que du début des années 1980, et le programme de prospection par Guyanor ne date que de 1994[4]. La teneur en or est estimée à 27 tonnes[4], essentiellement sous forme de pyrite aurifère[4],[31]. | Litani - Tampok[30] | minéralisations discordantes polymorphes [4] |
| Dorlin | Dorlin est site d'orpaillage important jusque dans les années 1950 avec une production de près de 11 tonnes d'or[4]. Les prospection légales mises en place par la suite estiment une réserve d'environ 16 tonnes d'or supplémentaires[4]. Le gite est inclus dans la ceinture de roches vertes du Paramaca et délimité à l’ouest par les roches intrusives[32] | Litani -Tampok[30] | minéralisations précoces liées aux strates, de type "tourmalinite-host[4] |
| Sophie | Le site est situé sur la crique du même nom, un des affluents de la Mana. L'orpaillage débute à la fin du XIXe siècle sur la crique absinthe à proximité. Une grande partie des filons sont exploités dès 1936 et durant le XXe siècle[4]. | Mana - Iracoubo[30] | |
| Repentir | Le gisement est situé à 35 km au nord-ouest de Saül. La zone est orpaillée dès la fin du XIXe siècle, avec une forte pression sur les criques Repentir et Saint-Léon intensément exploitées. Ce placer est considéré à l'époque comme l'un des plus productifs de Guyane (6250 kg d'or sur 65 ans). Jusqu'en 1965 l'exploitation de quelques têtes de filons de quartz aurifère donne également quelques dizaines de kilos d'or[4]. | Mana - Iracoubo[30] | |
| Boeuf-mort | Boeuf-mort est situé à seulement 2 km de Saül. Au début du XXe siècle, et durant 40 ans, l'orpaillage intensif du placer Souvenir entre la crique Cent-sous et la crique produit plus de 6 tonnes d'or[4]. L'exploration recommence dans les années 1990[4]. | Mana - Iracoubo[30] | |
| Changement | Situé à 45km de Cayenne, la crique changement est orpaillée dès 1859[4]. | Ile de Cayenne - Comté[30] | minéralisations discordantes polymorphes [4] |
| Montagne Tortue | Le gite, complexe, est situé à 10km à l'Ouest de Régina. Il est composé de conglomérats aurifères polygéniques (liés à un hydrothermalisme) et de monogéniques (à galets de quartz blanc)[4]. | Approuague -Kaw[30] | minéralisations à or disséminé de l'Ensemble détritique supérieur du Sillon nord-guyanais[4] |
| Loulouie | Il était situé à la confluence du fleuve Sinnamary et de la rivière Courcibo mais est désormais inexploitable depuis la mise en eau du Lac de Petit-Saut[4]. Il s'agit de minéralisations filoniennes et disséminées encaissées dans les granitoïdes[4]. L'or est surtout présent sous forme de petite particules associées à la pyrite[4]. | Sinnamary - Kourou[30] | minéralisations discordantes polymorphes [4] |
| Adieu-Vat | Le site, à 2 km de Loulouie, est découvert par Paul Isnard en 1866 et est exploité par la SOMIG de 1991 à 1993, jusqu'à la mise en eau du barrage de Petit-Saut en 1994[4]. Les différents filons et stockwerks du gisement d'Adieu-Vat se situent dans des granitoïdes foliés (filons Rocher et Californie), dans la Série Paramaca (filon Madame) , et dans des conglomérats de l'ensemble détritique supérieur (filon Californie)[4]. | Sinnamary - Kourou[30] | minéralisations discordantes polymorphes [4] |
| Boulanger | Le placer est exploité dès 1859 et exploité par plusieurs sociétés successives jusqu'en 1989[4]. Les filons de quartz aurifères sont largement démantelés au fil des années[4]. Le gisement de Boulanger comprend une partie alluvionnaire, et une partie éluvionnaire qui est exploitée dans un second temps[4]. | Ile de Cayenne - Comté[30] | placers alluviaux et éluviaux récents[4] |
| Espérance | De l'orpaillage est recensé sur ce site en 1876 situé à 100km au Sud de Saint-Laurent du Maroni[4]. Le gisement est exploité superficiellement par la compagnie minière Espérance jusqu'en 1993[4]. La minéralisation comprend des pyrites, des traces de chalcopyrite, de pyrrhotite et de galène[4]. L'or est présent en inclusion dans la pyrite, mais aussi dans les microfissures ou dans le quartz[4]. | Maroni[30] | minéralisations discordantes polymorphes [4] |
| Saint-Pierre | Le site s'atteint en remontant la crique Simon, affluent de l'Arouany[4]. Les filons y sont découverts vers 1900[4]. Le potentiel du gisement est limité en raison de teneurs faibles[4]. | Mana–Iracoubo[30] | minéralisations discordantes polymorphes [4] |
| Paul-Isnard | Le gisement, essentiellement alluvionnaire, se situe au bout de la piste du même nom, qui part de Saint-Laurent du Maroni[4]. Il est découvert en 1873 est en activité depuis[4]. Il est composé du secteur Elysée (Stockwerks proche des granites "guyanais" et le Paramaca) et du secteur Citron (Stockwerks proche du granite caraïbe et volcanites acides du Paramaca)[4]. Entre 1966 et 1994, plus de 4t d'or ont été extraites du gisement[4]. | Maroni[30] | placers alluviaux et éluviaux récents[4] |
| Délice | La zone est découverte en 1878 et subit un orpaillage intensif jusqu'après la seconde guerre mondiale[4]. Le gisement se situe dans la formation volcano-sédimentaire du Paramaca, constituée principalement de séricito-chloritoschistes et de gabbro[4]. | placers alluviaux et éluviaux récents[4] | |
| Plateau des mines | paléoplacers des formations détritiques tertiaires à quaternaire[30][4] | ||
| Plateau serpent | paléoplacers des formations détritiques tertiaires à quaternaire[4][30] | ||
| Plateau Cascade | paléoplacers des formations détritiques tertiaires à quaternaire[4][30] |
Exploitation contemporaine de l'or en Guyane
modifierExploitations légales
modifierExploitation de l'or alluvionnaire
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L'exploitation de l'or alluvionnaire se fait par gravimétrie, amalgamation ou lixiviation. Les gites à or fin dans les éluvions issus du remaniement des gisements primaires nécessitent eux des procédés de traitement chimiques. Ils sont essentiellement exploité avant le gisement primaire plus profond[4].
Il est libre et diffus (de l'ordre du gramme/m3 de gravier) et donc nécessite de fouiller et traiter de grandes quantités de terre ou sédiments (environ 5 ha/an pour les mines artisanales). La batée autrefois utilisée dans ce but n'est pratiquement plus utilisée aujourd'hui que pour la prospection. Le rythme d'exploitation est d'environ 6 ha/an pour une mine artisanale moyenne qui exploite l'or alluvial sur une autorisation d'exploitation de 1 km2 en quatre ans. Une fois la présence d'or confirmée par la prospection, les orpailleurs ou opérateurs industriels détournent temporairement le cours des criques en bordure de chantier. Ils peuvent alors extraire le gravier qui contient l'or libre grâce à des pelles hydrauliques et à de puissants jets d'eau sous pression (au moyen de « lances monitor ») qui mettent les alluvions en « pulpe » ; Cette boue ou "pulpe" est :
- soit aspirée par une pompe à gravier et répandue en flux homogène sur un « sluice » (systèmes de tables inclinées recouvertes de métal déployé posés sur des moquettes spécifiques qui retiennent sélectivement les éléments lourds du flux de la pulpe)
- soit directement criblée à travers une grille, la pulpe s'écoule ensuite sur le sluice.
L'or, plus lourd (densité d'environ 19), se trouve piégé par gravité grâce à une multitude de mini vortex créés par le sluice. (On utilisait à l'origine des tapis de paille pour cette opération, ce qui est à l'origine du mot « orpaillage »). Un concentré est ainsi obtenu et traité de la même manière que dans les sites d'or "primaire". Souvent, en sortie de "sluice", la boue est mise à décanter dans 3 à 5 bassins connectés : les « barranques ». L'eau issue de la décantation peut être réutilisée en circuit fermé par les « lances monitor ».
Exploitation de l'or primaire
modifierL'or primaire provient directement de la roche mère. Il est alors concentré dans des filons de quartz aurifères qu'il faut identifier lors de la prospection au moyen de sondages. L'extraction s'effectue en creusant le sol avec des moyens industriel de type pelles hydrauliques et tombereaux (mine à ciel ouvert). Le minerai doit être ensuite mis en pulpe (lance-monitor), concassé (broyeur à marteaux) pour extraire l'or de sa gangue. Il est ensuite centrifugé pour séparer les éléments de différentes densité, et obtenir un concentré de minéraux lourds. L'or est séparé dans une dernière étape grâce à une table à secousse, il peut ensuite être fondu.
Renaturation
modifierPrincipaux projets et compagnies
modifierProjet Cambior
modifierDans un contexte de projet de parc national, un grand projet de mine à ciel ouvert, avec bassin de produits cyanurés, déposé par la société Cambior a suscité beaucoup de réactions négatives, de la part d'ONG, d'associations locales et d'élus locaux (vote négatif) à l'unanimité du Conseil Régional le , et motion du CESR (Conseil économique et social régional) de Guyane (), avec également un avis défavorable du Comité syndical du Parc naturel régional de Guyane (). Des raisons techniques ont également suscité un avis négatif du commissaire enquêteur lors de l'enquête publique. L’administration a tardivement reconnu l'« éventualité de l’illégalité de l’acte de vente » du terrain (acte signé le ), qui omettait la clause de restitution gracieuse à l’État en fin d’exploitation, pour un prix de vente de 200 €/hectare, n'ayant pas tenu compte de la valeur de l'or présent, et ne correspondant par ailleurs qu'au prix de sept ans de location… alors que l’article 38 du code minier rappelle qu’une concession minière crée un droit immobilier diffèrent de celui du sol[33]. À la suite d'une décision de N. Sarkozy[34], le projet est pour le moment rejeté ().
Projet Auplata et Auplata-Nordgold
modifierCette entreprise légale[16] (créée en 2004, entrée en bourse en visant des « capacités de production à « taille humaine » et des techniques d'extraction responsables »[17] et disposant de « plus de 300 km² de permis et titres miniers ») a annoncé vouloir multiplier ses mines (à ciel ouvert) ainsi que sa production (en utilisant dans un premier temps la flottation puis l'usage du cyanure (2011, 2012) pour monter à un taux de 90 % de récupération[35], pour notamment exploiter ses sites de Yaou, Dorlin et Dieu-Merci (où se situe l'usine du groupe, près de Saint-Élie) en pleine forêt amazonienne guyanaise mais l'entreprise pourrait s'étendre dans d'autres pays). L'entreprise a annoncé avoir obtenu de la commune une autorisation pour utiliser le procédé de cyanuration et envisager une unité pilote à pilote à Remire-Montjoly avant « mise en œuvre d’unités industrielles de plus grande capacité directement sur les sites miniers »[36]. C'est pour Jean-François Fourt (Président d’Auplata) le moyen de « renforcer l’attractivité de la Guyane française auprès des grands acteurs miniers internationaux » ; l'entreprise s'est d'ailleurs associée en 2013 à Columbus Gold et Nordgold dans un projet Auplata-NordGold[37].
Projet Montagne d'or
modifierUne demande de permis d’exploitation pour le projet Montagne d'or est attendue pour 2017. En , ce projet fait l'objet d'une contestation importante par certaines organisations amérindiennes et un collectif de 25 associations locales[38]. Il est finalement repoussé.
Entreprises d'orpaillage œuvrant ou ayant œuvré en Guyane
modifier- CBJ-France[39]
- Sands Ressources[40]
- Iamgold

- Euro Ressources, anciennement Guyanor (Iamgold
) - Compagnie Minière de Boulanger (Groupe Garrot-Chaillac[41])
- Société des Mines de Saint-Elie (Famille Ostorero[42])
- Compagnie Minière Espérance (Famille Ostorero[42])
- Union Minière de Saül (De Lanfranchi)
- Armina Ressources Minières (Newmont Mining
& Auplata[43]) - Auplata Mining Group
- Takari Mining (Compagnie minière de l’Espérance & Newmont mining[43]
) - SAS Gaïa (Grégory Quérel)
- Orizon Mining (Rosier)
- Sudmine
Exploitation illégale
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La DREAL évalue chaque année le butin des clandestins entre cinq et dix tonnes d’or, soit entre un peu moins de 120 millions et 220 millions de dollars au prix de l’once en 2008 commente Axel May dans « Guyane française, l'or de la honte »[44]. En 2007, 113 opérations « Anaconda » ont été conduites contre les orpailleurs clandestins. Elles n'ont que freiné leur expansion, malgré la destruction de matériel pour une valeur de 23 millions d'euros, la saisie de 12 kg d'or et de 71 kg de mercure. Le GIR (Groupe d’intervention régional) avec la justice guyanaise ont mis en évidence des réseaux d’immigration clandestine, de proxénétisme, de contrebande. Un risque est de reporter la pression d'orpaillage sur le Suriname voisin, encore plus touché que la Guyane (voir Google Earth).
Depuis , une opération d'envergure est menée sous le nom d' « opération Harpie », et commence à porter ses fruits. Les opérations militaires se multiplient sur les sites clandestins, avec destructions systématiques de tout le matériel trouvé sur place et des contrôles renforcés, tant sur les routes que sur les fleuves. Mais la tâche à accomplir reste immense pour éradiquer ce fléau.
Les orpailleurs illégaux, bénéficiant parfois de la téléphonie moderne et du GPS et/ou encadrés par des réseaux mafieux et armés, se sont faits plus mobiles et discrets depuis les années 1990. Opérant parfois aussi de nuit, et sous le couvert des arbres, ils se rendent plus difficile à repérer. Le mercure et les carburants, ainsi que les armes, la drogue et l'alcool, font également l'objet d'un commerce caché, qui s'accompagne localement de prostitution et violences.
La recherche et la vente clandestines de ce métal génèrent aussi de graves conflits sociaux, médiatisés notamment par le film du documentariste Philippe Lafaix La Loi de la jungle, plusieurs fois primé. Ce film explique comment des milliers de clandestins travaillent en Guyane dans des conditions très difficiles, sans aucune couverture sociale ni sanitaire, souvent soumis à la violence (pots-de-vin, travail forcé, vols, torture, agressions, meurtres…).
Le Parc national du sud de la Guyane (ou Parc national amazonien de Guyane)[45] lui-même n'a pas échappé à l'orpaillage illégal. L'Office national des forêts a estimé fin 2005 qu'en Guyane 1 333 kilomètres de cours d'eau étaient directement impactés par les chantiers miniers, principalement illégaux, et 4 671 km de fleuves et rivières touchés par les pollutions, en aval de ces chantiers. De plus, selon l'ONF de 2000 à 2005, les déboisements des orpailleurs sont passés de 4 000 à près de 11 500 hectares[46].
Confrontés à de véritables opérations militaires, les orpailleurs clandestins n'hésitent plus à tirer sur les Amérindiens du Haut-Maroni. Deux gendarmes ont été tués par des bandits lors d'une intervention Harpie durant l'été 2012. Trois militaires français sont tués au cours d'une opération contre un campement d'orpailleurs illégaux en [47]. Des orpailleurs illégaux, garimpeiros, organisent un raid contre une base du 9e régiment d'infanterie de marine afin de récupérer le matériel saisi en février en 2022[48].
Chaque année entre huit et dix tonnes d'or sont illégalement arrachées à la Guyane[48].
En , 143 sites d'orpaillage clandestins sont recensés en Guyane[49].
Encore minoritaires en nombre de personnes présentes sur les chantiers (environ 500 employés en 2012, selon la Fédération des orpailleurs miniers de Guyane (FEDOMG), alors que de très nombreux sites d'orpaillage illégaux semblent persister.
Les opérateurs légaux ont cherché à s'organiser, assistés pour cela par la chambre de commerce et d'industrie de Guyane, via un Pôle Technique Minier de la Guyane.
Ce pôle (créé en pour accompagner la filière pour une durée de trois ans[50]) a notamment assuré le « portage administratif et l'animation » d'une grappe de la filière minière, qui s'est dénommée ORkidé de Guyane (ORkidé évoquant « OR qui développe », « OR qui démarre »). Cette grappe a été retenue le par le second appel à projet pour les grappes d’entreprises lancé par la DATAR (sous l'autorité de Bruno Le Maire) comme l'un des 5 projets localisés en outre-mer ; elle rassemble 48 membres (33 TPE, 12 PME, le BRGM, et l'UAG ainsi que la CRCI de Guyane) et vise à développer la « formation, d’optimisation des techniques d’exploitation et de récupération de l’or, de réhabilitation de sites, de valorisation des archives de la mine, d’échanges de technologies, de transfert de compétences pour toute la filière minière »[51].
Entre les années 1990 et 2016, l'exploitation aurifère légale en Guyane produit entre 1 et 1,5 tonne d’or chaque année, soit 10 fois moins que l'estimation de l'exploitation illégale[52].
Les orpailleurs illégaux traitent de grandes quantités de terre directement dans la crique (circuit d'eau ouvert), avec des méthodes qui entraînent toutes d'importants impacts sur les écosystèmes et la santé humaine, en particulier à cause du mercure. Ce produit hautement toxique a des impacts plus durables et graves que les dégâts paysagers faits par l'extraction à l'eau sous pression. Les exploitations légales n'ont pas le droit d'utiliser le mercure et opèrent en circuit d'eau fermé. Elles en retrouvent parfois amalgamé à l'or en exploitant d'anciens chantiers (on parle de "repasse") et le sol en contient naturellement beaucoup plus que la moyenne planétaire[53].
Conditions de vie
modifierSelon le Colonel Danede, commandant de la gendarmerie de la Guyane en 2005 : l'orpaillage illégal suscite « de nombreux trafics d'armes ou de stupéfiants. La contrebande de carburants, de médicaments, ou de marchandises diverses est le moyen d'approvisionner les sites où survivent de nombreux immigrés clandestins venus des pays limitrophes ; l'insécurité y règne : vols à main armée, viols, meurtres ; le travail illégal et la prostitution s'y développent ».
Les chercheurs d'or, illégaux notamment, ont un moindre accès aux soins. Eux-mêmes, et ceux qui les fréquentent, sont régulièrement confrontés à des urgences médicales sur des sites isolés[54], ainsi qu'à des épidémies (paludisme[55],[56], béri-béri[57], grippe[58], shigellose[58], sida et autres maladies sexuellement transmissibles, voire lèpre[59]…).
Conséquences sanitaires et environnementales de l'exploitation de l'or
modifierPollution au mercure
modifierDepuis les années 1990, une pollution généralisée par le mercure affecte des milliers de km de cours d'eau, et secondairement la santé des populations amérindiennes très consommatrices de poisson (qui bioaccumulent ce poison)[60],[61].
L'utilisation du mercure pour amalgamer l'or est interdite depuis le , au profit de l'« extraction mécanique » (systèmes de récupérations gravimétriques : sluice, trommel, concentrateur, jig, table à secousse, table à vagues, batée) qui est seule autorisée pour des opérations d'orpaillage. Il est cependant encore largement utilisé sur les sites d'orpaillage illégaux. Un simple alambic permettrait de récupérer une grande partie du mercure par condensation, pour le réutiliser, mais sur de nombreux sites l'opération se fait généralement au chalumeau et à l'air libre. Les vapeurs de mercure sont alors inhalées par l'homme et surtout libérées dans l'environnement proche. Jusqu'à 80 % du mercure inspiré passe dans les poumons et le sang, intoxicant les orpailleurs eux-mêmes.
Le sol guyanais est en outre naturellement géologiquement riche en mercure (huit fois plus en moyenne qu'en France métropolitaine). Le mercure libéré par le traitement du sol aux lances à eau (à la fois sur les exploitations légales et illégales), très volatil en climat équatorial et tropical, est également source de pollution de l'air, des brumes, des pluies et de l'eau et des sédiments. Ce mercure « naturel », libéré par l’homme, s'ajoute aux importantes quantités évaporées par les orpailleurs.
Les lances monitor et le creusement du lit mineur et majeur causent une forte turbidité de l’eau, surtout dans les exploitations illégales et une re-sédimentation qui favorise la production par les bactéries de méthylmercure, beaucoup plus toxique encore que le mercure pur. Ce méthylmercure est de plus très bioassimilable, et il se concentre dans les muscles et non préférentiellement dans le foie ou les reins comme le mercure pur.

Les eaux rendues turbides ou fortement boueuses par les rejets et indirectement par l’érosion induite par la destruction du couvert végétal peuvent sédimenter devant les embâcles naturels, en bordure de criques ou dans le barrage de Petit-Saut ; ce milieu constitue alors des « réacteurs chimiques et biochimiques » favorisant la réduction d'une faible partie du HgII en Hg0 volatil (processus photochimiques, chimiques et bactériens) et surtout à la production de méthylmercure MeHg dans la couche anoxique de la colonne d'eau (absence quasi totale d'oxygène au-delà de 5 m de profondeur et jusqu'à 35 m dans le barrage). Dans ces zones, les bactéries sulfato-réductrices méthylent le mercure et le rendent plus toxique et très biodisponible. Ainsi, le CNRS a montré qu’en profondeur, et en aval du barrage, le mercure est présent sous sa forme méthylée la plus dangereuse à des taux d’environ 25 % du mercure total (0,3 à 0,5 ng/L), soit 25 fois plus qu’en amont de la retenue où le MeHg dépasse rarement 1 % du mercure total. Ce mercure est emporté par le Sinnamary jusqu’à l’océan Atlantique.
Les populations amérindiennes semblent être les plus touchées par les séquelles de l'orpaillage (en particulier les Wayanas). Du mercure est présent dans les sédiments du barrage de Petit-Saut sur la commune de Sinnamary, près de Kourou, où il peut se méthyler et favoriser l'intoxication mercurielle de la faune et de la population[46]. Ce mercure pourrait à terme avoir des effets jusque dans l'estuaire du Sinnamary et au-delà. Plusieurs études de l'InVS ont montré que le taux de mercure ne cesse de croître chez les Amérindiens vivant près des fleuves et consommant du poisson, et que ces taux dépassent souvent le seuil de risque pour la santé. En , on recense 1 500 kilomètres de cours d'eau pollués au mercure.
Cyanure
modifierLe procédé au cyanure (aussi dit « procédé par cyanuration ») est devenu le plus utilisé au monde. Il repose sur le fait que le cyanure peut se complexer et rendre soluble l'or, permettant une lixiviation de ce dernier, mais en laissant de volumineuses quantités de déchets très toxiques et écotoxiques (« boues très alcalines, riches en ions cyanures, en complexes de cyanures métalliques stables et en produits de transformation des cyanures. »[53]), qui doivent être stockées en bassins derrière des digues solides[53], ce qui est particulièrement difficile en Guyane. Ce procédé chimique de lixiviation a été envisagé dans les mines de Camp Caïman et de Cambior[53] puis abandonné.
L'avis défavorable du commissaire-enquêteur (CE) sur le dossier ICPE du projet Cambior en Guyane a été essentiellement motivé par « certaines zones d’ombre » non éclaircies par le pétitionnaire, notamment concernant les risques liés aux cyanures, et le BRGM recommande des précautions particulières en raison des « caractéristiques géographiques, écologiques et climatiques particulières » de la Guyane[53]. Il n'a été utilisé qu'une seule fois en Guyane (dans les années 1990) à la mine d'or de Changement. Grâce à la méthode dite de "cyanuration en tas", un taux de récupération moyen de 85 % fut obtenu. Dans ce cas on peut alors considérer le gisement comme quasiment stérilisé et éviter « l'exploitation de "repasse" ».
Le cyanure est un poison. Il est toxique à très faible dose à la fois pour les cellules animales et végétales, en bloquant le processus de respiration. Il attaque la thyroïde[62] et est goitrogène (Goitre thyroïdien[63]). Il est très soluble dans l'eau mais est cependant rapidement détruit par les U.V. solaires. Or, l'eau de nombreuses rivières de Guyane est utilisée par les Amérindiens et autres habitants des forêts comme « eau potable », et pour la toilette, le lavage et la cuisson des aliments. La Guyane faisant partie de la France, elle est donc théoriquement soumise aux normes européennes, la dose maximale de cyanure admise dans l'eau potable étant de 0,05 mg/L (cette dose suffit à tuer une truite en cinq jours, et 1 mg/L la tue en quelques heures). Le cyanure est également écotoxique, tuant par exemple les algues dès 0,03 mg/l et les invertébrés dès 0,08 mg/L[64]. En zone tropicale humide et notamment en Guyane où la biodiversité est parmi les plus élevées au monde, de vastes bassins d'effluents cyanurés risqueraient d'attirer de nombreuses espèces (oiseaux, amphibiens, insectes) qui y mourraient directement ou mourront dans la jungle après en être reparties.
Remarque : Le manioc (et plus encore l'écorce de la racine[65]) est le seul aliment qui contient naturellement du cyanure à des doses toxiques pour l'Homme[66] (s'il n'est pas préparé en étant râpé et lavé ou séché[67]). Les Amérindiens utilisaient cette propriété pour pêcher dans les rivières en dispersant du manioc pour intoxiquer le poisson.
Plusieurs Directives européennes portent sur la gestion des activités minières et en particulier des déchets miniers, des déchets toxiques et des émissions d'installations industrielles utilisant du cyanure. À la satisfaction d'Euromines (association européenne des industries minières, des minerais métalliques et des minéraux industriels), le droit européen de l'environnement n'a pas encore concrétisé la résolution du parlement européen d'interdire le cyanure dans l'extraction minière, mais la Commission européenne impose aux industriels d'utiliser les « Meilleures techniques disponibles » (MTD)[68] et non les moins coûteuses ou les plus faciles à mettre en œuvre à court terme dont la destruction du cyanure avant rejet dans les parcs à résidus. Des représentants des sociétés minières, des producteurs et des transporteurs de cyanure ont eux-mêmes en 2011 avec l'Institut de l'or rédigé et publié « un code international de gestion du cyanure »[69] (code d'adhésion volontaire qui engage les utilisateurs à moins en consommer et à optimiser le recyclage et sa destruction avant stockage dans les parcs à résidus, mais qui ne « n’aborde pas les activités de sécurité et de protection de l’environnement qui peuvent être réalisées sur le site d’une mine d’extraction d’or, comme la conception et la construction de bassins de résidus ou la fermeture définitive et la réhabilitation des terrains miniers »[69]. Selon la commission européenne « La technologie moderne n’utilise le cyanure qu’en cycle fermé et le procédé de lixiviation est automatiquement contrôlé par ordinateur. La législation de l’UE qui régule l’utilisation du cyanure dans l’industrie minière a créé un cadre qui assure que son utilisation dans le traitement des minéraux est sans danger et que les risques pour la santé des individus et pour l’environnement sont contrôlés. Toute décharge contenant du cyanure est traitée dans une unité de destruction de cyanure qui est la meilleure technique disponible (MTD) »[68].
Une étude du BRGM a porté sur les bonnes pratiques industrielles à l'égard de la cyanuration et sur leurs conditions d'applicabilité ainsi que sur les points particuliers de vigilance à avoir dans le contexte guyanais, où l'utilisation du cyanure ne serait techniquement envisageable que pour les exploitations primaires industrielles[53]. Le BRGM signale aussi l'arrivée de techniques d'épaississement des boues qui permettront peut-être de diminuer les difficultés du stockage en zone tropicale pluvieuse, mais il alerte également sur le fait qu'en raison de teneurs naturelles inhabituellement élevées du sol guyanais en mercure la cyanuration de l'or va aussi « augmenter la concentration du mercure dans les jus cyanurés. Ce mercure est susceptible d’être ensuite libéré dans l’atmosphère aux différentes étapes du procédé : des mesures de prévention d’émissions et de récupération du mercure devront être mises en place » en fonction des taux de mercure du sol utilisé comme minerai[53].
Destruction du sol et d'habitats
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Une autre conséquence de l'exploitation de l'or alluvionnaire est la déforestation qui résulte du remaniement des sols. Ces exploitations étant souvent situées dans les lits mineurs ou majeurs des cours d'eau, qui sont aussi des corridors biologiques naturels, elles contribuent à la fragmentation écologique des écosystèmes. Les sols tropicaux sont toujours fragiles. Sur les sites orpaillés illégalement ils sont totalement détruits : la couche fertile superficielle contenant la matière organique est décapée, et lessivée vers les fleuves ou recouverte de « stériles » (déchets miniers).
La loi impose aux sociétés minières une remise en état du site après l'exploitation, visant surtout à réduire l'érosion des sols miniers et les exports de particules vers les rivières, car les sols guyanais sont souvent, naturellement, acide et riche en mercure accumulé sur des millions d'années (auquel s'ajoute celui apporté par les orpailleurs). Les aides à la re-végétalisation (données depuis les années 2000) et les actions de réhabilitation paysagère — terrassement, remise en place du cours d'eau, replantation partielle — permettent de diviser l'érosion par trois en 6 mois[70] et de la rendre quasi nulle en trois ans, limitant ainsi le transfert de mercure. Toutefois, si la stabilisation physique des sols est ainsi accélérée, la restauration de leur fonctionnement biologique et écologique ne suit pas : les indicateurs tels que la diversité biologique et microbienne, les taux de nutriments et l'activité enzymatique des sols ne montrent aucune amélioration notable sur cinq ans, empêchant la transition vers une véritable forêt secondaire. La repousse spontanée d'herbacées assure une couverture superficielle anti-érosive, mais ne suffit pas à restaurer le cycle du carbone ni le cycle de l'azote[71]. Il n'y a qu'en bordure des sites, grâce à l'« effet lisière » provenant de l'écotone avec la forêt voisine, qu'une reprise biologique plus marquée est observée[71]. Les stratégies actuelles, centrées sur la réduction des particules restent nécessaires, mais doivent évoluer pour intégrer la restauration des fonctions du sol, par exemple et notamment avec des techniques de génie écologique passant par l'usage de plants « plants inoculés » (dont avec des bactéries fixatrices d'azote) et mycorhizés, pour d'accélérer la revégétalisation et d'obtenir une réhabilitation réellement efficace, mais cela implique un coût supplémentaire[71].
Les placers participent également à la destruction des écosystèmes aquatiques et à la perturbation du cycle de l'eau.
Autres Dégâts écologiques collatéraux
modifierL'exploitation aurifère a de nombreux impacts indirects.
- Dérangement de la faune, chasse et braconnage ;
- Création de pistes ;
- Vols d'hélicoptères et/ou avions (bruit, besoin de pistes, risques liés aux carburants, à l'entretien, aux accidents, etc.) ;
- Rejets de déchets divers ;
- Pollution par le plomb, source de saturnisme : Pour des raisons pratiques, les clandestins dispersés dans la jungle consomment beaucoup de viande de brousse chassée au moyen de balles ou grenaille de plomb, souvent par des chasseurs professionnels peu préoccupés par la toxicité des munitions qu'ils utilisent ou par le fait que certaines espèces soient rares, menacées ou protégées par la loi. Cette chasse peut se faire au détriment des ressources des Amérindiens, lorsque ceux-ci sont encore présents sur les sites ou à proximité. En France métropolitaine, le plomb est au moins interdit dans les zones humides ;
- Abandon de déchets et matériaux par les clandestins.
Impact économique
modifierEmplois et retombées économiques
modifierVoir ou éditer le jeu de données, et la définition du graphe.
Malgré la chute production nette d'or du début du XXIe siècle, passant de 3 347 kg en 2003[72] à 876 kg en 2025[73], l'exportation en valeur de l'or guyanais est passé de 54 millions €[72] à 86 millions €[73] en raison de l'augmentation du cours de l'or. La cour des compte s'interroge par ailleurs sur la différence entre la valeur potentielle de l'or extrait légalement (1,15 tonnes, soit près de 70 000 000 € en 2023) et la valeur exportée (près de 58 000 000 € cette même année)[74].
Ces montants doivent être rapportés au nombre d'entreprises aurifères travaillant sur le territoire : un rapport du CGEDD indique qu'en 2021 les entreprises aurifères comprennent une quarantaine de PME d'une vingtaine d'employés et de quelques entreprises de taille moyenne pouvant aller jusqu'à 80 employés, comme Auplata[14]. Le personnel total de ces différentes entreprise tourne autour de 400 employés depuis le début du XXIe siècle[75],[76],[77],[21],[73], avec des variations de plusieurs dizaines de personnes selon les années, descendant à 336 en 2020[78] et montant jusque 550 en 2013[79] ou 577 en 2018[80]. Ce personnel ne change que marginalement les chiffres du chômage en Guyane[44], les ouvriers étant essentiellement d'origine brésilienne[81] et dans une moindre mesure surinamaise[82]. Les entreprises ont des difficulté à recruter des personnes nées sur le territoire[44].
En 2023, sur 23 société (pour 59 détentrices d’un titre ou d’une autorisation minière valides), la cour des comptes note que 15 déclarent des résultats nets déficitaires depuis 4 ans (depuis 2020) et 20 depuis au moins un an; seules 2 sont bénéficiaires sur 4 années[74].
Globalement, la situation financière et l'impact économique de la filière ne sont pas connus[74]. Le CGEDD indique que « ni l’évolution des emplois et des métiers, ni la répartition de la valeur ajoutée ni les marges d’exploitation ne sont bien connues »[14]. Les analyses de l’Institut d'émission des départements d'outre-mer ne prennent en compte les retombées financières pour la France ou pour la Guyane, se limitant à la valeur des exportations[74].
L'exploitation de l'or implique potentiellement un ensemble d'activités secondaires: commerces, transports, comptoirs, bijouteries, etc[83]. Mais Le cabinet Deloitte, dans une étude commanditée par le WWF, indique en 2018 que la filière aurifère a un faible effet d’entraînement sur l’économie locale (proche de celui de l'administration publique), car elle importe environ 75% de ses biens et services[84]. L'augmentation de valeur ajoutée et l'emploi générée par celle-ci sont, selon cette étude, quatre fois inférieure à celle du secteur de la construction[84]. Selon Christiane Taubira, « au vu de l’importance des fuites de revenus vers l’étranger, légales ou clandestines, on peut estimer que moins de la moitié de la valeur de l’or extrait serait directement injectée dans l’économie guyanaise »[83].
Impots, taxes et redevances sur l'or en Guyane
modifierImpôts sur le revenu
modifierLes entreprises liées à l'activité minière sont concernées par l’impôt sur les bénéfices comme toute entreprise[74] Cependant, une analyse de la cour des comptes sur les bénéfices de ces sociétés entre 2020 et 2023 a montré que la majorité étaient déclarées déficitaires sur une voire plusieurs années[74] Une étude sur un échantillon représentatif de 23 sociétés montrait ainsi un déficit cumulé de ces dernières s'élevait à −25 700 000 € en 2020, −23 700 000 € en 2021, 27 500 000 € en 2022 et 22 300 000 € en 2023, ces déficits étant reportables sur de potentiels bénéfices futurs[74] L’impôt net sur les bénéfices versés par les sociétés a donc été finalement faible sur cette période[74]
Taxe sur l'or
modifierLes lois de finances rectificative de 2008, puis celle de 2015, ont instauré une taxe obligatoire sur l'extraction de l'or en Guyane à destination de la collectivité territoriale de Guyane basé sur le principe du pollueur-payeur[85],[86],[87], codifiée à l'article 1599 quinquies B du code général des impôts[88]. La taxe, indexée sur le cours du métal précieux, est affectée à la collectivité, et à un « organisme chargé de l'inventaire, de la valorisation et de la conservation de la biodiversité en Guyane » dès sa création[89],[85]. Durant l'examen du texte, le sénateur Philippe Marini rappelle que la commission des finances propose que la taxe prenne effet à compter de la création du Conservatoire écologique de la Guyane. Le ministre du budget Éric Woerth répond que lors de la visite en Guyane, Nicolas Sarkozy a souhaité que le principe pollueur-payeur soit appliqué à l'activité d'extraction d'or et qu'il n'y avait donc pas besoin de repousser la mise en œuvre de cette nouvelle taxe[90].. La taxe sur les extractions d’or réalisées en Guyane est assise sur la masse nette de l’or[91].
Cette taxe est due par l'ensemble des exploitants d'or en Guyane :
- les concessionnaires de mines d'or ;
- les amodiataires des concessions de mines d'or ;
- et les titulaires de permis et d'autorisation de mines d'or[90].
Conformément à l'esprit de la loi, les investissements réalisés, les investissements réalisés en faveur de la réduction des impacts de l'exploitation de l'or sur l'environnement par les redevables sont déductibles de cette taxe[88].
Le projet de conservatoire écologique chargé de l’inventaire, de la valorisation et de la conservation de la biodiversité en Guyane mentionné dans la loi n'a pas été créé[92],[93]. En 2025, en l'absence de ce conservatoire, la collectivité envisage d'utiliser une partie de cette taxe sur le fonctionnement de l'Agence territoriale de la biodiversité et le Conservatoire de botanique, tous deux en préfiguration[94].
Redevance communale et départementale
modifierLe code général des impôts prévoit une redevance pour tout exploitation minière, gazière et pétrolière à destination des communes (article 1519[95]) et à destination des départements (article 1587[96]). La loi de finance de 2026, actant la volonté de simplifier la fiscalité minière[97], modifie la liste des substances concernées par les redevances départementale et communale[98]. Les exploitations aurifères ne sont dès lors plus concernées par la redevance départementale et la redevance pour les communes passe à 1 000 € par kilo d'or, en évoluant chaque année comme l'indice de valeur du produit intérieur brut total[98]. Une moitié de cette redevance est attribuée aux communes où se trouvent les entreprises, et l'autre moitié est répartie entre les communes d'où sont extraits l'or[95].
Autres taxes et redevances
modifierL’Office national des forêts perçoit une redevance annuelle d'environ 130 000 € pour l’occupation du domaine public et les perturbations causées, tel que prévu dans les conventions d'occupation temporaire pour les activités minières[74].
La Collectivité territoriale de Guyane récupère également la fiscalité applicable aux achats de carburant, poste important des sociétés minières[74]. En 2019, la fiscalité liée au carburant rapportait 2 510 000 € à la collectivité[74].
Limites de ces prélèvements
modifierOutre le faible montant de l’impôt sur les bénéfices, l'inspection générale des finances (IGF) liste en 2014 la taxe sur l'or parmi les 192 taxes à faible rendement[99].
Le chiffre d’affaires de la filière étant beaucoup plus élevé que les différentes taxes et redevances appliquées, la cour des comptes recommande en 2025 que les retombées fassent l’objet d’une étude précise de la part des services de l’État avec l’interprofession minière[74]. Elle considère en outre que ceux-ci ne couvrent pas les coûts environnementaux de réhabilitation des zones non remises en état, les couts administratifs liés au traitement des dossiers et les couts de la surveillance de l’activité légale et illégale[74].
Les chiffres officiels de production sont par ailleurs en dessous de la réalité, une grande partie de l’or produit est vendu dans des circuits parallèles pour éviter les taxes[83].
En parallèle, le secteur minier bénéficie d'exonérations de la taxe octroi de mer au détriment de la Collectivité territoriale de Guyane, s’élevant, en 2019, à 245 000 €[74].
| Année | Barème taxe pour les PME (€/kg) | Barème taxe pour les Grandes entreprises (€/kg) | Taxes pour la Région dues (€) | Redevance départementale (€)* | Redevances communale (€) |
Exportation
(en millions d'euros) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2002 | 95,3[76] | |||||
| 2003 | 175 200[83] | 54[72] | ||||
| 2006 | 386 600[44] | |||||
| 2010 | 224,18 | 448,36[100] | 278 215[101] | 30,3[78] | ||
| 2011 | 297,62 | 595,25[102] | 367 34[101] | 46,3[79] | ||
| 2012 | 363,41 | 726,82[103] | 442 280[101] | 65,3[79] | ||
| 2013 | 417,42 | 834,84[104] | 44,2[79] | |||
| 2014 | 341,75 | 683,50[105] | 39,3[80] | |||
| 2015 | 306,38 | 612,77[106] | 37,5[80] | |||
| 2016 | 336 | 672,01[107] | 42,2[80] | |||
| 2017 | 362,95 | 725,9[108] | 48,1[80] | |||
| 2018 | 358,3 | 716,60[109] | 393 000[110] | 39 000 [110] | 197 000 [110] | 39,8[77] |
| 2019 | 345,23 | 690,47[111] | 41,1[77] | |||
| 2020 | 400,35 | 800,71[112] | 187 563[74] | 16 642[74] | 83 262[74] | 46,8[21] |
| 2021 | 498,06 | 996,13[113] | 227 162[74] | 17 392[74] | 87 116[74] | 57,8[21] |
| 2022 | 488,97 | 977,95[114] | 271 785[74] | 22 073[74] | 110 615[74] | 49,9[21] |
| 2023 | 549,88 | 1 099,77[115] | 148 793[74] | 11 369[74] | 56 999[74] | 57,8[21] |
| 2024 | 577,19[116] | 1 154,38[116] | 66,8[21] | |||
| 2025 | 709,47[116] | 1 418,94[116] | 86[73] | |||
| 2026 | 0 |
*La redevance départementale n'existe plus depuis le 19 février 2026
Politiques publiques liées à l'exploitation aurifères
modifierLutte contre l'orpaillage illégal
modifierLe président Nicolas Sarkozy[117] a annoncé devant la Chambre de commerce et d'industrie de Cayenne, pour 2008, un « schéma départemental d'orientation minière et d'aménagement » qui doit « définir le cadre d'une exploitation de l'or respectueuse des richesses de la biodiversité » et « des zones ouvertes à l'exploitation minière […] et des zones interdites à l'exploitation minière », pour « construire une filière exemplaire en Guyane ».
Le gouvernement devant augmenter la redevance minière pour l'indexer « sur la valeur de l'or des marchés mondiaux ». « Une partie du produit de cette redevance devra d'ailleurs être réservée au financement d'un conservatoire écologique de la Guyane », a ajouté le président.
Le président a aussi promis le déploiement de 1 000 hommes, dont du GIGN, dès la semaine du , pour une « opération exceptionnelle de sécurisation du territoire ». Une modification du Code minier, du Code des douanes et du Code de procédure pénale devraient accompagner ce dispositif pour renforcer la lutte contre l'orpaillage clandestins (3 000 orpailleurs clandestins selon les statistiques officielles, 8 000 selon les ONG [réf. nécessaire]). [réf. souhaitée] Il s'agit aussi de protéger l'environnement et la santé des Amérindiens. Plus de 70 % [réf. nécessaire] des enfants amérindiens wayana du Haut-Maroni sont déjà victimes d'une contamination mercurielle très supérieures aux normes de l'OMS[46]. En un seul vol de reconnaissance, le , avec la députée Christiane Taubira, le WWF (World Wildlife Funds) a estimé à 500 le nombre de chantiers d'orpaillage [réf. nécessaire], et, côté surinamien, la situation est pire encore. Les camps sont mieux cachés sous les arbres et les chantiers plus éparpillés selon le WWF. Depuis 2010, on observe une augmentation de l'exploitation clandestine d'or primaire. D’après le rapport IEDOM 2011, « un nombre plus important de puits (exploitant l’or primaire) ont été découverts : 172 en 2011 contre 67 en 2010 ». Les exploitations clandestines dans le primaire ne nécessitent pas d'ouverture de grands bassins car ils creusent des galeries. Ils travaillent donc sous la canopée et sont difficilement détectables par reconnaissance aérienne.
Faute de moyens supplémentaires alloués, l’État se considère comme impuissant face à l’orpaillage illégal[118].
Procédures judiciaires
modifierEn , six associations et des habitants du haut Maroni déposent un recours en carence fautive contre l'État, devant le tribunal administratif de Guyane[49]. Il s'agit pour ces derniers de faire reconnaître la nécessité d'une action significative et urgente de l'État, alors que les autochtones Wayanas en particulier sont victimes de la conjonction des conséquences de l'orpaillage illégal : grave pollution des eaux au mercure, insécurité, délinquance, drogue, alcool, prostitution. Les requérants demandent une expertise pour établir l’étendue du préjudice écologique sur le haut Maroni et envisager des mesures de remise en l’état ou compensatoires.
Il s'agit de la première fois en France où un recours demande au juge de reconnaître les droits d'un fleuve, qui pourrait compléter et approfondir la jurisprudence née du naufrage de l'Erika, en 1997, causant une marée noire sur les côtes bretonnes.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- La Guyane Française, ses mines d'or et ses autres richesses, par Pierre Charles Fournier de Saint Amant (1800 -1872), publié en 1856[119]
- La mine d'or de Saint Élie et Adieu-Vat en Guyane française, par Boris Choubert, publié en 1952[120]
- L'or sauvage par Philippe Gilabert. Roman aux Éditions Mon Petit Éditeur 2015 : Aventure dans le milieu des orpailleurs clandestins, les fameux garimpeiros, dans la zone du fleuve Approuague en Guyane française.
- Michèle Baj-Strobel[121], Les Gens de l'or. Mémoire des orpailleurs créoles du Maroni, Plon, « Terre humaine », 2019, réédition poche 2020 (ISBN 978-2-2663-1008-6).
- François-Michel Letourneau, Chercheurs d'or - L'orpaillage clandestin en Guyane française, CNRS editions, (ISBN 978-2-271-15150-6)
- Axel May, Guyane française: l'or de la honte, Calmann-Lévy, (ISBN 978-2-7021-3703-1, OCLC 211533672, lire en ligne)
Ressources radiophoniques
modifierArticles connexes
modifier- Orpaillage
- Guyane
- Théophile Vitalo
- Wayana
- Mercure
- Cyanure
- Or
- Orpailleur, long métrage de Marc Barrat
- Nager avec les piranhas, court essai de Michel Onfray (2017)
- Taxe sur l'or de Guyane
Liens externes
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- Mosnier, E., Carvalho, L., Mahamat, A., Chappert, J. L., Ledrans, M., Ville, M., … & de Santi, V. P. (2015). Épidémies multiples dans des camps d'orpaillage en forêt amazonienne (Guyane française) en 2013: Quelles leçons pour l'accès au soins et à la prévention ? Inserm.
- Guyane française, l'or de la honte, par Axel May : enquête sur l’activité aurifère publiée fin [122]
- Statistiques du domaine minier guyanais en temps réel sur [camino.beta.gouv.fr]
Notes et références
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- ↑ https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000028108272/2013-10-24
- ↑ https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000029288049/2014-07-25
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- ↑ https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000033443365/2016-11-20
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- 1 2 3 RAPPORT ANNUEL ÉCONOMIQUE GUYANE 2020 (lire en ligne)
- ↑ https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000039351855/2019-07-29
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- ↑ https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000046090801/2022-07-27
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- 1 2 3 4 « Arrêté du 8 décembre 2025 fixant les tarifs de la taxe minière sur l'or en Guyane pour l'année 2025 »
- ↑ Discours prononcés lors de sa visite en Guyane du 11 au , dont devant la CCI et à Camopi.
- ↑ « En Guyane, l’État impuissant face au poison de l’orpaillage illégal », la Brèche, no 16, juin – août 2026 (lire en ligne)
- ↑ Lire en ligne.
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- ↑ « Michèle Baj Strobel - Auteur », sur data.bnf.fr (consulté le ).
- ↑ « Guyane française, l'or de la honte », sur editions-calmann-levy.com (version du sur archive.org).
