Explosion de l'abri Sadi-Carnot

explosion ayant eu lieu le 9 septembre 1944 à Brest (France), dans le « cadre » de la Seconde Guerre mondiale

L'explosion de l'abri Sadi-Carnot a été l'épisode le plus meurtrier survenu à Brest pendant la Seconde Guerre mondiale.

Explosion de l'abri Sadi-Carnot
Image illustrative de l’article Explosion de l'abri Sadi-Carnot
Entrée basse (Porte Tourville) depuis le boulevard de la Marine de l'abri Sadi-Carnot.

Pays France
Localisation Brest, Bretagne
Coordonnées 48° 23′ 07″ nord, 4° 29′ 40″ ouest
Cause Accident
Date
Bilan
Morts 373 Français
100 à 200 Allemands

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Explosion de l'abri Sadi-Carnot
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Explosion de l'abri Sadi-Carnot
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Explosion de l'abri Sadi-Carnot

La construction de l'abri Sadi-Carnot

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Construction

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En juin 1940, la ville est occupée par les Allemands. Les premiers bombardements de grande ampleur frappent la ville de Brest. L'occupation de la Penfeld par les sous-marins allemands valent à la ville des bombardements intensifs et meurtriers.
Fin , la présence des bâtiments de la Kriegsmarine : Scharnhorst, Gneisenau et Prinz Eugen entraîne l’augmentation de la fréquence et la violence des bombardements. La décision de construire un grand abri souterrain au centre-ville est prise.

Le président de la Délégation spéciale, Victor Eusen, désirait construire cinq abris dans sa ville, mais le Gouvernement de Vichy ne lui donna les fonds que pour en construire trois : l'abri Sadi-Carnot, mesurant 250 mètres de long et reliant la porte Tourville à la place Sadi-Carnot[1] (actuelle place des Déportés), l'abri Wilson-Suffren, reliant la place Wilson à la rue Suffren en centre-ville, et l'abri de Recouvrance partant de la place Joseph Gouëz et rejoignant un tunnel de l'arsenal. L'abri Sadi-Carnot est donc creusé de 1942 à 1943 sous la direction des ingénieurs Estrade et Pommeret à une profondeur d'environ 25 mètres, et ce pour une capacité totale d'environ 3 000 personnes debout[2]. D'autres abris ont aussi été aménagés ailleurs dans l'agglomération brestoise, dans les caves des habitations ou dans les cryptes des églises. L'abri est livré le 24 avril 1943 après avoir été creusé par l'entreprise Levaux & Fils, et aménagé sommairement par la Compagnie des Signaux, et ce pour un coût de 9,5 millions de Francs, entièrement pris en charge par le Régime de Vichy[2].

De 1943 jusqu'au siège de la ville, les brestois descendent dans l'abri uniquement pendant les alertes, soit une heure ou deux : aucun bancs ni lits ne sont installés, et la lumière n'est pas encore amenée dans l'abri. Ceux-ci vont être récupérés dans les écoles et hôpitaux de la ville et descendus dans l'abri au début du siège[3].

Aménagement de l'abri

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L'abri fait 256 mètres de long et relie la porte Tourville, boulevard de la Marine, à la place Sadi-Carnot, actuelle place des Déportés, et passe donc sous la rue de Siam.

Trois entrées permettaient de pénétrer dans l'abri : les deux principales se trouvaient boulevard de la Marine, dans le mur de soutènement de la ville, et place Sadi-Carnot, après l'ascension d'un escalier de 154 marches dû à la profondeur de l'abri (environ 25 mètres). Une troisième sortie, aujourd'hui disparue, se trouvait au centre de l'abri et débouchait à l'angle des rues Amiral-Linois et Ducouëdic après avoir escalader un escalier métallique en colimaçon[2].

A une trentaine de mètres du bas des escaliers, deux alvéoles se font face[2] :

Plus proche de l'escalier se trouvait les toilettes civiles, séparées entre hommes et femmes. Du côté homme, 7 urinoires, 1 cuvette et 3 toilettes "à la turque" étaient aménagées ; du côté femme se trouvait un lavabo collectif ainsi que 8 cuvettes.

La partie française était séparée de la partie allemande par une cloison en bois juste après les alvéoles.

Plus loin dans l'abri, vers l'entrée Tourville, se trouvaient les toilettes des allemands, creusées à plus d'1 mètre sous le sol de l'abri. Enfin, une dernière alvéole à quelques mètres de la sortie servait de dépôt de munitions durant le siège de Brest[6].

L'abri Sadi-Carnot pendant le siège de Brest

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Le , les Américains effectuent la percée d'Avranches et foncent vers Brest sans rencontrer de résistance. Le général Patton est persuadé qu'une semaine lui suffira pour faire tomber Brest. Le , les premiers blindés américains se trouvent du côté de Milizac. Les troupes américaines qui amorcent un mouvement de contournement de la ville se retrouvent clouées par des tirs d'artillerie. C'est le début du siège de Brest qui dure 43 jours avant la reddition des Allemands le .

Le 13 août 1944, Victor Eusen obtient des Allemands la promesse d'une trêve dans la soirée et le lendemain matin. Néanmoins, le maire désire un écrit à cette promesse (qu'il obtient), et l'accord des Américains pour que les habitants puissent fuir la ville. Il traverse alors la ligne de front et rencontre le général Middleton qui accorde cette trêve à la condition que les civils soient signalés par un drapeau blanc. Plus de 15 000 brestois vont fuir leur ville dans la journée du 14 août vers différentes directions arrêtées avec les Allemands[7] :

Brest passe alors d'à peu près 80 000 habitants (en 1936) à seulement 2 000 habitants pendant le siège[8], soit seulement 2,5% de la population d'avant-guerre. Ces 2 000 brestois constituent principalement des membres de l'administration de la ville, des infirmières, des médecins, des religieuses, ou personnes qui n'ont nulle part où s'abriter et qui préfèrent veiller leur ville[9].

A ce moment, l'abri Sadi Carnot comporte environ 250 personnes. Néanmoins, les habitants des communes périphériques (Lambézellec, Saint-Pierre-Quilbignon et Saint-Marc) se massent vers les abris du centre-ville. Victor Eusen fait recenser le 2 septembre le nombre d'abris en ville afin d'éparpiller davantage les réfugiés, et M. Lévêque, chef de l'abri Sadi-Carnot, de faire descendre davantages de lits et une trentaine de hamacs pour loger les nouveaux arrivants[10]. L'abri est alors peuplé de quelques 400 personnes[8].

Ligne symbolisant la séparation entre la partie allemande et la partie française

Le 3 septembre, les Allemands font parvenir à Victor Eusen l'ordre d'évacuer la ville. Celui-ci décide alors de ne garder auprès de lui qu'un centaine de personnes ; le départ est programmé pour le lendemain, 4 septembre 1944 à 6h de matin, en protégeant les civils avec des drapeaux blancs et des bannières de la Croix-Rouge. Néanmoins, vers 19h le 3 septembre, la Kommandantur émet un contre-ordre ordonnant que tous les français restent dans la ville. Victor Eusen écrit alors une lettre au Platzkommandant, le major Habermas, dans les termes suivants[10] :

« Monsieur le Major,
A 18 heures vous m'avez donné un ordre : d'évacuer la totalité de la population restant actuellement dans l'agglomération brestoise.
A 19h30, vous m'avez fait parvenir un contrordre. J'ai fait immédiatement diffuser ce contrordre, mais je pense que cette dernière mesure vaut pour nous l'assurance formelle que la partie de l'abri que nous occupons actuellement nous sera réservée jusqu'au bout et quoi qu'il arrive.
Le président,
Signé : Victor EUSEN. »

En effet, le 14 août 1944, les Allemands avaient réquisitionné la moitié de l'abri Wilson, mais aussi le tiers de l'abri Sadi-Carnot, côté porte Tourville, pour y abriter des membres de l'organisation Todt et les parachutistes du général Ramcke[7].

Conditions de vie

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Vue de la partie française ; les marquages au sol donnent une idée de l'espace de vie

L'éclairage de l'abri se fait à partir du début du siège de Brest par des lampes fournies en électricité grâce à un groupe électrogène, d'abord situé côté allemand, puis déplacé en haut des escaliers côté français[11]. Un groupe électrogène de secours sera ultérieurement installé du côté allemand. Le fonctionnement de ces deux groupes étaient assuré par un membre de l'organisation Todt.

Pour remonter de l'abri, côté français, les brestois doivent monter un escalier de 154 marches, soit l'équivalent de 9 étages, pour ressortir au niveau de la place Sadi-Carnot. Néanmoins, au moment du siège et par manque de place, de nombreux habitants vont être contraints de dormir dans les escalier[2].

Les repas sont très faibles : les membres de la Défense passive se chargent de nourrir les habitants des abris tant bien que mal, en faisant face aux bombardements et aux relations avec l'occupant. Tous les jours, durant la trêve de 11h à 12h, ils sortent de la ville chercher quelques éléments de nourriture à donner à leurs protégés. Ils les ramènent dans leur cuisine qu'ils ont installée dans l'abri Wilson puis, à partir du 21 août 1944, aux Galeries Saluden, rue Traverse. Les brestois doivent faire la queue devant les cuisines pour obtenir leur ration du jour, délivrée contre présentation d'un ticket qui est donné quotidiennement aux occupants de l'abri par les membres de la Défense passive. A partir du 6 septembre 1944, la situation se dégradant encore davantage, la distribution des vivres se fera à l'intérieur des abris et non plus aux Galeries Saluden. Deux repas seront donnés à ce moment : le petit-déjeuner à 8h30, et un repas « aussi copieux que possible » à 15h[11].

L'angoisse règne dans l'abri : en plus de l'air vicié qui couvre les habitants, le bruit et l'écho des combats à l'extérieur, le manque de sommeil et la panique causée par les bombes tombant à l'entrée de l'abri créent un sentiment de stress permanent. Cette angoisse est d'autant plus grande pour les habitants qui ne sortent jamais, contrairement aux membres de la Défense passive, aux infirmières et aux membres de la municipalité qui, eux, voient la réalité des combats, les brestois terrés dans l'abri ne peuvent qu'interpréter les sons et vibrations qu'ils entendent[11].

Vue de l'entrée des sanitaires français

Les conditions d'hygiène y sont par ailleurs déplorables : seules 19 toilettes[2] ont été aménagées pour les 400 occupants de l'abri qui, bien souvent, sont obligés de faire leurs besoins dans les caniveaux sur les côté. De plus, le petit lavabo collectif ne permet de faire davantage qu'une toilette de chat[8.1]. Ceci ajouté à l'humidité ambiante et à la faible température (en moyenne 15°C, quelle que soit la saison) cause des épidémies de gastro-entérite, ou encore l'invasion de puces due à la promiscuité entre les individus.

Tous les matins, le Révérend Père Ricard, curé titulaire de l'église Saint-Louis, préside la messe depuis l'un des paliers de l'escalier.

Enfin, du fait de la surpopulation des lieux, doivent bien souvent rester dans leur lit toute la journée et ne peuvent se lever, dans la mesure ou l'espace central de 60cm entre les lits doit toujours rester libre.

La catastrophe du

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Le déroulé de la nuit

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L'explosion

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Durant le siège, les Allemands stockent une importante quantité de munitions aux côtés du groupe électrogène de secours, et ce en violation des Conventions de Genève qui interdisent le dépôt de munitions dans un abri occupé par des civils.

Les escaliers de 154 marches que les brestois ont du grimper

Le samedi 8 septembre, jour de pardon à la basilique Notre-Dame-du-Folgoët, le Révérend Père Ricard et l'abbé Le Gall officient pour la population, puis la lumière s'éteint comme d'habitude vers 22h. Vers minuit le 9 septembre, la lumière se rallume : les membres de l'organisation Todt doivent quitter l'abri pour être remplacer par les parachutistes d'élite. Ce remplacement serait dû au fait que les Todt aient refusé plus tôt dans la journée de rajouter des munitions dans l'abri en sacs à dos. Les occupants de l'abri entendent alors des cris et des disputes entre militaires et travailleurs forcés, mêlés à des éclats de rire et des morceaux d'accordéon. La plupart des Todt ont évacué l'abri vers 1h. La lumière se rééteint alors[12].

Vers 2h du matin, la lumière se rallume et les brestois sont réveillés aux cris d'un membre Todt criant « Schnell ! Schnell ! Feuer ! Munitionen ! Weg ! Kaputt ! »[13] et s'enfuyant vers l'escalier. Les quelques français réveillés à ces cris se rhabillent et réunissent quelques affaires. Pendant ce temps, une épaisse fumée noire s'échappe du côté allemand à travers la cloison de bois ; les témoins affirment que cette fumée progresse vite. A ce moment, le groupe électrogène est étouffé et la lumière s'éteint. Dans la cohue, des personnes tombent dans les escaliers, se marchent les uns sur les autres, chevauchent les matelas entassés dans l'escalier, puis, arrivés en haut, sont confrontés à la porte close. En effet, celle-ci s'ouvre vers l'intérieur ; la pression des personnes se précipitant a refermé la grille, qu'il n'est plus possible d'ouvrir. Vers 2h30, plusieurs explosions retentissent. La plus forte d'entre elles force la grille qui s'ouvre à contre-sens, projetant les civils les plus proches à plusieurs mètres de la sortie, à l'extérieur, sous les bombardements alliés. Une flamme d'une trentaine de mètres de haut s'échappe alors de la sortie, des objets enflammés provenant de l'abri sont projetés au quatrième étage des immeubles alentours. Une quarantaine de survivants se réunissent et tentent de se protéger[14],[15]. Ils seront refusés à l'abri Wilson par les Allemands.

Les secours

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Le commissaire de police Massoni fait immédiatement prévenir le médecin-chef Varrache de l'hôpital des Armées, qui donne l'ordre de ramener les rescapés. 40 d'entre eux vont à l'hôpital des Armées, 5 autres vont à l'abri de Ponchelet à Saint-Marc.

L'action des pompiers est connue grâce au témoignage de Max Fauchon, pompier à Brest. Deux pompiers accompagnés de deux soldats se dirigent vers l'abri pour l'éteindre. Ils quittent la caserne de la rue Louis Pasteur à 2h55 et arrivent à l'entrée basse, où ils voient une flamme sortant de l'abri et touchant le mur de l'arsenal en face, à une vingtaine de mètres. Plusieurs objets en feu ont été projetés à l'extérieur de l'abri. Les quatre hommes se dirigent alors vers l'entrée place Sadi-Carnot où ils trouvent une quarantaine de survivants cachés dans les caves alentours. La flamme de 30 mètres de haut les empêche alors d'intervenir à l'intérieur[16].

Vers 7h, le 9 septembre, une patrouille de pompiers part en reconnaissance à l'entrée Tourville. Une heure plus tard, les pompiers Allemands demandent à ce que des français leurs servent de guides dans l'abri. La troupe s'engage alors à l'intérieur de l'abri : la chaleur y est intense, des munitions continuent d'exploser et un amas d'objets et de cadavres entravent le travail des pompiers. La chaleur au moment de l'explosion y est estimée à environ 1 000°C. Vers 11h30, les soldats du feu arrivent à la cloison séparant les Allemands des Français : les pompiers Allemands refusent alors d'aider à éteindre l'incendie côté français. 14 marins-pompiers français vont alors se relayer, étant asphyxiés par les fumées toxiques et par l'odeur putride. L'incendie sera éteint dans la soirée[16].

Identification des victimes

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La ville de Brest est libérée le 18 septembre 1944, soit 10 jours à peine après la catastrophe. Le 26 septembre, une cérémonie est organisée en hommage aux morts de l'abri, et un dilemme va alors se poser : certains envisagent de murer l'abri de chaque côtés avec les morts à l'intérieur afin d'en faire un vaste cénotaphe, d'autres souhaitent identifier toutes les victimes de l'explosion, les remettre à leur famille et créer un lieu de mémoire dans l'abri[3]. C'est cette seconde option qui va être retenue, dans la mesure où l'idée du cénotaphe impliquait de laisser les corps allemands avec les français à l'intérieur, de priver les familles de sépulture, et obligeait celles-ci à engager de longues procédures administratives pour faire reconnaître les leurs, alors juridiquement disparus[17], comme morts.

La luminosité dans cette partie de l'abri correspond à l'obscurité dans laquelle vivaient les brestois avant le siège et dans laquelle les opérations d'identification ont eu lieu

La phase d'identification des corps français s'étend du 27 septembre au 19 octobre 1944. Celle-ci va être menée par un groupe de six personnes : le Dr Delalande, Mme de Carbonnières, MM. Andrieux, Fauchon, Guiard et Coste ; ceux-ci ayant été choisis en raison de leur bonne connaissance des habitants de Brest, toutes strates sociales confondues[18].

Ce petit groupe a démontré la faisabilité de l'opération après avoir identifié lors d'une première descente les corps de Victor Eusen, de Mme Scheidhauer, du Révérend P. Ricard, du Dr Houllier et de Mme Tynevez. Le nouveau président de la Délégation spéciale, Jules Lullien, décide en parallèle de transférer les corps non identifiables vers le cimetière de Kerfautras, à Saint-Martin.

Une première identification se fait au sein de l'abri, puis les corps sont remontés à dos d'hommes par les escaliers sur la place Sadi-Carnot, où les attendent des cercueils. Ceux-ci sont alors envoyés à l'hôpital des Armées où une seconde identification, dirigée par le médecin général Hamet, est réalisée par Mme de Carbonnières et 22 autres personnes (pompiers, infirmiers, matelots, ...), dont MM. Fauchon et Guiard. M. Goavec fait alors office d'officier d'état civil et dresse alors une première liste de victimes. Par ailleurs, deux inspecteurs de police récupèrent bijoux, et les agents des pompes funèbres emmènent les cercueils une fois l'identification terminée. L'identification des victimes se fait selon différentes techniques : reconnaissance visuelle ou médicale des victimes, indices (ex. carte d'identité, ...), par la place qu'occupaient habituellement les personnes, ou encore en demandant aux familles d'identifier des bouts de tissus récupérer sur les corps[18].

Ce travail sera compliqué par la présence de nombreuses aiguilles, épingles, lames de rasoirs et autres objets contondants parmi les cadavres au sein de l'abri, mais aussi par la visite de nombreuses personnes, dont certaines cherchant à grapiller des objets des défunts, nécessitant alors l'intervention de la police pour garder l'abri 24h/24.

Du côté allemand, quelques soldats américains s'occupent de retirer les corps.

Liste des victimes françaises
Voir la liste des victimes établie par le site Les victimes de l'abri : https://www.lesvictimesdelabri.fr/asc_repertoire.php?lettre=A
Liste des victimes allemandes
NB. Bien que les victimes allemandes n'aient pas été officiellement identifiées, une rapide liste a été dressée par le médecin en chef Varache. Cette liste comprend 44 noms, mais il semblerait qu'entre 100 et 200 Allemands soient morts dans la catastrophe. La liste est aujourd'hui conservée aux Archives départementales du Finistère[19].
NOM DE FAMILLE Prénom N° de matricule Affectation
GRETEL Kurt
ZURMÜLHEN Heinrich
ECHENBERGER Franz 19177 HVD Paris
19153 HVD Paris
19178 HVD Paris
19235 HVD Paris
MUSILKE Wilhelm 4857 HVD Paris
19184 HVD Paris
5410 HVD Paris
19191 HVD Paris
4802 HVD Paris
19144 HVD Paris
KOCH Kerman 19217 HVD Paris
JENSENN Bruno 17797 HVD Paris
WEIZEL August 19294 HVD Paris

Recherche des causes

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En parallèle, le Tribunal de Première Instance de Brest tente de trouver les causes de l'explosion et mène de nombreux interrogatoires[19].

Certains avancent que les Allemands ont délibérément mis le feu aux munitions afin de tuer les civils français, cette affirmation étant appuyée par le fait que l'amie d'un Allemand, habituellement dans l'abri Sadi-Carnot, s'est trouvée à l'abri Wilson le soir de la catastrophe. Cette thèse n'est cependant pas retenue étant donné que de nombreux Allemands y ont également laissé leurs vies, et qu'une amie d'un autre Allemand se trouvait également dans l'abri la nuit de l'explosion.

La thèse de l'accident semble donc la plus vraisemblable. Néanmoins au sein de cette thèse les versions diffèrent. Certains évoquent une grenade qui aurait été lancée lors d'une dispute entre Allemands, d'autres expliquent qu'un soldat ivre aurait fait tomber de l'essence du groupe électrogène sur sa lampe à pétrole qui aurait communiqué le feu aux munitions. Une autre hypothèse serait également celle de la cigarette mal éteinte. Enfin, des versions non retenues aujourd'hui retiennent la possibilité d'une bombe ayant explosé à l'entrée de l'abri et ayant mis le feu aux munitions, ou encore d'un camion enflammé s'étant encastré dans l'entrée de l'abri, côté Tourville[15].

Aujourd'hui encore, aucune thèse ne l'emporte sur les autres ; la seule affirmation semblant faire consensus est celle de l'accident.

Réutilisation de l'abri pendant la Guerre froide

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Pendant la Guerre Froide, l'abri va être réutilisé en abri antiatomique par l'état major de l'arsenal. Le revêtement de l'abri est alors repris et une couche de ciment tapisse l'entièreté des murs ; un mur en béton armé est construit à l'entrée de l'abri, et deux portes blindées sont installées, marquant ainsi l'espace utilisé pendant cette période[3].

Le mémorial de l'abri Sadi-Carnot aujourd'hui

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Après quelques ouvertures ponctuelles de l'abri pour les 40e et 50e anniversaires de la catastrophe, l'Université Européenne de la Paix, en collaboration avec la Ville de Brest, permet l'ouverture toute l'année de l'abri depuis 2009.

Aménagement actuel de l'abri

La scénographie, délibérément sobre pour donner la parole aux rescapés de la catastrophe, permet néanmoins de voir la liste des victimes, l'histoire de Brest pendant la guerre, ainsi que l'histoire de l'abri et des brestois ayant vécu et laissé leur vie dans la catastrophe ; le tout avec en trame de fond les vers du poème Barbara de Jacques Prévert portant sur Brest après la guerre, et avec les témoignages de personnes ayant vécu la guerre à Brest et d'une personne ayant survécu à l'explosion[20].

Tous les ans, le 9 septembre, la ville de Brest organise une journée de commémoration dans les abris de Brest, et en particulièrement à l'abri Sadi-Carnot[21].

L'abri est aujourd'hui ouvert en visite libre[22] :

  • Du 1er octobre au 31 mars : tous les week-ends des vacances scolaires de la zone B, de 14h à 18h ;
  • Du 1er avril au 30 septembre : tous les week-ends de 14h à 18h ;
  • Du 1er juillet au 31 août : tous les jours sauf le lundi de 14h à 18h (le mercredi de 14h à 16h.

Des visites guidées sont également proposées par l'office de tourisme de Brest[23].

Notes et références

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  1. Sadi Carnot était président de la République Française de 1887 à 1894. Il devait effectuer une visite d'Etat à Brest quelques jours après son assassinat à Lyon le 25 juin 1894. La ville donne alors son nom à une place, qui donnera également son nom à l'abri.
  2. 1 2 3 4 5 6 « Les Victimes de l'Abri », sur www.lesvictimesdelabri.fr (consulté le )
  3. 1 2 3 « Abri Sadi Carnot — Wiki-Brest », sur www.wiki-brest.net (consulté le )
  4. Aujourd'hui, seule la salle des soeurs de la Providence existe encore.
  5. Aujourd'hui, seules subsistent la soute à vivres et la chambre de Victor Eusen.
  6. AvenioWeb Di'X, « ARCHIVES MUNICIPALES de BREST - Visualiseur d'images », sur archives.mairie-brest.fr, ARCHIVES MUNICIPALES de BREST (consulté le )
  7. 1 2 Alix de CARBONNIERES et Antoine COSTE (ill. Max FAUCHON), « L'évacuation générale », dans L'assaut de Brest, Brest, Michel QUERE, (1re éd. 1951), 138 p. (ISBN 978-1-326-95561-8), p. 33-38
  8. 1 2 « Focus : L'abri Sadi Carnot de Brest », sur calameo.com (consulté le )
    1. Témoignage de Lucienne REMEUR, page 6
  9. « Les Victimes de l'Abri », sur www.lesvictimesdelabri.fr (consulté le )
  10. 1 2 de CARBONNIERES Alix et COSTE Antoine (ill. Max FAUCHON), « L'agonie de Brest », dans L'assaut de Brest, Brest, Michel QUERE, (1re éd. 1951), 138 p. (ISBN 978-1-326-95561-8), p. 69-81
  11. 1 2 3 Alix de CARBONNIERES et COSTE (ill. Max FAUCHON), « Dans l'abri Sadi-Carnot », dans L'assaut de Brest, Brest, Michel QUERE, (1re éd. 1951), 138 p. (ISBN 978-1-326-95561-8), p. 58-62
  12. Alix de CARBONNIERES et Antoine COSTE (ill. Max FAUCHON), « La catastrophe de l'abri Sadi Carnot », dans L'assaut de Brest, Brest, Michel QUERE, (1re éd. 1951), 138 p. (ISBN 978-1-326-95561-8), p. 82-84
  13. En français : « Feu ! Feu ! Vite ! Munitions ! Partir ! Boom ! »
  14. [vidéo] « L'abri Sadi Carnot à Brest : témoin de la vie quotidienne des populations pendant la guerre », France 3 Bretagne, , 4:4 min (consulté le )
  15. 1 2 Alix de CARBONNIERES et Antoine COSTE, « Le feu et l'explosion », dans L'assaut de Brest, Brest, Michel QUERE, (1re éd. 1951), 138 p. (ISBN 978-1-326-65561-8[à vérifier : ISBN invalide]), p. 84-94
  16. 1 2 « SADI CARNOT », sur liberation.3945.free.fr (consulté le )
  17. « Code civil des Français 1804/Texte entier - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le )
  18. 1 2 Alix de CARBONNIERES et Antoine COSTE (ill. Max FAUCHON), « L'identification des victimes », dans L'assaut de Brest, Brest, Michel QUERE, (1re éd. 1951), 138 p. (ISBN 978-1-326-95561-8), p. 94-99
  19. 1 2 « La catastrophe de l'abri Sadi Carnot (9 septembre 1944) | Faire vivre et faire connaître l'histoire du Finistère », sur archives.finistere.fr (consulté le )
  20. Atiz, « Abri Sadi Carnot », sur Atiz, (consulté le )
  21. « Journée des abris — Wiki-Brest », sur www.wiki-brest.net (consulté le )
  22. « Abri Sadi Carnot | Brest métropole », sur brest.fr (consulté le )
  23. « Abri Sadi Carnot », sur Office de tourisme Brest en vue (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Albert Vulliez, Brest au combat (1939-1944), Éditions Ozanne, 1950
  • Alix de Carbonnières et Antoine Coste, L'Assaut de Brest (août-septembre 1944), Brest, Librairie Le Bris, 1951 (bibliothèque municipale de Brest)
  • Marie-Hélène Prouteau, Le Cœur est une place forte (roman), Rennes, Éditions La Part commune, 2019, 140 p. (ISBN 9782844183828)

Articles connexes

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Liens externes

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