Femmes sous le Premier Empire

statuts, conditions et activités des femmes sous le Premier Empire

Les femmes sous le Premier Empire vivent une consolidation de la position dominante des hommes inscrite dans le Code civil napoléonien et le maintien de quelques progrès gagnés lors de la Révolution française tel que le droit de divorcer.

Intérieur d'une cuisine (1815), Martin Drolling, Musée du Louvre

Bien que le cadre juridique soit peu progressif, cette période voit apparaître de nouvelles ambitions individuelles pour certaines femmes, en particulier dans les arts, en dépit d'un accès limité à l’éducation[1],[2].

Héritage de la Révolution française

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Les valeurs de l'Ancien régime bougent peu après la Révolution française et seulement deux changements majeurs émergent: le droit égal d’hériter et le divorce[3]. Le principe d’égalité ne donne pas aux femmes le droit de vote[4]. La théorie de la vérité naturelle, en vogue parmi les révolutionnaires, situe les femmes comme en étant inférieure physiquement et mentalement aux hommes: aux hommes la force et aux femmes la famille[1],[5].

La Révolution française offre également davantage de liberté sexuelle qui sera par la suite contrôlée par Napoléon[6]. On note un intérêt croissant, qui continue pendant le Directoire, pour le contrôle des naissances tandis que l'influence de l'Église catholique continue de diminuer[7].

Situation juridique

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Première page de l'édition originale du Code civil (1804)

Le Code civil met les femmes sous tutelle

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Le code civil de Napoléon fait loi les différences entre hommes et femmes héritées de la Révolution française[1] et vise à créer une société fondée sur le mariage[8]. Ce code est adopté sans controverse sur la condition dont les femmes héritent[2],[9].

L'infériorité des femmes repose sur l’infériorité de l’épouse inscrite dans le code civil en 1804[10]. L’article 213 du Code civil stipule que « Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari » Pour assurer la stabilité de la famille, les femmes sont donc subordonnées à leur époux dans une famille patriarcale[10]. Les épouses sont des mineures[11]. et donc juridiquement incapable et dépendent de leur époux ou père[12]. L'épouse est en réalité mise sous tutelle[13]. Elles doivent avoir la permission de leur mari pour signer de contrat, travailler ou disposer de ses biens propres sans l'autorisation de son époux. Les femmes majeures et les veuves ont cependant la capacité juridique de gérer leur patrimoine[10]. Dans certains cas, le mari peut signer une délégation de signature[13].

Cette inégalité juridique des femmes, scellée par le code civil, continue jusqu'en 1946[9].

Maintien du divorce

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Acquis de la Révolution, le divorce est inscrit dans le code civil et n'est envisageable que pour cause d'adultère de la femme ou adultère du mari uniquement lorsque celui-ci invite sa concubine dans la maison commune (article 230)[12]. Les femmes obtiennent le divorce souvent après une longue bataille et son limitée dans l'exercice de ce droit par leur indépendance financière[13]. Le code civil n'autorise le divorce qu'après 2 ans de mariage et l'interdit au delà de vingt ans afin de protéger les femmes plus âgées[14]. L'accord des parents est nécessaire pour un divorce et le remariage possible après une période de trois ans[14].

Autres aspects

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La majorité émancipatrice est établie à 21 ans, l’égalité successorale est aussi maintenue[13].

Place dans la société

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Salons et diplomatie

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Un petit groupe de femmes proches du pouvoir, épouses ou filles de figures politiques, influencent la société impériale, parfois directement l’État ou la diplomatie, comme Élisa Bonaparte, Caroline Murat ou Marie-Louise d’Autriche. D’autres femmes, telles Germaine de Staël, Constance de Théis ou Juliette Récamier, incarnent l’indépendance intellectuelle du début du XIXᵉ siècle[2],[4]. Que ce soit Germaine de Staël ou Constance de Théis, leurs œuvres traitent d’émancipation sans pour autant être militantes[9]. Fanny Raoul et son « Opinion d’une femme pour les femmes » est la seule à aborder la question de l’égalité entre hommes et femmes[9].

On voit également apparaître l'embryon d'une résistance politique des femmes à Napoléon à différents niveaux de la société, pour des raisons diverses, Germaine de Staël et Marie Caroline de Naples étant les plus connues[15],[16].

Marie-Gabrielle Capet, Scène d’atelier (Adélaïde Labille-Guiard peignant le portrait de Joseph-Marie Vien) ou L’Atelier de madame Vincent, 1808, Neue Pinakothek

Artistes

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Depuis 1780, les femmes peintres connaissent une amélioration notable de leur situation en se spécialisant dans des genres jugés mineurs tels que portraits, miniatures et natures mortes où elles réussissent à la fois artistiquement et financièrement. Le portrait, en particulier, répond au développement de l’individualisme[2].

On constate également une augmentation des œuvres littéraires ou musicales créées par des femmes[1].

Paysannes

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Le sort des paysannes est largement inconnu en raison du manque d'études sur le sujet[13],[17].

Accès à l'éducation

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Peu de progrès est à noter en ce qui concerne l’accès à l’éducation des filles sous l'Empire. De petites écoles se créent et la réouverture des pensionnats des institutions religieuses permet de constater un recul de l’illettrisme bien que l'objectif de l'éducation d'alors est d'apprendre à s'occuper d'un foyer[3],[18]. Ce sont surtout les femmes issues de la noblesse et de la bourgeoisie qui bénéficient d'une éducation[17].

Femmes dans l’Armée

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Le rôle des femmes voyageant avec les troupes de soldats reste flou jusqu'à la Convention nationale de la Première République qui les exclut à l'exception de quatre femmes par bataillon en charge du blanchissage et de la vente de vins et boissons. En 1800, Napoléon reprend ces dispositions et accorde une pension à ces femmes qui sera supprimée en 1815. Les vivandières connaîtront également la captivité. Marie-Thérèse Figueur est décorée par Napoléon et Marie-Angélique Duchemin le sera ultérieurement mais, dans l'ensemble, celles-ci seront oubliées ou dénigrées dès la Restauration[19].

La prostitution

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Dépénalisée à la Révolution, la prostitution est de nouveau encadrée sous Napoléon par la création de maison de tolérance réglementées, autant pour des raisons morales que sanitaires. Les prostituées parisiennes sont soumises à un examen de santé mensuel[20]. Un règlement de police d'octobre 1804 stipule que l'exercice de la prostitution ne peut avoir lieu qu'à l'intérieur de maisons ce qui contribue à les invisibiliser[21]. En fonction de leur clientèle, on distingue des demi-mondaines, qui échappent à la police et sont en haut de l’échelle, les fille en numéros, qui sont enregistrées à la préfecture et travaillent en maison close et les pierreuses qui travaillent dans les chantiers, sans domicile[20].

Violences sexuelles

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La mobilisation d'une armée de jeunes hommes, loin de leur repères, change leur sexualité[22]: recours à la prostitution et aux rencontres de passage, nouvel usage du préservatif[6]. L'augmentation des viols est aussi à noter[5],[6]. Des viols en masse se produisent lors de l'insurrection calabraise ou de la guerre d'Espagne avec utilisation du viol comme arme de guerre[23].

Notes et références

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Références

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  1. 1 2 3 4 Grand Palais, « Le rôle des femmes sous l'empire » Accès libre, sur www.grandpalais.fr, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 « Les femmes sous le Premier Empire : Dossier thématique » Accès libre, sur napoleon.org, (consulté le )
  3. 1 2 « Chantal Prévot : «Le devoir des femmes, sous l’Empire, était d’être des épouses et des mères de famille» », Historia,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  4. 1 2 Emmanuelle Papot, « Petit point sur le statut de la femme en France au XIXe siècle » Accès libre, sur napoleon.org (consulté le )
  5. 1 2 Jean-Philippe Rey, « Une chronique de Jean-Philippe Rey : pour une histoire des femmes sous le Consulat et l’Empire ! » Accès libre, sur napoleon.org, (consulté le )
  6. 1 2 3 « Le Sexe sous l'Empire | Vuibert.fr », sur www.vuibert.fr, (consulté le )
  7. ↑ Boudon 2019, p. 7
  8. ↑ Boudon 2019, p. 19
  9. 1 2 3 4 Fondation Napoléon, « Point d'histoire : Napoléon et les femmes » Accès libre, sur napoleon.org (consulté le )
  10. 1 2 3 Vie publique, « Égalité et droits des femmes dans la sphère privée » Accès libre, sur www.vie-publique.fr, (consulté le )
  11. ↑ définition du XIXe siècle.
  12. 1 2 « Le Code civil des Français de 1804 », sur archives.calvados.fr (consulté le )
  13. 1 2 3 4 5 Chantal Prévot, « Le sexe contrôlé. Être femme après la Révolution (1800-1815) : La suprématie masculine, un univers mental traditionnel largement partagé par la population » Accès libre, sur napoleon.org, (consulté le )
  14. 1 2 Boudon 2019, p. 18
  15. ↑ Mansour Thiam 2013, p. 8
  16. ↑ (en) Gertrud M. Roesch, Women Against Napoleon: Historical and Fictional Responses to His Rise and Legacy, Campus Verlag, (ISBN 978-3-593-38414-6, lire en ligne), p. 29
  17. 1 2 Mansour Thiam 2013, p. 9
  18. ↑ Mansour Thiam 2013, p. 12
  19. ↑ Isabelle Bes Hoghton, « Les compagnes de guerre de l’armée napoléonienne en Espagne (1808-1814) dans la littérature de guerre : la bravoure des vieux grenadiers », Thélème. Revista Complutense de Estudios Franceses, vol. 38, no 1,‎ , p. 1–8 (ISSN 1989-8193, DOI 10.5209/thel.83734, lire en ligne, consulté le )
  20. 1 2 Valérie Valeix, « La prostitution sous le Premier Empire » Accès libre, sur Histoire Magazine, (consulté le )
  21. ↑ A.Guery et J.Cohen-Olivieri, France 2, « Dans le rétro : les maisons closes, pièges à filles ? » Accès libre, sur franceinfo, (consulté le )
  22. ↑ Boudon 2019, p. 6
  23. ↑ Nicolas Cadet, « Violences de guerre et transmission de la mémoire des conflits à travers l’exemple de la campagne de Calabre de 1806-1807 », Annales historiques de la Révolution française, no 378,‎ , p. 147-163 (DOI https://doi.org/10.4000/ahrf.9313 Accès libre)

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Chantal Prévot, Sexe contrôlé : Être femme après la Révolution (1800-1815), Passés/Composés, , 380 p.

Articles connexes

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