Ferdinand de Meeûs
Ferdinand-Philippe Meeûs est un juriste et financier belge, né en 1798 à Bruxelles, où il meurt en 1861.
| Député de la Chambre des représentants de Belgique | |
|---|---|
| Membre du Congrès national |
| Comte |
|---|
| Naissance |
28 mai 1798, Bruxelles |
|---|---|
| Décès |
5 avril 1861, Bruxelles |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités | |
| Famille | |
| Père |
François-Joseph Meeûs (d) |
| Enfants |
À trente-deux ans, il est nommé gouverneur de la Société générale pour favoriser l'industrie, devenue plus tard la Société générale de Belgique. Anobli à trente-huit ans avec le titre de comte de Meeûs, il a eu onze enfants de sa cousine, Anne-Marie Meeûs. Il amasse une fortune importante tout au long de sa vie et s'en sert entre autres pour soutenir des œuvres philanthropiques catholiques.
Biographie
modifierOrigines
modifierFerdinand de Meeûs est issu d'une ancienne famille bourgeoise de Bruxelles active dans le monde du négoce et de la banque dès l'Ancien Régime. Elle faisait partie des milieux dirigeants des corporations et des nations depuis la fin du XVIe siècle. Une partie de sa fortune proviendrait de l’acquisition de biens nationaux : les biens de l'Ancien Régime, comme la forêt de Soignes, ou les abbayes mise en vente durant la période française de l'histoire de la Belgique. Sa mère, Marie-Thérèse van der Borcht (1768-1815), issue du lignage Sweerts, appartenait à une riche famille bruxelloise, descendant de Jean-Charles van der Borcht (1668-1735). Borcht fut conseiller et maître général des monnaies, frère du poète néo-latin Petrus van der Borcht et fils de Jacques van der Borcht et de Dorothée de Witte qui, veuve, s'était remariée avec le sculpteur bruxellois Pierre van Dievoet (1661-1729).
Carrière
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Révolution belge
modifierFerdinand fait des études de droit à l'université d'État de Louvain ; il publie une thèse en latin, sous le titre de Dissertatio inauguralis juridica de fideicommissariis hereditatibus et ad Senatus-Consultum Trebellianum. Il commence une carrière dans la banque.
Lorsque la révolution belge éclate avec les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, Ferdinand Meeûs rejoint la Garde bourgeoise de Bruxelles à la 6e section, où il est nommé capitaine, en plus d'en devenir le trésorier général. C'est ainsi que, dès le , le commandant de la garde, Emmanuel Van der Linden d'Hooghvorst, fait publier la proclamation suivante[1] :
« L'établissement d'une caisse destinée à pourvoir au service et aux besoins de la Garde bourgeoise ayant été jugé nécessaire, les citoyens qui voudraient concourir à cette œuvre patriotique, sont invités à déposer leur offrande chez M. Ferdinand Meeûs, près de la porte de Schaerbeek, lequel est autorisé à la recevoir. »
Le il est l'un des seize candidats[2] à se présenter aux huit places de la commission de sûreté publique de la ville et sa nomination est confirmée le lendemain par le conseil de régence[3]. Il siège ainsi au sein de la commission et signe plusieurs de ses publications jusqu'à sa dissolution le .
Les Bruxellois anticipant la tentative de reprise de contrôle de la cité par les forces armées du royaume uni des Pays-Bas, érigent des centaines de barricades dans les rues, dont plusieurs devant sa résidence, située près de la porte de Schaerbeek[4], qui est donc aux premières loges de l'attaque des Quatre Jours de Bruxelles, le . Le bâtiment échappe initialement aux pillages et aux incendies commis aux maisons avoisinantes par les soldats[5]. Ferdinand de Meeûs rejoint le gouvernement provisoire de Belgique dès sa création le alors que les combats font toujours rage. Des rumeurs se font toutefois entendre, disant qu'il aurait hébergé des militaires néerlandais chez lui, où il les aurait nourrit, qu'il y cache les armes destinées à la garde bourgeoise ou que l'on aurait retrouvé des cadavres dans sa maison[6]. D'aucuns prétendent même qu'il aurait signé une lettre adressée au prince Frédéric d'Orange-Nassau, le fils cadet du roi, qui mène l'attaque de Bruxelles, où il est inscrit qu'on lui offre les portes de la ville[7].
Le , jour de l'évacuation des troupes jusqu'alors piégées dans le parc de Bruxelles, la population se livre à des actes de vengeance. Ainsi, vers 9 h du matin, des femmes et des enfants du voisinage attaquent la propriété en cassant les vitres, avant d'enfoncer les portes et de jeter les meubles dans la rue, ouvrant la demeure aux pillards[8]. Les assaillants découvrent les puits d'huile, indispensable aux manufactures de l'époque, et commencent à la vendre au profit des blessés de la révolution[9]. La foule en liesse met ensuite le feu aux meubles qu'elle organise en bûcher dans la rue avant d'en faire de même avec le bâtiment, qui est complètement ravagé ainsi que l'ensemble de son contenu. On raconte que l'on trouve 600 fusils murés dans une citerne et des milliers de cartouches cachées dans des meubles[7]. Un autre de ses propriétés, située place d'Orange (aujourd'hui la place des Barricades), est également la proie du pillage et de la destruction, mais n'est pas incendiée[9]. Dès le soir-même, Louis de Potter condamne l'attaque lors de son allocution au balcon de l'hôtel de ville de Bruxelles où il déclare[10] : « Je viens me dévouer pour ma patrie, mais à condition qu'il n'y ait plus de vengeances, plus de réactions comme celles qui ont déshonoré le commencement de cette journée chez M. Meeûs. » Le lendemain, alors que les décombres des propriétés continuent d'être pillées, il les déclare réunies au domaine public afin de les en protéger[11]. Ferdinand Meeûs décrit quant à lui ces journées dans une lettre[12] adressée à son frère le :
« Échappé par le plus grand des hasards, avec ma femme et nos cinq enfans, à la fureur des soldats qui m'avaient cherché pour me fusiller, cerné par eux dès les premiers instans et sachant qu'ils avaient pillé ma maison, j'étais enfin parvenu dimanche matin à sauver de Bruxelles ma malheureuse famille, dans la crainte que nous ne fussions les victimes des troupes dans leur retraite. J'étais près de Louvain lorsque j'appris avec certitude cette retraite, et déjà je me disposais à retourner dans notre illustre Bruxelles, lorsqu'on m'informa que le peuple, sur des bruits vagues, (que mes sentimens et mon amour pour notre pays, dont j'ai donné des preuves auraient dû étouffer dès leur naissance) avait incendié ma propriété ; cette action eut sans doute son principe dans l'intention de rendre chaque maison de Bruxelles inabordable à l'ennemi, en vouant à la destruction celles que sa présence avait souillée, et je cesse de m'en plaindre pour ne former que des vœux pour l'affranchissement de notre patrie. »
L'innocence de Ferdinand Meeûs est finalement prouvée, comme le raconte Auguste de Wargny[13] :
« L'on reconnut que les armes que M. Ferdinand Meeûs était accusé d'avoir réunies chez lui et qui, dans le fait, avaient été par ses ordres réunies au corps de garde de la rue de Schaerbeek, ne consistaient qu'en 60 ou 80 fusils rachetés par lui depuis le 26 août, des mains de ceux qui les avaient pillés ; que ces fusils n'étaient nullement destinés aux ennemis ; qu'il était de toute fausseté que M. Meeûs fut d'intelligence avec les Hollandais, puisqu'il avait quitté son domicile avec toute sa famille au moment de l'entrée des troupes ; que celles-ci s'étaient emparées de sa maison abandonnée par lui et s'y étaient logées de force ; qu'elles avaient même débuté par y égorger de sang-froid, le 23 ou le 24, deux hommes restés pour la garder ; à savoir : M. F. Broeckaert, courtier d'huile, vieux et loyal employé de la maison, et le nommé Gérard, domestique ; que leurs cadavres furent en effet retrouvés à demi enterrés dans le jardin et portant des traces de barbarie et de mutilation que la plume se refuse à décrire ; que les soldats, après les avoir tués, tirèrent à bout portant sur trois femmes, réfugiées dans la cuisine, et les blessèrent toutes trois dangereusement ! »
Société générale de Belgique
modifierLe , dix jours après la déclaration d'indépendance de la Belgique, il est nommé gouverneur de la Société générale de Belgique[Note 1], par le gouvernement provisoire. Il remplace Repelaer van Driel resté fidèle au gouvernement de La Haye. Il est ensuite élu au Congrès national. En 1832, il remplace à la Chambre le député libéral Charles de Brouckère. Député unioniste de Bruxelles, il n’est pas réélu en 1845.
À la demande expresse du roi des Belges, il associe la Société Générale à la Banque Rothschild pour émettre les premiers emprunts de la Belgique indépendante et pour créer le canal de la Sambre à l'Oise. Sous sa direction, « la Générale » devient une des premières banques mixtes du continent, en finançant l’industrie à grande échelle. Elle acquiert des participations dans tous les secteurs clés : charbonnages, métaux, verre, transports, etc. Elle se forge une position dominante via une quarantaine d’administrateurs recrutés dans la haute bourgeoisie et quelques-uns dans la noblesse, et suscite des oppositions résolues dans le monde politique.
Autres activités
modifierIl est également membre du conseil supérieur de l'École centrale du commerce et de l'industrie[14] et de la « Société pour la propagation des bons livres »[15].
Il figure dans la liste des fondateurs de l'Université libre de Bruxelles[16].
Il meurt à Bruxelles en 1861[17].
Activité religieuse
modifierChrétien fervent, soutenu par le Vatican[18], Ferdinand fonde, avec ses fils et gendres, en 1855, le « Crédit de la Charité ». Il doit créer des écoles catholiques pour les enfants d’ouvriers et des refuges pour les vieillards et les ouvriers infirmes. Cette association existe toujours, sous le nom de Crédit des œuvres. Il soutient la fondation de sa fille Anna (1823-1904), l'« institut religieux pour l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement » et donne aux religieuses une propriété à Watermael-Boitsfort.
Anoblissement
modifierLe , le roi des Belges, Léopold Ier lui donne la concession du titre de comte, lui conférant de facto l'anoblissement, transmissible à sa descendance directe et légitime de mâle en mâle[19].
Il reçoit la grand-croix de l'Ordre de la Branche ernestine de Saxe.
Armoiries
modifierIl reprend les armoiries bourgeoises de ses ancêtres Meeûs à Bruxelles : les chaudrons, rappelant peut-être le métier des brasseurs, et les deux chèvres le métier des marchands de vin ; elles figurent, par exemple, dans l'Armorial de la Gilde drapière (Bruxelles) (BR. ms. G.[Quoi ?]123) ; elles sont celles qui ont été reconnues par Charles II d'Espagne en 1688 lors de l'anoblissement de Jean-Philippe Meeûs, officier à la compagnie du marquis de Westerloo, les mêmes que celles de son cousin Paul, l'année suivante, ou que celles qui figurent sur le socle d'une statue de Saint Pierre de l'église de la Chapelle datée de 1650 offerte par le couple Bulens-Meeûs.
Il choisit la devise : « Virtute et prudentia ».
Hommage
modifier- Square de Meeûs, partagé entre Ixelles et Bruxelles.
- Buste sur la partie ixelloise de ce square.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Sa belle-famille est l’un des actionnaires de référence.
Références
modifier- ↑ De Wargny 1830, p. 109.
- ↑ De Wargny 1830, p. 146.
- ↑ De Wargny 1830, p. 147.
- ↑ De Wargny 1830, p. 279.
- ↑ De Wargny 1830, p. 313.
- ↑ De Wargny 1830, p. 320.
- 1 2 De Wargny 1830, p. 470.
- ↑ De Wargny 1830, p. 468.
- 1 2 De Wargny 1830, p. 473.
- ↑ De Wargny 1830, p. 481.
- ↑ De Wargny 1830, p. 494.
- ↑ De Wargny 1830, p. 487.
- ↑ De Wargny 1830, p. 474.
- ↑ Almanach Royal et du Commerce de Belgique pour l’an M DCCC XXX VIII, présenté à Sa Majesté, Bruxelles, Imprimerie Balleroy, 1838 : « ECOLE CENTRALE DE COMMERCE ET D'INDUSTRIE, rue Royale Neuve, 53. Conseil supérieur, MM. le baron de Stassart, président du Sénat et gouverneur du Brabant ; Engler, sénateur ; Desmaisières, représentant ; le comte Ferd. Meeus, représentant, directeur de la société générale pour favoriser l'industrie et de la société de commerce ; Coghen, représentant et directeur de la société Nationale ; Zoude, représentant ; Rouppe, bourgmestre de Bruxelles ; Wyns, membre du Conseil provincial du Brabant ; Dindal, membre du Conseil provincial du Brabant ; Van Dievoet, avocat à Bruxelles ».
- ↑ Almanach Royal et du Commerce de Belgique pour l’an M DCCC XXX VIII, présenté à Sa Majesté, Bruxelles, Imprimerie Balleroy, 1838, p. 452 : "Société pour la propagation des bons livres, place du Grand Sablon, commission administrative, MM. De Stassart, Coghen, O. Wyns, Rouppe, Desmaisières, Dindal, le comte Meeus, F. Jadot, Vandievoet, Engler, J. Indépendamment de la commission, un comité de dames recueille des dons et souscriptions. La bibliothèque de la société, place du Grand Sablon, no 11, est ouverte les lundis et jeudis de 9 heures à midi, et de 2 à 4 h".
- ↑ Léon Vanderkindere, « Liste des Fondateurs », dans L'université de Bruxelles, 1834-1884. Notice historique, Bruxelles : P. Weissenbruch, 1884. Cette liste cite trois Meeûs - sans prénom -, parmi les fondateurs de l'Université libre de Bruxelles : Meeus, Hôtel de la Banque ; Meeus, avoué, petite rue de l'Écuyer, 6 ; et Meeus-Vandermaelen.
- ↑ « Le Comte Ferdinand de Meeûs », sur Association Familiale d'Argenteuil (consulté le )
- ↑ Il reçut du pape Grégoire XVI des reliques de Saint Eusébien (un saint des catacombes romaines).
- ↑ Le[Quoi ?]d'Argenteuil (nom d'une propriété de famille sise sous Ohain) n'a été légalement ajouté par cette famille qu'à partir de 1937 et 1938, et celui de Trannoy qu'à partir de 1953.
Voir aussi
modifier- Liste des familles belges par ancienneté
- Liste de devises de familles belges
- Ordre de la Maison ernestine de Saxe
- Famille Meeûs
- Famille de Meeûs d'Argenteuil
- Comte André de Meeûs d'Argenteuil
- James de Rothschild
- Jean-Baptiste Meeûs (1779-1856), l'oncle de Ferdinand
- Jean-Baptiste Meeûs (1672-1734), leur ancêtre
- Joseph-Hyacinthe Martini (1791-1893), le beau-frère de Ferdinand
- Pierre-Joseph Meeûs, son cousin germain et beau-frère
Bibliographie
modifier- Auguste De Wargny, Esquisses historiques de la révolution de la Belgique en 1830, Bruxelles, H. Tarlier, (lire en ligne).
; - Els Witte, La Construction de la Belgique, 1828-1847, Bruxelles, Le Cri - Histoire, ;
- Jean-Louis Van Belle, Meeûs à de Meeûs. Bruxelles-La Foi - Le feu, Braine-le-Château, éditions La Taille d'Aulme, 1997 ;
- Pierre Assouline, Le portrait, Paris, 2007, p. 161 ;
- Jean-Joseph Thonissen, Vie du comte de Meeûs, Louvain, 1863 (lire en ligne) ;
- Catalogue de l'Exposition des produits de l'Industrie nationale de ;
- Baron Camille Buffin, Documents inédits sur la Révolution Belge, Bruxelles, 1910 ;
- De M. Ferdinand Meeûs et de la Mutualité industrielle, Société typographique belge Ad. Wahlen & Cie imprimeur-libraire, Bruxelles, 1836 ;
- La Révolution belge racontée aux enfants... et aux grands qui l'ont oubliée, Bruxelles, 2005 ;
- Le comte Ferdinand Philippe de Meeûs : extrait des Précis historiques, imprimerie Vanderheydt, Bruxelles, 1861 ;
- Charles Bronne, L'industrie belge et ses animateurs, Ch. XV, Ed. DE SOER, Liège, 1942.